Antoine Guillaume et la magie de Noël en chansons… au théâtre [Interview]

agchristmasspecial_web_2000h

Noël est en avance cette année ! Dès la fin d’Halloween, les vitrines des commerçants ont été décorées de boules et de guirlandes. Alors, allons-y : parlons du spectacle qui succédera à « Cherche l’amour » de Myriam Leroy au Théâtre de la Toison d’Or d’Ixelles. Après tout, il ne faut jamais trop tarder pour réserver comme nous l’a montré le spectacle actuellement à l’affiche. Pour le retour des fêtes, Antoine Guillaume célèbre les grands classiques de Noël, autrefois chantés par Dean Martin, Bing Crosby ou Nat King Cole ! On les a tous écoutés un après-midi d’hiver au coin du feu, le chat sur les genoux et les enfants dehors, la langue tirée pour avaler les flocons de neige… Et même si la neige est devenue radioactive, la magie des chansons est toujours là !

 

Comment est né ce spectacle de Noël pour le TTO ?

C’est moi qui ai proposé l’idée et il avait déjà été programmé la saison dernière. J’ai toujours baigné dans cette culture américaine qui fête Noël à fond, et de ses tours de chants très classiques qu’on se passe sur CD en Europe. Les gens n’ont pas l’habitude de les entendre durant des concerts et j’ai eu cette idée. Le spectacle ayant fonctionné l’année passée, nous avons décidé de le reprogrammer. Nous rempilons donc pour deux dates (9 et 10 décembre 2016, NDLR).

A votre grand regret ? Vous auriez aimé une semaine entière ?

Non, non, ce n’est pas à mon grand regret. C’est juste lié à des possibilités de production et de disponibilité du lieu. Pas toujours facile de débloquer des dates juste avant Noël. Mais j’aurais beaucoup aimé me produire durant une semaine. Qui sait, ce serait peut-être pour une prochaine fois ? Je suis partant pour plusieurs saisons ! agassume_002_jpohl

Vous êtes la Mariah Carey de Bruxelles. Elle a décidé d’exploiter son catalogue de Noël et ces concerts spéciaux fonctionnent plus que ses concerts de nouvelles chansons. Ce sont des rendez-vous très prisés à New-York ou Londres.

La dernière fois que je suis allé à New-York, Hugh Jackson proposait une série de concerts pas spécialement de Noël mais ils étaient programmés pendant la semaine de Noël. A Broadway, ils ont The Rockettes, un gigantesque spectacle qui se joue durant un mois, et ça m’a donné l’envie. J’ai une attache particulière à cette fête.

D’autant que vous vous étiez déjà inspiré de Broadway pour « Antoine Guillaume assume » en 2010. Le public a-t-il été réceptif ? Vous avez pu récolter quelques avis l’année passée ?

Je crois que c’est un format de spectacle qu’ils n’avaient pas l’habitude de voir. Beaucoup de gens adorent cette période de l’année car c’est avant tout du partage, des retrouvailles avec la famille. Même les gens qui ont peu de contact avec leur famille privilégient la période de Noël pour se retrouver. Les concerts de l’année passée avaient un peu cette humeur. Les gens se retrouvaient pour un moment agréable durant un moment du mois de décembre… et ils ont retrouvé les chansons de CD qu’on avale au coin du feu avant la dinde. Les commentaires étaient positifs car je pense que les gens s’attendaient à des variétés, mais on a fait ça de manière très cosy. On a fait comme si on était une grande famille qui se réunissait, mais on ne pouvait pas distribuer de la dinde à tout le monde !

Qui sait, qui sait… A Nathalie Uffner, rien d’impossible ! Et quid du feu sur scène ?

On a hésité à mettre une cheminée sur le plateau mais on a déjà un sapin, d’énormes cadeaux et une décoration qui rappelle celle des grands talk-shows américains. Et puis, un feu de cheminée, ce n’est pas possible dans un théâtre. Mais on se disait aussi qu’on pouvait mettre une cheminée avec un feu sur images pré-enregistrées.

Avec lunettes 3D distribuées à l’entrée alors ! On ne vous a plus vu dans une pièce du TTO depuis « Rire please » en septembre 2015. Qu’avez-vous fait depuis ?

J’ai longtemps été occupé par la tournée de « Cabaret » produit par le Théâtre Le Public et le Théâtre National. Je suis aussi occupé avec la télévision et la radio. Et puis, j’ai monté un spectacle sur l’histoire de Broadway pour le Théâtre Le Public. Sans oublier la reprise de « Boeing Boeing » dans un célèbre château de Karreveld de Molenbeek cet été. Par ailleurs, je fais aussi de la mise en scène et notamment pour des mouvements chorégraphiés pour le spectacle « Chaplin » actuellement à l’affiche au Théâtre Royal du Parc. Mais je reviens à la fin de la saison culturelle au TTO. On va bientôt commencer les répétitions de la comédie « Pyjama pour six » qui sera programmée au printemps.

Un retour aux pièces à grand budget avec plusieurs intrigues dans une seule comme « Boeing Boeing » ?

C’est ça. C’est le même auteur en plus ! « Pyjama pour six » est une pièce de grand boulevard avec tout ce que cela a de noble dans la manière de le formuler. C’est la pièce des quiproquos par excellence et ça commence dès le lever du rideau. Jusqu’à la fin, les spectateurs vont se demander comment les personnages vont se dépêtrer de la situation. Et, évidemment, il y aura plein de coups de théâtre car il y a des amants et des maîtresses pour tout le monde. Ce sera loufoque et ça partira dans tous les sens.

antoine-guillaume-studioEt le café-théâtre du TTO ?

J’ai coaché les nouveaux comédiens dans « En vous remerciant »… cette année ?

L’an dernier, en novembre 2015.

