2015 a révélé toutes les faiblesses du monde

stop terrorism sign

 

Au revoir 2015. Les défis ont été nombreux cette année et le sont encore plus au fur et à mesure que le temps avance. A force d’attendre, on aura d’autant plus de mal avec radicalisme et surtout, SURTOUT, perte de sens. Comment en est-on arrivés là ?

La méconnaissance des ressorts du  radicalisme, la sous-estimation de la force de l’enseignement et de la culture et de sa capacité de séduction de Daesch expliquent sans aucun doute notre difficulté à appréhender la menace et la panique devant l’intensité de la haine s’étant manifestée en 2015. Le problème est complexe.

1/Prenons tout d’abord l’humiliation ressentie dans le monde arabo-musulman face à cet Occident qui a glorifié la mondialisation sans tenir compte de leurs particularités, de leurs aspirations et de leurs désirs. Résultat ? Grande marginalisation.

2/Les vérités énoncées par Michel Onfray ont dérangé plus d’une personne mais il faut aussi chercher du même côté que lui : l’interventionnisme en Irak, la gestion des crises syrienne et irakienne, la gestion type « contrat à la carte » de nos rapports au Moyen-Orient et avec le monde arabe… L’Occident n’est pas tout blanc. Et Daesch veut désormais laver plus blanc que blanc. Triste ironie.

3/Ce bon vieux capitalisme qui colle tellement à la peau de l’Europe… C’est ça qu’haïssent les islamistes radicaux. Le capitalisme moderne a produit des inégalités, du racisme, des discriminations à l’échelle mondiale, une crise profonde du multiculturalisme car on ne s’en est tout simplement pas occupé ! Aucune vision à long terme, comme dirait l’éminent sociologue Edgar Morin. Nous a-t-on expliqué ce qu’était l’Islam ? Non, les religions sont enseignées de manière cloisonnée dès la maternelle. Comment apprendre à se respecter ? Tant qu’on n’aura pas le courage de se dire tout cela, nous répéterons les mêmes erreurs.

4/Crise en Occident : habile transition pour parler de l’identité des personnes impliquées dans les attentats de Paris et ceux qui se préparaient en Belgique. Ces gens sont, pour la plupart, nés en Europe. Qu’est-ce qui cloche alors ? Cette crise de la jeunesse est une autre conséquence abjecte du capitalisme sans foi ni loi. Tentés de trouver un nouveau souffle romanesque à leur vie car on ne leur donne aucune chance d’émancipation (malgré un diplôme), certains jeunes dépriment, dépérissent et ne savent plus à quel saint se vouer. A un Dieu peut-être alors ? C’est jouer à la révolution face à des conditions qu’on n’accepte plus. Les gens manquent de sens. On ne leur en donne pas non plus. Et si en plus, on coupe de plus en plus dans les budgets culturels et ceux de l’enseignement…

5/Cerise sur le gâteau : le résultat de la démission du politique face à cela c’est qu’en France – et peut-être bientôt ailleurs – des centaines de civils meurent désormais. C’est terrible et rageant comme constat. Les civils paient les pots cassés. Un peu comme avec la crise boursière, la crise économique, la crise financière, appelons-là comme on veut, les conséquences sont les mêmes : une survie plutôt qu’une vie. Nos politiques ont donc du sang sur les mains.

Il y a une défaite dans la mission des politiques et on ne peut avancer dans le même schéma qu’avant. Tant de choses doivent changer. Tout est lié, tout doit progresser en même temps.

Aujourd’hui, l’Europe a besoin d’un plan national d’alliance sociale contre la haine. Toutes les haines. Nous devons faire de la résolution de ce problème une cause internationale. Faire bouger les lignes nécessite bien plus qu’une minute de silence. Et ça commence dès l’école maternelle.

Allez, au revoir 2015.

2016 = bis repetita ? Réponse dans un an !

 

Publicités

Mika : A la recherche de ses origines (interview)

Mika

2015 se referme… L’occasion de remettre Mika à l’honneur car son album « No Place In Heaven » paru en juin dernier ressort dans une version spéciale fêtes de fin d’année – au packaging soigné. Interview derrière la Grand Place de Bruxelles.

