Myriam Leroy : « Je ne pense pas être quelqu’un de cynique ! » [Interview]

ok-kpt6109 Myriam Leroy arrive au Théâtre de la Toison d’Or. Pour soutenir des comédiens ? Oui, les siens. Ou plutôt ceux qui servent son texte, SA pièce. La première en l’occurrence : « Cherche l’amour » qui débute ce jeudi 27 octobre à 20h30. Le but ? Montrer que l’offre amoureuse made in 2016 devrait nous satisfaire – comme le rayon des chips chez Cora – mais qu’en fait, cela est plus difficile. Les études les plus sérieuses montrent, en effet, que l’ultra-choix a plutôt tendance à paralyser le consommateur. Et les analyses les plus fines peuvent aussi prouver que Myriam Leroy est faite de cynisme (regardez sa timeline Twitter !) alors qu’en fait… elle avoue que non ! Rencontre un lundi matin dans la grisaille bruxelloise.

 

Cette pièce pour le TTO est-elle une commande assez libre ou le thème fut-il imposé d’emblée ?

Nathalie Uffner, directrice du théâtre, m’a proposé d’écrire une pièce et elle avait envie d’un truc romantique, de parler d’amour et d’une aventure dans laquelle chacun puisse se projeter. On connaissait toutes les deux la série anglaise « Date » où des personnages sont filmées dans une conversation in-extenso sans montage et ça parle de rendez-vous amoureux. Ça nous a bien botté ! Ça m’a bien inspiré de pouvoir montrer des gens dans leurs conversations, montrer ce qu’ils cherchent et qu’ils veulent. Nathalie m’a conseillé de creuser là-dedans et je lui ai proposé une série de neuf scénettes où on voit des rendez-vous : des premiers, des derniers et organisés via des réseaux sociaux ou des applications comme Tinder ou AdopteUnMec.

Cette pièce a été nourrie par tout ce que vous avez pu entendre de la bouche de vos amis, à l’instar des scénaristes de feu « Sex and the City » ?

Tout à fait, j’ai absolument pillé les histoires de mes amis ! Je me suis nourrie des histoires qu’on me racontait car je n’ai, pour ma part, jamais fréquenté ces sites même si je les trouve fascinants. Et puis, j’ai assisté aux récits de leurs déconvenues amoureuses. Mon constat ? C’est extrêmement cruel. Les relations amoureuses sont, aujourd’hui, de plus en plus cruelles à cause de la démultiplication de l’offre et la peur de manquer quelque chose. Il y a une angoisse qui tenaille tout le monde à l’idée de louper plein d’autres histoires même si on est en couple. On  a l’impression qu’on peut choisir toutes les caractéristiques du catalogue mais ce dernier n’est qu’une auto-fiction, une mise en forme du réel pas réelle du tout justement. Cela explique les nombreuses déceptions. Mais ce n’est pas une pièce désenchantée. Elle va notamment montrer que sur base d’accidents, on peut se rencontrer !

On sait que vous aimez le cynisme et que vous l’êtes vous-même assez…

Moi, je ne trouve pas (rire) !

Non ? Pas un peu sarcastique ? Mais ce genre d’humour permet de dire des choses vraies. Vous trouvez l’époque très cynique ?

Oui, je trouve mais je n’ai vécu que mon époque donc que dire sur les autres ? Quoique… « Madame Bovary » est encore d’une actualité déconcertante. C’est le jeu social qui est cynique, en fait. Je crois que si je suis cynique, c’est juste en réponse à la cruauté du monde environnant. Je n’aime pas tellement les gens sans cesse cyniques au 1er degré, je ne trouve pas ça très intéressant. Ce qui est sûr, c’est que la pièce a des accents et des élans d’amertume mais j’essaie de faire en sorte que ça se termine bien car je suis, malgré tout, profondément romantique. J’ai envie que la pièce se termine bien mais ce n’est pas parce que les premières rencontres qu’on verra se terminent bien que tout se passera bien après. C’est comme dans les contes de fée finalement… La fin n’est que le début et la tragédie arrive ensuite (rire) !

Donc ce sera une pièce avec de l’introspection ?

