Découvrez Petosaure : « Nous formons un trio dévastateur ! » [INTERVIEW]

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Rencontre à Saint-Germain-des-Prés, avec un nouveau groupe musical : Petosaure. Bientôt à nouveau en concert à Paris, ils semblent chargés d’inspiration. C’était leur tout premier entretien avec la presse pour leur premier album : Le Fantôme de l’Enfant.

Musique très « cold électro », assez organique, pénétrante et vivante au programme du jeune portfolio auditif de Petosaure. Ça palpite, ça donne envie de bouger, d’aimer et de violence ; ça peut donc toucher différents types de personnes. Et cela, c’est plutôt réjouissant. Autour d’une boisson en terrasse, rencontre avec les membres du groupe :

  • Petosaure, le chanteur donnant son nom au groupe,
  • Krispy Krust (Don Coco), percussions et vidéos,
  • Meunier, production, qui a été quasiment muet lors de notre rencontre.

Ils confient d’entrée de jeu que nous sommes le premier média à les interviewer. Let’s go !

Tout d’abord, d’où vient le nom de votre groupe ?

Petosaure : Petosaure est le nom de mon plus ancien ancêtre connu. Il était l’époux de l’unique sœur d’Attila le Hun et un de ses plus proche conseillers. Il a mis a feu et à sang une grande partie de l’Asie Occidentale après l’enlèvement et le meurtre de sa femme. Et ce, avec seulement deux acolytes. Leur ruse et leur force sans comparaison leur permettaient à trois de rivaliser avec des armées de 300 soldats. Peu d’écrits parlent d’eux. Mes parents possèdent encore une dizaine de parchemins, récits de son histoire.

Pour faire court : Petosaure était un roi sorcier assoiffé de vengeance. Son bras droit, un assassin insaisissable du nom de Munihar. Son bras gauche une brute gigantesque, Krespekraut. J’aime penser qu’il s’agit de mon bon Meunier et de mon cher Krispy Krust. Et que nous reformons tous trois un trio aussi dévastateur que celui de mon ancêtre et de ses compagnons.

« Pourquoi nous mettre
des limites et des contraintes ? »

 

Vous faites partie de la “culture bidouilleuse” de l’underground, non ?

Krispy Krust : Pourquoi nous mettre des limites et des contraintes ? Je pense qu’il faut tout faire exploser.

Petosaure : Exactement, nous sommes pour le fait de déranger les gens. Nous aimons l’impertinence et l’insolence. Il y a clairement une provocation dans nos gênes et qui, je pense, est dans le sang de presque chaque artiste. Nous, nous avons pris le parti de ne pas simplement exister dans le monde musical mais également de déranger les gens, de les bousculer. Il faut de l’irrévérence.

Vous faites aussi référence à votre nom ?

Petosaure : Parfaitement. Le nom du projet est un test. Si vous vous y arrêtez, c’est que vous êtes un pauvre con qui devrait arrêter d’écouter de la musique. Si cela vous empêche de passer notre musique par vos médias, quittez ce milieu, vous n’êtes qu’un de ces sceptiques obsédés du packaging qui pourrissent ce système. On nous demande souvent de changer le nom. Ça ne se fera pas et si il fait chier les gens, c’est avec plaisir.

« La musique de Petosaure a pour vocation
d’appuyer sur nos plaies béantes »

 

Comment définiriez-vous votre musique ?

Petosaure : Petosaure ne peut se classer dans un style particulier. Disons qu’il s’agisse de chanson française puisque nos paroles sont en français. Hormis cela, nous jouerons la musique qui nous plaît. S’il devait s’avérer que demain nous voulions jouer du zouk ou de la trap, nous le ferions avec la même énergie sombre et distinguable.

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Vous bousculez aussi le public avec votre visuel. Cela semble très important pour vous ? La pochette de l’album Le Fantôme de l’Enfant évoque la peinture, les barbouillis et on perçoit du Francis Bacon.

