Comment « Desperate Housewives » s’est-elle tirée une balle dans le pied ?

Un slogan qui prend tout son sens ...

Un slogan qui prend tout son sens …

A la veille de son départ sur les écrans belges, au lieu de se donner un coup de frais, « Desperate Housewives » se donne un coup de mou. Triste constat depuis la 5ème saison de la série. Analyse.

Fin 2004, l’Europe commence à comprendre qu’une série pourrait faire toute la différence : « Desperate Housewives ». Jugée drôle, irrévérencieuse (merci l’influence Sex and the City) et sous le joug du cocktail explosif : sexe, meurtre et trahisons, « Desperate Housewives » célébrait même le retour à l’antenne d’anciens gloires de la télé, j’ai nommées Teri Hatcher et Marcia Cross. Deux actrices qui ont eu envie de se sentir un peu plus bimbos au fil des saisons, quitte à devenir terriblement banales ou terriblement pimbêches. Car il est bien là le secret du suicide artistique de la série : le non-renouvellement.

Regarder « Desperate Housewives » depuis la 5ème saison et son bond dans le temps de 5 ans, c’est regarder (et écouter) le même disque rayé. Les personnages sont devenues des caricatures d’elles-mêmes, s’échangent les intrigues (soucis avec les enfants, manque de libido, divorces, …) et donc terriblement agaçantes par la faute des scénaristes. Car si le renouveau ne vient pas de l’écriture, il ne viendra pas non plus du jeu des actrices. Ça en devient presque honteux d’encenser une série-phénomène (décrite comme la Rolls des séries, la série 5 étoiles, le plaisir coupable du dimanche soir) qui s’est transformé en vulgaire sitcom passe-partout. Si cela n’avait pas porté le nom de « Desperate Housewives », la même série aurait déjà été annulée ou reléguée l’après-midi à 16h ! Il est d’ailleurs étonnant de lire toujours autant de compliments et d’exaltations de la part des médias alors que le soufflé est retombé depuis 2008. Et à l’heure où les gens ne sont pas exigeants pour les bonnes choses, ce n’est pas étonnant de lire les meilleurs qualificatifs concernant cette ultime saison. Elle commence très, très mal.

Le succès est-il monté à la tête de Marc Cherry, le créateur de la série ? Marc Cherry (ou « Marc Cerise » pour ceux qui préfèrent) est le créateur de « Desperate Housewives ». Cette série est son bébé. Il en est le scénariste principal mais aussi le producteur attitré. Impossible d’évoquer « Desperate Housewives » sans l’évoquer, lui. Lui, qui a eu cette idée de génie. Car « Desperate » a réinventé le genre du soap-opera. Des intrigues drôles avec du fond et des questions intéressantes sur bien des sujets : la vie de famille, le bonheur, la sexualité, les secrets enfouis en chaque être humain, … . En outre, la qualité du grain d’image (au service d’une réalisation impeccable) ne peut que séduire. Oui, mais voilà, à l’heure où RTL TVI diffuse chaque dimanche, depuis la semaine passée, la 8ème saison de nos chères ladies, un constat s’impose : ce sont les héroïnes qu’on a très envie d’enterrer à la place d’Alejandro, le beau-père de Gaby ! Et ceux qui aimaient tant « Desperate Housewives » ne peuvent que pleurer … Ou pas. Cette série était tellement addictive que la déception fut grande de mon côté. Mais les téléspectateurs peu exigeants étant encore nombreux derrière leur écran, la série a pu poursuivre sa route jusqu’au mois de mai dernier.

