Arielle Dombasle et Nicolas Ker : les heureux défis (interview exclusive)

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La princesse lunaire, littéraire et philosophique, vit toujours le même tourbillon facétieux dans son univers cosmopolite qu’elle analyse avec une clairvoyance et une conscience survoltée nous laissant pantois. Arielle soigne son cerveau comme elle soigne son corps et sa silhouette. Difficile de la résumer en quelques lignes tant elle peut passer de la grandiloquence à des choses plus épurées en quelques minutes. Sensible et cultivée, Arielle Dombasle est souvent vue par la presse hexagonale comme une sublime énergumène. En vérité, sa personnalité volatile (la jolie blonde vogue déjà vers un prochain album) est belle, entière et surtout sincère. Entier, Nicolas Ker l’est aussi. Ils chantent actuellement à deux sur « My Love For Evermore », la murder-balad chargée de lancer « French Kiss », le nouveau disque d’Arielle. Entretien dans un chic hôtel parisien avec deux artistes ayant le sens du verbe. 

Arielle capture

Arielle embrasse Nicolas Ker dans le clip « My Love For Evermore ».

Arielle, vous êtes une vraie héroïne de pop culture. Pour vous, qu’est-ce que la pop culture ?

Nicolas Ker : Parlez de vos deux premiers films, ma chérie, parlez des « Pyramides Bleues »… C’est une grande metteur en scène, une artiste de génie.

Arielle Dombasle : (elle rit, touchée) C’est vrai que quand j’ai rencontré Nicolas, il m’a assez parlé magiquement que l’impact des « Pyramides Bleues » avait eu sur son existence. C’est le premier lien évident qui s’est opéré entre nous car il a tellement aimé ce film. Pour moi, ça veut tout dire et ça m’a tout de suite mis avec lui sur la même orbite.

Nicolas : Arielle issue de la pop culture ? Evidemment que c’est une jolie actrice blonde qui joue dans Rohmer et le reste mais j’ai vu ses premiers films qu’elle refuse de montrer et pour moi, c’est un Jean Cocteau au féminin. Les gens ne le voient pas assez.

Arielle : Mais grâce à Nicolas, je vais montrer mes premiers films.

Nicolas : Elle se grime en Barbie alors que c’est Jean Cocteau.

Elle se grime ? Je ne sais pas… Un mot, Arielle ?

Arielle : On m’a reproché assez cette allure de Barbie mais, en même temps, j’y ai assez contribué aussi. J’ai glissé dans ce personnage.

Ces réflexions veulent dire qu’une mue va bientôt s’opérer bientôt ?

Arielle : Déjà le fait que je vais montrer ce que j’ai fait de manière plus ouverte. En réalité, j’aime l’idée d’un continent immergé et secret qui est un peu une forme de ma vérité. Pourquoi pas le mettre à jour ? Jusque ici, ça a été comme une Atlantide et grâce à Nicolas, je…

Nicolas : Non, pas grâce à moi.

Arielle : Si, si. C’est comme ça, l’existence : tout à coup, des sensibilités qui se rencontrent et qui s’éclairent l’une l’autre. Pour citer Cocteau, « on est des papiers révélateurs les uns des autres. »

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« Il faut aller par les chemins qui bifurquent. » (Arielle)

Vous n’avez peur de rien, en fait. On présente souvent Mylène Farmer comme la Madonna française mais on peut dire que c’est plutôt vous l’équivalent frenchy de Madonna. Comme elle, on a l’impression que vous ne vous interdisez rien et vous partez dans tous les sens pour…

(elle coupe) : Je pense que le vrai statut de l’artiste est d’être…

Le fil rouge de sa propre carrière ?

Arielle : Oui et de… Non, même pas penser au mot « carrière » mais à la trajectoire et à la fidélité de soi. Et si on est fidèle à soi-même, on est sauvé. C’est comme tout dans la vie : tout va essayer de vous mettre sur les chemins de la raison, du despotisme de l’efficacité, de la carrière, de la maîtrise et il faut se méfier de ces poisons ! Beaucoup de pauvres artistes sont toujours remis sur les mêmes petits rails dont ils veulent sortir évidemment, car le propre-même de la fertilité créative est cette espèce d’effervescence qui ne doit pas être brimée. C’est l’essence et la manière d’appréhender le monde, en fait. Il faut aller par les chemins qui bifurquent. Moi, dès qu’on me dit « Mais non, ne fais pas ça », ça me donne deux fois plus envie de le faire.

