Julie Zenatti : « Le mélange des cultures est une richesse » [Interview]

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A 35 ans, Julie Zenatti chante toujours et termine actuellement une longue tournée entamée en 2014. Avant de dévoiler son nouveau projet, Méditerranéennes, elle se confie par téléphone.

Vous donnez encore quelques concerts dans les prochains jours. Qu’est-ce qui différencie cette tournée de la précédente ?

Les chansons sont d’abord nées sur scène avant d’être dévoilées sur un disque. Ça change énormément le rapport au public et l’énergie scénique. Face à un CD qu’on ne connaît pas, on est dans une émotion différente et l’artiste a envie d’émouvoir, d’être au plus juste d’une émotion afin de créer une histoire et de la faire partager. Cela fait maintenant deux ans que je suis en tournée et je me rends compte maintenant que les gens se sont appropriés les chansons car, depuis, l’album et ses singles principaux sont sortis et ont eu le temps de se faire connaître. J’ai pu vivre la gestation des chansons et ensuite la réception à travers cette tournée. Les gens ont été fidèles et au rendez-vous.

Avec une grosse major derrière soi, cela aurait-il été plus contraignant ? Les grands artistes populaires n’ont presque pas ce luxe… ou alors ils font une exception pour les festivals.

Oui, il y a plusieurs emplois pour les chanteurs. Les indés se font plus découvrir à travers les festivals à thématiques et leur public est très, très curieux. Et puis, on a les artistes qui passent plus à la télé et pour qui la scène est la cerise sur le gâteau, et non le gâteau. Elle vient après, c’est la récompense après de bonnes ventes et des singles bien identifiés. Avec mon dernier album, mon équipe et moi avons réussi à créer une vraie curiosité. Le pari était de faire venir le public dans les salles pour découvrir un disque pas encore sorti. Et puis, aujourd’hui, les réseaux sociaux permettent de faire découvrir les choses en avant-première, en amont. Du coup, on suscite une curiosité qui pousse les gens à se déplacer. Je pense que la musique est un métier d’artisan qui vaut le coup quand on monte sur scène. Bon, concevoir un disque, c’est génial… mais ce n’est pas là qu’on se met, entre guillemets, en danger. julie-zenatti-215x300

La réception du public est donc bel et bien vivante et vous comble ?

Oui sinon ça ne ferait pas deux ans qu’on ne se promènerait pas un peu partout avec cet album. Au départ, on avait programmé 5 ou 6 dates en espérant plus. Et le bouche-à-oreille a fait son travail ! Il y a bientôt deux ans, fin novembre 2014, c’était la première date.

 

« Un artiste plus populaire a droit à la scène après de bonnes ventes.

J’ai inversé la tendance pour mon dernier disque. »

 

Tournée la plus longue de votre carrière alors ?

D’habitude, c’est toujours très concentré sur un même temps et la particularité de celle-ci est d’avoir grandi jour après jour. On a tracé un vrai petit chemin, ville après ville pour passer un peu partout. Grosse satisfaction pour moi et les musiciens de pouvoir vivre ça.

Et avez-vous été invitée à découvrir la nouvelle mouture de la comédie musicale qui vous a révélée, Notre-Dame de Paris ?

Si je suis disponible pour la première (qui a lieu le 23 novembre, NDLR), bien sûr j’irai avec plaisir, évidemment. J’ai hâte de voir dans le rôle d’Esméralda car j’adore la voix d’Hiba Tawaji, et de revoir Daniel Lavoie qui parraine un peu cette nouvelle troupe.

 

« Un nouveau disque sortira en mars 2017. »

 

Quels sont vos autres projets ? Qu’est-ce qui vous attend à présent ?

Un nouvel album commencera à se dévoiler dès ce 18 novembre 2016. C’est un album un peu particulier nommée Méditerranéennes car je collabore avec plusieurs artistes : Rose, Samira Brahmia, Sofia Essaïdi, … Le premier extrait est un duo avec Chimène Badi et il commencera son petit bonhomme de chemin le 18 novembre. Le disque, lui, est normalement prévu en mars 2017. Il rend hommage aux cultures méditerranéennes et à tous ces peuples qui ont voyage, migré et qui se sont rencontrés. Ces peuples qui font les belles couleurs de la France. Ce pays est une belle culture mélangée. J’aime bien dire qu’on vient tous de quelque part et quand on commence à faire le chemin en arrière, on se rend compte à un moment que nous nous sommes peut-être croisés au bord de la Méditerranée…

A l’heure où le concept d’identité revient en force sur le devant de la scène…

julie-zenatti_01_bd-239x300Oui, je me suis étonnée moi-même car j’avais germé l’idée de ce disque il y a presque un an et je percevais une certaine froideur à son encontre. On me disait que ça allait peut-être être un peu compliqué de mélanger les langues et de revendiquer l’identité. Mais, à travers cet album, je n’en revendique pas une. Je rends juste hommage à une culture ayant beaucoup apporté au monde occidental. L’idée est de raconter l’histoire telle qu’elle est, et de fédérer. Je veux qu’on voit l’autre comme un ami car il ne faut pas que des minorités extrêmes deviennent la majorité. Mais j’avoue que ça a été difficile de monter ce projet. Des copines-chanteuses ont accepté, elles se sont fédérées au fur et à mesure et l’énergie de ces personnes a fait le reste pour partager ce message de tolérance, de paix et surtout de richesse. Le mélange des cultures est avant tout une richesse.

Interview > Luigi Lattuca

 

  • En cette fin 2016, des concerts encore à Binche (Belgique) dimanche 27 novembre, à Brunoy le vendredi 2 décembre, au Casino de Jonzac le 17 décembre,
  • Puis à la  salle Charles Trenet de Chauvigny le 28 janvier 2017 et à Epernon (28) – Salle des Prairiales le samedi 4 février 2017.

Découvrez Petosaure : « Nous formons un trio dévastateur ! » [INTERVIEW]

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Rencontre à Saint-Germain-des-Prés, avec un nouveau groupe musical : Petosaure. Bientôt à nouveau en concert à Paris, ils semblent chargés d’inspiration. C’était leur tout premier entretien avec la presse pour leur premier album : Le Fantôme de l’Enfant.

Musique très « cold électro », assez organique, pénétrante et vivante au programme du jeune portfolio auditif de Petosaure. Ça palpite, ça donne envie de bouger, d’aimer et de violence ; ça peut donc toucher différents types de personnes. Et cela, c’est plutôt réjouissant. Autour d’une boisson en terrasse, rencontre avec les membres du groupe :

  • Petosaure, le chanteur donnant son nom au groupe,
  • Krispy Krust (Don Coco), percussions et vidéos,
  • Meunier, production, qui a été quasiment muet lors de notre rencontre.

Ils confient d’entrée de jeu que nous sommes le premier média à les interviewer. Let’s go !

Tout d’abord, d’où vient le nom de votre groupe ?

