Tribune : « La culture populaire est vecteur de Beauté ! » (gloire à Bob Dylan)

LA CHANSON PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE !

(Tribune de Roger BERTOZZI, conseiller et analyste stratégique pour les questions relatives au Climat et à l’Environnement)

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« Très grande joie à l’annonce du Prix Nobel de Littérature 2016, d’abord pour le lauréat, le magnifique Bob Dylan, mais aussi, et avec force, pour la reconnaissance ainsi donnée, enfin, à la chanson, part intégrante de notre patrimoine littéraire. L’Académie Nobel a loué à juste titre dans son communiqué la poésie de Bob Dylan. Or, la poésie, dans les temps les plus antiques, était indissociable du chant. La poésie grecque, par exemple, est née comme incantation.

Il est extraordinaire qu’il a fallu attendre 2016 pour que le Prix Nobel couronne un chanteur ! Qui ne sait qu’en tous lieux et en tous temps, du cante hondo au ragtime, de la variété au rock, des clubs cubains au rap marseillais, nombreux furent et sont les paroliers, les chanteurs-compositeurs, les artistes de scène dont les textes atteignent les plus hauts niveaux de l’intensité poétique et de ce que nous nommons par conventions la beauté littéraire ? Ce glorieux et joyeux Nobel à Bob Dylan couronne aussi tous ceux qui par leurs chansons ont enchanté et enchantent nos âmes. Et n’oublions pas que pour des millions de jeunes la chanson est le premier accès, parfois le seul accès, à la littérature et à la poésie, c’est à dire à la parole habitée par l’âme et incarnée dans un style. Je vois d’ici venir ceux que ce Prix pour du folk, pour du « populaire » choquera. Il ne faut pas s’y attarder, certains conservatismes sont de simples aveuglements, et le meilleur moyen d’y répondre c’est de ne pas les voir !

Je me souviens que même le très prestigieux Pascal Quignard avait dû faire face à une bronca pour son Goncourt octroyé à des recueils de fragments, et non au sacro-saint roman ( au mépris et de l’art du fragment et du testament des frères Goncourt qui instituèrent leur prix pour toute oeuvre de fiction, et les pensées sont des fictions, indépendamment du genre ). Et puis il y aura sans doute la complainte des thuriféraires de la culture savante. Dieu sait mon amour de la culture savante et de l’érudition ! Mais comment imaginer que l’amour de la culture puisse nourrir le désamour pour telle ou telle forme de culture, et non pas cultiver en nous une plus grande capacité de goûter universellement à la variété merveilleusement infinie des pratiques et des formes culturelles ? La culture populaire est vecteur de beauté et ferment de communion, elle remplit la noble fonction thaumaturgique et initiatrice de tous les arts, elle accompagne les vivants dans les méandres de la destinée et elle fait vivre les morts dans le coeur des restés… N’est-ce pas là la fonction immémoriale de la Poésie dans ses multiples incarnations humaines ? Alors je salue le Poète Dylan et tous ses frères de scène, je félicite l’Académie Nobel pour son choix avisé et je prie tous les grincheux de nous épargner leur chanson ! »

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2012 : Bob Dylan in Los Angeles.

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BeTV boosté à bloc pour sa nouvelle saison !

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Daniel Craig stars as James Bond in SPECTRE.

Le bouquet payant promet de nouveaux voyages et de nouveaux horizons dans ses cartables de rentrée. Voici le programme.

Chaque année, BeTV confie la presse dans un lieu différent. Ce matin, c’est au musée MIMA de Molenbeek que nous avions rendez-vous pour découvrir l’offre 2016 – 2017 des 7 chaînes du groupe. Et le cartable de Be 1, Be 1 +1h, Be Séries, Be Ciné, Ciné+ Premier, Ciné+ Frisson et Ciné+ Classic est bien rempli. Après un travail de visionnage particulièrement dense, qu’ont acheté les acquisiteurs ?

Des séries en pagaille

Même si le teaser qui lançait la conférence mettait plus l’accent sur le cinéma, les chargés de communication et marketing de BeTV mettaient ensuite au bar – et dans leurs dossiers – l’accent sur les séries. Il faut dire qu’il y a de quoi faire sur les quelques 400 productions venues chaque année des Etats-Unis. Et encore plus depuis que des chaînes plus pointues comme Arte ont décidé de s’intéresser à ce qui se fait dans les pays nordiques et britanniques. Dès ce vendredi 2 septembre, Félicity Huffman lance la saison  de Be Séries avec 10 nouveaux épisodes d’American Crime. Damian Lewis (Homeland) lui emboîtera le pas samedi soir avec Billions. La trame consiste à coincer le beau roux pour délit d’initié. Le procureur (incarné par Paul Giamatti) y arrivera-t-il ? On nous la présente comme la nouvelle perle noire de Showtime. Be 1, elle, accueillera de nouveau Sélina Mayer, l’héroïne de Veep qui entre déjà dans sa 5ème année. Diffusion stratégique : un peu avant les prochaines élections présidentielles américaines, soit le 13 octobre.