C’est marrant comme le temps passe. Cette année, d’autres portes s’ouvrent. Mes projets n’ont pas fait l’unanimité auprès de tous mais ce n’est pas grave. En tout cas, je souhaite déjà « Joyeux Noël » à tout le monde puisque les magasins ont été complètement timbrés cette année. C’est déjà Noël depuis septembre, non ?

 

Interview > Luigi Lattuca

Photos > Julien Pohl

Publicités

Tribune : « La culture populaire est vecteur de Beauté ! » (gloire à Bob Dylan)

LA CHANSON PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE !

(Tribune de Roger BERTOZZI, conseiller et analyste stratégique pour les questions relatives au Climat et à l’Environnement)

14695510_1675326892780676_7450782464032463456_n

 

« Très grande joie à l’annonce du Prix Nobel de Littérature 2016, d’abord pour le lauréat, le magnifique Bob Dylan, mais aussi, et avec force, pour la reconnaissance ainsi donnée, enfin, à la chanson, part intégrante de notre patrimoine littéraire. L’Académie Nobel a loué à juste titre dans son communiqué la poésie de Bob Dylan. Or, la poésie, dans les temps les plus antiques, était indissociable du chant. La poésie grecque, par exemple, est née comme incantation.

Il est extraordinaire qu’il a fallu attendre 2016 pour que le Prix Nobel couronne un chanteur ! Qui ne sait qu’en tous lieux et en tous temps, du cante hondo au ragtime, de la variété au rock, des clubs cubains au rap marseillais, nombreux furent et sont les paroliers, les chanteurs-compositeurs, les artistes de scène dont les textes atteignent les plus hauts niveaux de l’intensité poétique et de ce que nous nommons par conventions la beauté littéraire ? Ce glorieux et joyeux Nobel à Bob Dylan couronne aussi tous ceux qui par leurs chansons ont enchanté et enchantent nos âmes. Et n’oublions pas que pour des millions de jeunes la chanson est le premier accès, parfois le seul accès, à la littérature et à la poésie, c’est à dire à la parole habitée par l’âme et incarnée dans un style. Je vois d’ici venir ceux que ce Prix pour du folk, pour du « populaire » choquera. Il ne faut pas s’y attarder, certains conservatismes sont de simples aveuglements, et le meilleur moyen d’y répondre c’est de ne pas les voir !

Je me souviens que même le très prestigieux Pascal Quignard avait dû faire face à une bronca pour son Goncourt octroyé à des recueils de fragments, et non au sacro-saint roman ( au mépris et de l’art du fragment et du testament des frères Goncourt qui instituèrent leur prix pour toute oeuvre de fiction, et les pensées sont des fictions, indépendamment du genre ). Et puis il y aura sans doute la complainte des thuriféraires de la culture savante. Dieu sait mon amour de la culture savante et de l’érudition ! Mais comment imaginer que l’amour de la culture puisse nourrir le désamour pour telle ou telle forme de culture, et non pas cultiver en nous une plus grande capacité de goûter universellement à la variété merveilleusement infinie des pratiques et des formes culturelles ? La culture populaire est vecteur de beauté et ferment de communion, elle remplit la noble fonction thaumaturgique et initiatrice de tous les arts, elle accompagne les vivants dans les méandres de la destinée et elle fait vivre les morts dans le coeur des restés… N’est-ce pas là la fonction immémoriale de la Poésie dans ses multiples incarnations humaines ? Alors je salue le Poète Dylan et tous ses frères de scène, je félicite l’Académie Nobel pour son choix avisé et je prie tous les grincheux de nous épargner leur chanson ! »

Bob Dylan

2012 : Bob Dylan in Los Angeles.

GiedRé : « Je n’irai jamais corriger quelqu’un qui se trompe sur moi.» [Interview]

18 - GiedRé-2La fofolle – mais rationnelle – GiedRé était à Ronquières le premier week-end d’août. A l’opposé du feu qui l’animait sur scène, elle évoque avec moi – et dans les rires – la scène, son contrat avec la FNAC, la mort et ses séries préférées. La belle Lituaniene en est déjà à son cinquième album. Parmi ses titres les plus emblématiques : « On fait tous caca », « Grand-mère », « Toutes des putes » et, évidemment, « Pisser debout ». Des textes forts car anti-politiquement corrects présentés sur scène à Bruxelles dans une semaine et en décembre à Liège.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contente de revenir à Ronquières une seconde fois ?

Oh oui, c’était trop bien il y a deux ans et je suis, du coup, bien contente de revenir. L’accueil est super mais c’est la spécialité de la Belgique. C’est vraiment toujours un plaisir de venir jouer ici.

Quelle serait la différence entre le public belge et français ?

Oh, c’est une bonne question. Je crois que le public belge est, de manière générale, un peu plus généreux et il encourage plus. Il est d’emblée chaleureux. Parfois, peut-être que le public français attend avant de juger. Ça dépend peut-être des régions. Ici, vous devez être fiers d’être l’un des pays les plus généreux ! Non ?

Oh oui ! Ça vous fait quoi maintenant d’être distribuée dans de grandes enseignes, vous qui avez signé avec la FNAC…

Ouais ! J’ai réussi à garder mon indépendance car je suis toujours en auto-production et pas sur un contrat de maison de disques. Je n’ai donc pas l’impression que ça dénature quoi que ce soit… Cette distribution est surtout un moyen plus pratique de rentrer dans la maison des gens. Si j’avais pu, j’aurais continué à vendre mes albums sur mon site et à mes concerts mais au bout d’un moment, ça devenait très compliqué (rire). Aller à la Poste avec de gros sacs à dos trois fois par jour, euh… (rire) C’est donc plus un côté pratique. Même si on entre dans le populaire avec la FNAC, je pense qu’il faut garder un côté artisanal quand on est artiste. Il faut que ces deux mots se mélangent.

