Percée du PTB aux communales : vraie menace ?

 Les élections des 262 communes wallonnes qui ont appelé leurs habitants à voter il y a deux mois sont toutes validées. Parfum de succès dans l’air pour le parti des travailleurs belges le 14 octobre dernier. Le parti a obtenu ses premiers élus communaux un peu partout en Belgique. Raoul Hedebouw, le porte-parole du parti, parle d’« une victoire sur la gauche molle. » Pascal Delwit, politologue à l’ULB, tempère.

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Le succès du livre écrit par le président du PTB, Peter Mertens, « Comment osent-ils ? », l’avait prédit : l’attention autour du PTB allait bel et bien être relancée. Au point qu’un grand nombre d’électeurs s’est laissé tenté … En région bruxelloise à Molenbeek, Schaerbeek, puis dans le Hainaut à Mons, Charleroi et La Louvière, les élus du parti savourent leur succès. Dans le versant néerlandophone, même chose pour l’homologue flamand PVDA. En province gantoise, il confirme avec 22 % et six sièges. Le parti avance aussi à Namur avec ses scores approchant les 3 %. Une surprise pointée par toute la presse en octobre dernier.

Pascal Delwit, politologue à l’ULB, tient néanmoins à tempérer les réactions : « Ce n’est pas tout à fait une surprise, à vrai dire. Aux élections de 2010 (élections législatives fédérales, ndlr), le PTB avait réalisé une percée dans les cantons de Liège, Herstal, Saint-Nicolas, Seraing, etc. A Anvers, quatre sièges, ça, c’est une vraie surprise ! »  Un succès qui rend fier Raoul Hedebouw, le porte-parole du parti : « Nous sommes quand même le dernier parti national belge qui a été cherché 8% à Anvers. »

Anvers, parlons-en. Tous les regards dans le versant flamand du royaume sont tournés vers le président de la NV-A, Bart De Wever, qui a emmené son parti vers la première marche des résultats dans la cité anversoise. Une inquiétude pour l’avenir fédéral du pays manifestée par Raoul Hedebouw : « On va essayer – je dis bien ‘essayer’ – d’instaurer de nouvelles démarches à Anvers. En Flandre, nous faisons figure de gauche qui se positionne contre le nationalisme. La gauche flamande n’est pas comme ça. Nous avons récolté des pourcentages à Anvers car c’est une ville ouvrière. Nous sommes l’espoir contre le nationalisme. »

La gauche non-molle a gagné

Selon lui, le peuple belge intronise l’extrême-gauche comme sauveuse de la crise : « L’explication logique de nos scores est que les gens en ont marre de cette austérité dont ils ne sont pas responsables. Ils en ont marre de cette gauche molle qui entérine les mesures contre l’austérité. Ils se sont demandé de quel type de gauche ils avaient envie. Hier matin, le PS ne trouvait rien de mieux à dire qu’ils étaient irrités par nos scores. Ils feraient bien de s’inspirer de nous. »

Pascal Delwit préfère encore une fois se montrer prudent et nuance le discours du PTB : « Ce n’est qu’une partie de l’électorat qui croit en la gauche. C’est une concurrence nouvelle pour le PS mais quand le PTB monte, le PS ne descend pas forcément, notamment à Liège ou à Seraing. Je crois que le lectorat protestataire qui aurait pu voter pour l’extrême-droite a finalement opté pour le PTB qui ne se décrit plus comme un parti marxiste, plus comme un parti extrême. » Un parti qui a également su tirer profit des nouveaux outils de communication nés sur internet. « Leurs relais d’information  ont été très efficaces, pointe le politologue. Ils ont bien compris qu’il fallait énormément alimenter Facebook et Twitter lorsqu’on est dessus. Le livre de Peter Mertens a surfé sur une dynamique de dénonciation qui n’était pas révolutionnaire. Ce n’était pas prospectif. Les réseaux sociaux et leurs campagnes de terrain ont été leurs atouts-maîtres. »

L’austérité en ligne de mire

La stratégie première du PTB est, en effet, de toujours construire son futur travail sur ce que veulent les électeurs. Le porte-à-porte et les manifestations sont deux de ses exercices favoris. Et la dénonciation, son cheval de bataille. « Le PTB est un parti qui ne souhaite pas monter au gouvernement fédéral, rappelle Pascal Delwit. Il tire son aura de l’opposition et ne veut rien gérer. Ses membres critiquent le PS, Ecolo et le cdH mais au gouvernement fédéral, comme au collège des bourgmestre et échevins, ces partis doivent faire des compromis. » Ce que le PTB n’est pas prêt à faire …

En cause : les diktats des agences financières sur l’Union européenne dénoncés dans le livre de Peter Mertens. Des diktats qui ont placé la barre de l’austérité très haute et contre lesquels le PTB se montre très, très  radical. Autant dire qu’avec la NV-A, il a trouvé un vrai compagnon de jeu. Pas idéologique mais aussi radical. Bien sûr, les résultats du dimanche 14 octobre ne concernaient que l’échelon local mais il est tentant de creuser les tendances de ce scrutin. Ne feraient-elles pas office de sonnette d’alarme pour les élections fédérales de 2014 ?

 

 

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