Les mots sont au poète ce que le son est au musicien, la glaise au sculpteur, un matériau vivant à façonner avec amour et pour le plaisir – ce qui n’exclut pas la réflexion. Un engagement philosophique qui sied parfaitement à Mika. Son passage à Bruxelles cet été nous l’a prouvé. A l’hôtel Amigo, juste derrière la Grand Place, où il avait réservé début août une très belle suite, le chanteur est arrivé avec du retard mais nous avons été cléments, c’était encore les vacances. Pas du tout prétentieux, le petit prince de la pop britannique (et maintenant française) engage lui-même la conversation en justifiant le surtemps en studio. La rumeur était dans l’air quelques jours avant l’entretien : Mika plancherait déjà sur son prochain album alors qu’il défend actuellement les couleurs d’une nouvelle galette dans toute l’Europe. Ce sont les studios ICP qui ont l’honneur de l’accueillir. L’artiste britannico-libanais n’a jamais été aussi occupé aujourd’hui ! L’occasion toute trouvée de le comparer à une pile électrique… « Je reviens notamment d’un festival à Valence où j’étais face à 35 000 personnes quasiment à moitié nues et d’une moyenne d’âge de 25 ans. », soutient-il. La mise en valeur de cette anecdote tient en une seule phrase : « Je sens une transition : celle où je peux faire des albums comme je veux et d’assister aux événements que je veux, ceux qui ont du relief. Un festival, c’est le sens de la perspective. Mais ce n’est pas facile de faire de la pop quand on se sent stable. » Pourtant, Mika préfère cet état et envoie paître la mélancolie ! Pour preuve, il répond à toutes les questions sur un ton enjoué.

Bienvenue en Belgique. Avez-vous fait des progrès en français depuis « The Voice » ?

Non. Etre entouré de mots français, c’est comme mettre sa main sur le feu. Au début, ça fait très bizarre et après, on s’y habitue (éclat de rire). En tout cas, j’envie Zazie pour ses belles tournures grammaticales. Je la soupçonne d’ailleurs d’utiliser cette arme contre moi pour récupérer des talents que je convoite (rire). Je la regarde assez méchamment quand elle dit de jolies phrases que je suis incapable de faire.

Chez nous, on parle notamment le français mais ce n’est pas la seule langue de Bruxelles. Que pensez-vous de notre capitale ? On dit qu’il existe une vraie curiosité des Bruxellois concernant le culturel. Vous confirmez ?

En tout cas, je la sens dans l’atelier de Walter Van Beirendonck. Ca fait 11 ans que j’utilise ses archives. Ce styliste ose vraiment. Grâce à lui ou Valentino, d’ailleurs, on ose plus. L’art et la musique inspirent beaucoup les hommes. Le dandysme a toujours été inspiré par la musique. Moi, j’aime ce sens. La musique inspire l’art et notamment la mode, pas l’inverse. En tout cas, j’aime beaucoup l’énergie de Bruxelles. Je trouve qu’elle a beaucoup de secrets… Mais peu de bière pour moi en tournée. Ca brûle la voix !

Parlons musique à présent. Vous évoquiez tout de go un nouvel album dont certains morceaux sont enregistrés chez nous. Vous vous sentez d’humeur à déplacer les montagnes !

Aujourd’hui, on construit tellement plus rapidement qu’avant et donc on pense qu’on peut construire des choses plus complexes. C’est faux, c’est juste une impression. Les fondations sont peu solides. D’ailleurs, on a détruit l’idée de carrière. L’enregistrement d’un nouveau disque vient, effectivement, de débuter. Les premiers morceaux sont enregistrés à l’ICP d’Ixelles. Dans ma tête, sa sortie est déjà calée à fin 2016. Si je veux respecter cette date, je dois déjà un peu le faire naître cet été car je vais être très occupé dans les mois à venir. Ce sera un album-concept, un album entre les albums.

On va donc surtout évoquer « No Place in Heaven » paru en juin et une seconde fois ce mois-ci. Le titre « All she wants » présent sur votre nouvel album est-il un hommage au « All that she wants is another baby » du groupe Ace of Base ?

Non mais j’aime bien cette chanson (rire). J’aime Ace of Base, c’est mon côté trash (rire).