Les personnages n’en feront pas mais leur introspection se dessine en creux dans ce qu’il montre. C’est une sorte de jeu de dupes, un bal masqué où les gens essaient de montrer qui ils sont mais pas trop, de prendre des risques mais pas trop… tout en étant très bavards. Il y a énormément de texte et les comédiens ont beaucoup à apprendre mais ils sont excellents. Je ne me fais absolument aucune frayeur à ce niveau-là.

Cela vous donne envie d’être comédienne ?

Je crois que je serai une piètre comédienne car incapable de jouer autre chose que moi-même. Je sais me jouer, jouer mes propres émotions mais pas quelqu’un d’autre. C’est vraiment un métier et les comédiens de la pièce me rappellent à chaque instant qu’on ne s’improvise pas dans le métier.

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Avez-vous participé au choix des comédiens ?

Oui, j’en ai discuté avec Nathalie. Elle me les a imposés entre guillemets car je ne les connaissais tout simplement pas ou juste une partie de leur travail. Nathalie est une formidable directrice d’acteurs et à la première lecture, j’ai été convaincue que c’était le bon choix pour tous. A titre personnel, je souhaitais avoir Myriam Akheddiou que je trouve très fine, très subtile et très sensible. Je suis ravie qu’elle soit là ! Je connaissais le travail de Pierre Poucet qui est hyper drôle, doux et très subtil sur plein de registre différents. Nous avons aussi Marc Weiss que j’avais découvert dans une série télé où il ne pouvait pas démontrer tout l’étendu de son talent et là, il est assez stupéfiant. Et puis Sandy Duret que je ne connaissais pas du tout. Nathalie Uffner a découverte cette nana complètement étonnante dans un café-théâtre. Et l’alchimie prend entre tous ces comédiens qui ont chacun 4 personnages à interpréter. C’est un sacré boulot de transformiste !

Ca fait vraiment référence au fait qu’on peut être une personne différente selon les applications utilisées.

Bien sûr. Et aussi selon la personne face à soi, ça détermine le ton de la relation.

C’était vraiment un sujet dont il fallait se saisir étant donné le nombre hallucinant d’inscrits sur les applications. Les personnes qui ont créé ça doivent dormir dans des draps en or.

Oui, c’est clair ! Et puis, ces applications ont le charme désuet de la petite annonce amoureuse ayant toujours existé. Finalement, ce n’est pas si nouveau que ça.

Mais les annonces ne contenaient pas de photo… Et on devait attendre alors que des applications fonctionnent aussi par repérage, géolocalisation.

Oui (rire). Qui peut consommer là à l’instant T sur le marché sentimental ? C’est très pragmatique.

Vous citiez une série britannique tout à l’heure. C’est une écriture qui vous plaît ?

Oui, je l’aime beaucoup et la trouve hyper moderne. En ce moment, je découvre les épisodes de « Fleabag », nouvellement diffusée sur la BBC. Mais c’est impossible à pitcher car c’est juste la vraie vie d’une vraie fille d’une trentaine d’années assez handicapée des sentiments à cause d’une famille qui l’est tout autant. Elle navigue de relation en relation et c’est extrêmement moderne. Ça peut avoir l’air trash sur papier alors qu’en fait, pas du tout. Pendant une scène, elle se masturbe devant un discours de Barack Obama. Sur papier, j’aurais soupiré mais à l’écran, ça sonne hyper juste. Donc je trouve qu’il y a de plus en plus de personnages féminins de séries qui sont très intéressants, épais et ressemblant aux filles qu’on rencontre tous les jours.

Des points de départ audacieux comme dans cette série que vous citez ou comme dans Jane The Virgin qui part tout sur la virginité et l’insémination artificielle, ne viendraient jamais de la France…

Non, c’est clair. J’estime les Français assez à la traîne dans le domaine des séries télé. Miraculeusement, la Belgique est en train de tirer son épingle du jeu en ce moment et ça fait du bien de voir à l’écran des personnages se parlant comme on se parle dans la vraie vie. Et c’est ce que j’ai essayé de faire dans la pièce : faire dialoguer mes héros de façon crédible et qui nous font penser à des gens qu’on connaît même si j’aurais pu tendre vers le kitch et le monstrueusement drôle, vers l’archétype, … Mais, en fait, la vie est toujours plus dingue que la fiction. C’était important pour moi qu’on puisse croire à ces personnages. Le rire n’est pas nécessairement une fin en soi même si j’espère qu’il sera présent et que les gens passeront un bon moment.