Nous n’avons pas pensé à lui, ce n’est pas un clin d’œil mais cela aurait pu. Notre visuel est uniquement réalisé par une artiste incroyable, une amie à nous, Jaky La Brune. L’idée serait de distribuer physiquement notre album lors d’un happening commun où elle exposerait ses œuvres et nous notre musique. Ce serait trop génial. C’est une très grande envie.

Le visuel comme les titres de l’album insistent sur la peur et la violence interne à chacun…

Petosaure : Nous sommes tous pareils avec des tares et des fêlures immondes. Si la musique de Petosaure n’a pas de message à délivrer, elle a au moins pour vocation d’appuyer sur nos plaies béantes, d’y mettre du sel et du vinaigre, pour que les gens s’interrogent sur eux même et qui sait peut être que leur laideur pourrait finir par leur plaire.

« On ne joue que la musique
que l’on aime profondément »

 

Vous êtes montés sur scène avec un artiste réputé « génie fou » et iconoclaste, Nicolas Ker.

Petosaure : Oui, le 14 octobre au Batofar pour sa première partie. Nous avons déjà beaucoup joué en Europe sans être Petosaure. Là, on est parti pour une aventure absolument étonnante, nous en sommes convaincus.

Dans quel sens ? Ce sera un partage massif d’émotions avec le public ? On sent votre bouillonnement créatif et on se demande donc si vous n’allez pas profiter du net pour balancer un tas de morceaux qui doivent dormir sur vos disques durs externes.

Krispy Krust : Oui, pourquoi nous en priver ? On est tellement convaincus que ce qu’on fait est génial qu’on a envie de le partager avec les autres. On ne joue que la musique que l’on aime profondément. Si elle est assez bien pour nous, elle l’est pour le reste du monde.

Interview > Luigi Lattuca

  • Le premier album de Petosaure, Le Fantôme de l’Enfant, a été enregistré et mixé en début d’année. Masterisé par Vincent Hervineau, il est disponible sur la plateforme digitale Bandcamp depuis juin 2016 via le label indépendant La Souterraine.
  • TRACKLIST de l’album Le Fantôme de l’Enfant :1- La Rose et le Revolver
    2- La Gorge du Diable
    3- Love Viseur (feat. Weerdo et Jaky Labrune)
    4- La Traversée
    5- Sa Silhouette
    6- La Cigale
    7- La Plage (feat. N. Horbacz)
    8- Pantagruel
    9- Roiseau
    10 – Docile Amie
  • Concert le 30 novembre 2016 au Motel (Paris, France) – 20 à 23h.

Tribune : « La culture populaire est vecteur de Beauté ! » (gloire à Bob Dylan)

LA CHANSON PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE !

(Tribune de Roger BERTOZZI, conseiller et analyste stratégique pour les questions relatives au Climat et à l’Environnement)

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« Très grande joie à l’annonce du Prix Nobel de Littérature 2016, d’abord pour le lauréat, le magnifique Bob Dylan, mais aussi, et avec force, pour la reconnaissance ainsi donnée, enfin, à la chanson, part intégrante de notre patrimoine littéraire. L’Académie Nobel a loué à juste titre dans son communiqué la poésie de Bob Dylan. Or, la poésie, dans les temps les plus antiques, était indissociable du chant. La poésie grecque, par exemple, est née comme incantation.

Il est extraordinaire qu’il a fallu attendre 2016 pour que le Prix Nobel couronne un chanteur ! Qui ne sait qu’en tous lieux et en tous temps, du cante hondo au ragtime, de la variété au rock, des clubs cubains au rap marseillais, nombreux furent et sont les paroliers, les chanteurs-compositeurs, les artistes de scène dont les textes atteignent les plus hauts niveaux de l’intensité poétique et de ce que nous nommons par conventions la beauté littéraire ? Ce glorieux et joyeux Nobel à Bob Dylan couronne aussi tous ceux qui par leurs chansons ont enchanté et enchantent nos âmes. Et n’oublions pas que pour des millions de jeunes la chanson est le premier accès, parfois le seul accès, à la littérature et à la poésie, c’est à dire à la parole habitée par l’âme et incarnée dans un style. Je vois d’ici venir ceux que ce Prix pour du folk, pour du « populaire » choquera. Il ne faut pas s’y attarder, certains conservatismes sont de simples aveuglements, et le meilleur moyen d’y répondre c’est de ne pas les voir !