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Le même mois : « Once upon a time », « Westworld » (série d’HBO – photo ci-dessus) et « Preacher » (série trash d’AMC). Et toujours « Braquo », « Homeland » et « House of Cards » en première exclusivité. On remarque que la chaîne puise de plus en plus dans le catalogue des chaînes câblées américaines et s’est même attribué le label Home of HBO pour Be1. La chaîne Séries est donc particulièrement gâtée cette année car elle fête son 10ème anniversaire. Le groupe se félicite d’ailleurs d’avoir anticipé, à cette époque, le bing-watching (visionnage gourmand de plusieurs épisodes à la suite).

Toujours les Magritte du Cinéma

Et que serait également BeTV sans le cinéma ? On nous annonce, pour passer de belles soirées, Star Wars – Le retour de la force, Marguerite, Mon roi, Le fils de Saul, American Ultra, Joy, 007 Spectre et presque 500 autres films. En plein hiver, nous aurons également droit à la 7ème cérémonie des Magritte du cinéma le samedi 4 février 2017. Un événement qui, grâce à son palmarès, permet de retrouver plusieurs têtes belges dans de plus en plus de fictions françaises que nos chaînes se font d’ailleurs un plaisir de diffuser. Un cercle vertueux. La cérémonie des César emboîtera le pas le 24 février.

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BeTV est également fier de ses documentaires. Intégration Inch’Allah ouvre le bal ce 4 septembre à 21h sur Be1. Suivront Le studio de la terreur (sur la machine de propagande de Daech, Demain (le Césarisé qu’on ne présente plus, vrai carton en Belgique), La collection papillon – Milliardaires pour la bonne cause, Pour qui vote Hollywood ? et enfin Le grand jour (sur l’éducation et l’apprentissage)

 Des divertissements flambants neufs

Le Grand Journal fera toujours de l’actu culturelle et quotidienne mais avec Victor Robert. Le Petit Journal, lui, est désormais présenté par Cyril Eldin qui recevra les gens qui animent le débat public et font l’actualité. Mouloud Achour proposera une alternative à tout cela : Le gros journal, en direct depuis son bureau mobile. Il ira à la rencontre des citoyens pour des interviews annoncées comme « exceptionnelles » et  » à domicile ».

MOULOUD ACHOUR en 4/3

Mouloud Achour – Be 1 – du lundi au vendredi dès le 5 septembre

Ce sera aussi les 10 ans de L’effet Papillon et le baptême de la nouvelle émission d’Antoine De Caunes. Son titre original ? L’émission d’Antoine. Tendances, idées, manifestations, créativité, insolite, …En résumé, du lifestyle fantaisiste.

Vous l’aurez compris, cette année encore, c’est l’offensive pour BeTV. Une offre encore plus complète pas du tout influencée par Netflix ou le net, nous dit-on. Et inutile d’insister.

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AMERICAN CRIME -Saison 2 – dès le vendredi 2 septembre à 20h30

Texte : Luigi Lattuca

Photos : BeTV (presse)

Radio Contact : une rentrée toujours « feel good » !

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Radio Contact est toujours la radio n°1 en Belgique francophone. Forts de ce succès, les animateurs ont, dimanche, fêté tout sourire le lancement de la nouvelle saison. Peu de changements annoncés, une grille stable mais toujours de la bonne humeur !

A la base radio régionale, Radio Contact a l’habitude de sillonner le terrain. Il y a deux jours, Maria, Olivier, Pablo, David et consœurs étaient partis à l’aube de Bruxelles pour rejoindre Charleroi et Liège. L’équipe, devenue pointue dans l’utilisation des réseaux sociaux, s’est nourrie de l’énergie du public venu en masse réclamer un autographe et une photo comme le prouve cette galerie :

 

Le bonheur est dans les habitudes

« Le plus dur n’est pas d’arriver à la première place mais d’y rester », confie Christopher Barzal, directeur de communication chez RTL Belgium. Avec encore 0,6 de points en plus sur la dernière vague CIM (études de marché) en radio, la production offre pour 2016 – 2017 une grille relativement stable à ses auditeurs. On garde l’ADN de Radio Contact (qui a d’ailleurs transpiré sous le soleil ce dimanche en ces heures de chaleur historique).

Maria et Olivier, « voix-chéries des auditeurs », gardent la tranche du 6 – 11h et continueront de réveiller les auditeurs dans le Good Morning. David Antoine conserve son 16 – 20h et Mlle Luna fera de nouveau fonctionner ses platines les vendredis et samedis dès 20h. « Stabilité de la grille pour creuser le sillon de proximité, explique C. Barzal. Les animateurs veulent et revendiquent même l’esprit feel-good. C’est un slogan fort auquel ils tiennent. »

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Toujours 31 Contact News, toujours des chansons mais aussi des événements. Les grosses mobilisations ont également été dévoilées sous des titres-défis : « L’équipe va se faire cloner », « Moins d’embouteillages », « Ils l’ont fait en 80 jours… On le fera en 15 » et le « 16/20 entrera dans l’Histoire de la Belgique ». Tous été pensés en terme de proximité.