Petosaure : Petosaure est le nom de mon plus ancien ancêtre connu. Il était l’époux de l’unique sœur d’Attila le Hun et un de ses plus proche conseillers. Il a mis a feu et à sang une grande partie de l’Asie Occidentale après l’enlèvement et le meurtre de sa femme. Et ce, avec seulement deux acolytes. Leur ruse et leur force sans comparaison leur permettaient à trois de rivaliser avec des armées de 300 soldats. Peu d’écrits parlent d’eux. Mes parents possèdent encore une dizaine de parchemins, récits de son histoire.

Pour faire court : Petosaure était un roi sorcier assoiffé de vengeance. Son bras droit, un assassin insaisissable du nom de Munihar. Son bras gauche une brute gigantesque, Krespekraut. J’aime penser qu’il s’agit de mon bon Meunier et de mon cher Krispy Krust. Et que nous reformons tous trois un trio aussi dévastateur que celui de mon ancêtre et de ses compagnons.

« Pourquoi nous mettre
des limites et des contraintes ? »

 

Vous faites partie de la “culture bidouilleuse” de l’underground, non ?

Krispy Krust : Pourquoi nous mettre des limites et des contraintes ? Je pense qu’il faut tout faire exploser.

Petosaure : Exactement, nous sommes pour le fait de déranger les gens. Nous aimons l’impertinence et l’insolence. Il y a clairement une provocation dans nos gênes et qui, je pense, est dans le sang de presque chaque artiste. Nous, nous avons pris le parti de ne pas simplement exister dans le monde musical mais également de déranger les gens, de les bousculer. Il faut de l’irrévérence.

Vous faites aussi référence à votre nom ?

Petosaure : Parfaitement. Le nom du projet est un test. Si vous vous y arrêtez, c’est que vous êtes un pauvre con qui devrait arrêter d’écouter de la musique. Si cela vous empêche de passer notre musique par vos médias, quittez ce milieu, vous n’êtes qu’un de ces sceptiques obsédés du packaging qui pourrissent ce système. On nous demande souvent de changer le nom. Ça ne se fera pas et si il fait chier les gens, c’est avec plaisir.

« La musique de Petosaure a pour vocation
d’appuyer sur nos plaies béantes »

 

Comment définiriez-vous votre musique ?

Petosaure : Petosaure ne peut se classer dans un style particulier. Disons qu’il s’agisse de chanson française puisque nos paroles sont en français. Hormis cela, nous jouerons la musique qui nous plaît. S’il devait s’avérer que demain nous voulions jouer du zouk ou de la trap, nous le ferions avec la même énergie sombre et distinguable.

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Vous bousculez aussi le public avec votre visuel. Cela semble très important pour vous ? La pochette de l’album Le Fantôme de l’Enfant évoque la peinture, les barbouillis et on perçoit du Francis Bacon.

Nous n’avons pas pensé à lui, ce n’est pas un clin d’œil mais cela aurait pu. Notre visuel est uniquement réalisé par une artiste incroyable, une amie à nous, Jaky La Brune. L’idée serait de distribuer physiquement notre album lors d’un happening commun où elle exposerait ses œuvres et nous notre musique. Ce serait trop génial. C’est une très grande envie.

Le visuel comme les titres de l’album insistent sur la peur et la violence interne à chacun…

Petosaure : Nous sommes tous pareils avec des tares et des fêlures immondes. Si la musique de Petosaure n’a pas de message à délivrer, elle a au moins pour vocation d’appuyer sur nos plaies béantes, d’y mettre du sel et du vinaigre, pour que les gens s’interrogent sur eux même et qui sait peut être que leur laideur pourrait finir par leur plaire.

« On ne joue que la musique
que l’on aime profondément »

 

Vous êtes montés sur scène avec un artiste réputé « génie fou » et iconoclaste, Nicolas Ker.

Petosaure : Oui, le 14 octobre au Batofar pour sa première partie. Nous avons déjà beaucoup joué en Europe sans être Petosaure. Là, on est parti pour une aventure absolument étonnante, nous en sommes convaincus.

Dans quel sens ? Ce sera un partage massif d’émotions avec le public ? On sent votre bouillonnement créatif et on se demande donc si vous n’allez pas profiter du net pour balancer un tas de morceaux qui doivent dormir sur vos disques durs externes.

Krispy Krust : Oui, pourquoi nous en priver ? On est tellement convaincus que ce qu’on fait est génial qu’on a envie de le partager avec les autres. On ne joue que la musique que l’on aime profondément. Si elle est assez bien pour nous, elle l’est pour le reste du monde.

Interview > Luigi Lattuca

  • Le premier album de Petosaure, Le Fantôme de l’Enfant, a été enregistré et mixé en début d’année. Masterisé par Vincent Hervineau, il est disponible sur la plateforme digitale Bandcamp depuis juin 2016 via le label indépendant La Souterraine.
  • TRACKLIST de l’album Le Fantôme de l’Enfant :1- La Rose et le Revolver
    2- La Gorge du Diable
    3- Love Viseur (feat. Weerdo et Jaky Labrune)
    4- La Traversée
    5- Sa Silhouette
    6- La Cigale
    7- La Plage (feat. N. Horbacz)
    8- Pantagruel
    9- Roiseau
    10 – Docile Amie
  • Concert le 30 novembre 2016 au Motel (Paris, France) – 20 à 23h.

Bruno Madinier et Davy Sardou présentent « Les Vœux du Cœur » à Bruxelles [Interview]

Sympathiques et souriants, les deux comédiens étaient de passage à Bruxelles pour une intense journée promo le 2 novembre 2016. En décembre, ils seront au Centre Culturel d’Auderghem pour une semaine de représentations. Pour moi, ils évoquent « Les Vœux du Cœur » née après le vote de la loi sur le mariage pour tous, le monde du théâtre, la dictature des réseaux sociaux et leurs projets.

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Bienvenue à Bruxelles. Combien de fois êtes-vous déjà venus ici ?

Davy Sardou : C’est ma 3ème fois à Auderghem. Une fois, j’avais joué aussi au Cirque d’Hiver.

Bruno Madinier : C’est ma 3ème fois également et j’ai aussi tourné un film à Bruxelles pendant un mois une fois. C’était « Tombé sur la tête » avec Michèle Bernier où nous avons bouclé quelques scènes extérieures dans Paris sur deux jours avant de mettre le cap sur la Belgique car c’était une co-production belge.

Davy Sardou : On a fait passer Paris pour Bruxelles ? Étonnant.

Bruno Madinier : Oui. Il suffit de trouver des intérieurs intéressants et le tour est joué ! J’avais aussi tourné des scènes d’une série sur Napoléon en Pologne.

Et puis, la France est plus chère…

Bruno Madinier : C’est plus cher, crédits d’impôts et tout ça (rires). Avec une co-production belge, il y a des subventions et des crédits d’impôts. Il y a aussi toute une vague de tournages il y a longtemps en Roumanie, République Tchèque, etc.

Vous avez d’abord présenté « Les Vœux du Cœur » à Paris mais commencer par une tournée, ça vous est déjà arrivé ?

les-voeux-du-coeur-afficheBruno Madinier : Oui, ou par une seule ville de province comme Lyon, oui.