En outre, il faut savoir que « Desperate Housewives » est produite et diffusée par la chaîne américaine ABC. Laquelle appartient à Touchstone, filiale du groupe Disney. Y aurait-il influence du détenteur de la chaîne … et, par ricochet, de la série ? Disney s’est notamment rendu célèbre pour son éthique et sa célébration de l’amour, valeur sûre s’il en est. La prise de risque au fil des ans fut minime et ses détracteurs les plus acerbes ont souvent reproché à l’entreprise de l’oncle Walt ses fins de films (dessins animés ou autres) à l’eau de rose et ses univers rose bonbon où tout va toujours finir par s’arranger. C’est ce qui est arrivée aux héroïnes du show de Cherry. Combien de voisins menaçants ne sont pas passés à l’Avenue des Glycines (Wisteria Lane in french) ? Nos héroïnes ne s’en sont sorties qu’avec quelques égratignures. Au bout de plusieurs saisons, on s’y habitue et le suspense est inutile. Les quatre amies de Fairview sont increvables.

En 5 ans, « Desperate Housewives » a tué environ 80 personnages. Sont-ils connus chez les fans ? Oui, on a tué « la voisine de … », « la propriétaire du chat roux du quartier », « le réparateur de châssis », « la maîtresse du dentiste », … La série a tué des personnages auquel nous n’avons pas eu le temps de nous attacher. Elle n’a pas compris qu’un bon drama construisait aussi sa légende avec des événements tragiques forts. Depuis combien de temps n’avons-nous pas été pris aux tripes avec des scènes totalement mégalomanes et ambitieuses comme celles où Bree pleure et hurle la mort de Rex, Susan poursuit Mike avec une énorme robe de mariée qui la ralentit dans sa course, Lynette croise Mary-Alice dans un songe ou rêve d’avoir un revolver pour se suicider tant elle n’en peut plus, … ? Pour cela, la saison 1 restera la saison-reine. On a tué Rex, le mari de Bree, que nous avions aimés et détestés semaine après semaine. On nous avait promis de nous émouvoir et de nous intriguer toujours plus avec d’autres décès et ruptures. Un coup dans l’eau !

Le producteur exécutif a reproduit la même recette à n’en plus finir. Il a lissé les répliques aux maximum pour ne choquer personne tant l’exportation des Housewives a été forte sur le globe. Il a également augmenté les fonds sonores qui interviennent pour nous dire : « Attention, une réplique drôle arrive ! ». Tout est toujours plus caricatural. La série a mal vieilli et n’a plus cet aspect solennel.

En saison 8, elle reste un honnête divertissement et il est curieux de savoir comment on peut terminer un soap qui aura duré aussi longtemps et c’est pourquoi je suis toujours au rendez-vous. Néanmoins, je reste toujours autant perplexe face à la baisse de qualité et c’est un sentiment très triste et regrettable quand on quitte une série qu’on a aimée.

Et vous, qu’avez-vous pensé de l’évolution de ce TV show ? Vraie jeune fille en fleur ou vieille dame boursouflée au botox ?

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Une réflexion sur “Comment « Desperate Housewives » s’est-elle tirée une balle dans le pied ?

  1. Excellente plume que vous avez là, Monsieur Luigi. Je suis impressionnée par la facilité avec laquelle vous arrivez à exprimer cette « amertume » envers Marc Cerise (un peu pourrie par ailleurs. Les vers de la célébrité lui ont bel et bien mangé le cerveau). Je ne sais si vous avez vu la dernière saison mais je pense que la différence est assez marquante entre l’avant dernier et le final de cette « series finale ». Je pense que Marc Cherry s’est beaucoup reposé sur ses lauriers et que certains ont réussi à sortir leur épingle du jeu comme Lynette-Tom Scavo (Felicity Hoffman – Doug Savant) qui resteront pour moi, les meilleurs acteurs « dramatiques » et Gabrielle-Carlos Solis (Eva Langoria-Ricardo Chavira) qui sont les meilleurs comiques. Je pense qu’ils ont quand même beaucoup aidé à la « survie » de la série…qui, il faut l’avouer, s’essoufflait.

    PS : je ne suis pas d’accord avec vous quand vous dites que la saison 1 était la meilleure, je suis en train de revoir les 3ème et 4ème saisons et je les aime beaucoup. Après, comme dit le proverbe, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas ! 😉

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