Le film qui redonne confiance en Tim Burton

frankenweenie copie copie  « Frankenweenie » de Tim Burton (encore à l’affiche dans plusieurs cinémas belges) est un bon cru. On a envie de dire « Ouf ! » après les dernières sorties du réalisateur américain. L’histoire  émouvante d’un petit garçon solitaire qui veut donner tout son temps à son chien revient sur les bases qui ont fait le succès de Burton. « Frankenweenie » est un court-métrage (à revoir bientôt sur Arte) refusé en 1984 par Disney qui a finalement produit la version longue. Le retour du réalisateur gothique à l’animation de personnages articulés (et à un projet qui date) était interpellant : tournerait-il en rond ?

Tim Burton a passé un étrange Halloween dernièrement. Les ventes de tickets pour la première semaine d’exploitation de « Frankenweenie » aux USA n’étaient pas enthousiasmants : 11,5 millions de dollars, soit la cinquième place du box-office.  Pas fameux pour un budget de 39 millions de dollars. Mauvais présage pour le cinéaste qui est de plus en plus attendu au tournant à chaque sortie. Il faut dire qu’« Alice au pays des merveilles » n’a pas entièrement convaincu et que « DarkShadows » a été un semi-échecen mai dernier. Doit-on conclure que le public en a marre du papa de « Beeteljuice » ?

Hugues Dayez, critique cinéma pour la RTBF, reconnaît que la précédente sortie burtonnienne était une erreur de parcours : « ‘Dark Shadows’ était une auto-parodie. Mais son nouveau long-métrage m’a beaucoup surpris. C’est très beau, très esthétique et très personnel. Cependant, je ne sais pas où le classer. Ce n’est ni pour les enfants, ni pour les adultes. La seule carte marketing jouée est celle de l’accouplage avec la fête d’Halloween qui arrive bientôt. » Ce nouveau film était, à la base, un court-métrage refusé par Disney à cause de sa trop grande noirceur. Il avait entraîné le licenciement de Tim Burton de la maison de l’oncle Walt pour différences idéologiques.

Réalisateur, point

« Burton a quand même réalisé des films très personnels à l’intérieur d’immenses studios comme Warner, souligne Dayez. Il possède un imaginaire très grand et précis mais pas immensément cultivé. D’ailleurs, il est entouré de plusieurs scénaristes pour l’aider. »Toujours selon le critique cinéma, Tim Burton a été placé sur un piédestal par la critique française. Cette dernière a tendance à trop vite considérer comme auteurs des gens qui démontrent un certain talent cinématographique. « Tim Burton est quand même tributaire des scénarios qu’il reçoit, rappelle-t-il, il triture ses influences mais ce n’est pas un visionnaire. Il a besoin d’aide. Il se définit lui-même comme un ‘director’, point. En tant qu’Américain, il le reconnaît. » Souvent applaudi pour les spectacles visuels qu’il propose, le réalisateur a sans doute un peu trop négligé le fond au profit de la forme ces dernières années. Pierre Duculot, réalisateur belge, renchérit : « Ce qui l’intéresse à la base, c’est le visuel. Il avait des formes d’écriture qui tenaient la route avant. J’avoue ne plus être vraiment séduit depuis ‘La légende du cavalier sans tête’. »

Mais alors pourquoi le cinéaste ne surprend plus ? Selon Duculot, la raison est toute simple : « Tout naturellement, le film qu’un cinéaste va le plus soigner est son premier. Il y a eu une idée qui a germé dans un coin de sa tête, il sait où il veut aller et a eu le temps de le développer. Puis, quand ça marche, il prend goût au succès et se met à produire. Ça devient mécanique et moins intéressant. Burton s’est conforté dans le style gore-trash qui est clairement sa marque de fabrique et son invention visuelle ne surprend plus. Le réalisateur avance avec son public qui devient plus exigeant. »

Déjà un vieux mythe ?

Tim Burton maîtrise toujours autant son art mais se classe dorénavant dans les réalisateurs qui ne se renouvellent pas. Le mythe vieillit et a du plomb dans l’aile.

Hugues Dayez tente la comparaison avec Pedro Almodovar : « Lui, c’est toujours la même soupe, également : les femmes déguisées en homme. Il exploite toujours la même boîte à biscuits mais combien de variétés y-a-t-il finalement dans une boîte à biscuits ?»

Faut-il donc désespérer de Tim Burton après « Frankenweenie » qui apparaît néanmoins comme un sursaut même s’il recycle toujours les mêmes thèmes ? Si l’on en croit Pierre Duculot, pas vraiment. Lui, tente la comparaison avec un autre réalisateur américain : « Woody Allen a pu se renouveler. Lorsqu’un réalisateur tourne en rond, c’est décevant mais il ne faut pas paniquer. Souvent, il arrête, il voyage, il lit beaucoup … et une autre inspiration lui vient ! Autre exemple : les frères Taviani qui se sont aussi arrêtés pendant trois ans et qui ont proposé par la suite des choses nouvelles. Une pause sera certainement aussi bénéfique à Tim Burton. » Et surtout avec son acteur fétiche, Johnny Depp, renchérit Hugues Dayez : « A deux, ils ont fait le tour des magasins de déguisements ! »Dorénavant immensément connu, Tim Burton peut, en effet, se permettre de prendre des risques et très certainement de couper le cordon ombilical avec plusieurs acteurs familiers.

Pour les fans, sachez qu’Arte a décidé de mettre le réalisateur de « Frankenweenie » à l’honneur pour les fêtes de fin d’année. Sept films + deux courts métrages. Le détail sur le site officiel d’Arte : http://www.arte.tv/fr/la-programmation/7018046.html

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