Cette comédie qu’on appelle la vie…

Crise économique, crise de l’emploi, crise de sens, … On entend plus que ça. Cela rendrait-il nos mères dépressives ? Le Théâtre de la Toison d’Or l’affirme. A l’affiche, on retrouve Thibaut Nève, vraie pile électrique de « Boeing Boeing », le premier succès de la rentrée dernière au TTO. L’auteur et comédien nous raconte lui aussi ses coups de mou dans le métier bohème qu’il s’est choisi.

© Luigi Lattuca

 

Thibaut Nève est un Bruxellois pur souche. C’est à Etterbeek qu’il pousse son premier cri sous le signe du Gémeaux. Verve étincelante, curieux, dynamique, … L’astrologie a gâté les Gémeaux. Et on retrouve tout ça chez Thibaut. Dans l’enjeu vital « orienter ma vie », le comédien de 33 ans a choisi son thème théâtral de prédilection. «Les gens qui travaillent le plus souvent avec moi (dont Jessica Gazon qui met « Toutes nos mères sont dépressives » en scène), travaillent sur des thématiques qui peuvent toucher en plein cœur les publics adolescents, se réjouit-il. On sent que notre théâtre a des échos sur des réflexions comme ‘Qu’est-ce que mes parents m’ont laissé comme héritage personnel ?’ Ça nous tient à cœur de sentir que notre théâtre n’est pas QUE du divertissement. Surtout pas. Ça doit mettre le spectateur dans un état de réflexion, en situation d’inconfort, quelque chose qui rappe, qu’on oublie pas… et il repartira avec un élément dans sa poche. Autour de notre création, on se donne des objectifs sociaux, humains et vitaux ! »

Une réflexion loin d’être étonnante pour cet ancien étudiant de l’ULB. C’est l’option Langues et littératures romanes qu’il choisit d’embrasser plutôt que l’Astrophysique pour titiller les grands desseins que son père voyait déjà pour lui. Sur les bancs du Solbosch, il se passionne totalement pour la linguistique.

Ecoutons-le parler de ses souvenirs ULBiens :

« A l’université, j’ai appris que la pensée n’a rien à voir avec les hommes car j’avais des professeurs qui, d’un point de vue humain, étaient totalement détestables mais qui étaient de si grands penseurs en résistance scientifique qu’on avait envie de leur pardonner toutes leurs erreurs humaines. C’est aussi une dimension théâtrale à présent pour moi ; ce choc avec la pensée humaine et la brillance, ça m’est resté. » L’université a posé des jalons chez Thibaut Nève. Pour lui, les comédiens se mettent en danger comme les scientifiques… surtout concernant l’aspect financier : « Au théâtre, on se met en recherche, on se met en résistance, on ose aller à contre courant aussi parfois. Le monde scientifique demande des bourses, s’en voit parfois refuser, doit retomber sur ses pattes pour continuer les recherches qu’il doit mener. C’est un peu la même logique. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment aimé l’obstination. »

Le mot « obstination » prend tout son sens quand on connaît les récentes décisions de la ministre de la Culture, Fadila Laanan, d’abaisser de 45% les subsides d’aides aux projets théâtraux belges. Plusieurs comédiens ont décidé de faire front commun dont les membre de la Ligue d’Improvisation Wallonie-Bruxelles dont Thibaut Nève fait partie. Il n’y a plus d’argent, de convention ou de contrat-programme en Communauté Française. Sans cela, les créateurs ne peuvent plus engendrer de projets.