Nicolas : Il faut aussi que la fiction s’occupe du quotidien !

Vous qui voyagez beaucoup avez sans doute remarqué qu’on est passé d’un tourisme élitiste à un tourisme de masse. Les gens voyagent beaucoup plus donc les voyages les définissent. On est dans l’ère du « Je voyage donc je suis ». Qu’en pensez-vous ?

Arielle : Ecoutez, personnellement, j’ai toujours aimé le voyage autour de sa chambre qui me semble, quand même, le plus intéressant de tous mais de temps en temps, changer de continent et traverser des océans pour fendre la jungle, grimper dans des arbres, glisser sur des rivières ou se promener sur une plage… Découvrir des lieux étonnants et imprévisibles et inimaginables, c’est délicieux. Et c’est une bonne chose. En réalité, hélas, ce qui se passe, c’est que le tourisme de masse nous met dans une obligation de voir du pays, une obligation de voir ce qui est beau et on vous désigne de ce qui l’est. On vous met même une cartographie de ce qu’il faut voir. Les gens sont complètement absents à eux-mêmes et au monde qui les entoure. C’est comme si c’était un devoir obligé. Peut-être qu’il y a des gens qui écrivent sur un carnet et qui, ensuite, barrent les lieux qu’ils ont vus.

Nicolas Ker : S’abstraire de la pression sociale, personnellement, ça a été mon premier métier. C’est l’une des choses les plus difficiles au monde. Le premier rôle de l’être humain est de s’abstraire de la fiction sociale. Je suis content, j’y suis arrivé… mais ce fut long.

Nicolas Ker

Arielle : Vous êtes né comme un prince et vous avez tout refusé ! Pourquoi à mes yeux est-il le plus grand chanteur de rock ? Parce qu’il a ce géni fou issu de l’effervescence et qui est l’essence même de la rébellion. C’est tellement rare quelqu’un qui écrit des paroles intelligentes et qui est un vrai compositeur de musique et de mélodie. C’est un double-virtuose.

Nicolas : C’est Arielle, la virtuose de la vie. Elle m’a sauvé de l’ennui, c’est énorme !

On parlait d’autres pays que le vôtre – ou plutôt que les vôtres car vous êtes issues de trois cultures différentes – et je souhaitais vous parler de la Belgique. Elle se languit de vous, Arielle !

Arielle : J’aime beaucoup la Belgique ! Ma marraine y vit, à La Hulpe. Ses filles font du cheval de dressage dans des parcs d’une grande beauté. Quand je vais chez elle, je suis dans de beaux jardins. Je ne dirais pas comme Baudelaire « Triste Belgique » mais il était dans un désespoir très profond. La Belgique l’a rendu fou. Mais ce n’est pas mon cas, je trouve le pays très beau.

Nicolas : J’y suis déjà venu aussi. Je m’y suis déjà produit avec mon groupe Poni Hoax.

Arielle, avez-vous gardé un bon souvenir de votre passage au Centre Culturel d’Uccle pour le « Video Glam Show » en 2010 ?

Oh, c’était bien et très amusant. Je me souviens que nous nous sommes retrouvés dans une Bentley avec Philippe Katerine et nous avons vu un accident en plein milieu d’une forêt. Extraordinairement paniquant, dramatique, horrible. C’était juste après le concert ! Les gens pleuraient, c’était le drame. C’est aussi ça, le souvenir de ce concert en Belgique… C’est nous qui avons appelé les secours. D’ailleurs, j’ai remarqué que les secours belges sont très efficaces.

Un retour chez nous est-il prévu bientôt ? Un happening ou une tournée hors de France avec quelques représentations exceptionnelles ?

Oh, peut-être qu’il y aura ça, oui, sans doute. Pour l’instant, notre prochaine date est au Bus Palladium (Paris, ndlr) le 28 novembre et cela va être filmé pour Arte. La chaîne nous a dit qu’elle avait adoré notre album et voulait capter un concert. Mais j’aime le public belge et je me sens un peu belge de par ma marraine. Et puis, j’ai un autre ami qui compte beaucoup dans ma vie, Henri Graetz qui est un musicien liégeois. Il fait partie des musiciens du prochain album, « Les Rivières Atlantiques« …

Donc vous me donnez l’exclusivité du titre ?