Davy Sardou : Je l’ai déjà testé également. Commencer par une tournée est très confortable. Non pas que Paris est plus difficile que la Province mais la création est presque différente. Le public est peut-être plus ouvert… Y a des régions de France, de Belgique et de Suisse qui sont réellement très accueillantes.

Bruno Madinier : Et puis, il y a beaucoup trop de spectacles à Paris ! (Il se penche vers le dictaphone) Beaucoup, beaucoup trop ! (rire)

Davy Sardou : Et avec deux spectacles qui se suivent dans certains théâtres, on est dans un formatage terrible alors qu’on touche quasiment à la création absolue sur scène. On formate le cerveau ou c’est lui qui s’adapte au cerveau ? A        une époque, on pouvait se concentrer sur un livre très long alors que maintenant les éditeurs dictent la longueur des chapitres !

Bruno Madinier : Si les gens sont passionnés par ce qu’ils font ou ce qu’ils entendent, le temps n’a aucune importance. Par contre, si c’est un peu chiant, le temps a de l’importance.

Davy Sardou : C’est le fameux théorème d’Einstein : « Asseyez-vous à côté de la femme que vous aimez pendant une heure et ça vous paraîtra une minute. Mais si vous mettez une main sur une poêle à frire, ça vous paraîtra une heure. »

« Des hauts membres de l’Eglise catholique se sont déplacés, des associations d’homosexuels catholiques, des associations qui étaient contre le mariage, … La pièce n’est pas là pour donner des leçons et désigner qui a tort et qui a raison. »

DAVY SARDOU

Davy, dans la pièce « Les Vœux du Cœur », vous incarnez un homosexuel et la pièce a été lancée juste après le vote sur la loi autorisant les personnes de même sexe à se marier en France. Ça a fait du bruit ? Des comités anti-mariage sont venus ?

Davy Sardou : On les a invités pour faire avancer le débat ! La pièce est arrivée après le vote de la loi et l’animosité urbaine avait déjà eu lieu. A l’époque où ça a démarré à Paris, ça s’était calmé après le très grand débat de société organisé. Des hauts membres de l’Eglise catholique se sont déplacés, des associations d’homosexuels catholiques, des associations qui étaient contre le mariage, … La pièce n’est pas là pour donner des leçons et désigner qui a tort et qui a raison. Elle est plus sur l’engagement – tous les personnages sont tiraillés – que sur l’autorisation de se marier quand on aime quelqu’un du même sexe que soi.

Bruno Madinier : L’argument de départ, c’est le mariage pour tous mais la question centrale est de savoir ce qu’on va faire pour respecter son engagement et à quoi doit-on faire face pour le maintenir vis-à-vis de quelqu’un ou de sa religion ? Doit-on sans cesse persister dans ses choix ou les adapter ?

Davy Sardou : Dans la pièce, une femme indépendante et courageuse réalise un certain choix de vie et tombe amoureuse de quelqu’un à l’opposé de ses convictions, ce curé ayant choisi Dieu mais s’interroge lui aussi.

Etes-vous croyants ?

Davy Sardou : Oui, je le suis. Croyant mais pas pratiquant, ou du moins à ma manière.

Bruno Madinier : Moi, je ne sais pas…

Davy Sardou : C’est une belle réponse (rires).

Bruno Madinier : Mais on aimerait tous que ça marche derrière (rire).

Davy Sardou : Pas mal de personnes sont assez pragmatiques et vivent très bien avec ça.

Bruno Madinier : Mais, en même temps, même s’il n’y a rien après, la religion a un rôle dans la société qui est de transmettre théoriquement des valeurs positives même si pas mal ont été détournées au cours du temps et de l’histoire. Elles sont mêmes devenues des engagements politiques ! Si elles arrivent déjà à diffuser des valeurs dans la société, pourquoi pas. Ça a un impact positif. Lorsqu’on a joué la pièce au Théâtre La Bruyère en 2015, des gens de tous horizons sont venus nous voir et la pièce a provoqué pas mal de discussions animées après. Pas mal de gens catholiques m’ont confié qu’elle avait amené pas mal de sujets sur la table lors de dîners et qu’elle les avait animés ! La pièce est divertissante mais fait réfléchir une fois sorti de la salle.

« Des gens m’ont avoué avoir pleuré lors de la dernière scène… »

BRUNO MADINIER

C’est d’ailleurs pour ça que vous avez été choisis par le Centre Culturel d’Auderghem !

Davy Sardou : Effectivement, la pièce a parlé à André, le directeur. Non seulement, c’est très bien écrit – et nous sommes bien placés pour en parler car on l’a joué plus de 100 fois  – mais par ailleurs, c’est un vrai parti pris. Et le théâtre est fait pour ça ; c’est un vecteur social et actuel.

Bruno Madinier : Lors de la dernière scène, je prononce un sermon. Des gens m’ont avoué avoir pleuré à ce moment-là !

Davy Sardou : Et puis, beaucoup de gens peuvent se dire « Je ne suis pas concerné car pas croyant et pas homosexuel donc pourquoi j’irais ? »… mais la réalité de la pièce fait qu’on s’y retrouve. On parle surtout du sentiment humain de s’engager dans quoi que ce soit. La pièce va cueillir les spectateurs qui viendront : ils vont se retrouver et être touchés par des personnages qui, au naturel, ne seraient pas proches d’eux.

Bruno Madinier : La pièce ne tranche pas et représente tous les points de vue à travers ses quatre personnages. Par exemple, un homosexuel est totalement en rébellion et l’autre s’interroge sur son abstinence très mal comprise par son compagnon.

En regardant la liste des villes par lesquelles vous êtes passés ou par lesquelles vous allez passer, certaines sont-elles aux mains du FN qui a du mal avec ces sujets ?

Bruno Madinier : Ce n’est pas une énorme tournée alors que c’est un spectacle avec une très bonne presse. Je pense que le sujet a fait peur à plein de villes. Les directeurs de théâtre ont eu peur pour de mauvaises raisons. Tout en ayant aimé la pièce, ils se sont demandé ce qu’allaient penser les habitants de leur ville. Or, le spectacle n’est pas pesant et fait beaucoup rire.

Davy Sardou : C’est pour ça qu’il faut rendre hommage à André, le directeur du Centre Culturel d’Auderghem. Il prend des spectacles engagés qui font peur à beaucoup de villes. Dans n’importe quel parti politique, on ne sait pas quoi faire avec certaines thématiques importantes.

Bruno Madinier : C’est pour ça que le théâtre est important, c’est un endroit d’engagement avec des paroles d’auteurs importantes. Si on ne laisse partir en tournée que du vaudeville, on rabaisse le niveau général de l’offre théâtrale.

Davy Sardou : … qui est important aussi. On a beaucoup besoin de ça aussi en se divertissant grâce à des pièces légères mais il faut faire la part des choses : proposer du divertissement et de la réflexion… comme André à Auderghem.

