Eric Zemmour en plein choc culturel : il le sait lui-même

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Le nouveau passage d’Eric Zemmour dans le fauteuil de Laurent Ruquier samedi soir est une nouvelle fois l’occasion de s’interroger sur l’ensemble des mathématiques : qui est finalement inclus dans quoi quand les sociétés (comme la France et son « mariage pour tous » récemment) tendent à devenir encore plus progressistes et égalitaires ?

Le choc culturel aboutirait à une plus grande conscience de soi. C’est vrai qu’un vif échange avec Eric Zemmour nous revigore. Quand on est attentif à la société et aux autres, ainsi qu’à leur souffrance et leurs désirs, on ne peut qu’entrer dans le souffle démocrate qui règne dans bon nombre de sociétés européennes depuis des années et défendre bon nombre de droits. On peut monter sur le ring avec un personnage tel qu’Eric Zemmour. L’ex-chroniqueur de Ruquier qui accuse les Roms de mettre la France sans dessus dessous, le mariage homosexuel de déconstruire le tissu social, … et surtout de pointer les droits accordés aux femmes comme premiers responsables de tout ce bordel (car, à cause d’eux, « le pouvoir se dilapide »). Oui, les livres publiés par Zemmour sont ceux avec lesquels les féministes se torchent le cul.

Ici, « choc culturel » est à prendre au sens d’évolution des espèces et des sociétés qui les abritent. Une certaine idée diffuse nous fait croire que si on a la chance de vivre dans une démocratie, nous vivons dans des sociétés progressistes. Large immigration, IVG autorisée, droits des homosexuels élargis, … Les changements des dernières décennies ont été les déclencheurs de chocs culturels importants. Une constante inscrite dans nos histoires et nos cultures occidentales. On peut constater qu’aujourd’hui les clivages sont sociétaux (immigration, mariage gay, adoption pour les couples homosexuels) et plus tellement « sociaux » (au sens, par exemple, de « classes sociales”). L’attitude de Zemmour et d’autres intellectuels conservateurs est-elle à la limite du religieux ou révolutionnaire ? Car l’ex-sbire de « On n’est pas couché » estime qu’il est désormais inclus dans la minorité française, celle qui doit désormais se battre pour redresser la France. Un pays beaucoup plus mis à terre (voir titre de son livre) par ses changements sociétaux que par les évolutions économiques, bien sûr. La morale défendue par Eric Zemmour semblant assez obsolète et les sondages indiquant qu’une majorité de Français étaient pour le mariage homosexuel, ainsi que contre son abrogation, Zemmour semble sentir lui-même qu’il fait du surplace. Il suffit de voir à quel point il fut raillé samedi soir sur le plateau de son ancien employeur, Laurent Ruquier. A ce stade, on dépasse le cadre humain pour atteindre l’ordre divin et quasiment immanent des choses.

Contre les idées reçues, il s’agissait de montrer pour le gouvernement socialiste, à travers le projet de loi sur le « mariage pour tous » par exemple puisqu’il est encore d’actualité (et auquel Zemmour s’opposait) que les couples et les parents de même sexe sont une réalité concrète de la société française. On est donc en plein choc culturel pour les ultraconservateurs. La société avance, ils le sentent mais continuent de freiner des quatre sabots.

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« Ravis par Marine » : le documentaire qui ne réjouit pas tout le monde

Un documentaire proposé lundi par France 3 permettait de revenir sur les raisons du succès du FN. Un succès fait de recettes correctement appliquées. Tout le monde n’est pas à la fête. Ni J-M Le Pen, ni les téléspectateurs.

 

1305677« Etre de droite, c’est d’abord refuser d’être de gauche » : cette phrase de Jean-Marie Le Pen prononcée en 1984 illustre bien pourquoi il n’a pas beaucoup apprécié la dédiabolisation de son parti par un membre de sa famille, la bien-connue désormais présidente du Front National Marine Le Pen. Car l’héritière du parti brouille désormais les pistes et emprunte même à la gauche des parties de son programme. On comprend pourquoi elle s’attire aujourd’hui le mépris de son père.

Lundi soir, un documentaire de 90 minutes (« Ravis par Marine ») a souhaité revenir sur les raisons du succès du Front National et a déchaîné les passions sur les réseaux sociaux. France 3 fut notamment accusée de réaliser la propagande du parti diabolique. Ce document donnait notamment à voir que si Marine Le Pen et le FN fonctionnent de plus en plus (comme l’indiquent les plus récentes élections), c’est parce qu’ils démontrent un certain « tempérament politique ». Cette notion fut introduite par François Goguel, considéré comme l’un des fondateurs de la sociologie électorale. Ce politiste disait que la politique n’est pas seulement nourrie d’idées et d’intérêts, mais aussi de tempéraments. Donc en plus d’être démagogue, Marine Le Pen met en avant des affirmations presque instinctives, en tout cas irrationnelles sur la nature de l’homme et la fin des sociétés. Elle propose des choses beaucoup plus « stables ». Elle met en avant les corrélations sociales. Le FN, c’est quand le politique rencontre le culturel.

Et c’est sans doute ce qui a manqué ces dernières années aux partis traditionnels. Ils ont tous les deux laissé des plumes dans la bataille… Le politique ne cesse de légiférer dans les domaines essentiels de l’être ensemble que sont la morale, les usages de la raison, la justice, le semblable ou le beau en demandant tout simplement aux personnes « du peuple » de les recevoir sous formes d’argumentations simplistes manquant souvent cruellement de psychologique et d’analyse sociologique de terrain.

Un hash-tag mal compris lundi soir

Le terrain, c’est précisément où Marine Le Pen and co sont présents. Le documentaire de France 3 donnait à le voir. Il démontrait également que l’ex-avocate est clairement devenue la star de son parti. Elle est très souvent citée comme « la sauveuse » (dixit Brigitte Bardot) des quartiers sensibles de France, notamment dans cette scène où le FN apprend à ses élus à rédiger un bon communiqué de presse : «Avec Marine Le Pen et le Front National et la liste que conduirai, nous rétablirons la sécurité dans votre quartier». Voilà pourquoi le mot-dièse « MarineLePen » fut mal compris par une grande majorité des internautes ayant tweeté. Cette soirée politique avec débat en direct sur le site de France TV Info disposait d’un mot-clé servant à relier les réactions sur le documentaire entre elles. Alors que le documentaire dévoilait scène inédite sur scène inédite (le FN ayant autorisé la chaîne à filmer sans restriction), les internautes se sont insurgés contre le choix du hash-tag MarineLePen pour des raisons philosophiques différentes. Hors de question de la placer en « trending topic » (sujet tendance du réseau), elle n’est pas le sujet central du documentaire, propagande déguisée, etc. Le compte Twitter officiel de France 3 s’est juste fendu d’un laconique« Comme précisé dans le débat avant le doc, je ne souhaite ni diaboliser, ni mettre en avant le FN, mais comprendre. » signé du réalisateur Frédéric Biamonti. Les interactions ne furent, hélas, guère présentes. Animer une discussion sur un sujet sensible n’est pas chose aisée et la soirée de lundi l’a, une fois de plus, rappelé.

On rappellera juste en guise de conclusion, aux plus frileux que le savoir est une arme et qu’une chaîne du service public, ayant dans son contrat des missions portant notamment sur l’éducation permanente, compte sur nous pour utiliser notre esprit critique. Rendez-vous en 2017.