Et la  FNAC le fait…

Oui, voilà et ça c’est qui est cool. C’est finalement juste une plateforme pour que des gens indépendants comme moi ou d’autres comme Patrick Fiori se retrouvent côte à côte sur la même étagère. Moi, je trouve ça plutôt rock’n’roll. Ça me fait rire.

Vous soignez aussi votre look, si tant est qu’on aime ce mot. Vous vous verriez créer des choses dans la mode ?

C’est drôle, on ne m’avait jamais posé cette question ! La mode en soi ne m’intéresse pas du tout mais alors pas du tout… C’est une industrie qui me dérange car je pense qu’elle a juste été créée pour accroître le côté consumériste de notre société. Pour reprendre votre mot, le look, je trouve qu’en tant qu’auto-décoration, les vêtements et accessoires sont très intéressants. En fait, on se décore et on choisit sa décoration pour se montrer aux autres.

Et il y a toujours cette frontière entre « être soi », cette dictature du « soyez-vous-même » et la création du personnage quand on est un artiste. Et c’est parfois utile si on a besoin d’un masque pour monter sur scène. Ça ne vous dérange pas qu’on dise parfois de vous que vous êtes un personnage ?

En général, ce qu’on dit de moi ne me dérange pas forcément car les gens ont le droit d’avoir l’avis qu’ils veulent et l’analyse qu’ils souhaitent. Ça leur appartient et je n’ai rien envie d’imposer à personne. Je n’irai jamais corriger quelqu’un qui se trompe sur moi car ça voudra dire que je lui ai montré quelque chose qui a induit ça. Dans l’absolu, je m’en fous. Mais je ne vois pas ma carrière comme la présentation d’un personnage. Quand on est en représentation, la seule chose qui change, c’est qu’on va choisir ce qu’on va montrer de soi. C’est plus artificiel que la vie. En ce sens, je pense que tous les gens montant sur scène choisissent à un moment de montrer ceci ou cela. Par exemple, la chanteuse spécialisée dans les chansons d’amour va se dire que pleurer, avoir un brushing à paillettes et une belle robe longue serviront le plus ses chansons et son univers. Ce sera ce côté d’elle qu’elle estimera cohérent à montrer au public. On est déjà pas la même personne le matin, le midi ou le soir ou quand il fait froid ou chaud. Et puis, le « soyez-vous-même » est tellement en Une des magazines féminins en même temps que le « Comment perdre 5 kilos avant l’été »… C’est assez marrant d’être soi et en même temps pas trop grosse, avec les ongles faits, sans poils et surtout pas célibataire !

« On fait plus de choses avec des ovaires qu’avec des couilles ! »

Vous pensez aux plus jeunes générations en vous disant que c’est difficile d’être une femme aujourd’hui ?

Je pense qu’il faut arrêter de penser que c’est dur d’être une jeune demoiselle. Il faut leur dire que c’est cool d’avoir des ovaires et qu’on fait plus de choses avec ça qu’avec des couilles (rire). C’est comme pour tout : si on se dit que c’est difficile et qu’on est une victime, tout sera toujours difficile et tout sera vu avec embûches. Je ne me suis jamais considérée par rapport à mon sexe. Je ne me suis jamais dit qu’en étant une fille, je devais montrer ça sur scène.

Mais vous aimeriez pisser debout de temps en temps…

Mais si j’avais été un homme, j’aurais aimé pisser assis ! Je trouverais que c’est cool de se faire porter ses sacs parce qu’on a un décolleté, de ne pas payer ses PV parce qu’on a mis une jupe, … Je parle de ce que je connais mais je pense que je me dirais que je suis un homme qui ne rentre également pas dans le stéréotype de l’homme modelé par la société. Tout ceci est absurde.

A propos d’être, si demain vous deviez arrêter la musique pour une question X ou Y, vous vous verriez faire quoi ?

Je ne sais pas… Je ferais pousser des courgettes ou des tomates.

« Si je savais que je n’allais jamais mourir, je passerais ma vie dans mon canapé à regarder des séries. »

Comment voyez-vous l’avenir ?

L’avenir ? Oh, je ne le vois pas et heureusement (rire). Si on sait déjà où on va, on a envie d’aller ailleurs, non ?

En ce sens, l’immortalité vous intéresserait-elle si demain on la mettait au point ?

Oui car la mort est la seule chose à nous faire peur dans la vie et en même temps non car elle fonctionne comme un moteur. Si je savais que je n’allais jamais mourir, je passerais ma vie dans mon canapé à regarder des séries (éclat de rire).

Et vous regardez quoi ?

Oh, j’en regarde plein. J’adore les séries, c’est ma passion. En ce moment, je regarde une série très vintage : « Parks And Recreation ». C’est un peu comme « The Office »… Très absurde et ça me fait beaucoup rire. La mort nous pousse donc à faire des choses avant.

Il est l’heure de clôturer. Au revoir et bonne cohérence, bons choix artistiques quels qu’ils soient ! Dans le fond, c’est un métier très égoïste, non ? Faire ce qui nous plaît et espérer que le public suive ?

Ça, c’est dans le meilleur des cas. Mais faire les choses pour que ça plaise aux autres, c’est se tromper de chemin. Il ne faut plus avoir peur de ne plus être aimé. J’espère que si un jour j’ai envie de faire de la new-wave en espagnol ou du rap allemand – alors que je ne le parle pas – j’espère que j’aurai suffisamment de mauvais orgueil pour le faire sans avoir peur que d’être aimé. Les gens ont ce droit.

Interview > Luigi Lattuca

GiedRé en concert en Belgique à :

  • Bruxelles/La Madeleine (1er octobre)
  • Liège/Réflektor (10 décembre)

 

Galerie photos > Jérémie Piasecki

 

 

Eric Morena continue de mener son bateau ! [Interview]

Eric MORENA 1Avant de revenir en novembre en Belgique (où il présentera un disque justement enregistré chez nous), l’artiste lyrique se confie avec bonhomie.