Beaucoup de théâtres bruxellois ont opté pour une saison humoristique cette année après les attentats à Paris et Bruxelles.

Davy Sardou : Bien sûr et on comprend car on constate, nous aussi, à Paris que les spectacles comiques sont ceux qui fonctionnent le plus.

Bruno Madinier : Pas que ! Je suis allé voir Edmond au Palais Royal d’Alexis Michalik qui n’est pas une comédie pur jus et qui cartonne quand même.

Davy Sardou : Mais en tournée, on voit beaucoup de comédies pures…

Bruno Madinier : Elles ne sont pas dangereuses… J’ai un discours militant par rapport à la qualité qu’on offre. C’est important de conserver de la qualité dans le théâtre privé, il ne faut pas toujours aller vers la facilité. On peut rencontrer le succès avec un spectacle au niveau un peu plus épais.

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Et à propos de votre public, allez-vous parfois lire la presse du net qui compte de plus en plus ?

Davy Sardou : On fait très attention à cela car il y en a beaucoup et puis, c’est un excellent moyen de faire du bouche-à-oreille plus que les critiques. Les gens parlent de nous à une tablée ou vont déposer un petit mot gentil ou méchant sur internet s’ils n’ont pas aimé. Pour moi, ça s’apparente plus à une espèce de livre d’or qu’à une critique artistique. Mais il faut aussi se préserver de cela…

Bruno Madinier : On a eu des billets sur des blogs.

Davy Sardou : Et puis, eux ont l’espace et peuvent s’épancher. La place au théâtre dans la presse est assez restreinte. Les gens ne viennent pas vous dire qu’ils n’ont pas aimé après le spectacle mais on a les bons retours directement après une pièce donc, finalement, à quoi bon aller sur le net ? Et il y a un contact avec les comédiens que les gens apprécient… A Auderghem, j’ai vécu des rencontres formidables.

Pousser les comédiens à aller voir le public après une pièce, c’est tendance à l’heure des réseaux sociaux ?

Bruno Madinier : Chacun fait comme il veut et c’est pareil pour les réseaux sociaux. Le cinéma créé de l’appétence par la distance alors que la télé essaie de créer de la proximité tout le temps alors que ça ne sert à rien. Il faut aussi créer un peu de distance pour que les gens aient envie. Je suis très partagé là-dessus.

Davy Sardou : Tout va très vite. Ce qui marque le plus les gens sont les artistes qui font partie des meubles et qui ont donné beaucoup pour créer des souvenirs. Ils ont marqué les gens, ces derniers ont tellement de souvenirs par rapport à leur carrière et pas par rapport à leurs images personnelles sur le net. Et il y avait moins d’occasions de rencontrer les vedettes !

Bruno Madinier : C’est compliqué le rapport au public, on ne peut pas être accessible tout le temps. Comme tout le monde a désormais un smartphone, vous êtes en représentation permanente et c’est chiant. C’est une dictature. Je vous donne un exemple : j’ai croisé un mec l’autre jour et il était accompagné de sa famille. En parlant très fort, il leur a dit : « Vous avez vu, c’est l‘acteur de machin ! ». Je me retourne pour dire bonjour et, presque offusqué, il leur dit : « On voit qu’il n’aime pas nouer contact rapidement. »

Davy Sardou : On vient de donner une interview radio et on s’interrogeait sur le fait de se faire filmer pendant qu’on parle dans un micro-radio. A 8h du matin, on doit donc se faire maquiller pour se faire filmer afin de retransmettre cela à la télé ou sur le net.

Après toutes ces réflexions, que pouvez-vous nous dire sur vos projets ?

Davy Sardou : Après les ultimes représentations des Vœux du Cœur, je démarre mi-novembre les répétitions d’Hôtel des deux mondes, une pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt avec sept autres comédiens. Elle arrive en janvier 2017 au Théâtre Rive Gauche.

Bruno Madinier : J’ai aussi un projet théâtral mais non signé donc j’en parlerai plus tard. Rien à l’horizon concernant la télévision ou le cinéma mais ça pourrait arriver à tout moment.

La question qui vous a poursuivi, c’est « à quand Dolmen 2 » ?

Bruno Madinier : Ce fut une erreur de ne pas le faire. Les auteures ont sorti un nouveau bouquin et il y avait donc matière.

On disait que TF1 a demandé qu’on réécrive plusieurs fois et aurait jeté l’éponge au bout de la 4ème fois à peu près.

Bruno Madinier : Ah bon ? C’est bien dommage…

 

Interview > Luigi Lattuca 

 

 

LA TOURNÉE « Les Vœux du Cœur » encore à :

• à PLAISIR (région parisienne) le jeudi 10 novembre 2016

• à SALON DE PROVENCE (13 ) le Jeudi 1er décembre

• à DOUAI (59) le lundi 5 décembre

• à CANNES le samedi 10 décembre

• à BRUXELLES, au Centre Culturel d’Auderghem, les mardi 13, mercredi 14, jeudi 15, vendredi 16, samedi 17 et dimanche 18 décembre.

Véronique Genest : « Julie Lescaut manque plus au public qu’à moi… » [Interview]

De passage à Binche, Véronique Genest pétillait toujours autant. Interview exclusive entre la salade et la soupe.

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Portrait craché, pièce débutée en janvier à Paris, était de passage unique chez nous vendredi dernier. Explosions de rire nombreuses avec Véronique Genest (et Julien Cafaro de Camping Paradis) qui se régale et rêve de prolongations infinies. « Ca marche du tonnerre et à Binche, c’est complet depuis longtemps. », nous dit-elle après une séance de dédicaces de 20 minutes (ci-dessus) et avant de plonger dans le menu du restaurant où elle nous a demandé de la suivre. « C’est plutôt sympa de faire ça ici, non ? » Mais, hélas, elle perd son sourire quand elle évoque l’annulation d’une dizaine d’autres dates. « Un tourneur belge est venu nous voir à Paris et a trouvé que ça criait trop. Je suis dégoûtée de rester si peu longtemps chez vous. On ne va même pas à Bruxelles, c’est insensé ! Les Belges, qui réclament la pièce sur Facebook, sont le meilleur public, avec les Suisses. Deux publics tellement présents pendant qu’on joue. Je profite de cet entretien pour alerter les programmateurs de votre pays ! » Elle garde d’ailleurs la main mise sur la bouteille de bière posée sur la table pour la ramener à son mari diplômé de Philosophie à Uccle.