Après un mouvement de grève avec ses familles théâtrales, Thibaut Nève continue de pousser les instances à prendre leurs responsabilités et à connaître la réalité du terrain des créateurs dont il fait partie. Coup de gueule :

Le théâtre est un des métiers les plus instables. Les comédiens ne jouent jamais douze mois par an. Et contre des décisions assez radicales comme celle de Fadila Laanan, il faut pouvoir aller de l’avant et trouver d’autres sources de revenues pour continuer à créer. La publicité reste un moyen de garder la tête hors de l’eau. Thibaut Nève s’est notamment illustré dans des publicités pour Jupiler, le fromage Cantal, la banque CPH… et il n’en a pas du tout honte ! « Ce n’est pas qu’un job alimentaire, c’est aussi l’occasion de rencontrer de bons réalisateurs. Ma dernière publicité s’est déroulée avec Alain Berliner derrière la caméra. C’est toujours une chouette surprise quand un réalisateur veut vous découvrir en tant qu’acteur. Je n’ai aucune honte ou culpabilité à faire de la publicité. Les comédiens sont bien rémunérés même si ce n’est pas le travail artistique le plus emballant qui soit. » Sur ce point, il compare encore une fois science et arts de la scène : « On est comme un médecin qui travaillerait dans le social et qui est, en même temps, dans un hôpital sur le côté. Je peux aussi citer l’exemple de ma femme qui est avocate en Droit des étrangers. C’est une matière très peu rémunérée donc, de temps en temps, elle se fait un ou deux contrats en Droit de la famille ou en Droit des affaires. Beaucoup de professions ont des plans alimentaires. »

Sans « planque alimentaire » comme il dit, les comédiens pourraient moins (voire plus du tout) créer. Thibaut Nève souffle donc le chaud et le froid : l’enrichissement quotidien mais aussi le désespoir et les désillusions. Aurait-il souvent eu l’envie d’abandonner ?

Mais il ne faut jamais oublier ses désirs … « Jamais ! Il ne faut jamais oublier la chose pour laquelle on est le plus juste envers soi-même. En ce qui me concerne, c’est le théâtre singulier et fort. » Et dans ses projets, il balade une saga sur Françoise Dolto qui se concentrera sur deux axes de sa vie : son rapport à l’enfance et des conférences données à Montréal en 83. Quatre comédiennes incarneront la médecin-psychiatre à différents moments de sa vie. Une fois l’écriture achevée, il faudra trouver une scène à Bruxelles. « Au théâtre, les calendriers s’échelonnent à presque deux ans. On va inviter différents théâtres à venir voir un travail d’atelier qu’on va mener pendant dix jours pour convaincre une salle de théâtre de nous accueillir. »

Mais Thibaut est un résistant, un vrai héros de guerre comme le confie Jessica Gazon qui le met en scène dans « Toutes nos mères sont dépressives » : « Thibaut est une vraie machine. Il est toujours en action ou au téléphone ou bien entre deux rendez-vous programmés. Je peux lui dire le maximum de choses et je sais qu’elles seront entendues. C’est quelqu’un d’adorable. Tout en étant différent, on se repose l’un sur l’autre quand on a des coups de mou, des petits coups de déprime. On manque de fonds donc souvent ce n’est pas facile. »

© Luigi Lattuca

 

Amis depuis presque six ans, Thibaut et Jessica ont affronté des tempêtes et prennent tout avec philosophie. Pour eux, le plus important est de transmettre des questions pleines d’émotion. C’est leur sensibilité qui a permis à leurs routes de se croiser. Pour s’en rendre compte, rendez-vous dès mercredi au TTO d’Ixelles (Porte de Namur) pour « Toutes nos mères sont dépressives ».

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2 réflexions sur “Cette comédie qu’on appelle la vie…

  1. Oh minou je ne savais pas que tu avais un blog 😮 je vais éplucher ça !
    Un tout grand merci pour ton commentaire 😉 ❤ je filme avec un réflex numérique, un canon ^^
    Bisous bisous

    • Merci pour ta visite, jolie fleur 😉 J’adore le bruit de ton zoom sur une de tes vidéos (je les ai toutes regardées) quand tu l’avances. Donc avec un Canon, ok.
      Continue comme ça en tout cas !
      Bisous et à très vite.

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