N’oublions pas que c’est souvent pour cela d’ailleurs que le TTO va vers certains auteurs !

Il y a, bien sûr, une ligne éditoriale au TTO, on peut essayer de la transcender mais il faut la respecter. J’ai essayé de respecter ses fondamentaux mais je voulais aussi donner de vraies émotions, les faire grincer des dents, et pas livrer quelque chose de monolithique. En outre, je voulais livrer des sous-propos que je ne souhaitais pas voir dénaturés et ça a été respecté. Le texte n’est pas du tout sacré et les comédiens en font ce qui veulent, le malaxer comme ils le sentent.

Et faire rire, c’est plus difficile que d’émouvoir ?

C’est clair. On pleure tous pour les mêmes choses… ou alors on a de sacrées névroses. On pleure tous sur le même tempo : une rupture amoureuse, la mort d’un proche, … Ciseler un truc comique m’impressionnait beaucoup car c’est plus subtil. On rit de choses différentes et quand Nathalie m’a demandé d’écrire quelque chose, je me suis longtemps dit que c‘était peut-être un peu trop difficile pour moi.

Il y avait une pression du style « Il y a meilleur que moi » pour une perfectionniste comme vous ?

Non, je n’ai pas essayé de me mettre une pression de ce type-là. Rien n’a été pompé sur quoi que ce soit et il y aura toujours certainement mieux ailleurs. Il faut s’affranchir de cela sinon on ne fait plus rien. On reste comme le chat impressionné par les phares d’une voiture.

D’ailleurs, avez-vous d’autres projets de théâtre ?

Non, non (rire). Je poursuis mes activités habituelles et j’ai quelques projets à venir mais pas suffisamment construits pour en parler. Après, la VRAIE pièce à écrire serait « Trois ans plus tard… » ou bien « Sept ans plus tard… ». Pourquoi pas ?

Et vous vous verriez écrire sur quels autres sujets ?

Je trouve que le monde du travail et de l’entreprise est une sortie de microsociété soumise à pas mal de violences, de pression et de cruauté donc ce serait intéressant de produire quelque chose dessus. Ecrire une série ou une pièce tragique ou shakespearienne, même si nous avons The Office, m’intéresserait.

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Interview réalisée par Luigi Lattuca,

Photos prises par Dorian Lohse.

Tribune : « La culture populaire est vecteur de Beauté ! » (gloire à Bob Dylan)

LA CHANSON PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE !

(Tribune de Roger BERTOZZI, conseiller et analyste stratégique pour les questions relatives au Climat et à l’Environnement)

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« Très grande joie à l’annonce du Prix Nobel de Littérature 2016, d’abord pour le lauréat, le magnifique Bob Dylan, mais aussi, et avec force, pour la reconnaissance ainsi donnée, enfin, à la chanson, part intégrante de notre patrimoine littéraire. L’Académie Nobel a loué à juste titre dans son communiqué la poésie de Bob Dylan. Or, la poésie, dans les temps les plus antiques, était indissociable du chant. La poésie grecque, par exemple, est née comme incantation.

Il est extraordinaire qu’il a fallu attendre 2016 pour que le Prix Nobel couronne un chanteur ! Qui ne sait qu’en tous lieux et en tous temps, du cante hondo au ragtime, de la variété au rock, des clubs cubains au rap marseillais, nombreux furent et sont les paroliers, les chanteurs-compositeurs, les artistes de scène dont les textes atteignent les plus hauts niveaux de l’intensité poétique et de ce que nous nommons par conventions la beauté littéraire ? Ce glorieux et joyeux Nobel à Bob Dylan couronne aussi tous ceux qui par leurs chansons ont enchanté et enchantent nos âmes. Et n’oublions pas que pour des millions de jeunes la chanson est le premier accès, parfois le seul accès, à la littérature et à la poésie, c’est à dire à la parole habitée par l’âme et incarnée dans un style. Je vois d’ici venir ceux que ce Prix pour du folk, pour du « populaire » choquera. Il ne faut pas s’y attarder, certains conservatismes sont de simples aveuglements, et le meilleur moyen d’y répondre c’est de ne pas les voir !