L’équipe est en tout cas confiante, le buzz est assuré et les nouvelles recrues se sentent parfaitement intégrées, à l’image de Rosario, le Liégeois qui remplacera Quentin Descotte chaque matin le week-end. « Je me lève à 4h du matin pour rouler jusque Bruxelles, que les gens le sachent », rigolait-t-il dimanche après-midi. « On ne m’a pas demandé de changer que ce soit en tout cas. » 

Réellement une rentrée feel good, oui !

 

Texte et photos : Luigi Lattuca

Christophe Beaugrand : « J’aurais adoré présenter ‘Secret Story’ avec Dorothée ! » [Interview]

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L’animateur accro aux réseaux sociaux signe sa deuxième année de présentation au sein de l’émission et se réjouit de l’investissement de PlugRTL dans la production de Secret Story. Rencontre à Paris à la Tour TF1.

Des appréhensions à présenter cette émission l’année passée ?

Oui mais j’adorais car j’ai regardé toutes les saisons de Castaldi donc je savais de quoi j’allais parler. Aujourd’hui, je me pince pour y croire ! Mais j’ai beaucoup bossé tout en me demandant si le public allait m’adopter après un animateur aussi emblématique. Benjamin a heureusement été très bon camarade et m’a donné toute sa confiance. La saison 9 a été énorme sur Plug par rapport aux habitudes d’audience de la chaîne. Ca nous a beaucoup touchés pour le paquebot Secret Story. C’est un terrain de jeu génial pour un animateur. Il n’y a rien que j’aime plus que l’imprévu. Quand votre camarade belge Coralie a quitté spontanément l’aventure l’an passé, on était tous très surpris et on a fait édition spéciale. Il n’y a rien de plus excitant, non ? C’est une émission fatigante qui demande vigilance mais c’est génial.

Vous n’avez pas l’air de vous prendre au sérieux en tout cas. Un point commun avec le peuple belge.

C’est vrai que les Belges ont une autodérision qui me fascine assez. Quand on se moque de ses propres défauts, on peut se permettre de se moquer un peu plus librement de ceux des autres donc c’est plus rigolo (sourire). En tout cas, dans la voix et dans les yeux d’un animateur, on peut voir si celui-ci est sincère ou pas. Le public sait qui vous êtes et j’accepte qu’on ne m’apprécie pas. Pour l’instant, je le suis suffisamment pour avoir du boulot (rire).

Que regardiez-vous plus jeune à la télé ?

J’ai regardé Dorothée très tard mais je connais tous les génériques. Des traces très gravissimes (rire). J’étais également passionné par les interviews politiques, notamment celles de 7 sur 7. Mais il y avait moins d’émissions intergénérationnelles comme Secret Story. C’est un carton sur les 15 – 24 ans. NT1 a été première chaîne de France sur cette cible l’an dernier devant TF1 ou M6. Mon patron est le téléspectateur finalement et s’il est là, ça veut dire contrat rempli.

Vous vous seriez bien vu présenter cette émission avec Dorothée ?

Ah oui, j’aurais adoré. J’aurais pu m’amuser avec elle !

« Les Belges ont une autodérision qui me fascine. »

Vous allez assumer l’émission de A à Z ?

Je travaille tous les jours en visionnant les images de la veille pour la quotidienne du soir. Avec les équipes, on va choisir ensemble les angles et les axes. Je suis un gros bosseur et donc j’écris aussi mes textes avec un auteur.

Et vous réveillez aussi la France tous les matins sur RTL, on peut vous voir dans Ninja Warrior le vendredi et dans 50 Min Inside le samedi.

Le samedi, les interviews sont passionnantes mais coupées ensuite pour montage alors que Secret Story est en direct et que tout peut y arriver.

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Interview > Luigi Lattuca

#TBT (Throwback Thursday) : Thomas Dutronc et ses textes à l’encre humaine

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En recherche d’intemporalité musicale, Thomas Dutronc nous offrait avant l’été 2015 onze nouvelles chansons. Quatre ans après son précédent disque, il repartait en promotion pour « Eternels jusqu’à demain ». A Bruxelles, il s’était notamment arrêté en ma compagnie à l’hôtel Be Manos (près de Bruxelles-Midi). Longue interview, séance photo inédite : un artiste disponible et romantique.

A 42 ans, pour Thomas, « Éternels jusqu’à demain » était le titre de disque idéal. L’heure des premiers bilans a sonné dans une ambiance jazzy-pop. Grâce à un mix de jazz manouche (dont il a fréquenté l’élite des musiciens aux Puces de Saint Ouen) et de variété, les effluves, les odeurs et les goûts de ce nouveau recueil sont clairs : à écouter sur une couverture rosée déposée dans l’herbe, comme le suggère un des titres. Les mots du disque sont limpides, le chanteur ayant voulu ne pas faire trop de jeux de mots afin d’être immédiatement compris. Une galette élégante réalisée avec harmonie et rythme à Londres avec Jon Kelly (producteur de Paul McCartney et Kate Bush) dans laquelle Thomas Dutronc s’interroge sur ses actions passées, celles qui le constituent, tout en continuant à se montrer séducteur. De simple biographie, le disque passe, au fil de l’écoute des titres, à voyage intérieur et fait naître des tas d’images. Végétant dans son « bain d’introspections », Thomas Dutronc vous invite dans l’eau. A découvrir ou redécouvrir à l’heure où tout est si vite consommé et donc oublié.