Je me souviens que même le très prestigieux Pascal Quignard avait dû faire face à une bronca pour son Goncourt octroyé à des recueils de fragments, et non au sacro-saint roman ( au mépris et de l’art du fragment et du testament des frères Goncourt qui instituèrent leur prix pour toute oeuvre de fiction, et les pensées sont des fictions, indépendamment du genre ). Et puis il y aura sans doute la complainte des thuriféraires de la culture savante. Dieu sait mon amour de la culture savante et de l’érudition ! Mais comment imaginer que l’amour de la culture puisse nourrir le désamour pour telle ou telle forme de culture, et non pas cultiver en nous une plus grande capacité de goûter universellement à la variété merveilleusement infinie des pratiques et des formes culturelles ? La culture populaire est vecteur de beauté et ferment de communion, elle remplit la noble fonction thaumaturgique et initiatrice de tous les arts, elle accompagne les vivants dans les méandres de la destinée et elle fait vivre les morts dans le coeur des restés… N’est-ce pas là la fonction immémoriale de la Poésie dans ses multiples incarnations humaines ? Alors je salue le Poète Dylan et tous ses frères de scène, je félicite l’Académie Nobel pour son choix avisé et je prie tous les grincheux de nous épargner leur chanson ! »

Bob Dylan

2012 : Bob Dylan in Los Angeles.

Halte au gaspillage alimentaire avec une bière brassée contenant du pain recyclé !

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La génération moderne est tournée vers la co-création et le financement participatif. « Brussels Beer Project » fête ce mois-ci son 1er anniversaire ! Cette micro-brasserie verte rue Antoine Dansaert, est née de la base de la puissance communautaire de l’économie verte et du financement participatif. Après les bières « Delta », « Dark Sister » et « Grosse Bertha », la bière « Babylone » fabriquée à partir de pains frais invendus chez Delhaize avait fait sensation. Un processus de création bien « fermenté » ayant servi en 2015 de vitrine au lancement du bar/magasin dans un quartier brassicole réputé.

Réaliser une consommation plus respectueuse et plus responsable, voilà bien un des arguments du marketing de la co-création. Les fondateurs de « Brussels Beer Project » l’ont bien compris. Grâce à une plateforme permettant de lever du capital auprès des internautes, ils ont pu réaliser leur projet d’ouverture d’un espace de dégustation à Bruxelles à l’été 2015. Mais juste avant, ils ont décidé de lancer « Babylone », leur quatrième bière. Sa particularité ? Celle-ci contient du pain frais recyclé.

Sensibilisation au gaspillage

Ce projet entendait bien s’inscrire dans l’idée d’un développement local durable en luttant contre le gaspillage. Le refrain est connu à travers des tonnes de campagnes de sensibilisation : chaque jour, nous gaspillons des denrées alimentaires qui finissent à la poubelle. Le pain représente 12% de la nourriture dont on se débarrasse. D’ailleurs, qui ne s’est jamais autorisé sur la fin ultime des produits de supermarchés lorsque nous déambulons dans les rayons de grandes surfaces ou même de petites boulangeries ? Le Beer Project a réuni différents acteurs pour développer et produire la bière qui contournerait un peu le problème. Pour fournir « la croûte », c’est vers Delhaize que l’équipe s’est tournée. Le pain frais invendu de la journée est récupéré chaque matin, collecté, transformé et conditionné en farine par l’Atelier Groot Eiland situé le long du canal à Bruxelles. Une tâche assez ardue, nous confie Olivier de Brauwere, l’un des deux fondateurs de Beer Project : « Notre équipe est composée de 4 personnes (les fondateurs et les brasseurs de formation dont un ancien chercheur de l’UCL) qui réalisent tout : la conception des recettes et les relations presse/marketing. On va essayer d’institutionnaliser plus nos missions et en particulier la collecte de pains pour pouvoir produire encore plus de produits à l’avenir. Le succès est croissant et donc nous commençons tout doucement à avoir un peu de mal à suivre… » Mais les deux compères restent très motivés pour défendre leur projet qui a reçu le soutien de Bruxelles-Environnement et de la société engagé dans le développement durable « Coduco ».

