Qu’est devenu monsieur « Danse des Canards » ?

DSCN5467A l’occasion des 35 ans du titre « La danse des canards », son interprète J.J. Lionel m’accueille chez lui et revient sur son incroyable succès au 3,5 millions d’exemplaires vendus.

 

« C’est la danse des canards, qui en sortant de la mare se secouent le bas des reins et font coin-coin ». Qui n’a pas secoué ses propres reins sur cette (presque) comptine ? Non, inutile de faire le malin… Ringard pour d’autres, terriblement représentatif d’une certaine innocence qui accompagnait le début des années 80 : c’est souvent comme ça qu’on voit cette décennie. On peut donc dire que « La danse des canards » est sorti à la bonne époque. Le titre fête cette année son 35ème anniversaire et à 68 ans, son interprète le chante toujours. Il se nomme en réalité Jean-Jacques Blairon et m’a gentiment accueilli à Soignies en mars dernier juste avant un important déménagement dans la région de Mouscron.

DU NÉERLANDAIS AU FRANÇAIS

 

Quatre grands cadres représentatifs de l’immense succès de « La danse des canards » nous accueillent directement à l’entrée de la maison de J.J. Lionel à Soignies (ville du Hainaut). Plus aussi bouclé qu’à l’époque mais toujours humble et souriant. C’est en fréquentant le monde de la musique que Jean-Jacques Brion de son vrai nom est devenu l’interprète d’un instrumental composé aux Pays-Bas. Il nous raconte : « Dans les années 60, j’étais musicien, j’apprenais la guitare en autodidacte et ai été lauréat du Prix du Conservatoire de Mons de Contrebasse. C’était la période où plein de groupes émergeaient et j’en ai d’ailleurs intégré pas mal. Le premier s’appelait les Raylisters, un nom inventé comme ça. Ils ne jouaient que du blues. J’ai également fait partie de Wallas Collection seconde formation et j’ai ensuite fini par arriver dans l’orchestre d’un accordéoniste tournaisien très célèbre à l’époque, Hector Delfosse. En 1981, au cours d’un bal auquel nous assistions lui et moi, quelqu’un est venu nous demander si on pouvait jouer « De Vogeltjesdans« , un morceau instrumental dont le titre français traduit littéralement est « La danse des petits oiseaux ». On l’a fait et ce morceau a mis une ambiance extraordinaire… Donc la musique existait sans paroles dessus. Voyant la joie des gens, Hector a eu l’idée de mettre des paroles sur la musique. »

Alors chanteur dans l’orchestre d’Hector Delfosse, celui qui s’apprête à devenir J.J. Lionel hésite… Il n’a pas la prétention d’être un artiste et ne s’est jamais rêvé chanteur. Hector l’encourage, trouvant que la chanson lui irait bien. Il se montre si persuasif que Jean-Jacques est convaincu à l’avance du succès de celle-ci. Elle est enregistrée en novembre 1980 et elle fait déjà un mois plus tard danser dans les réveillons du passage à 80 à 81. Née sous le signe du Lion, la nouvelle vedette de 34 ans se choisit alors Lionel comme pseudonyme. « Le début du succès s’est passé en Belgique et la chanson est ensuite partie réaliser sa carrière en France, bien aidée par les rotations que proposait la radio Fréquence Nord à Lille. », se souvient J.J. Lionel. La folie est immédiate. Le temps passe et l’été pointez déjà le bout de son nez. Les Nordistes partant en vacances emmènent avec eux le vinyl et tous les campings s’éclatent sur la chanson.

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La promotion est lancée et occupe tout l’agenda de l’interprète. Ses cheveux frisés, sa moustaches et ses lunettes Ray-Ban sont partout : « Je suis même passé chez Michel Drucker qui était sur TF1 à l’époque ! », s’exclame-t-il. Les ventes se sont envolées et, au final, avec celles également réalisées en Suisse et au Canada, quasiment 3 millions et demi d’exemplaires de « La danse des canards » ont trouvé preneur. Le titre a reçu 5 disques d’or chez nous, dans le pays d’origine de Jean-Jacques, soit une quintuple certification de 500 000 disques vendus dans les pays francophones. « A l’époque, si les gens voulaient entendre la chanson, ils n’hésitaient pas à courir chez le disquaire…d’où toutes ces récompenses. Il existe plus de 30 versions différentes de la chanson mais je ne l’ai chantée qu’en français. »

 

PAS AUSSI RICHE QUE PATRICK HERNANDEZ

Mais les royalties ne profitent pas trop aux interprètes : « Je ne me plains pas du tout mais n’étant que le chanteur et pas l’auteur des paroles ou de la musique, je ne touche aucun centime de droits d’auteur, juste un pourcentage sur les ventes de l’époque qui m’ont permis d’acheter une nouvelle voiture et une maison à Soignies. » Celle qu’il a d’ailleurs quittée depuis pour s’installer à Mouscron… Après l’immense succès, Elver – la maison de disques de l’époque ayant également lancé les groupes Chocolates et Crazy Horse) – a pensé qu’il fallait enfoncer le clou. Elle propose à Jean-Jacques de sortir un deuxième vinyl toujours centré sur la danse animale, « La danse des petits chats« , qui remportera un disque d’or en France. Le succès s’est ensuite estompé même si les galas ont continué… mais à l’entendre, c’est comme si son interprète s’y attendait totalement : « Ça ne m’a pas fait bizarre du tout car je suis toujours resté humble et avec les pieds sur terre. Cela n’a rien à voir avec les dérives des starlettes actuelles qui peuvent voir leur rêve totalement fracassé après un ou deux succès. »

Aujourd’hui, tandis que le titre est encore diffusé sur quelques radios locales et connaît de temps à autre une nouvelle jeunesse techno, J.J. Lionel continue les galas mais n’a pas encore reçu d’invitation de la part de « Stars 80 » : « Peut-être que ma chanson est jugée trop populaire pour eux…Mais j’irai avec plaisir. » En attendant, il s’est lui-même confectionné un album publié il y a trois ans chez A Prod : « Le triple platine de J.J. Lionel », une compilation de chansons enregistrées entre 1980 et 1985 bénéficiant de nouveaux arrangements. En bonus : trois chansons inédites composées par notre homme. Réalisé en un mois à Mons, le disque se vend surtout lors de galas et dans les supermarchés Auchan. Il continue aussi de monter des spectacles avec son épouse dont « C’est la fête au château », un divertissement destiné aux enfants qui tourne depuis dix ans et dans lequel il est clown, magicien et chanteur… avec « La danse des canards » qui clôt le spectacle évidemment. Coin coin.

 

Luigi Lattuca

 

32 versions en langue différente avec un interprète local à chaque fois :

 

Italien : « Il ballo del qua qua ».

Espagnol : « El baile de los pajaritos »

Portugais : « A dança do passarinho »

Allemand : « Ententanz »

Anglais : « Chicken dance »

 

 

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