T. Dutronc

L.L.

Michel Onfray à Charleroi : le bilan

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Ce 29 octobre 2015, à la veille d’Halloween, Michel Onfray était de passage au Pays Noir du Pays du Surréalisme. Lisez à Charleroi, en Belgique. Non pas pour nous faire peur mais nous ouvrir les yeux, une fois de plus.

Que retenir de ce moment de respiration intellectuelle à Charleroi Danses (en collaboration avec le Centre d’Action Laïque de la ville) ?

  • Sur ses relations avec les médias : « Je pourrais passer ma vie dans les médias. J’y vais pour mes défendre des idées minoritaires chez eux et pourtant majoritaires chez le peuple. C’est lui que je veux rencontrer : le peuple d’où je viens. Je ne voudrais pas lui être infidèle. Et c’est pour ça que j’apparais : pour parler de lui. Voilà pourquoi on me voit beaucoup. Mais ceux-ci vous enferment dans une prison. Vous êtes comme ça et c’est tout. Je crois beaucoup au peuple et je pense que les médias ont transformé le peuple en « populace », c’est-à-dire en peuple qui ne sait plus penser. On me reproche beaucoup de choses mais un philosophe constate ce qui est, il n’invente pas. »
  • Sur l’Histoire : « En histoire, il faut penser les longues durées. Plus on voit les choses de loin, plus on les voit de près et mieux. On ne fait de l’histoire que lorsque on se pose la question suivante : Quelle est l’histoire de l’histoire ?« 
  • La pensée & la réflexion : « Quand on pense, on est très vite solitaire car nous sommes dans un monde qui ne pense plus. Pour penser et débattre, il faut des fresques mais pour cela il faut la culture ! La superstructure idéologique, c’est cela : culture, idée, philosophie. »
  • Sur les religions : « La religion est consubstantielle au capital. Si le capital l’exploite, il y aura refuge dans la religion. On sait qu’on est mortel mais on y croit pas. Or, une civilisation est toujours construire sur une spiritualité. L’effondrement des religions, c’est l’effondrement des civilisations. On ne fait pas l’économisme du religieux. Il y aura toujours des gens qui auront besoin d’un « arrière-monde » comme disait Nietzsche. Et donc les athéistes sont toujours une minorité. La figure de l’arrière-monde construit le divin. »
  • Sur Dieu : « Il existe mais est une fiction. La question de la religion pose la question de la laïcité qui pose la question de la théocratie et du politique. Le philosophe est, pour moi, laïc. Dieu existe mais est une aliénation. S’il y a eu fabrication, il peut donc y avoir défabrication. Soyez forts pour que Dieu soit faible. Travaillez sur ce terrain philosophique ! Aucun évangéliste ne l’a jamais connu ! »
  • Sur la Bible : « Le pouvoir était à ceux qui donnaient les direction de lecture de livres religieux. Quand on brûlait les sorcières, on voulait éteindre la sagesse populaire. Eve voulait savoir et sur l’arbre du Jardin d’Eden, poussaient les fruits de la connaissance. Dieu veut qu’elle lui obéisse pour être heureuse et en paix. Eve représente le « vouloir savoir ». Elle veut savoir et mord dans le fruit. La sorcière, c’est l’écho d’Eve. Le laïc à l’époque, c’est elle. De même que Lucifer, l’ange qui s’est rebellé. En plus, étymologiquement, Lucifer veut dire « qui vient de la lumière ».
  • Sur le retour du religieux après le 11 septembre : « Aujourd’hui, on assiste à un retour du religieux. La politique fait rire tout le monde, l’ordre des choses se retrouve donc changé. Le logiciel des années 60, 70 et même 80 n’est plus le même. Et le 11 septembre 2001 est un jour important : on doit choisir entre le Coran de Ben Laden ou la Bible de Bush. Moi, encore une fois, je suis athée et ultra laïc. Je crois à la raison, au débat et à la dialectique… tout en restant attaché au slogan de la République formulé par Robespierre. Avec le 11 septembre, l’Islam a surgi comme une force politique. C’est le retour de la théocratie. Tout le travail d’arrachement de la religion comme affaire publique a été balayé. L’Islam apparaît comme le contraire de ce que propose l’Occident. Notre ignorance d’aujourd’hui nous fait dire que l’Islam est une religion de tolérance, de paix et d’amour. Mais il y a DES Islams, des façons d’être musulmans. Si tu veux augmenter ta foi, augmente ton savoir. L’histoire est toujours faite par les minorités agissantes. Depuis le 11 septembre, c’est le retour de l’esprit des Croisades. Les Occidentaux ont créé le terrorisme à cause de leur impérialisme ! Ne nous leurrons pas : la France est au Mali pour le pétrole. Si elle veut réellement défendre les opprimés, pourquoi ne court-elle pas en Chine, pays où les Droits de l’Homme sont bafoués ? L’Europe n’est pas encore assez libérale pour les politiques. Ces discours tuent des gens. On bombarde sans cesse à présent. Mais à propos de l’Islam, le problème reste le même que pour la religion judéo-chrétienne : il faut dissocier religion et politique, dissocier les affaires de César et celles de Dieu. »
  • Sur l’ouverture aux idées et Marine Le Pen : « On aime juste la tolérance quand on est Charlie en France. J’ai analysé le fait qu’une partie des 30% de gens voulant voter pour Marine Le Pen provient des écœurés du libéralisme, celui qui a promis tant de choses ! La pensée « On vous force à être libre » avec le libéralisme a du plomb dans l’aile. On a rendu cela possible. Le philosophe analyse le réel, il ne l’invente pas ! Si la fille Le Pen arrive au pouvoir, en quelque sorte, ce sera la naissance d’une nouvelle civilisation. Mais les autres partis politiques ont été complices de ça. C’est bien beau de prôner la fraternité à gauche mais ça n’est qu’une idée. Concrètement, comment organiser une fraternité ? Le savent-ils eux-mêmes ? »
  • Sur les philosophes et « les autres » : « J’écoute les gens… mais pas forcément des philosophes. Et faire une thèse sur Foucault, ce n’est pas forcément être philosophe. Aussi, on peut être spinoziste sans avoir lu Spinoza. Pour ma part, j’aime plus discuter avec des pêcheurs ou des agriculteurs. Bien sûr qu’ils ont des choses à dire, on a beaucoup de choses à apprendre d’eux. Ils peuvent en dire beaucoup sur une donnée sociétale. »