Je me souviens que même le très prestigieux Pascal Quignard avait dû faire face à une bronca pour son Goncourt octroyé à des recueils de fragments, et non au sacro-saint roman ( au mépris et de l’art du fragment et du testament des frères Goncourt qui instituèrent leur prix pour toute oeuvre de fiction, et les pensées sont des fictions, indépendamment du genre ). Et puis il y aura sans doute la complainte des thuriféraires de la culture savante. Dieu sait mon amour de la culture savante et de l’érudition ! Mais comment imaginer que l’amour de la culture puisse nourrir le désamour pour telle ou telle forme de culture, et non pas cultiver en nous une plus grande capacité de goûter universellement à la variété merveilleusement infinie des pratiques et des formes culturelles ? La culture populaire est vecteur de beauté et ferment de communion, elle remplit la noble fonction thaumaturgique et initiatrice de tous les arts, elle accompagne les vivants dans les méandres de la destinée et elle fait vivre les morts dans le coeur des restés… N’est-ce pas là la fonction immémoriale de la Poésie dans ses multiples incarnations humaines ? Alors je salue le Poète Dylan et tous ses frères de scène, je félicite l’Académie Nobel pour son choix avisé et je prie tous les grincheux de nous épargner leur chanson ! »

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2012 : Bob Dylan in Los Angeles.

La Belgique à toutes les sauces !

Pas besoin de banque pour lancer un projet. Sylvain, 32 ans, en est la preuve. Ses quatre sauces 100% made in Belgium ont déjà séduit des milliers de papilles. Avant de lancer la cinquième, il racontait pour votre serviteur son parcours et sa rencontre avec le réalisateur du culte « Dikkenek » emballé par le projet « sauce Dallas ». Une vraie success story 100% belge.

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Le teint blanc ou brun, le front élevé, les yeux petits ou grands, on ne le saura pas. « Je m’appelle Sylvain et j’ai 32 ans. » C’est tout ce qu’on saura, c’est le petit côté Daft Punk du créateur de Brussels Ketjep. La Belgique étant un pays réputé pour ses cornets de frites, il fallait aussi mettre la barre très haute pour les sauces. Et un jour en Espagne, en mangeant un croque-monsieur, Sylvain, en fin de vingtaine, a vu l’idée de créer son propre ketchup germer dans sa tête. « Sur le marché, il n’y avait que Heinz ou des marques de supermarchés. Déjà, le nom de Heinz n’est pas très chaleureux et ils ne précisent même pas aux consommateurs dans quel pays d’Europe ils fabriquent le ketchup. » Une fois le nom de Brussels Ketjep trouvé (en hommage à sa ville de cœur), Sylvain fait appel à une entreprise familiale belge qui l’a aidé à fabriquer les quantités qu’il désirait. « Je ne voulais pas du tout avoir le même nombre de bouteilles que les supermarchés. Faire les choses simplement sans business plan était ce que je désirais. »

Les tomates et puis les œufs

Sylvain ne partait pas sans connaissance du marketing car il avait précédemment travaillé au lancement de bières, sodas et chocolat. « J’ai analysé la compétition pour ces produits. Pour le marché de ketchup, on peut dire qu’il n’y en a pas. C’était déjà un bon point. » Mais il faut quand même se distinguer… C’est d’abord sur le goût que notre jeune trentenaire s’est focalisé. Son ketchup contient 50% de tomates fraîches et plus ou moins la même quantité d’épices que la concurrence. A l’automne 2012, des restaurants se montrent assez rapidement intéressés par ce produit made in Belgium. « C’est moins cher de commencer par eux », explique Sylvain. Mais certains établissements lui demandent d’également créer une mayonnaise afin de ne pas avoir un « déséquilibre » pour le choix des sauce à table. En avril 2013, la mayonnaise de Sylvain est prête. L’âme de ce nouveau coulis ? Très peu de sucre. « Les mayonnaises deviennent de plus en plus sucrées, en particulier dans les fast-foods. Pour la mienne, j’en voulais peu et un goût pas trop moutardé ou huileux. La recette dépend aussi des pays… Les Français, par exemple, utilisent moins de jaunes d’œufs que nous. »