 

Février 1987. Oh, mon bâteau débarque sur les ondes. Ça fait quelques années qu’on a fièrement lancé les radios dites libres et l’époque est décrite comme folle et créative. Eric Morena se prend pour un hidalgo héroï-comique et gagne son public. Suivront Je suis le torero de l’amour, Ramon, Pedro et plusieurs albums au succès honorable. Morena peut se targuer d’être toujours là en 2016 car une tournée s’annonce avec une étape belge programmée dans deux mois à Tubize. « Je suis très souvent venu en Belgique, j’y ai enregistré mon dernier disque [pochette ci-dessous] et je prends beaucoup de plaisir avec votre public. » Les paie-t-on tous ces artistes pour nous dire ça ? « Mais du tout, c’est la vérité, réplique-t-il. J’ai toujours reçu un accueil fabuleux sur scène ou durant des émissions télé. »

D’ailleurs, la scène, c’est ce qu’Eric préfère. Il peut aujourd’hui encore vivre de ses prestations. « S’il n’y avait pas ces rendez-vous, je n’existerai pas. La vraie vie artistique est à travers le contact populaire. A la limite, tout le reste me gonfle. Après les spectacles, je suis toujours étonné de voir les gens rester pour me parler. C’est une vraie preuve d’amour et de fidélité. Je savoure cette récompense et me dit que je ne me suis pas trompé de métier ! »

« La vraie vie artistique est à travers le contact populaire.

                                                                                                               A la limite, tout le reste me gonfle. »

Un capitaine qui ne coule pas

Destiné à une carrière de chanteur lyrique dans les années 80, l’artiste a vite quitté ce monde après quelques coups bas. La rencontre avec un producteur de variétés qui lui fait découvrir Oh, mon bâteau sera déterminante. Un succès tel qu’il a encore l’impression de le vendre : « Tous les ans, il est repris sur au moins une compilation. J’en ai des dizaines chez moi. » Eric Morena est, en somme, un homme bienheureux. Il est même tendre avec le milieu du show-bizz qui lui avait demandé de cacher son homosexualité et de poser avec des mannequins dans certains magazines. « Ce n’est pas plus noir qu’ailleurs. Je n’ai pas de raison de ne pas être épanoui. J’ai tout eu en enregistrant ce titre en 1987. Il m’a apporté tant de choses et je peux encore vivre de mon métier. C’est une grâce d’avoir vécu et de vivre tout ça. » Pour Tubize, il promet des titres sérieux mais surtout festifs, avec son dernier album tout spécialement mis en lumière. Show must go on… à tout âge.   

© Luigi Lattuca pour La Dernière Heure

En concert en Belgique au Centre Culturel de Tubize le dimanche 13 novembre à 15h.

 

 Eric MORENA 2

 

Frigide Barjot comme témoin de mariage !

Fin des années 80, quand le single-fétiche d’Eric sort, la France débat sur le PACS (avant de s’écharper sur le mariage pour tous presque 25 ans plus tard). Les producteurs d’Oh, mon bâteau veulent faire le buzz et organisent un faux mariage avec Dorian, son compagnon de l’époque. La témoin n’était autre que Frigide Barjot, people issue de la jet-set française et « ayant vu la lumière » début 2000. Elle sera la figure de prouve du mouvement anti-mariage gay en France en 2013 et 2014… ce qui prouve bien l’hypocrisie de cette dernière. Et surtout le grand courage d’Eric Morena à une époque plus réfractaire.

Paradisio gambille toujours

Paradisio photo du duo

Le groupe liégeois, qui tourne toujours dans le monde entier, fête les 20 ans de Bailando et vient tout juste de sortir son Greatest Hits. Rencontre à Namur.

 

 

Black Box, Technotronic, Mc Hammer, Moby, … Ils ont été les premiers à s’emparer des tambouilles de l’eurodance fin des années 80/début des 90. A eux s’est joint le groupe belge Paradisio dont le single Bailando fête déjà ses 20 ans ! Rien que le titre le prédestinait à devenir un tube de l’été. Cinq millions d’exemplaires écoulés dans le monde entier. Toujours classé dans les charts scandinaves et mexicains, le producteur et papa du projet Patrick Samoy est désormais accompagné – depuis 8 ans quand même – par une brune plantureuse hispano-italienne du nom de Shelby.

SOIS BELLE ET (NE) CHANTE (PAS)

Entre le old fashion et le moderne, le duo, qui reste attentif aux évolutions de la dance actuelle (en venant, par exemple d’arriver sur Spotify), préfère qu’on l’appelle concept : « L’historique de Paradisio est un peu particulier car il a pris naissance dans les 90 où le special marketing de l’eurodance préconisait de prendre une fille aux attributs ravageurs en lui attribuant la voix d’une autre ne voulant pas faire carrière.», explique Patrick Samoy. Courant dans la musique électronique, l’important était de vendre du rêve. Patrick, DJ et producteur aux casquettes multiples, parle sans ambages et sans filtre de cette période : « Je voulais faire des tubes d’été dans des endroits de rêve avec de belles personnes (dont Maria Del Rio à une époque, ndla). De fil en aiguille, quand tu fais des tubes, un autre facteur arrive : l’indentification. Les one shots, c’est bien beau mais le public veut aussi voir quelqu’un interpréter le tube qu’on entend à la radio. » Problème : il faut une fille un minimum artiste, un minimum interprète dans sa gestuelle. Et le concept s’est alors renforcé.