Retranscription : Luigi Lattuca

Sommes-nous tous devenus obscènes avec notre désir de performance plutôt que d’éternité ?

Mona LisaAujourd’hui, on s’investit corps et âme dans sa vie, parfois trop en ayant recours à du botox et un crédit bancaire pour ne manger que bio. Et ensuite le publier sur Facebook et Twitter. C’est ça, en 2015, rester « honorable ». On se veut ainsi très bobo et très ouvert sur le monde et dans le partage avec autrui. Vraiment ? Décorticage avec Odile Cuaz, auteur d’un ouvrage sociologique et sarcastique, « Petit manuel de survie dans un monde obscène », qui soulève des questions éthiques et politiques majeures sur le désenchantement post-moderne.

Quelle est donc cette pensée qui investit notre cerveau ? Nous, devenus obscènes ? Non, nous sommes plutôt beaux, funs, (très) souriants et sympathiques. Pour preuve, toutes nos selfies mises en ligne. Oui mais ces clichés nous permettant justement aussi de nous envier, de nous épier et de « jouer » avec nos amis et notre identité. Bienvenue dans l’ère de la tyrannie du cool. On se « poke », on se « like », on a plein d’amis et on s’affiche très bobo. Très « bobof » aussi selon une expression adorée de la journaliste free-lance parisienne Odile Cuaz. « J’avais envie d’écrire sur la pudeur, les comportements et les modes de vie et j’ai finalement changé de titre, explique-t-elle par téléphone. Il y a aujourd’hui tous un tas de comportements qui flirtent avec l’obscénité : l’irrespect – voire le mépris – de la personne humaine, l’obsession de son assiette, l’hypermatérialisme, … Tous ces thèmes très narcissiques. »

Le livre de la jungle

En dix chapitres, son « Petit manuel de survie dans un monde obscène » (aux éditions Chiflet & Cie) raconte comment nos besoins et nos talents ont viré vers l’autôlatrie (mot savant pour parler de l’adoration pathologique de sa propre personne), le tout-à-l’égo et l’obsession de l’apparence : raconter sa vie, consommer du Q, être décomplexé(e), s’accrocher au boulot, vivre pour bouffer (bien et très cher), rester jeune, trouver son look, choisir sa communauté, être politiquement correct et, in fine, afficher son bonheur. Ce qui gêne par-dessus tout cette auteure, c’est justement cette propagande de satisfaction affichée depuis quelques années par les gens. En plus d’être pesante pour certaines personnes, elle permet à tout-un-chacun de créer sa marque personnelle, de partager son « mythe ». Dans nos sociétés au temps court où on se lasse de tout, le désir de performance a remplacé celui d’éternité. On cherche toujours un boulot plus performant (ou des défis plus grands dans une carrière au sein d’une même société), des plans cul toujours plus chauds, à rendre sa femme toujours plus séduisante, à user de tous les filtres Instagram possibles pour engranger le plus de « like » sur Facebook, etc. On est dans le règne de la discipline, de la victoire… au point de devenir rigide.