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« Ceci n’est pas une sauce »

Ces deux premières sauces sont distribués chez Rob, Deli Traiteur, des boucheries et des épiceries fines entre autres. Un choix stratégique pour son positionnement sur le marché. La troisième, la sauce Dallas, est trouvable chez Carrefour. Dallas… Les plus belges d’entre nous penseront tout de suite à une scène du film « Dikkenek » avec François Damiens. Et bien, c’est de là que part l’idée de création de la sauce Dallas. Après le classique, Sylvain est passé au farfelu. « Un soir, après avoir ingurgité quelques bières, un ami m’a lancé beaucoup d’idées. On en est venus à parler de « Dikkenek » où tout est très décalé. La preuve : la sauce Dallas n’existait tout simplement pas dans la vie. Mais une page Facebook de fans de la sauce Dallas, si. C’est typiquement belge, ça ! Ça m’a vraiment motivé, comme si je percevais une demande. Je voulais que cette sauce pique et qu’on utilise des petits oignons, du paprika et du romarin. » Sylvain va même plus loin : il veut l’avis d’Olivier Van Hoofstadt, le réalisateur de « Dikkenek ». Ce dernier, intrigué, l’invite chez lui pour la dégustation. « Avant de sortir la sauce, j’ai demandé à Olivier comment il voyait la sauce et il m’a répondu en orange, avec du piquant. Nous avons ensuite papoté de tout et de rien et je suis parti en lui déposant la sauce. Deux jours plus tard, il m’a rappelé pour me confier qu’il avait vidé le pot en deux jours. Il m’a même encouragé à ajouter le logo du film sur la bouteille. » Une fois de plus, les commandes sont vite arrivées pour recevoir cette sauce au nom texan. Certains restaurants se sont même mis à créer du filet américain sauce Dallas et trois friteries de Paris la proposent aussi. Et, in fine, c’est la sauce moutarde qui vient agrandir la famille.

Aujourd’hui, Sylvain se permet de savourer son succès mais ne se prend pas la tête avec. « Ce n’est pas le genre des Belges. On célèbre une victoire de football ou de tennis mais le lendemain, on oublie. Nous ne sommes pas du tout chauvins. » Et il peut : certaines personnes ont démontré via les médias sociaux qu’elles amenaient même ses sauces chez Quick désormais ! Ces réseaux resteront sans aucun doute pour lui un très bon moyen de savoir si son prochain bébé plaît. Il confiait, en effet, voici un an travailler sur une cinquième sauce mais préfère en taire le nom. La recette était encore à perfectionner mais le goût déjà sur ses papilles.

Interview > Luigi Lattuca

Halte au gaspillage alimentaire avec une bière brassée contenant du pain recyclé !

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La génération moderne est tournée vers la co-création et le financement participatif. « Brussels Beer Project » fête ce mois-ci son 1er anniversaire ! Cette micro-brasserie verte rue Antoine Dansaert, est née de la base de la puissance communautaire de l’économie verte et du financement participatif. Après les bières « Delta », « Dark Sister » et « Grosse Bertha », la bière « Babylone » fabriquée à partir de pains frais invendus chez Delhaize avait fait sensation. Un processus de création bien « fermenté » ayant servi en 2015 de vitrine au lancement du bar/magasin dans un quartier brassicole réputé.

Réaliser une consommation plus respectueuse et plus responsable, voilà bien un des arguments du marketing de la co-création. Les fondateurs de « Brussels Beer Project » l’ont bien compris. Grâce à une plateforme permettant de lever du capital auprès des internautes, ils ont pu réaliser leur projet d’ouverture d’un espace de dégustation à Bruxelles à l’été 2015. Mais juste avant, ils ont décidé de lancer « Babylone », leur quatrième bière. Sa particularité ? Celle-ci contient du pain frais recyclé.