« LA MELANCOLIE ? DE LA PORNO-EMOTION ? »

On ressent beaucoup de maturité sur une bonne partie de ces nouvelles chansons. Pour vous, ce sont les crises qu’on traverse qui permettent cela ?

C’est le temps et la perspective plus complexe qui l’accompagne. A 17 ans, on pense écrire une chanson d’amour et, en réalité, ce n’est pas le cas (sourire malicieux). Ca parle plutôt de sexe, de l’obsession d’avoir quelqu’un et c’est moins pétillant avec l’âge. Mais dans la vie, tout n’est pas sinistre et mélancolique. Je déteste la mélancolie. Pour moi, c’est de la porno-émotion. J’ai, en tout cas, développé des choses retranscrivant la façon dont je me vois dans le miroir.

On aurait donc des bulles en moins dans sa vie. Ceci explique pourquoi vous avez dit que ce n’est pas simple de faire de la pop lorsqu’on est stable. Pourtant, la presse a beaucoup décrit cet album comme étant un retour aux sources, une reprise des recettes pop de « The Boy Who Knew Too Much ». Qu’est-ce qui a changé dans cette manière de faire de la pop actuellement ? On imagine que ce n’est pas la même vision des choses.

Cette question est liée à ma vie privée. A un moment donné, j’ai trouvé qu’il était plus facile de gérer ma vie avec un peu plus de transparence. Avant, je pensais que je me sécurisais beaucoup mais c’était l’inverse : je m’isolais de plus en plus… Je m’accepte mieux à présent et j’assume tout ce que je fais tout simplement. Voilà ce qui a changé. Et puis, je me sens à un tournant de ma carrière, ne fut-ce que dans mon lien avec le public. Prenons le double sens de «Boum Boum Boum» par exemple. Les enfants la chantent sans savoir que ça parle de sexe et les adultes la fredonnent également en analysant les paroles. C’est génial !

Vos mots sont-ils parfois associés aux mélodies ? La sonorité influence-t-elle l’écriture ?

Tout à fait. C’est provoqué en même temps. Il y a une synergie entre les mots et la musique.

Parlant d’écriture, on a appris qu’un livre écrit de votre main allait sortir début 2016.

Ce ne sera pas vraiment autobiographique, disons à moitié. Je suis en retard d’ailleurs. Mon éditeur va me tuer !

Quant au prochain album, on imagine que ce ne sera pas un disque de reprises mais si vous deviez vous lancer dans un tel projet, ce serait pour rendre hommage à quel artiste ?

Harry Nilsson. Premièrement car c’est un artiste peu connu et puis car il a influencé les Beatles… et tant d’autres.

Et cette envie de duo avec Kylie Minogue, ça en est où ?

Cela va dépendre d’elle et de son évolution musicale. Elle est à un tournant et doit faire un choix : rester la petite pop princess ou devenir une artiste un peu différente.

Pour terminer, pouvez-vous revenir sur votre tournée, « The Heaven Tour » ?

C’est un retour aux shows Mika complètement théâtraux dont j’ai moi-même dessiné la mise en scène. J’ai trouvé sur internet, via une fan, une troupe de théâtre européenne. Cette admiratrice fabrique donc le spectacle avec quinze artistes de son village ! Comme la tournée se nomme « The Heaven Tour », le thème central en a été le paradis. Ce dernier est comme une usine nucléaire détruite, entre « Mad Max » et Tchernobyl. J’arriverai sur scène à l’intérieur d’une caravane. Le message est donc qu’on cherche le paradis dans les mauvais endroits. Mon opéra-rock à moi.

Et quel est votre paradis à vous ?

Dans une salle vide qui se remplit peu à peu, quelque chose de simple. Ma mère est passée par des montagnes russes et elle a compris le sens de la créativité. Elle a vraiment compris que tant qu’on avait ça, on avait la liberté. Voilà sans doute pourquoi les riches achètent beaucoup d’art de nos jours. Ca me fait peur. Je trouve cette folie des collectionneurs un peu vulgaire. En tout cas, en ce moment, je ne sais pas où j’habite mais je suis content avec ma troupe. Les choix sont pour plus tard.

Interview : © Luigi Lattuca