FB Like

« C’est de la boboferie, surenchérit Odile. J’adore ce terme. De nos jours, on est tellement tout que ça en devient cliché. C’est le règne du marché : marché du travail, de la séduction, marché des corps. J’achète, je vends. » Il est vrai qu’aujourd’hui, la popularité se bâtit à coups d’images fortes : une dégaine, une petite moue à la Victoria Beckham, quelques sorties décadentes et de bons profils sur des photos largement diffusées; en route pour la gloire ! Le Grand Réseau a permis à tout le monde de se sentir « VIP », de devenir une star. Tout le monde est un people. On fait donc comme les plus connues d’entre eux : on met en scène son existence, vive la transparence. On dit qu’on est sociable mais, en fait, on se promotionne. Le livre cite quelques exemples de ce grand déballage à tous les étalages : les assiettes prises en photo, les émotions livrées à chaud sur les réseaux sociaux, la chirurgie esthétique, le jeunisme et le fait de parler de manière pas franchement complexée des thèmes dits sensibles. A l’époque où le journal intime se gardait jalousement succède celle où on espère de toutes ses tripes être lu. On parle de toutes ses facettes (statut civil, sensibilité politique, orientation sexuelle, cuisine préférée, …) pour affirmer haut et fort son identité ou, mieux encore, sa singularité. « Tout devient vite du prêt-à-penser et c’est regrettable, se lamente Odile Cuaz. Je trouve cela un peu politiquement correct de n’acheter que du 100% made in France ou de manger bio matin, midi et soir. Faire le mouton et afficher « Je suis Charlie » sans connaître le journal aussi. Ca m’agace profondément, c’est très traumatisant mais heureusement, il existe encore des penseurs. »

Les vieux devenus jeunes et vice-versa

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Si le bonheur est une guerre et qu’il faut combattre tous les démons qui pourraient l’entraver (tels la jalousie ou la nostalgie), certains prennent à contre-pied le courant ambiant. Ironie du sort : tout s’inverse. Une grande partie des jeunes est devenue plus prudente, veut se sécuriser en achetant un bien immobilier le plus vite possible. Ils deviennent même parfois un peu réactionnaires en s’opposant au mariage pour tous. A la djeunitude des (presque) quinquas s’opposent des groupuscules louant souvent les valeurs des communautés religieuses. On prétend ainsi fuir le calcul, l’opportunisme et l’aliénation à soi. Sans doute le besoin de retrouver certaines limites quand on voit plusieurs de ses aînés se comporter comme Mick Jagger ou Madonna. L’un des conséquences du libéralisme qui, en plus de toucher l’économie, englobe une certaine idéologie politique et de mœurs. Malgré le mot « liberté » qui s’entend dans ce vocable, nous serions finalement toujours dans une espèce de moralisation : tu vois, la norme, c’est ça et pas autre chose. Arrive alors les catégories toutes faites et les préjugés véhiculés par automatisme. « Cela se ressent par exemple au niveau de la vision actuelle de l’emploi, écrit Odile Cuaz. « Terrorisé à l’idée de basculer dans le chômage, on bosse jour et nuit, on remercie le Ciel d’avoir toujours un travail. » Pourquoi ? Pour ne pas être un looser, un paria, un poète manqué, un raté du système, un irrécupérable. On loue le souci d’efficacité, les saines valeurs du travail, le fait de se bouger. A cela vient se greffer les raccourcis de pensée mesquins, parfois méchants envers les demandeurs d’emploi ou les personnes issues de l’immigration. La rudesse de notre époque nous dédouane vis-à-vis d’un tel comportement.

Comme le confirmait le professeur de Philosophie Florianne Gani en décembre dernier lors d’un séminaire organisé par le Collège international de Philosophie en France, l’homme d’aujourd’hui est habité par la recherche permanente de l’idéal d’authenticité tout en restant égoïste : « Le Narcisse moderne ne renvoie pas à un moi glorieux, mais plutôt à un moi replié pétri d’un fantasme de toute-puissance et d’autosuffisance mortifères faisant fond sur une impuissance fondamentale. En effet, la transformation de la subjectivité par le libéralisme suscite une fragmentation du social où les liens entre les hommes se réduisent et cet isolement donne lieu à un moi appauvri. C’est pourquoi, le phénomène moderne du narcissisme invite aussi à réfléchir sur l’importance du lien social pour fonder une politique destinée à une communauté déliée. »

Etre aspiré par le système

L’auteur du « Petit manuel de survie dans un monde obscène », elle, ne se fait pas d’illusion : elle fait partie des contemporains qu’elle décrit dans son manuel : « Je m’inclus dans ce grand groupe dont je parle donc j’ai un regard parfois tendre sur les choses à l’intérieur de mon livre, avoue Odile Cuaz. Par exemple, je trouve Facebook formidable et j’y passe deux fois par jour… mais les gens qui postent toujours des photos de chat… Mon Dieu ! » Et niveau coquetterie, elle ne lésine pas sur les moyens en adorant consacrer quelques minutes chaque matin à l’association des couleurs de ses différents accessoires. « Je me moque aussi de moi dans le chapitre sur le look. Sans être une bête de mode, je fais attention à ne pas être une grand-mère à 57 ans. Le côté fashionista, en revanche, peut m’exaspérer et surtout les personnes qui méprisent les gens n’ayant pas le it-bag du moment, les chaussures trop tendance et le reste. L’excès nuit en tout. Notre bien-être dépend de notre manière de vivre la vie, ses activités et les relations avec d’autres êtres mais ça en devient totalement obsédant. On ne pense qu’à satisfaire son orgueil. » Et comme l’excès devient la norme, Odile Cuaz a pensé à publier ce petit manuel pour ceux qui souhaiteraient, comme elle, observer ces travers de plus près pour mieux s’en détacher. « Je conseille à tous les lecteurs de rester en éveil, de garder un sens critique et de la distance. Surtout de guetter. Notre monde n’est pas forcément le plus mauvais et vaudra toujours mieux qu’un régime totalitaire donc gardons quand même notre bonne humeur. »

N’oublions pas non plus qu’une certaine distance permet de conserver le désir. Il vaut mieux laisser celui-ci enfermé et rester maître de sa sortie de flacon plutôt que de toujours laisser la fiole ouverte…

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« Petit manuel de survie dans un monde obscène », Odile Cuaz, éditions CHIFLET & CIE, 15€.