200 MILLIONS D’ANCIENS FRANCS

N°1 dans le monde entier, le tube Bailando a, en tout rapporté 5 millions d’euros, soit 200 millions bruts d’anciens francs belges. A une époque bénie sans téléchargement illégal. La Sacem considère encore le single comme un gold grâce à ses rotations radio. « Je dois dire que Patrick Sébastien nous a beaucoup aidés en France, insiste Patrick Samoy. Et on est souvent dans Les Années Bonheur. C’était particulier dans ce pays car on était dans n°1 dans les clubs mais personne ne voulait jouer le titre. Ni NRJ, ni Fun Radio, ni les autres. Et je suis allé trouver Sébastien… qui a réussi à me faire vendre 50 000 disques en un week-end. » C’était il y a pile vingt ans avec, chez nous, d’abord un succès en Flandre avec un maximum de DJ apprivoisés. Stratégie séductionnelle percutante. Conscients de proposer une musique divertissante primaire, Paradisio continue donc sur sa lancée avec bientôt une tournée au Danemark et en Finlande – doublée de la sortie d’un best-of (pochette ci-dessous) – … et pense à un nouvel EP.

Paradisio - Bailando

 

Luigi Lattuca

Mustii : « Le live musical me procure plus que le théâtre ! »[Interview]

2 - Mustii-3

En sortant de scène samedi dernier au Ronquières Festival (où il a fait un tabac), Mustii s’est posé avec quelques journalistes. D’emblée, il avoue avoir « hâte de faire la moule », lui qui n’arrête pas depuis la sortie de son premier EP (infos ci-dessus). D’autres concerts sont également prévus… et la rediffusion de la série « La Trêve » (dans laquelle il tient un rôle régulier) se fera fin du mois sur France 2. Soyez attentifs : le phénomène ne fait que commencer !

Vous enregistrez actuellement votre premier LP…

C’est bien ça, sa sortie est prévue en janvier donc je m’active dessus (rire). Il sortira toujours chez Black Gizah, le label du producteur et directeur Kid Noize. Après, on verra si on collaborera avec d’autres labels pour sa distribution mais l’idée est vraiment de le terminer pour le début de l’année prochaine. C’est mon projet personnel car je suis auteur et compositeur. Kid Noize, lui, est mon guide.

Mustii, ça vient d’où ?

C’est mon nom de famille Mutin sans le « n » et avec un « i » en plus…

Et tous ces titres entendus à Ronquières étaient déjà disponibles ?

Cinq sont sur l’EP sorti en février (Amazon, iTunes, Spotify, stands de concerts) et d’autres seront à retrouver sur mon album. Les gens ne connaissaient pas encore.

La musique réussit-elle à vous faire vivre ou vos contrats de comédiens sont aussi utiles ?

Je peux vivre grâce à mes deux métiers : acteur et musicien. C’est très jouissif de vivre de sa passion.

Et niveau filmographie, où en êtes-vous ?

Je joue, avec Romain Duris dans une comédie qui sera le 31 août en salles : « Un p’tit boulot« . Le 7 septembre, il y a « Les Survivants« , un film belge avec Fabrizio Rongione et fin de l’année sortira « Grave » qui s’est fait remarqué à Cannes. Puis, d’autres projets arriveront mais je ne peux pas trop en dire. Début 2017, je reviendrai également au théâtre sur les planches du National à Bruxelles dans une création sur l’autisme.

Avec le timbre de voix que vous avez, vous-a-t-on encouragé à chanter ? Comment ça s’est passé ?

La musique est une passion depuis que je suis tout petit. A la fin de mes études de théâtre, j’ai commencé à composer et une fois les démos accumulées, je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose ! Il fallait trouver des musiciens et partager cela. Aujourd’hui, la musique occupe la moitié de mon temps et je me suis pris au jeu, j’ai envie d’écrire des choses car j’ai à dire… Je commence seulement à légitimer mon côté musicien. Le live en musique, c’est nouveau pour moi. C’est le premier été où je fais des festivals. C’est un état unique que je n’ai même pas au théâtre donc ça me donne envie d’approfondir cet état.

En concert, le répondant du public est immédiat…

Disons que le rapport avec les gens est tellement direct qu’on se sent très libre sur scène. Tout peut arriver et c’est excitant.

Et ce rapport existe car vous êtes très vif !

En tout cas, j’essaie d’être attentif à tout ce qui se passe, à tous les signes et à toutes les réactions du public. J’essaie d’être en lien avec lui. Il ne faut pas mentir en live sinon les gens le sentent et se laisser nourrir par les émotions qu’on ressent à l’instant T. Feed me (rires)…

Comment qualifieriez-vous votre genre musical ?

Il y a un peu de rock, de la pop et de l’électro. C’est un peu hybride, j’aime confronter les genres donc j’ai vraiment du mal à mettre des étiquettes dessus. J’aime beaucoup la musique des années 80 et j’écoute la new wave… Ça dépend des morceaux mais je fais de la pop à mon avis (sourire)… mais je dis ça pour voir large. Mon fil rouge sont mes thématiques sombres : l’angoisse, la solitude à l’adolescence, … Niveau musique, j’aime varier entre du up-tempo et des énergies plus fragiles.

Le dark a une autre dimension et éveille quelque chose en nous…

Des émotions pures et souvent de tristesse mais le but n’est pas d’être dépressif. Plutôt d’en ressortir vivant et être galvanisé. Le live doit être un moment d’énergie où je recherche la vie. De toute façon, on ne peut que l’être.

Et lorsqu’un artiste sort un album live, pas mal de gens ont du mal à retourner vers les morceaux studio…

Oui car il s’est passé quelque chose de différent. La voix offre d’autres émotions et les arrangements sont nouveaux. Je découvre ça et c’est unique pour moi !

Et si demain le succès va crescendo et que le métier vous happe, les salles grossiront certainement… Pensez-vous prendre le même plaisir à Forest National ou Bercy ?