 

« Si je devais tomber amoureuse aujourd’hui ? Il aurait 80 ans. »

 

RENDEZ-VOUS AVEC FRANCE 3

Si on peut revoir Véronique Genest par chez nous, c’est surtout car Julie Lescaut a pris fin. Fini les tournages de dernière minute rajoutés par TF1. « Actuellement, je tourne quand je veux et je peux prévoir des tournées de pièces, j’adore ça. »

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Mais à quand de nouveaux rôles télé ? « Bientôt, bredouille-t-elle mystérieuse. J’écris beaucoup et j’ai envie de proposer une mini-série qu’un auteur m’a envoyée à France 3 avec qui j’ai eu des critiques sublimes sur La Bonne Dame de Nancy. J’espère aussi que le public me verra au cinéma. » Mais Véronique Genest serait-elle partante pour une nouvelle série à la Julie Lescaut ? « C’est le rôle qui dicte l’envie de tourner. Si j’en ai un joli qui m’amuse, je ne serais pas contre de tourner 3 ou 4 épisodes par an. Mais tous les rôles sont les rôles de mes rêves. » Et quand on apprend qu’elle trouve Matt Pokora très beau, on lui propose de se réinventer en cougar. « Je vais finir l’interview maintenant (éclat de rire) ! Oh non, je ne veux pas. Si je devais aujourd’hui choisir un mec, il aurait environ 80 ans car je n’ai jamais supporté d’être la plus vieille. »

« JULIE LESCAUT ? ON EN AVAIT FAIT LE TOUR. »

Celle qui restera l’éternelle Julie Lescaut pour le grand public ne semble, en tout cas, pas du tout nostalgique de son ancien rôle : « J’avais quasiment 30 balais quand je l’ai accepté. Après 101 épisodes en 22 ans, je pense qu’on en a fait le tour et je n’avais plus envie des mêmes choses. Les filles de Julie avaient grandi et changé et les scénarios n’étaient plus aussi inventifs. C’était mieux de s’arrêter en plein succès.» Mais elle cite toujours, avec des étoiles dans les yeux, ses audiences de l’époque (8 à 9 millions), celles que TF1 essaie sans doute de retrouver aujourd’hui malgré l’arrivée de la TNT. Elle ne mâche en tout cas pas ses mots sur les fictions d’aujourd’hui : « On se croirait dans Nous Deux parfois, non ? Il faut plus d’innovation, de beaux projets atypiques comme Breaking Bad. Les Américains n’ont pas ce problème. » A elle de lancer le Breaking Bad français alors !

 

© Luigi Lattuca pour La Dernière Heure

 

 

Christophe Beaugrand : « J’aurais adoré présenter ‘Secret Story’ avec Dorothée ! » [Interview]

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L’animateur accro aux réseaux sociaux signe sa deuxième année de présentation au sein de l’émission et se réjouit de l’investissement de PlugRTL dans la production de Secret Story. Rencontre à Paris à la Tour TF1.

Des appréhensions à présenter cette émission l’année passée ?

Oui mais j’adorais car j’ai regardé toutes les saisons de Castaldi donc je savais de quoi j’allais parler. Aujourd’hui, je me pince pour y croire ! Mais j’ai beaucoup bossé tout en me demandant si le public allait m’adopter après un animateur aussi emblématique. Benjamin a heureusement été très bon camarade et m’a donné toute sa confiance. La saison 9 a été énorme sur Plug par rapport aux habitudes d’audience de la chaîne. Ca nous a beaucoup touchés pour le paquebot Secret Story. C’est un terrain de jeu génial pour un animateur. Il n’y a rien que j’aime plus que l’imprévu. Quand votre camarade belge Coralie a quitté spontanément l’aventure l’an passé, on était tous très surpris et on a fait édition spéciale. Il n’y a rien de plus excitant, non ? C’est une émission fatigante qui demande vigilance mais c’est génial.

Vous n’avez pas l’air de vous prendre au sérieux en tout cas. Un point commun avec le peuple belge.

C’est vrai que les Belges ont une autodérision qui me fascine assez. Quand on se moque de ses propres défauts, on peut se permettre de se moquer un peu plus librement de ceux des autres donc c’est plus rigolo (sourire). En tout cas, dans la voix et dans les yeux d’un animateur, on peut voir si celui-ci est sincère ou pas. Le public sait qui vous êtes et j’accepte qu’on ne m’apprécie pas. Pour l’instant, je le suis suffisamment pour avoir du boulot (rire).

Que regardiez-vous plus jeune à la télé ?

J’ai regardé Dorothée très tard mais je connais tous les génériques. Des traces très gravissimes (rire). J’étais également passionné par les interviews politiques, notamment celles de 7 sur 7. Mais il y avait moins d’émissions intergénérationnelles comme Secret Story. C’est un carton sur les 15 – 24 ans. NT1 a été première chaîne de France sur cette cible l’an dernier devant TF1 ou M6. Mon patron est le téléspectateur finalement et s’il est là, ça veut dire contrat rempli.

Vous vous seriez bien vu présenter cette émission avec Dorothée ?

Ah oui, j’aurais adoré. J’aurais pu m’amuser avec elle !

« Les Belges ont une autodérision qui me fascine. »

Vous allez assumer l’émission de A à Z ?

Je travaille tous les jours en visionnant les images de la veille pour la quotidienne du soir. Avec les équipes, on va choisir ensemble les angles et les axes. Je suis un gros bosseur et donc j’écris aussi mes textes avec un auteur.

Et vous réveillez aussi la France tous les matins sur RTL, on peut vous voir dans Ninja Warrior le vendredi et dans 50 Min Inside le samedi.

Le samedi, les interviews sont passionnantes mais coupées ensuite pour montage alors que Secret Story est en direct et que tout peut y arriver.

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Interview > Luigi Lattuca

Conventions séries : nouveau phénomène à prix d’or

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Rencontrer des acteurs de télé à prix d’or : c’est le principe de ces événements devenus véritables phénomènes dans les communautés de fans. Suivez le guide !

Convention : derrière ce terme un peu rigide se cache en réalité de grandes joies… si tant est qu’on puisse se les payer. Une convention est en fait une rencontre organisée avec vos comédiens préférés. Surtout réservé aux phénomènes de la télé, elle prend place dans un endroit réputé (un palais des congrès, un hôtel luxueux ou même Disneyland) et permet aux fans de se faire signer des autographes, prendre en photo et même de poser des questions aux acteurs qui veulent bien se déplacer. Même si rien n’est gratuit, le phénomène va grandissant et ne cesse de faire des petits.