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Recette complexe

Concrètement, ça donne quoi alors la bière « Baylone » – qui a servi de rampe de lancement de la brasserie ? Antoine Dubois, ingénieur brasseur et ancien chercheur à l’UCL, a développé une recette alliant l’apport du pain et des arômes très fraîches. « La structure de la Babylone est importante et il nous a fallu passer par cinq prototypes, explique Olivier. Il y a des notes de pain toasté – car il est chauffé au four – mélangées à d’autres arômes tirant vers le fruit de la passion. » 16 000 litres et 2 tonnes de pain peuvent remplir 48 000 bouteilles. Une tranche et demie de pain est déposée dans chaque bière.  Tenté ? La bière « Babyone » (et ses grandes sœurs) vous attendent dans les meilleurs bistrots et caves à bières, ainsi que dans les Delhaize de la région bruxelloise. Vous participerez en plus à deux bonnes actions : le recyclage de la nourriture et le soutien de l’économie locale.

« On voulait s’implanter à Bruxelles car il y a pas mal de bars dans cette région. Avoir le nôtre était important car le bar joue un rôle prépondérant dans la découverte de bières. » Parallèlement à ce lancement au centre de la capitale, toute l’équipe du Beer Project réfléchit à distribuer, dans l’avenir, ses créations ailleurs en Belgique…  tout en espérant également convaincre d’autres points de vente alimentaires de collaborer avec eux !  En attendant, ils peuvent se réjouir de leurs exportations réussies. En juin 2015, leurs bières ont débarqué en Norvège après la France, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie… et même le Japon. La liste ne fait que s’allonger. Rien d’étonnant à cet engouement : la bière est la boisson alcolisée la plus appréciée au monde.

Interview > Luigi Lattuca

2015 a révélé toutes les faiblesses du monde

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Au revoir 2015. Les défis ont été nombreux cette année et le sont encore plus au fur et à mesure que le temps avance. A force d’attendre, on aura d’autant plus de mal avec radicalisme et surtout, SURTOUT, perte de sens. Comment en est-on arrivés là ?

La méconnaissance des ressorts du  radicalisme, la sous-estimation de la force de l’enseignement et de la culture et de sa capacité de séduction de Daesch expliquent sans aucun doute notre difficulté à appréhender la menace et la panique devant l’intensité de la haine s’étant manifestée en 2015. Le problème est complexe.

1/Prenons tout d’abord l’humiliation ressentie dans le monde arabo-musulman face à cet Occident qui a glorifié la mondialisation sans tenir compte de leurs particularités, de leurs aspirations et de leurs désirs. Résultat ? Grande marginalisation.

2/Les vérités énoncées par Michel Onfray ont dérangé plus d’une personne mais il faut aussi chercher du même côté que lui : l’interventionnisme en Irak, la gestion des crises syrienne et irakienne, la gestion type « contrat à la carte » de nos rapports au Moyen-Orient et avec le monde arabe… L’Occident n’est pas tout blanc. Et Daesch veut désormais laver plus blanc que blanc. Triste ironie.

3/Ce bon vieux capitalisme qui colle tellement à la peau de l’Europe… C’est ça qu’haïssent les islamistes radicaux. Le capitalisme moderne a produit des inégalités, du racisme, des discriminations à l’échelle mondiale, une crise profonde du multiculturalisme car on ne s’en est tout simplement pas occupé ! Aucune vision à long terme, comme dirait l’éminent sociologue Edgar Morin. Nous a-t-on expliqué ce qu’était l’Islam ? Non, les religions sont enseignées de manière cloisonnée dès la maternelle. Comment apprendre à se respecter ? Tant qu’on n’aura pas le courage de se dire tout cela, nous répéterons les mêmes erreurs.