Aujourd’hui, à Ronquières, la foule allait assez loin et il faut prendre ça en compte. J’ai joué au BSF à La Madeleine et le rapport intimiste était évident et plus facile. Ici, contraste : en plein air et ça s’étale loin. Mais il y a des moyens pour aller chercher les gens du fond : le regard, la voix, les gestes, … Je me pose souvent la question. A priori, rien ne vaut une salle où on se voit tous, les grands espaces plein air sont aussi jouissifs avec le contact avec le ciel, l’air, … Les gens sentent que ça influence l’artiste.

En parlant de live, vous serez prochainement au Cirque Royal et ce, sans être passé par l’AB…

Oui, directement, voilà (rire). J’aimerais vraiment faire l’AB mais je suis ravi pour le Cirque Royal qui est, pour moi, l’une des plus belles salles de Bruxelles. Son aspect théâtral m’excite beaucoup et je suis donc très impatient.

Pour terminer, parlons du visuel. Vous bossez sur des clips ?

Oui, je travaille sur le premier album donc le travail contient aussi du visuel évidemment. On pense à l’imagerie, c’est un travail lié. Je suis un gros fan de Florence and the Machine, c’est une grande source d’inspiration pour moi.

Interview > Luigi Lattuca

Prochaines dates de Mustii :

  • Seine-Sur-Sambre : 27 août
  • Namur (Solidarités) : 28 août
  • Cirque Royal : 21 octobre

> EP « The Darkest Night » sur Black Gizah Records depusi le 12 février 2016.

> LP (album complet) en janvier.

Galerie photos > Jérémie Piasecki

Qu’est devenu monsieur « Danse des Canards » ?

DSCN5467A l’occasion des 35 ans du titre « La danse des canards », son interprète J.J. Lionel m’accueille chez lui et revient sur son incroyable succès au 3,5 millions d’exemplaires vendus.

 

« C’est la danse des canards, qui en sortant de la mare se secouent le bas des reins et font coin-coin ». Qui n’a pas secoué ses propres reins sur cette (presque) comptine ? Non, inutile de faire le malin… Ringard pour d’autres, terriblement représentatif d’une certaine innocence qui accompagnait le début des années 80 : c’est souvent comme ça qu’on voit cette décennie. On peut donc dire que « La danse des canards » est sorti à la bonne époque. Le titre fête cette année son 35ème anniversaire et à 68 ans, son interprète le chante toujours. Il se nomme en réalité Jean-Jacques Blairon et m’a gentiment accueilli à Soignies en mars dernier juste avant un important déménagement dans la région de Mouscron.

DU NÉERLANDAIS AU FRANÇAIS

 

Quatre grands cadres représentatifs de l’immense succès de « La danse des canards » nous accueillent directement à l’entrée de la maison de J.J. Lionel à Soignies (ville du Hainaut). Plus aussi bouclé qu’à l’époque mais toujours humble et souriant. C’est en fréquentant le monde de la musique que Jean-Jacques Brion de son vrai nom est devenu l’interprète d’un instrumental composé aux Pays-Bas. Il nous raconte : « Dans les années 60, j’étais musicien, j’apprenais la guitare en autodidacte et ai été lauréat du Prix du Conservatoire de Mons de Contrebasse. C’était la période où plein de groupes émergeaient et j’en ai d’ailleurs intégré pas mal. Le premier s’appelait les Raylisters, un nom inventé comme ça. Ils ne jouaient que du blues. J’ai également fait partie de Wallas Collection seconde formation et j’ai ensuite fini par arriver dans l’orchestre d’un accordéoniste tournaisien très célèbre à l’époque, Hector Delfosse. En 1981, au cours d’un bal auquel nous assistions lui et moi, quelqu’un est venu nous demander si on pouvait jouer « De Vogeltjesdans« , un morceau instrumental dont le titre français traduit littéralement est « La danse des petits oiseaux ». On l’a fait et ce morceau a mis une ambiance extraordinaire… Donc la musique existait sans paroles dessus. Voyant la joie des gens, Hector a eu l’idée de mettre des paroles sur la musique. »

Alors chanteur dans l’orchestre d’Hector Delfosse, celui qui s’apprête à devenir J.J. Lionel hésite… Il n’a pas la prétention d’être un artiste et ne s’est jamais rêvé chanteur. Hector l’encourage, trouvant que la chanson lui irait bien. Il se montre si persuasif que Jean-Jacques est convaincu à l’avance du succès de celle-ci. Elle est enregistrée en novembre 1980 et elle fait déjà un mois plus tard danser dans les réveillons du passage à 80 à 81. Née sous le signe du Lion, la nouvelle vedette de 34 ans se choisit alors Lionel comme pseudonyme. « Le début du succès s’est passé en Belgique et la chanson est ensuite partie réaliser sa carrière en France, bien aidée par les rotations que proposait la radio Fréquence Nord à Lille. », se souvient J.J. Lionel. La folie est immédiate. Le temps passe et l’été pointez déjà le bout de son nez. Les Nordistes partant en vacances emmènent avec eux le vinyl et tous les campings s’éclatent sur la chanson.

374

La promotion est lancée et occupe tout l’agenda de l’interprète. Ses cheveux frisés, sa moustaches et ses lunettes Ray-Ban sont partout : « Je suis même passé chez Michel Drucker qui était sur TF1 à l’époque ! », s’exclame-t-il. Les ventes se sont envolées et, au final, avec celles également réalisées en Suisse et au Canada, quasiment 3 millions et demi d’exemplaires de « La danse des canards » ont trouvé preneur. Le titre a reçu 5 disques d’or chez nous, dans le pays d’origine de Jean-Jacques, soit une quintuple certification de 500 000 disques vendus dans les pays francophones. « A l’époque, si les gens voulaient entendre la chanson, ils n’hésitaient pas à courir chez le disquaire…d’où toutes ces récompenses. Il existe plus de 30 versions différentes de la chanson mais je ne l’ai chantée qu’en français. »

 