CHER COMME UNE SEMAINE DE VACANCES

Tout a commencé en 2007 avec 100 personnes pour « Buffy Memories » à Paris. Depuis, le concept s’est démocratisé et a prospéré sur les succès de « Twilight », « Supernatural » et « Skins ». L’organisation n’a pas changé et les acteurs tentés de se déplacer sont même de plus en plus nombreux. Une journée de convention débute le plus souvent à 9h pour se terminer à 18h. Entre ces deux timings, le fan acharné peut écouter des interviews de ses comédiens préférés, prendre la pose désirée (en général, les stars jouent le jeu) et faire la file pour le bien connu autographe personnalisé. Mais le prix d’entrée ne donne pas nécessairement accès à toutes ces étapes. Pour chaque envie, le portefeuille doit s’ouvrir. Si les organismes tentent de garder la même gamme de prix pour éviter de trop faire râler les acheteurs, un acteur peut se montrer gourmand. S’il ferait trop pencher la balance du prix d’entrée, les organisateurs nomment alors l’invité « extra-guest » pour être sûrs de ne pas dépasser les moyennes de prix établis sur base des cachets demandés par les acteurs qui vivent aussi désormais de ces rencontres. C’est pour cela que les tarifs sont annoncés après le nom des stars invitées, les négociations pouvant être rudes. Les prix, parlons-en. Ils font l’objet d’une réflexion intense avant de cliquer sur le Pass voulu. Un Pass contient toute une série d’actions avec les acteurs présents. Pour les fans ne se déplaçant que pour un seul d’entre eux, il est souvent plus intéressant de prendre le petit pour pénétrer sur les lieux de la convention (entre 100 et 150€) avec des « extras » (photo, autographe – entre 30 et 50€ pour chaque -, séance de questions, etc.) sur le côté. Et pour être sûrs que les fans déboursent, les organisateurs imposent une série de règles : interdiction de filmer pendant les panels, de prendre des photos/vidéos pendant les shootings/autographes/meetings rooms avec admirateurs et pas de selfies avec un acteur. Avec les transports et le logement, le week-end avec célébrités peut donc coûter autant qu’une semaine de vacances.

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« Once Upon A Time » à Versailles en juin 2014

DU BEURRE DANS LES EPINARDS DES ACTEURS

Cas pratique : GuestEvents, qui a organisé « Witches vs Vampires » (sur les séries « Charmed » et « Buffy ») à Paris les 19 et 20 mars derniers, est un peu plus cher que KLZ Events (qui, eux, préparent une convention « Vampire Diaries », puis une « Arrow »/  « The Flash » à Bruxelles) mais réputé plus intéressant sur ses contenus. A plus de 4400€ le ticket VIP pour leur « Fairy Tales Convention » avec les acteurs de « Once Upon A Time », on espère pour les fans que le contenu en vaut la chandelle (ou plutôt la carte bleue) ! Pas étonnant qu’une bruxelloise qui court les conventions nous confie avoir entendu que beaucoup de personnes n’hésitaient pas à faire des emprunts pour pouvoir s’offrir les badges VIP. Les cachets des vedettes invitées restent, quant à elles, top secrètes.

 

Si les francophones sont ravis de voir débouler des événements-séries en Belgique et France, ce serait en Angleterre que les conventions les plus intéressantes se déroulent. Chez Rogue Events, par exemple, le Pass de base (on le rappelle, juste pour entrer) est facturé 140€ avec l’accès à 2 soirées à thèmes (mais sans  acteurs). Ensuite, il faut compter entre 15 et 25 livres sterling pour un autographe et 20 à 30 pour la photo-souvenir. Mais attention, les guests importantes comme les héros principaux de séries demandent plus, à l’instar de Stephen Amell (le « Arrow ») dont le cliché avait été facturé 70 livres. Certains fans un peu serrés partagent donc une photo à deux pour diviser les frais.

Bien pratique pour les comédiens qui mettent donc du beurre dans leurs épinards tout en étant congratulés pendant tout un week-end. Un baume très lucratif pour l’égo. Et si vous voulez vous y mettre, ce ne sont pas les thématiques qui manquent.

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Holly Marie Combs et Shannen Doherty (Piper et Prue Halliwell dans « Charmed ») 

 

© Luigi Lattuca pour La Dernière Heure

Photos : Florence Roosens

 

 

A VENIR :

 

 

·         Gleek Reunion (Glee) : le 10 et 11 décembre à Paris.

·         A Con (Pretty Little Liars) : le 17 et 18 décembre à Bruxelles.

·         Welcome To The Magic School (Harry Potter) : le 14 janvier 2017 à Paris.

·         Sunny Hell Convention (20 ans de Buffy contre les Vampires) : 15 et 16 avril à Paris.

 

 

Amanda Lear : laissez-la vous divertir…… puisqu’elle vous le demande [Interview]

 

Alors qu’on entre dans l’été, la septuagénaire vit de nouveau une actualité brûlante : un double-album (sorti un 13 mai), une nouvelle pièce de théâtre (qui s’arrête pendant l’été) et peut-être bientôt un concert. Entretien avec une Amanda qui fait les questions et les réponses.

Amanda-Lear

Amanda Lear, reine de la nuit ? Plus vraiment… plutôt reine des soirées. Après les pièces « Panique au Ministère » (qui avait notamment cartonné dans toute la Belgique et sur la RTBF), « Lady Oscar » et « Divina », elle présente au public parisien depuis février « La Candidate », la suite de « Panique » où elle se présente carrément à l’élection présidentielle française de 2017.

Au bout du fil, elle est très heureuse d’aussi parler de son nouvel album, « Let Me Entertain You » (« Laissez-moi vous divertir » pour les non-anglophiles), qu’elle espère porter jusqu’à la scène. Que de croix sur le calendrier ! « Moi, vous savez, vu mon espérance de vie, je ne fais pas trop de projets sur les dix ans à venir. » nous lance-t-elle nonchalamment. Mouais, on a du mal à la croire tant les propositions se bousculent au portillon. Amanda Lear joue donc sur scène à Paris, s’apprête à partir à Rome fin juin pour un film… et vient de sortir un double-album. Chaque interview avec cette croqueuse d’hommes, pardon, de projets  a donc de quoi durer une heure… « C’est très excitant de sortir un album un vendredi 13. Je suis très superstitieuse comme tous les artistes. Normalement, ça porte chance ! » Elle s’y est consacré durant presque toute l’année 2015 alors qu’on lui écrivait une nouvelle pièce. Une année en studio pour un disque pensé dès le départ comme une double compile. « Ca ne m’était jamais arrivé et il était temps de marquer le coup. A force de jouer des rôles comiques et d’enchaîner les pièces, les gens avaient oublié que j’étais chanteuse. J’ai souhaité leur rafraîchir la mémoire et revisiter toute ma carrière musicale. »

 

TOUT POUR LA FRANCE

amanda lear

La pochette du nouvel album de la diva

Un disque pensé pour la scène, le lieu où les gens viennent vous voir pour écouter le nouveau matériel mais également les étoiles d’une couronne et les blessures de guerre. Mais Amanda est plutôt pour un retour au positivisme. « J’ai écrit de nouvelles chansons en français car on me reproche souvent de ne chanter qu’en anglais. Les Français sont vraiment à part. Bref, dans ces nouveaux textes – dont « Couleurs » car je peins beaucoup -, je suis sur des notes optimistes car les temps sont assez noirs. J’ai pris exemple sur Charlie Chaplin ou Tony Bennett. » Et aussi étonnant que cela puisse paraître, cet album du plaisir fut pour l’artiste la première occasion de voir d’authentiques instruments de musique dans un studio ! Adieu les ordinateurs, les machines, les synthés, les boîtes à rythmes et bonjour les clarinettes. Elle l’avait déjà martelé sur la pochette d’un album précédent : « I don’t like disco ! ». De la nouvelle musique qui lui donne des envies de récital, de tournée, de partage avec son public. « Vous savez, c’est quand même mon 18ème album donc j’en ai des centaines, de chansons ! Mais ce n’est pas pour tout de suite. Une fois que vous cartonnez au théâtre à Paris, on vous prolonge sans cesse ! ». Un bémol pour la Lear qui adore le changement et avoue se lasser très vite. « La pièce « La Candidate » fait quasiment salle comble chaque soir malgré les attentats de Paris et de Bruxelles et je m’arrête en juin pour aller tourner dans un film pendant un mois à Rome. Je reprends ensuite à la rentrée jusqu’au début de l’hiver. Puis, stop hein. Je ne vais pas la faire toute ma vie non plus ! » Avant qu’on ne la traite d’ingrate, elle ajoute « Je me rends compte que j’ai beaucoup de chance. Des tonnes d’auteurs me contactent pour m’écrire des projets et je suis ouverte à tout. Ca m’excite de chercher de nouveaux moyens pour faire passer de nouvelles idées. » Nul doute qu’elle donc prépare déjà la suite…