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« Ravis par Marine » : le documentaire qui ne réjouit pas tout le monde

Un documentaire proposé lundi par France 3 permettait de revenir sur les raisons du succès du FN. Un succès fait de recettes correctement appliquées. Tout le monde n’est pas à la fête. Ni J-M Le Pen, ni les téléspectateurs.

 

1305677« Etre de droite, c’est d’abord refuser d’être de gauche » : cette phrase de Jean-Marie Le Pen prononcée en 1984 illustre bien pourquoi il n’a pas beaucoup apprécié la dédiabolisation de son parti par un membre de sa famille, la bien-connue désormais présidente du Front National Marine Le Pen. Car l’héritière du parti brouille désormais les pistes et emprunte même à la gauche des parties de son programme. On comprend pourquoi elle s’attire aujourd’hui le mépris de son père.

Lundi soir, un documentaire de 90 minutes (« Ravis par Marine ») a souhaité revenir sur les raisons du succès du Front National et a déchaîné les passions sur les réseaux sociaux. France 3 fut notamment accusée de réaliser la propagande du parti diabolique. Ce document donnait notamment à voir que si Marine Le Pen et le FN fonctionnent de plus en plus (comme l’indiquent les plus récentes élections), c’est parce qu’ils démontrent un certain « tempérament politique ». Cette notion fut introduite par François Goguel, considéré comme l’un des fondateurs de la sociologie électorale. Ce politiste disait que la politique n’est pas seulement nourrie d’idées et d’intérêts, mais aussi de tempéraments. Donc en plus d’être démagogue, Marine Le Pen met en avant des affirmations presque instinctives, en tout cas irrationnelles sur la nature de l’homme et la fin des sociétés. Elle propose des choses beaucoup plus « stables ». Elle met en avant les corrélations sociales. Le FN, c’est quand le politique rencontre le culturel.

Et c’est sans doute ce qui a manqué ces dernières années aux partis traditionnels. Ils ont tous les deux laissé des plumes dans la bataille… Le politique ne cesse de légiférer dans les domaines essentiels de l’être ensemble que sont la morale, les usages de la raison, la justice, le semblable ou le beau en demandant tout simplement aux personnes « du peuple » de les recevoir sous formes d’argumentations simplistes manquant souvent cruellement de psychologique et d’analyse sociologique de terrain.

Un hash-tag mal compris lundi soir

Le terrain, c’est précisément où Marine Le Pen and co sont présents. Le documentaire de France 3 donnait à le voir. Il démontrait également que l’ex-avocate est clairement devenue la star de son parti. Elle est très souvent citée comme « la sauveuse » (dixit Brigitte Bardot) des quartiers sensibles de France, notamment dans cette scène où le FN apprend à ses élus à rédiger un bon communiqué de presse : «Avec Marine Le Pen et le Front National et la liste que conduirai, nous rétablirons la sécurité dans votre quartier». Voilà pourquoi le mot-dièse « MarineLePen » fut mal compris par une grande majorité des internautes ayant tweeté. Cette soirée politique avec débat en direct sur le site de France TV Info disposait d’un mot-clé servant à relier les réactions sur le documentaire entre elles. Alors que le documentaire dévoilait scène inédite sur scène inédite (le FN ayant autorisé la chaîne à filmer sans restriction), les internautes se sont insurgés contre le choix du hash-tag MarineLePen pour des raisons philosophiques différentes. Hors de question de la placer en « trending topic » (sujet tendance du réseau), elle n’est pas le sujet central du documentaire, propagande déguisée, etc. Le compte Twitter officiel de France 3 s’est juste fendu d’un laconique« Comme précisé dans le débat avant le doc, je ne souhaite ni diaboliser, ni mettre en avant le FN, mais comprendre. » signé du réalisateur Frédéric Biamonti. Les interactions ne furent, hélas, guère présentes. Animer une discussion sur un sujet sensible n’est pas chose aisée et la soirée de lundi l’a, une fois de plus, rappelé.

On rappellera juste en guise de conclusion, aux plus frileux que le savoir est une arme et qu’une chaîne du service public, ayant dans son contrat des missions portant notamment sur l’éducation permanente, compte sur nous pour utiliser notre esprit critique. Rendez-vous en 2017.

Sarko show : sa future France ne rassemblera pas tout le monde

Sarkozy face à Delahousse... et à la France de demain Fourbe, Nicolas Sarkozy prétend avoir changé et vouloir rassembler tout le monde. Or, c’est toujours un excellent démagogue. Les exemples sont nombreux mais prenons un des récents débats ayant cristallisé à merveille l’opposition gauche-droite : le « mariage pour tous ».