Sensibilisation au gaspillage

Ce projet entendait bien s’inscrire dans l’idée d’un développement local durable en luttant contre le gaspillage. Le refrain est connu à travers des tonnes de campagnes de sensibilisation : chaque jour, nous gaspillons des denrées alimentaires qui finissent à la poubelle. Le pain représente 12% de la nourriture dont on se débarrasse. D’ailleurs, qui ne s’est jamais autorisé sur la fin ultime des produits de supermarchés lorsque nous déambulons dans les rayons de grandes surfaces ou même de petites boulangeries ? Le Beer Project a réuni différents acteurs pour développer et produire la bière qui contournerait un peu le problème. Pour fournir « la croûte », c’est vers Delhaize que l’équipe s’est tournée. Le pain frais invendu de la journée est récupéré chaque matin, collecté, transformé et conditionné en farine par l’Atelier Groot Eiland situé le long du canal à Bruxelles. Une tâche assez ardue, nous confie Olivier de Brauwere, l’un des deux fondateurs de Beer Project : « Notre équipe est composée de 4 personnes (les fondateurs et les brasseurs de formation dont un ancien chercheur de l’UCL) qui réalisent tout : la conception des recettes et les relations presse/marketing. On va essayer d’institutionnaliser plus nos missions et en particulier la collecte de pains pour pouvoir produire encore plus de produits à l’avenir. Le succès est croissant et donc nous commençons tout doucement à avoir un peu de mal à suivre… » Mais les deux compères restent très motivés pour défendre leur projet qui a reçu le soutien de Bruxelles-Environnement et de la société engagé dans le développement durable « Coduco ».

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Recette complexe

Concrètement, ça donne quoi alors la bière « Baylone » – qui a servi de rampe de lancement de la brasserie ? Antoine Dubois, ingénieur brasseur et ancien chercheur à l’UCL, a développé une recette alliant l’apport du pain et des arômes très fraîches. « La structure de la Babylone est importante et il nous a fallu passer par cinq prototypes, explique Olivier. Il y a des notes de pain toasté – car il est chauffé au four – mélangées à d’autres arômes tirant vers le fruit de la passion. » 16 000 litres et 2 tonnes de pain peuvent remplir 48 000 bouteilles. Une tranche et demie de pain est déposée dans chaque bière.  Tenté ? La bière « Babyone » (et ses grandes sœurs) vous attendent dans les meilleurs bistrots et caves à bières, ainsi que dans les Delhaize de la région bruxelloise. Vous participerez en plus à deux bonnes actions : le recyclage de la nourriture et le soutien de l’économie locale.

« On voulait s’implanter à Bruxelles car il y a pas mal de bars dans cette région. Avoir le nôtre était important car le bar joue un rôle prépondérant dans la découverte de bières. » Parallèlement à ce lancement au centre de la capitale, toute l’équipe du Beer Project réfléchit à distribuer, dans l’avenir, ses créations ailleurs en Belgique…  tout en espérant également convaincre d’autres points de vente alimentaires de collaborer avec eux !  En attendant, ils peuvent se réjouir de leurs exportations réussies. En juin 2015, leurs bières ont débarqué en Norvège après la France, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie… et même le Japon. La liste ne fait que s’allonger. Rien d’étonnant à cet engouement : la bière est la boisson alcolisée la plus appréciée au monde.

Interview > Luigi Lattuca

[Sortie] Où boire du bon thé à Bruxelles ?

Où boire

Le thé serait la boisson la plus consommée au monde. A Bruxelles, il attire de plus en plus de jeunes. Cette semaine, Nestlé commercialise chez nous le fameux breuvage en capsules. L’occasion de rencontrer quelques gérants de salons de thé de la capitale.

Ah, le thé … Comme le café, on trouve de tout : du jus de chaussette au philtre raffiné. La marque Nestlé a décidé de s’emparer de ce marché en plein essor. Il est encore trop tôt pour dire si les Belges accrocheront au concept Special.T mais la nouvelle génération en consomme de plus en plus.