PAS AUSSI RICHE QUE PATRICK HERNANDEZ

Mais les royalties ne profitent pas trop aux interprètes : « Je ne me plains pas du tout mais n’étant que le chanteur et pas l’auteur des paroles ou de la musique, je ne touche aucun centime de droits d’auteur, juste un pourcentage sur les ventes de l’époque qui m’ont permis d’acheter une nouvelle voiture et une maison à Soignies. » Celle qu’il a d’ailleurs quittée depuis pour s’installer à Mouscron… Après l’immense succès, Elver – la maison de disques de l’époque ayant également lancé les groupes Chocolates et Crazy Horse) – a pensé qu’il fallait enfoncer le clou. Elle propose à Jean-Jacques de sortir un deuxième vinyl toujours centré sur la danse animale, « La danse des petits chats« , qui remportera un disque d’or en France. Le succès s’est ensuite estompé même si les galas ont continué… mais à l’entendre, c’est comme si son interprète s’y attendait totalement : « Ça ne m’a pas fait bizarre du tout car je suis toujours resté humble et avec les pieds sur terre. Cela n’a rien à voir avec les dérives des starlettes actuelles qui peuvent voir leur rêve totalement fracassé après un ou deux succès. »

Aujourd’hui, tandis que le titre est encore diffusé sur quelques radios locales et connaît de temps à autre une nouvelle jeunesse techno, J.J. Lionel continue les galas mais n’a pas encore reçu d’invitation de la part de « Stars 80 » : « Peut-être que ma chanson est jugée trop populaire pour eux…Mais j’irai avec plaisir. » En attendant, il s’est lui-même confectionné un album publié il y a trois ans chez A Prod : « Le triple platine de J.J. Lionel », une compilation de chansons enregistrées entre 1980 et 1985 bénéficiant de nouveaux arrangements. En bonus : trois chansons inédites composées par notre homme. Réalisé en un mois à Mons, le disque se vend surtout lors de galas et dans les supermarchés Auchan. Il continue aussi de monter des spectacles avec son épouse dont « C’est la fête au château », un divertissement destiné aux enfants qui tourne depuis dix ans et dans lequel il est clown, magicien et chanteur… avec « La danse des canards » qui clôt le spectacle évidemment. Coin coin.

 

Luigi Lattuca

 

32 versions en langue différente avec un interprète local à chaque fois :

 

Italien : « Il ballo del qua qua ».

Espagnol : « El baile de los pajaritos »

Portugais : « A dança do passarinho »

Allemand : « Ententanz »

Anglais : « Chicken dance »

 

 

#TBT (Throwback Thursday) : Thomas Dutronc et ses textes à l’encre humaine

Watzby T. Dutronc

En recherche d’intemporalité musicale, Thomas Dutronc nous offrait avant l’été 2015 onze nouvelles chansons. Quatre ans après son précédent disque, il repartait en promotion pour « Eternels jusqu’à demain ». A Bruxelles, il s’était notamment arrêté en ma compagnie à l’hôtel Be Manos (près de Bruxelles-Midi). Longue interview, séance photo inédite : un artiste disponible et romantique.

A 42 ans, pour Thomas, « Éternels jusqu’à demain » était le titre de disque idéal. L’heure des premiers bilans a sonné dans une ambiance jazzy-pop. Grâce à un mix de jazz manouche (dont il a fréquenté l’élite des musiciens aux Puces de Saint Ouen) et de variété, les effluves, les odeurs et les goûts de ce nouveau recueil sont clairs : à écouter sur une couverture rosée déposée dans l’herbe, comme le suggère un des titres. Les mots du disque sont limpides, le chanteur ayant voulu ne pas faire trop de jeux de mots afin d’être immédiatement compris. Une galette élégante réalisée avec harmonie et rythme à Londres avec Jon Kelly (producteur de Paul McCartney et Kate Bush) dans laquelle Thomas Dutronc s’interroge sur ses actions passées, celles qui le constituent, tout en continuant à se montrer séducteur. De simple biographie, le disque passe, au fil de l’écoute des titres, à voyage intérieur et fait naître des tas d’images. Végétant dans son « bain d’introspections », Thomas Dutronc vous invite dans l’eau. A découvrir ou redécouvrir à l’heure où tout est si vite consommé et donc oublié.

T. Dutronc

L.L.

Louisy Joseph : « Le public belge aime réellement les artistes ! » [Interview]

La jolie Martiniquaise est sans doute la L5 qui s’en est le mieux sorti. De passage à Namur (en Belgique), elle a réellement pris le temps de se poser pour quelques confidences sur sa musique, la tyrannie des réseaux sociaux… et – rapidement – son défunt groupe des années 2000.

Louisy Joseph

L’émission d’M6 Popstars fête cette année ses 15 ans. Louisy Joseph fait partie des Français ayant passé avec brio les étapes menant vers la constitution du groupe L5. Cinq années plus tard, en 2006, le succès du groupe s’estompe et chacune vole de ses propres ailes. La célèbre Martiniquaise (mais née dans la banlieue de Lyon) est sans doute celle qui s’en est sortie le mieux. Aujourd’hui, elle continue d’avancer, de chanter et de faire découvrir ses chansons. Son troisième album « Music », sorti en décembre 2015, a voyagé jusqu’en Martinique. « J’ai l’impression que jusqu’à présent, mes musiques ne leur parvenaient pas, nous confiait Lydie lors d’un récent passage en Belgique. C’était extraordinaire de diffuser ma musique chez moi au bout de seize ans de carrière. Là-bas, j’ai également animé un programme sur France O. » Donc pas le temps d’être dans le prochain jury de « Danse avec les Stars » cet automne – émission dans laquelle elle avait brillée en 2014 ? « Les compétences me manquent, je n’ai pas ce talent. Je ne suis que spectatrice émerveillée et certainement pas la mieux placée. Shy’m et M. Pokora, les précédents juges-chanteurs, ont quelque chose de très particulier sur le visuel. On bossait nos chorégraphies avec les L5 mais je mets à présent plus mon potentiel sur ma voix… et mon physique quelques fois, j’avoue (éclat de rire). » Elle n’en garde que des bons souvenirs, que ce soit pour la pédagogie de son partenaire, les belles robes à l’intérieur desquelles elle ne se voyait pas ou le lâcher-prise dans les défis. Des moments intenses tous gravés sur DVD et actuellement dans son salon. « Vous savez, les danseurs de l’émission étaient très généreux. Si ça existait dans la musique, on serait mieux entourés. » Louisy avoue que plein d’artistes gardent plein de choses pour eux au lieu de transmettre. Sur son programme de coaching sur France 0, elle a rassuré du monde, a prodigué des conseils de savoir-faire, d’investissement, de grâce… et de travail.