Quelqu’un m’a dit que tu m’aimais encore… La France réveille douloureusement les paupières. Elle serait endormie et il lui faudrait bien un chevalier pour baiser ses lèvres et la réveiller. Elle s’adresse à Nicolas Sarkozy : « Tu m’aimerais encore ? ». Bien sûr qu’il t’aime ! Pour preuve, il a décidé de revenir. Il est bien brave comme tous les chevaliers des contes de fée. Mais comme tous les preux chevaliers, son côté sombre est plus intéressant à analyser. Et dans son côté sombre : son envie d’être prêt à tout pour séduire l’électorat.

Dès le début de l’entretien diffusé hier soir par France 2, Nicolas Sarkozy ne joue pas vraiment franc jeu. Pour preuve : il ne regarde même pas Laurent Delahousse dans les yeux quand il le gratifie d’un joyeux « Merci de m’avoir invité« . Pourquoi regarder dans les yeux quand il s’agit d’une complaisance et d’une hypocrisie ? Il fallait une jolie arène à l’ex-chef d’État pour annoncer son retour et son attaché de presse a simplement contacté une grande chaîne publique, point. Ce n’est pas une invitation.

La suite, tout le monde en parle à la cafétéria, dans les bistrots ou sur les réseaux sociaux. Ce ne sera qu’une suite d’auto-congratulations, de caresses dans le sens du poil à ces « Français simples et dignes » ( formule d’Henri Guaino, député UMP, pour parler des Français contre le « mariage pour tous ») et de reproches à l’animateur préférée des ménagères.

Lequel est d’ailleurs revenu sur le débat de société qui fait couler tant d’encre à cause des manifestations parfois violentes du peuple français au premier semestre 2013 : le fameux « mariage pour tous ». Alors qu’il avait affirmé récemment ne pas en faire une priorité dans son programme présidentiel s’il devait se représenter et qu’il souhaite « rassembler » toutes les individualités, Nicolas Sarkozy a sous-entendu hier soir qu’il comptait bien venger les gens humiliés par le débat sur le mariage entre personnes de même sexe. « On a blessé des gens, qui se sont radicalisés (…) On a humilié la famille » a-t-il dit, tête haute.

On sent bien que l’ancien président cherche encore comment récolter le plus de voix possible s’il devait refaire campagne en 2017. Le sous-entendu de cette nouvelle sortie médiatique révoltant les associations LGBT est que la famille n’existe que sous un seul avatar : celui de la famille nucléaire. Papa, maman et leurs enfants ont vu leur image bafouée par le gouvernement ayant porté cette réforme. Sarkozy ne fait qu’adopter lui-même la mutation de la rhétorique entendue et réentendue durant les débats par les personnes hostiles à la réforme : tout le monde a aujourd’hui des amis homosexuels mais l’opposition au mariage signifie la protection de la famille. La famille, cette corde sensible à faire bouger pour présenter son argumentation (et opinion) comme un fait irréfutable et inébranlable.

La rhétorique que révèle l’interview menée par Delahousse s’appuie, du côté des anti-mariage pour tous, sur ce qui est ressenti comme une menace : ceux qui se présentent comme les garants, ou supporters, de la norme se sentiraient – selon leur discours – victimes d’une violence causée par le projet de loi du gouvernement Hollande. Ainsi l’ordre symbolique est bousculé et le tissu social sera réduit en lambeaux. Les manifestations « anti » et leur florilège de slogans peuvent inclure la confusion entre un jugement de valeur morale et un jugement descriptif sur un certain équilibre de vie, un certain bien-être. Une orientation idéologique est d’office donnée à la manifestation des hostiles au projet. Le fait de demander législativement les mêmes droits serait un mal moral car on ne penserait pas au bien-être des enfants. C’est à peu près le discours de Sarkozy hier soir. Bref, son projet pour la France n’est donc pas pour tout le monde.

Enfin, si Nicolas Sarkozy souhaite relancer les discussions sur le mariage pour tous, c’est qu’il a peut-être un peu joué son rôle dans l’incursion du religieux dans le débat en 2012-2013. Avant que le débat ne s’ouvre sous la présidence socialiste actuelle, M. Sarkozy ne s’est-il pas félicité de ce que le curé ou le pasteur serait un garant moral beaucoup plus fiable que l’instituteur ? De plus, avant que l’ancien maire de Neuilly ne cède sa place à François Hollande à l’Élysée, il avait lancé le grand débat sur l’identité nationale et avait rappelé le grand principe de laïcité (clin d’œil aux musulmans) : la religion catholique était censée fonder une France de souche. Le programme de la Droite Forte, une des motions de l’UMP pousse pour le fait d’inscrire dans la Constitution que la France est « un pays laïc de tradition chrétienne ». Ce souhait un peu beaucoup paradoxal dans le fond rend aujourd’hui possible l’alliance possible entre droite, extrême-droite et groupes catholiques militants. Une action que les Catholiques ont pris comme un encouragement à s’engager dans le débat politique.