4/Crise en Occident : habile transition pour parler de l’identité des personnes impliquées dans les attentats de Paris et ceux qui se préparaient en Belgique. Ces gens sont, pour la plupart, nés en Europe. Qu’est-ce qui cloche alors ? Cette crise de la jeunesse est une autre conséquence abjecte du capitalisme sans foi ni loi. Tentés de trouver un nouveau souffle romanesque à leur vie car on ne leur donne aucune chance d’émancipation (malgré un diplôme), certains jeunes dépriment, dépérissent et ne savent plus à quel saint se vouer. A un Dieu peut-être alors ? C’est jouer à la révolution face à des conditions qu’on n’accepte plus. Les gens manquent de sens. On ne leur en donne pas non plus. Et si en plus, on coupe de plus en plus dans les budgets culturels et ceux de l’enseignement…

5/Cerise sur le gâteau : le résultat de la démission du politique face à cela c’est qu’en France – et peut-être bientôt ailleurs – des centaines de civils meurent désormais. C’est terrible et rageant comme constat. Les civils paient les pots cassés. Un peu comme avec la crise boursière, la crise économique, la crise financière, appelons-là comme on veut, les conséquences sont les mêmes : une survie plutôt qu’une vie. Nos politiques ont donc du sang sur les mains.

Il y a une défaite dans la mission des politiques et on ne peut avancer dans le même schéma qu’avant. Tant de choses doivent changer. Tout est lié, tout doit progresser en même temps.

Aujourd’hui, l’Europe a besoin d’un plan national d’alliance sociale contre la haine. Toutes les haines. Nous devons faire de la résolution de ce problème une cause internationale. Faire bouger les lignes nécessite bien plus qu’une minute de silence. Et ça commence dès l’école maternelle.

Allez, au revoir 2015.

2016 = bis repetita ? Réponse dans un an !

 

Michel Onfray à Charleroi : le bilan

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Ce 29 octobre 2015, à la veille d’Halloween, Michel Onfray était de passage au Pays Noir du Pays du Surréalisme. Lisez à Charleroi, en Belgique. Non pas pour nous faire peur mais nous ouvrir les yeux, une fois de plus.

Que retenir de ce moment de respiration intellectuelle à Charleroi Danses (en collaboration avec le Centre d’Action Laïque de la ville) ?