Oui. Nicolas me le permet. Je le réalise avec lui, d’ailleurs. Il est aussi occupé sur un nouvel album en son nom propre. C’est tellement beau, cette pop électro… C’est fait comme cela, live et simplement… Enregistré à Paris et à Marrakech. Nicolas a signé la totalité des paroles et des musiques. L’album est bientôt terminé, ce sera sublime.

(S’étant présenté, dès le début, comme un dandy punk, maussade, tentant de réunir toutes les briques de son être, comme l’archétype-même du poète noir à la tête de groupes alternatifs branchouilles, Nicolas Ker nous dévoile encore une facette de son talent en dévoilant des titres du disque qu’Arielle et lui composent aux petits oignons dans le plus grand secret. Presque rien n’a filtré tant la promotion de « French Kiss » occupe la diva lyrique. Nicolas travaille de manière fine, pointue et underground donc de manière un peu plus aléatoire. Comme ses réponses à nos questions, décousues. Nous écoutons une musique froide, organique et lancinante, Arielle pourra s’y plonger en feignant la mort comme une pin-up qui aime trop.)

Arielle, ici, le côté gai est assez absent pour le moment mais pour votre nouvel album « French Kiss », où figure un duo avec Nicolas Ker, vous réunissez merveilleusement bien les deux pôles de votre âme d’artiste : désabusée dans la poésie et très enjouée, très gaie.

C’est cela. Je pense que la gaieté est la forme suprême. Il faut toujours la préserver. C’est une grâce.

French Kiss

« French Kiss », sorti le 2 octobre 2015.

Ce côté nonchalant qu’on retrouve dans les chansons, c’est vraiment la touche des Hillbilly Moon Explosion (ndlr : le groupe suisse rock qui a produit « French Kiss ») ?

Oui. Les Hillbilly ont été extrêmement ravis que Nicolas interprète « My Love For Evermore ». Evidemment, par rapport à la force de sa propre création, de sa voix, de son style et de son essence, c’était très peu de choses. Il l’a fait comme ça, pour s’amuser, mais tout le monde a tout de suite été très admiratif et heureux de son interprétation. Ce que j’aime en les Hillbilly, c’est leur côté genuin, véritable. Ils sont assez radicaux. Ils aiment le blueberry, le rock and folk, le blues, etc. Ils connaissent très bien cette période et sont également des compositeurs. Ils proposent des revival mais pas des reprises. Oliver écrit tout et ce groupe est homogène et possède beaucoup de force. D’autre part, je suis pour l’instant déjà corps et âme dans mon prochain projet musical : « Les Rivières Atlantiques« .

Avec Nicolas à la composition musicale ?

Arielle : Oui et qui a écrit la totalité des paroles ! C’est un chanteur merveilleux mais très tourmenté.

Vous êtes donc déjà ailleurs ! Quelle sera donc la durée de vie de votre disque actuel « French Kiss » ?

Nous avons encore des dates de concert prévues. Peut-être une tournée en France, je ne sais pas.

D’autres singles vont-ils en être extraits ?

Oui. Déjà « Johnny Are You Gay ? » sera l’hymne du festival cinéma LGBT de Paris « Chéris Chéries ». Et le clip arrive bientôt…

La veille de cet entretien, Arielle Dombasle et Nicolas Ker étaient sur scène à La Cigale. L’indomptable dandy a assuré la première partie en compagnie de son groupe Paris. Un investissement perceptible pas toujours bien encouragé par une salle restée statique. Bien qu’étant rouges comme un baiser romantique (celui qui est le symbole-même de « French Kiss »), les sièges choisis par La Cigale et le tourneur d’Arielle Dombasle n’étaient pas un choix approprié. Mais nouvelle chance de danser et vibrer à l’horizon ! En attendant de la redécouvrir sur une scène belge, Arielle sera en concert au Bus Palladium (Paris, 9ème) le samedi 28 novembre prochain.

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Réservations prochainement ouvertes via le 0033/(0)1 45 26 80 35 du lundi au samedi de 13h à 23h.

Un concert filmé par la chaîne Arte.

Entretien : © Luigi Lattuca

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