 Interview > © Luigi Lattuca pour La Dernière Heure

 

A quand un retour sur une scène belge ?

 Me lasser vite, dit-elle souvent. On en aurait presque la larme à l’œil… Cela signifie donc qu’Amanda ne viendra pas présenter sa pièce en Belgique ? « Je ne me suis pas encore décidée, nous avoue-t-elle. Les tournées sont fatigantes surtout si elles surviennent après plus de 50 dates à Paris. Dans l’idéal, j’aurais adoré commencer par présenter « La Candidate » dans un autre pays que la France et ainsi venir à Bruxelles et Liège. J’adore le Forum de Liège chez vous ! Le souci, c’est que quand ça marche à Paris, vous êtes coincé. On veut absolument vous garder ! Vous élisez domicile dans le théâtre et vous n’avez plus de soirée pour aller au cinéma ! En plus, la pièce sera prochainement filmée et c’est certainement foutu après pour la Province. Qui paiera encore 40après avoir regardé la pièce sur une chaîne ? C’est dommage pour les Provinciaux car la culture est plus rare chez eux et donc chaque événement en est réellement un. Les gens vont limite chez le coiffeur pour venir vous applaudir ! »

En grande fana des moules-frites, Amanda aimerait sincèrement refouler les scènes belges. Elle a déjà son hôtel attitré près de la Grand Place  de Bruxelles et des tas d’amis aux quatre coins de notre capitale. Le côté blasé et très « soldat » des Parisiens l’ayant lassée, elle a élu domicile en Provence. « Paris est juste un lieu de travail. Tout se passe là mais j’ai besoin de soleil car ça me rappelle l’Italie. » On la quitte donc en lui annonçant que la Belgique a un peu des airs de Italie en ce moment avec un climat très agréable. Au cas où ça lui donne envie d’y revenir… L.L.

 

 

2015 a révélé toutes les faiblesses du monde

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Au revoir 2015. Les défis ont été nombreux cette année et le sont encore plus au fur et à mesure que le temps avance. A force d’attendre, on aura d’autant plus de mal avec radicalisme et surtout, SURTOUT, perte de sens. Comment en est-on arrivés là ?

La méconnaissance des ressorts du  radicalisme, la sous-estimation de la force de l’enseignement et de la culture et de sa capacité de séduction de Daesch expliquent sans aucun doute notre difficulté à appréhender la menace et la panique devant l’intensité de la haine s’étant manifestée en 2015. Le problème est complexe.

1/Prenons tout d’abord l’humiliation ressentie dans le monde arabo-musulman face à cet Occident qui a glorifié la mondialisation sans tenir compte de leurs particularités, de leurs aspirations et de leurs désirs. Résultat ? Grande marginalisation.

2/Les vérités énoncées par Michel Onfray ont dérangé plus d’une personne mais il faut aussi chercher du même côté que lui : l’interventionnisme en Irak, la gestion des crises syrienne et irakienne, la gestion type « contrat à la carte » de nos rapports au Moyen-Orient et avec le monde arabe… L’Occident n’est pas tout blanc. Et Daesch veut désormais laver plus blanc que blanc. Triste ironie.

3/Ce bon vieux capitalisme qui colle tellement à la peau de l’Europe… C’est ça qu’haïssent les islamistes radicaux. Le capitalisme moderne a produit des inégalités, du racisme, des discriminations à l’échelle mondiale, une crise profonde du multiculturalisme car on ne s’en est tout simplement pas occupé ! Aucune vision à long terme, comme dirait l’éminent sociologue Edgar Morin. Nous a-t-on expliqué ce qu’était l’Islam ? Non, les religions sont enseignées de manière cloisonnée dès la maternelle. Comment apprendre à se respecter ? Tant qu’on n’aura pas le courage de se dire tout cela, nous répéterons les mêmes erreurs.

4/Crise en Occident : habile transition pour parler de l’identité des personnes impliquées dans les attentats de Paris et ceux qui se préparaient en Belgique. Ces gens sont, pour la plupart, nés en Europe. Qu’est-ce qui cloche alors ? Cette crise de la jeunesse est une autre conséquence abjecte du capitalisme sans foi ni loi. Tentés de trouver un nouveau souffle romanesque à leur vie car on ne leur donne aucune chance d’émancipation (malgré un diplôme), certains jeunes dépriment, dépérissent et ne savent plus à quel saint se vouer. A un Dieu peut-être alors ? C’est jouer à la révolution face à des conditions qu’on n’accepte plus. Les gens manquent de sens. On ne leur en donne pas non plus. Et si en plus, on coupe de plus en plus dans les budgets culturels et ceux de l’enseignement…

5/Cerise sur le gâteau : le résultat de la démission du politique face à cela c’est qu’en France – et peut-être bientôt ailleurs – des centaines de civils meurent désormais. C’est terrible et rageant comme constat. Les civils paient les pots cassés. Un peu comme avec la crise boursière, la crise économique, la crise financière, appelons-là comme on veut, les conséquences sont les mêmes : une survie plutôt qu’une vie. Nos politiques ont donc du sang sur les mains.

Il y a une défaite dans la mission des politiques et on ne peut avancer dans le même schéma qu’avant. Tant de choses doivent changer. Tout est lié, tout doit progresser en même temps.

Aujourd’hui, l’Europe a besoin d’un plan national d’alliance sociale contre la haine. Toutes les haines. Nous devons faire de la résolution de ce problème une cause internationale. Faire bouger les lignes nécessite bien plus qu’une minute de silence. Et ça commence dès l’école maternelle.

Allez, au revoir 2015.

2016 = bis repetita ? Réponse dans un an !

 

Michel Onfray à Charleroi : le bilan

michel onfray

Ce 29 octobre 2015, à la veille d’Halloween, Michel Onfray était de passage au Pays Noir du Pays du Surréalisme. Lisez à Charleroi, en Belgique. Non pas pour nous faire peur mais nous ouvrir les yeux, une fois de plus.

Que retenir de ce moment de respiration intellectuelle à Charleroi Danses (en collaboration avec le Centre d’Action Laïque de la ville) ?

