2015 a révélé toutes les faiblesses du monde

stop terrorism sign

 

Au revoir 2015. Les défis ont été nombreux cette année et le sont encore plus au fur et à mesure que le temps avance. A force d’attendre, on aura d’autant plus de mal avec radicalisme et surtout, SURTOUT, perte de sens. Comment en est-on arrivés là ?

La méconnaissance des ressorts du  radicalisme, la sous-estimation de la force de l’enseignement et de la culture et de sa capacité de séduction de Daesch expliquent sans aucun doute notre difficulté à appréhender la menace et la panique devant l’intensité de la haine s’étant manifestée en 2015. Le problème est complexe.

1/Prenons tout d’abord l’humiliation ressentie dans le monde arabo-musulman face à cet Occident qui a glorifié la mondialisation sans tenir compte de leurs particularités, de leurs aspirations et de leurs désirs. Résultat ? Grande marginalisation.

2/Les vérités énoncées par Michel Onfray ont dérangé plus d’une personne mais il faut aussi chercher du même côté que lui : l’interventionnisme en Irak, la gestion des crises syrienne et irakienne, la gestion type « contrat à la carte » de nos rapports au Moyen-Orient et avec le monde arabe… L’Occident n’est pas tout blanc. Et Daesch veut désormais laver plus blanc que blanc. Triste ironie.

3/Ce bon vieux capitalisme qui colle tellement à la peau de l’Europe… C’est ça qu’haïssent les islamistes radicaux. Le capitalisme moderne a produit des inégalités, du racisme, des discriminations à l’échelle mondiale, une crise profonde du multiculturalisme car on ne s’en est tout simplement pas occupé ! Aucune vision à long terme, comme dirait l’éminent sociologue Edgar Morin. Nous a-t-on expliqué ce qu’était l’Islam ? Non, les religions sont enseignées de manière cloisonnée dès la maternelle. Comment apprendre à se respecter ? Tant qu’on n’aura pas le courage de se dire tout cela, nous répéterons les mêmes erreurs.

4/Crise en Occident : habile transition pour parler de l’identité des personnes impliquées dans les attentats de Paris et ceux qui se préparaient en Belgique. Ces gens sont, pour la plupart, nés en Europe. Qu’est-ce qui cloche alors ? Cette crise de la jeunesse est une autre conséquence abjecte du capitalisme sans foi ni loi. Tentés de trouver un nouveau souffle romanesque à leur vie car on ne leur donne aucune chance d’émancipation (malgré un diplôme), certains jeunes dépriment, dépérissent et ne savent plus à quel saint se vouer. A un Dieu peut-être alors ? C’est jouer à la révolution face à des conditions qu’on n’accepte plus. Les gens manquent de sens. On ne leur en donne pas non plus. Et si en plus, on coupe de plus en plus dans les budgets culturels et ceux de l’enseignement…

5/Cerise sur le gâteau : le résultat de la démission du politique face à cela c’est qu’en France – et peut-être bientôt ailleurs – des centaines de civils meurent désormais. C’est terrible et rageant comme constat. Les civils paient les pots cassés. Un peu comme avec la crise boursière, la crise économique, la crise financière, appelons-là comme on veut, les conséquences sont les mêmes : une survie plutôt qu’une vie. Nos politiques ont donc du sang sur les mains.

Il y a une défaite dans la mission des politiques et on ne peut avancer dans le même schéma qu’avant. Tant de choses doivent changer. Tout est lié, tout doit progresser en même temps.

Aujourd’hui, l’Europe a besoin d’un plan national d’alliance sociale contre la haine. Toutes les haines. Nous devons faire de la résolution de ce problème une cause internationale. Faire bouger les lignes nécessite bien plus qu’une minute de silence. Et ça commence dès l’école maternelle.

Allez, au revoir 2015.

2016 = bis repetita ? Réponse dans un an !

 

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Michel Onfray à Charleroi : le bilan

michel onfray

Ce 29 octobre 2015, à la veille d’Halloween, Michel Onfray était de passage au Pays Noir du Pays du Surréalisme. Lisez à Charleroi, en Belgique. Non pas pour nous faire peur mais nous ouvrir les yeux, une fois de plus.

Que retenir de ce moment de respiration intellectuelle à Charleroi Danses (en collaboration avec le Centre d’Action Laïque de la ville) ?