C’est ce qu’avoue Vincent Perpète, le gérant du tearoom ‘Comptoir Florian’ place Saint-Boniface : « Chez les jeunes, l’amour du thé s’est développé. Il y a 17 ans, lorsque j’ai ouvert, ce n’était pas le cas. Aujourd’hui, 90% de ma clientèle est jeune. La nouvelle génération est plus curieuse que ses aînés. Ce sont des jeunes qui varient beaucoup et qui vont dans tous les sens. » Dans son salon où l’on peut goûter 240 variétés différentes, la tendance du moment est aux thés blancs. « Et aux infusions, poursuit-il. Les clients  en consomment énormément et ont pris goût au bio. Quotidiennement, on me demande si j’en propose. » Une influence directe de la presse féminine qui vantent les mérites de certains thés. « Les périodiques lancent les modes ! certifie Vincent. Ils amènent  une clientèle nouvelle mais nous restons honnêtes sur les antioxydants ou les vertus minceurs que contiendraient les thés. On a aussi parlé de thé vert guérisseur du cancer. J’ai déjà vu des gens en détresse me solliciter pour obtenir du thé guérisseur. C’est assez incroyable. »

Une clientèle variée qui vient donc gonfler les bénéfices de ce passionné de thé. « J’explique la progression constante de la consommation par le nombre de lieux ouverts à Bruxelles, confie-t-il. Depuis un peu plus de dix ans, un magasin ouvre chaque année dans la capitale. C’est un métier où il faut s’investir car il faut sans cesse goûter de nouvelles choses. »

Période de gloire du thé

A Bruxelles, les maisons de thé sont concentrées autour du quartier du Bailli. Les commerçants veulent attirer les expatriés qui traînent le plus fréquemment dans les quartiers bobos. Bruno Saive, gérant de ‘La 7ème Tasse’, s’apprête d’ailleurs à recevoir du monde : « Nous sommes dans un pays de culture café donc on vend plus de thé en hiver. La grosse période commence et le point culminant est à Noël. »

Pour lui, pas de panique. Il est sûr de conserver sa clientèle malgré l’arrivée du thé en capsules de Nestlé. « Ce genre de machine ne nous fera pas concurrence, explique Bruno Saive. Cette consommation vise les personnes qui souhaitent acheter du thé moins souvent et le stocker plus longtemps dans leurs armoires. Le thé en vrac dure un mois sinon il n’a plus de saveur. Idem pour le café. La feuille de thé, elle, peut se conserver entre six et douze mois. »

Vincent Perpète ne croit pas beaucoup au succès du nouveau percolateur de la filiale Nestlé : « Le thé marchera moins bien que le café. Au bureau, se faire du café via le Senseo est plus facile. On l’a rendu tendance. En l’achetant, on nous donne l’impression de faire partie d’un club. Le hic avec ce label, c’est toujours le prix. Au bout du mois, si on n’achète que des dosettes, ça revient dix fois plus cher pour le budget. Et puis, les gens deviennent plus sensibles à l’écologie depuis quelques années. »

Une infusion onéreuse

Pour la conservation, Nestlé a opté, une nouvelle fois, pour des capsules en aluminium. Pas de quoi réjouir les défenseurs de l’écosystème. Pascal Lebailly, le chef de direction français de Special.T se justifie : « C’est un aluminium recyclable. Les capsules sont livrées avec un sac pour le recyclage. » Dans une époque où le thé devient peu à peu la boisson favorite des sportifs (dixit Lebailly), Nestlé n’a pas raté le coche. Le principal point de discorde entre la grosse entreprise et les petits commerçants de quartiers reste bien évidemment  le goût. « Dans nos cuisines, le thé acheté dans les salons n’a pas le même goût que lorsqu’il est dégusté dans un commerce, réagit immédiatement Pascal Lebailly. Notre machine propose un bon breuvage en peu de temps avec une option d’infusion. Elle calcule pour le consommateur les températures optimales pour les différentes variétés qui existent. » Avec 100 grammes de vrai thé en vrac, on peut remplir dix fois une théière d’un litre. Ce qui permet de faire plaisir à 60 ou 70 personnes qui seraient conviées à partager un goûter. Économiquement, la différence est assez marquée. Et socialement, le plaisir de partager des pâtisseries artisanales autour d’un thé frais a encore de beaux jours devant lui …