Les L5 ? C’est réellement du passé !

Mais le travail et les recettes de ventes de L5 ne sont pas vraiment des sujets désirés dans les interviews accordées par Louisy. « Si je vis encore des royalties de cette époque ? Je ne pense pas que ma réponse soit intéressante, balaye-t-elle vite. Ce qui compte, c’est le présent et le futur. Je n’ai pas vendu 1 800 000 disques toute seule donc je n’en parle pas. » Consciente de plutôt devoir vendre aujourd’hui une image forte et un mode de vie via Facebook, Twitter ou Instagram, l’artiste avoue réfléchir deux fois plus qu’avant à ses choix. « La promo sur les réseaux sociaux est un dérivé de l’album. En produire un devient presque un luxe. Personnellement, je n’essaie pas de suralimenter mon compte Instagram pour ne pas que je devienne lui et pour ne pas créer une actu inexistante. » Sa stratégie pour survivre ? Multiplier les activités artistiques, développer ses talents en danse et pourquoi pas, un jour, en comédie.

Sur la Belgique :

« On est pas si loin de la France et pourtant, les artistes ont un autre répondant. La générosité du chanteur provient de ça donc c’est très important et surtout très agréable. J’ai eu l’occasion de venir en Belgique plusieurs fois et le public est aussi content que l’artiste qui s’est déplacé et qui se prépare donc celui-ci se sent réellement soutenu. Les gens viennent en famille et ont encore le goût au concert, les Belges sont très bon public. Ce n’est pas sectaire. La culture fait partie de l’identité nationale, en fait ! »

 

Interview à Namur avant « ‘Stars 90 » > Luigi Lattuca pour La Dernière Heure

Yannick : « Mon premier disque d’or belge m’émeut encore ! » [Interview]

60783 04

Toujours rappeur à Paris, toujours dans la musique, Yannick donne de ses nouvelles.

La personne (de tout âge) n’ayant jamais dansé sur Ces soirées-là de Yannick – en 2000 et au-delà – est aussi rare à trouver qu’un cheveu sur la tête de l’inspecteur Kojak. Sur l’air de Cette année-là de Cloclo, Yannick avait fait danser les foules pendant l’été 2000. Semaine après semaine, le n°1 des charts était pour lui, en France comme en Belgique. « Mon tout premier disque d’or venait de chez vous, pays que j’ai découvert adolescent pour mes premières vacances. Ça signifiait la reconnaissance de tout un peuple. C’est encore émouvant à l’heure où je vous parle… Vous n’êtes pas des voisins mais des cousins. » Ami avec le rappeur Benny B, il n’hésite pas à le citer en exemple et à dire qu’il lui doit beaucoup. «Les Belges ont la côte !  Je pense aussi à une autre blonde qu’on a vue à la télé et qui est maintenant au cinéma. Vous voyez laquelle ? » Bien sûr, étant donné son succès, elle n’avait même pas eu d’autre choix que de l’inviter durant tout un Megamix sur ClubRTL à l’époque. Bref, Yannick insiste : il nous aime. Mais que devient-il ? « Je suis heureux, les gens doivent le savoir en premier. Tout va bien pour moi et grâce aux gens. Je les remercie toujours en rue et je veux qu’on me tutoie. Je ne veux pas de groupies. »

yannick-ces-soirees-la

 

« Je ne veux pas être vue comme une idole. »

Lorsqu’il est sur scène pour un gala ou un gros concert rendant hommage aux années 90, l’artiste est le plus heureux des hommes. Son tube Ces soirées-là, il n’arrive pas à le lâcher. C’est son tatouage et il le sait. « J’ai aussi le studio. J’ai mûri et je n’osais pas faire certaines choses que je tente actuellement. Je préfère être au milieu des gens, les toucher et faire la fête avec eux mais je suis presque prêt à leur faire écouter de nouveaux titres. D’ailleurs, dans ma carrière, j’ai surtout fait découvrir mes chansons sur scène. Là, on ne triche pas et on peut même finir en discothèque après (rire). » Un vrai fêtard, il ne mentait pas en défendant son single il y a 16 ans. Ça lui arrive de toujours le chanter à la télé mais il dit non aux talk-shows où il ne se sent pas à l’aise. A 36 ans, Yannick n’est que bonheur et est l’archétype de l’artiste qui ne se prend pas la tête : « Je ne veux pas être vu comme une idole mais comme un être humain qui a les pieds sur terre car je ne traîne pas qu’avec des chanteurs ou des footballeurs. » Un public qui n’hésite pas à le gronder d’être resté sans nouvel album depuis C’est ça qu’on aime en l’an 2000. « Je n’ai plus rien sorti mais une amitié et un respect ont toutefois perduré. Ça, c’est beau. » sourit Yannick. Avec son propre label et de nouvelles plateformes, le chanteur aujourd’hui âgé de 36 ans a donc toute la latitude et les supports nécessaires pour revenir dans la lumière.

 

Interview > © Luigi Lattuca pour La Dernière Heure