  • Sur ses relations avec les médias : « Je pourrais passer ma vie dans les médias. J’y vais pour mes défendre des idées minoritaires chez eux et pourtant majoritaires chez le peuple. C’est lui que je veux rencontrer : le peuple d’où je viens. Je ne voudrais pas lui être infidèle. Et c’est pour ça que j’apparais : pour parler de lui. Voilà pourquoi on me voit beaucoup. Mais ceux-ci vous enferment dans une prison. Vous êtes comme ça et c’est tout. Je crois beaucoup au peuple et je pense que les médias ont transformé le peuple en « populace », c’est-à-dire en peuple qui ne sait plus penser. On me reproche beaucoup de choses mais un philosophe constate ce qui est, il n’invente pas. »
  • Sur l’Histoire : « En histoire, il faut penser les longues durées. Plus on voit les choses de loin, plus on les voit de près et mieux. On ne fait de l’histoire que lorsque on se pose la question suivante : Quelle est l’histoire de l’histoire ?« 
  • La pensée & la réflexion : « Quand on pense, on est très vite solitaire car nous sommes dans un monde qui ne pense plus. Pour penser et débattre, il faut des fresques mais pour cela il faut la culture ! La superstructure idéologique, c’est cela : culture, idée, philosophie. »
  • Sur les religions : « La religion est consubstantielle au capital. Si le capital l’exploite, il y aura refuge dans la religion. On sait qu’on est mortel mais on y croit pas. Or, une civilisation est toujours construire sur une spiritualité. L’effondrement des religions, c’est l’effondrement des civilisations. On ne fait pas l’économisme du religieux. Il y aura toujours des gens qui auront besoin d’un « arrière-monde » comme disait Nietzsche. Et donc les athéistes sont toujours une minorité. La figure de l’arrière-monde construit le divin. »
  • Sur Dieu : « Il existe mais est une fiction. La question de la religion pose la question de la laïcité qui pose la question de la théocratie et du politique. Le philosophe est, pour moi, laïc. Dieu existe mais est une aliénation. S’il y a eu fabrication, il peut donc y avoir défabrication. Soyez forts pour que Dieu soit faible. Travaillez sur ce terrain philosophique ! Aucun évangéliste ne l’a jamais connu ! »
  • Sur la Bible : « Le pouvoir était à ceux qui donnaient les direction de lecture de livres religieux. Quand on brûlait les sorcières, on voulait éteindre la sagesse populaire. Eve voulait savoir et sur l’arbre du Jardin d’Eden, poussaient les fruits de la connaissance. Dieu veut qu’elle lui obéisse pour être heureuse et en paix. Eve représente le « vouloir savoir ». Elle veut savoir et mord dans le fruit. La sorcière, c’est l’écho d’Eve. Le laïc à l’époque, c’est elle. De même que Lucifer, l’ange qui s’est rebellé. En plus, étymologiquement, Lucifer veut dire « qui vient de la lumière ».
  • Sur le retour du religieux après le 11 septembre : « Aujourd’hui, on assiste à un retour du religieux. La politique fait rire tout le monde, l’ordre des choses se retrouve donc changé. Le logiciel des années 60, 70 et même 80 n’est plus le même. Et le 11 septembre 2001 est un jour important : on doit choisir entre le Coran de Ben Laden ou la Bible de Bush. Moi, encore une fois, je suis athée et ultra laïc. Je crois à la raison, au débat et à la dialectique… tout en restant attaché au slogan de la République formulé par Robespierre. Avec le 11 septembre, l’Islam a surgi comme une force politique. C’est le retour de la théocratie. Tout le travail d’arrachement de la religion comme affaire publique a été balayé. L’Islam apparaît comme le contraire de ce que propose l’Occident. Notre ignorance d’aujourd’hui nous fait dire que l’Islam est une religion de tolérance, de paix et d’amour. Mais il y a DES Islams, des façons d’être musulmans. Si tu veux augmenter ta foi, augmente ton savoir. L’histoire est toujours faite par les minorités agissantes. Depuis le 11 septembre, c’est le retour de l’esprit des Croisades. Les Occidentaux ont créé le terrorisme à cause de leur impérialisme ! Ne nous leurrons pas : la France est au Mali pour le pétrole. Si elle veut réellement défendre les opprimés, pourquoi ne court-elle pas en Chine, pays où les Droits de l’Homme sont bafoués ? L’Europe n’est pas encore assez libérale pour les politiques. Ces discours tuent des gens. On bombarde sans cesse à présent. Mais à propos de l’Islam, le problème reste le même que pour la religion judéo-chrétienne : il faut dissocier religion et politique, dissocier les affaires de César et celles de Dieu. »
  • Sur l’ouverture aux idées et Marine Le Pen : « On aime juste la tolérance quand on est Charlie en France. J’ai analysé le fait qu’une partie des 30% de gens voulant voter pour Marine Le Pen provient des écœurés du libéralisme, celui qui a promis tant de choses ! La pensée « On vous force à être libre » avec le libéralisme a du plomb dans l’aile. On a rendu cela possible. Le philosophe analyse le réel, il ne l’invente pas ! Si la fille Le Pen arrive au pouvoir, en quelque sorte, ce sera la naissance d’une nouvelle civilisation. Mais les autres partis politiques ont été complices de ça. C’est bien beau de prôner la fraternité à gauche mais ça n’est qu’une idée. Concrètement, comment organiser une fraternité ? Le savent-ils eux-mêmes ? »
  • Sur les philosophes et « les autres » : « J’écoute les gens… mais pas forcément des philosophes. Et faire une thèse sur Foucault, ce n’est pas forcément être philosophe. Aussi, on peut être spinoziste sans avoir lu Spinoza. Pour ma part, j’aime plus discuter avec des pêcheurs ou des agriculteurs. Bien sûr qu’ils ont des choses à dire, on a beaucoup de choses à apprendre d’eux. Ils peuvent en dire beaucoup sur une donnée sociétale. »

Retranscription : Luigi Lattuca

Allô le monde ? Ne te laisse pas aller comme ça…

Allô copie copie Le monde est le reflet de notre esprit.

Un esprit malade voulant guérir par le soutien et la tendresse.

Toutes les grandes idéologies pourvoyeuses de sens ont été critiquées, remises en question. Qui pour nous guider maintenant ? Dans des Etats séparés de l’église, on doit quand même donner du sens à la vie des gens. Au milieu des corruptions, des scandales politiques, de la mise en avant des célébrités sans talent, de l’esprit de compétition, les inégalités croissantes, que reste-il de spirituel ? Un mot devant être pris ici au sens de « plus de sagesse et de réflexion » ? Les personnes qui nous gouvernent ne font rien pour lutter contre les jugements à l’emporte-pièce. La grande marche du dimanche 11 janvier dans toute la France a surtout prouvé une chose : les gens sont désappointés. Le moral déjà bien entamé par cette interminable crise économique et sociale, ils désirent de l’amour et du soutien.