  • Sur ses relations avec les médias : « Je pourrais passer ma vie dans les médias. J’y vais pour mes défendre des idées minoritaires chez eux et pourtant majoritaires chez le peuple. C’est lui que je veux rencontrer : le peuple d’où je viens. Je ne voudrais pas lui être infidèle. Et c’est pour ça que j’apparais : pour parler de lui. Voilà pourquoi on me voit beaucoup. Mais ceux-ci vous enferment dans une prison. Vous êtes comme ça et c’est tout. Je crois beaucoup au peuple et je pense que les médias ont transformé le peuple en « populace », c’est-à-dire en peuple qui ne sait plus penser. On me reproche beaucoup de choses mais un philosophe constate ce qui est, il n’invente pas. »
  • Sur l’Histoire : « En histoire, il faut penser les longues durées. Plus on voit les choses de loin, plus on les voit de près et mieux. On ne fait de l’histoire que lorsque on se pose la question suivante : Quelle est l’histoire de l’histoire ?« 
  • La pensée & la réflexion : « Quand on pense, on est très vite solitaire car nous sommes dans un monde qui ne pense plus. Pour penser et débattre, il faut des fresques mais pour cela il faut la culture ! La superstructure idéologique, c’est cela : culture, idée, philosophie. »
  • Sur les religions : « La religion est consubstantielle au capital. Si le capital l’exploite, il y aura refuge dans la religion. On sait qu’on est mortel mais on y croit pas. Or, une civilisation est toujours construire sur une spiritualité. L’effondrement des religions, c’est l’effondrement des civilisations. On ne fait pas l’économisme du religieux. Il y aura toujours des gens qui auront besoin d’un « arrière-monde » comme disait Nietzsche. Et donc les athéistes sont toujours une minorité. La figure de l’arrière-monde construit le divin. »
  • Sur Dieu : « Il existe mais est une fiction. La question de la religion pose la question de la laïcité qui pose la question de la théocratie et du politique. Le philosophe est, pour moi, laïc. Dieu existe mais est une aliénation. S’il y a eu fabrication, il peut donc y avoir défabrication. Soyez forts pour que Dieu soit faible. Travaillez sur ce terrain philosophique ! Aucun évangéliste ne l’a jamais connu ! »
  • Sur la Bible : « Le pouvoir était à ceux qui donnaient les direction de lecture de livres religieux. Quand on brûlait les sorcières, on voulait éteindre la sagesse populaire. Eve voulait savoir et sur l’arbre du Jardin d’Eden, poussaient les fruits de la connaissance. Dieu veut qu’elle lui obéisse pour être heureuse et en paix. Eve représente le « vouloir savoir ». Elle veut savoir et mord dans le fruit. La sorcière, c’est l’écho d’Eve. Le laïc à l’époque, c’est elle. De même que Lucifer, l’ange qui s’est rebellé. En plus, étymologiquement, Lucifer veut dire « qui vient de la lumière ».
  • Sur le retour du religieux après le 11 septembre : « Aujourd’hui, on assiste à un retour du religieux. La politique fait rire tout le monde, l’ordre des choses se retrouve donc changé. Le logiciel des années 60, 70 et même 80 n’est plus le même. Et le 11 septembre 2001 est un jour important : on doit choisir entre le Coran de Ben Laden ou la Bible de Bush. Moi, encore une fois, je suis athée et ultra laïc. Je crois à la raison, au débat et à la dialectique… tout en restant attaché au slogan de la République formulé par Robespierre. Avec le 11 septembre, l’Islam a surgi comme une force politique. C’est le retour de la théocratie. Tout le travail d’arrachement de la religion comme affaire publique a été balayé. L’Islam apparaît comme le contraire de ce que propose l’Occident. Notre ignorance d’aujourd’hui nous fait dire que l’Islam est une religion de tolérance, de paix et d’amour. Mais il y a DES Islams, des façons d’être musulmans. Si tu veux augmenter ta foi, augmente ton savoir. L’histoire est toujours faite par les minorités agissantes. Depuis le 11 septembre, c’est le retour de l’esprit des Croisades. Les Occidentaux ont créé le terrorisme à cause de leur impérialisme ! Ne nous leurrons pas : la France est au Mali pour le pétrole. Si elle veut réellement défendre les opprimés, pourquoi ne court-elle pas en Chine, pays où les Droits de l’Homme sont bafoués ? L’Europe n’est pas encore assez libérale pour les politiques. Ces discours tuent des gens. On bombarde sans cesse à présent. Mais à propos de l’Islam, le problème reste le même que pour la religion judéo-chrétienne : il faut dissocier religion et politique, dissocier les affaires de César et celles de Dieu. »
  • Sur l’ouverture aux idées et Marine Le Pen : « On aime juste la tolérance quand on est Charlie en France. J’ai analysé le fait qu’une partie des 30% de gens voulant voter pour Marine Le Pen provient des écœurés du libéralisme, celui qui a promis tant de choses ! La pensée « On vous force à être libre » avec le libéralisme a du plomb dans l’aile. On a rendu cela possible. Le philosophe analyse le réel, il ne l’invente pas ! Si la fille Le Pen arrive au pouvoir, en quelque sorte, ce sera la naissance d’une nouvelle civilisation. Mais les autres partis politiques ont été complices de ça. C’est bien beau de prôner la fraternité à gauche mais ça n’est qu’une idée. Concrètement, comment organiser une fraternité ? Le savent-ils eux-mêmes ? »
  • Sur les philosophes et « les autres » : « J’écoute les gens… mais pas forcément des philosophes. Et faire une thèse sur Foucault, ce n’est pas forcément être philosophe. Aussi, on peut être spinoziste sans avoir lu Spinoza. Pour ma part, j’aime plus discuter avec des pêcheurs ou des agriculteurs. Bien sûr qu’ils ont des choses à dire, on a beaucoup de choses à apprendre d’eux. Ils peuvent en dire beaucoup sur une donnée sociétale. »

Retranscription : Luigi Lattuca