  • Sur ses relations avec les médias : « Je pourrais passer ma vie dans les médias. J’y vais pour mes défendre des idées minoritaires chez eux et pourtant majoritaires chez le peuple. C’est lui que je veux rencontrer : le peuple d’où je viens. Je ne voudrais pas lui être infidèle. Et c’est pour ça que j’apparais : pour parler de lui. Voilà pourquoi on me voit beaucoup. Mais ceux-ci vous enferment dans une prison. Vous êtes comme ça et c’est tout. Je crois beaucoup au peuple et je pense que les médias ont transformé le peuple en « populace », c’est-à-dire en peuple qui ne sait plus penser. On me reproche beaucoup de choses mais un philosophe constate ce qui est, il n’invente pas. »
  • Sur l’Histoire : « En histoire, il faut penser les longues durées. Plus on voit les choses de loin, plus on les voit de près et mieux. On ne fait de l’histoire que lorsque on se pose la question suivante : Quelle est l’histoire de l’histoire ?« 
  • La pensée & la réflexion : « Quand on pense, on est très vite solitaire car nous sommes dans un monde qui ne pense plus. Pour penser et débattre, il faut des fresques mais pour cela il faut la culture ! La superstructure idéologique, c’est cela : culture, idée, philosophie. »
  • Sur les religions : « La religion est consubstantielle au capital. Si le capital l’exploite, il y aura refuge dans la religion. On sait qu’on est mortel mais on y croit pas. Or, une civilisation est toujours construire sur une spiritualité. L’effondrement des religions, c’est l’effondrement des civilisations. On ne fait pas l’économisme du religieux. Il y aura toujours des gens qui auront besoin d’un « arrière-monde » comme disait Nietzsche. Et donc les athéistes sont toujours une minorité. La figure de l’arrière-monde construit le divin. »
  • Sur Dieu : « Il existe mais est une fiction. La question de la religion pose la question de la laïcité qui pose la question de la théocratie et du politique. Le philosophe est, pour moi, laïc. Dieu existe mais est une aliénation. S’il y a eu fabrication, il peut donc y avoir défabrication. Soyez forts pour que Dieu soit faible. Travaillez sur ce terrain philosophique ! Aucun évangéliste ne l’a jamais connu ! »
  • Sur la Bible : « Le pouvoir était à ceux qui donnaient les direction de lecture de livres religieux. Quand on brûlait les sorcières, on voulait éteindre la sagesse populaire. Eve voulait savoir et sur l’arbre du Jardin d’Eden, poussaient les fruits de la connaissance. Dieu veut qu’elle lui obéisse pour être heureuse et en paix. Eve représente le « vouloir savoir ». Elle veut savoir et mord dans le fruit. La sorcière, c’est l’écho d’Eve. Le laïc à l’époque, c’est elle. De même que Lucifer, l’ange qui s’est rebellé. En plus, étymologiquement, Lucifer veut dire « qui vient de la lumière ».
  • Sur le retour du religieux après le 11 septembre : « Aujourd’hui, on assiste à un retour du religieux. La politique fait rire tout le monde, l’ordre des choses se retrouve donc changé. Le logiciel des années 60, 70 et même 80 n’est plus le même. Et le 11 septembre 2001 est un jour important : on doit choisir entre le Coran de Ben Laden ou la Bible de Bush. Moi, encore une fois, je suis athée et ultra laïc. Je crois à la raison, au débat et à la dialectique… tout en restant attaché au slogan de la République formulé par Robespierre. Avec le 11 septembre, l’Islam a surgi comme une force politique. C’est le retour de la théocratie. Tout le travail d’arrachement de la religion comme affaire publique a été balayé. L’Islam apparaît comme le contraire de ce que propose l’Occident. Notre ignorance d’aujourd’hui nous fait dire que l’Islam est une religion de tolérance, de paix et d’amour. Mais il y a DES Islams, des façons d’être musulmans. Si tu veux augmenter ta foi, augmente ton savoir. L’histoire est toujours faite par les minorités agissantes. Depuis le 11 septembre, c’est le retour de l’esprit des Croisades. Les Occidentaux ont créé le terrorisme à cause de leur impérialisme ! Ne nous leurrons pas : la France est au Mali pour le pétrole. Si elle veut réellement défendre les opprimés, pourquoi ne court-elle pas en Chine, pays où les Droits de l’Homme sont bafoués ? L’Europe n’est pas encore assez libérale pour les politiques. Ces discours tuent des gens. On bombarde sans cesse à présent. Mais à propos de l’Islam, le problème reste le même que pour la religion judéo-chrétienne : il faut dissocier religion et politique, dissocier les affaires de César et celles de Dieu. »
  • Sur l’ouverture aux idées et Marine Le Pen : « On aime juste la tolérance quand on est Charlie en France. J’ai analysé le fait qu’une partie des 30% de gens voulant voter pour Marine Le Pen provient des écœurés du libéralisme, celui qui a promis tant de choses ! La pensée « On vous force à être libre » avec le libéralisme a du plomb dans l’aile. On a rendu cela possible. Le philosophe analyse le réel, il ne l’invente pas ! Si la fille Le Pen arrive au pouvoir, en quelque sorte, ce sera la naissance d’une nouvelle civilisation. Mais les autres partis politiques ont été complices de ça. C’est bien beau de prôner la fraternité à gauche mais ça n’est qu’une idée. Concrètement, comment organiser une fraternité ? Le savent-ils eux-mêmes ? »
  • Sur les philosophes et « les autres » : « J’écoute les gens… mais pas forcément des philosophes. Et faire une thèse sur Foucault, ce n’est pas forcément être philosophe. Aussi, on peut être spinoziste sans avoir lu Spinoza. Pour ma part, j’aime plus discuter avec des pêcheurs ou des agriculteurs. Bien sûr qu’ils ont des choses à dire, on a beaucoup de choses à apprendre d’eux. Ils peuvent en dire beaucoup sur une donnée sociétale. »

Retranscription : Luigi Lattuca

Allô le monde ? Ne te laisse pas aller comme ça…

Allô copie copie Le monde est le reflet de notre esprit.

Un esprit malade voulant guérir par le soutien et la tendresse.

Toutes les grandes idéologies pourvoyeuses de sens ont été critiquées, remises en question. Qui pour nous guider maintenant ? Dans des Etats séparés de l’église, on doit quand même donner du sens à la vie des gens. Au milieu des corruptions, des scandales politiques, de la mise en avant des célébrités sans talent, de l’esprit de compétition, les inégalités croissantes, que reste-il de spirituel ? Un mot devant être pris ici au sens de « plus de sagesse et de réflexion » ? Les personnes qui nous gouvernent ne font rien pour lutter contre les jugements à l’emporte-pièce. La grande marche du dimanche 11 janvier dans toute la France a surtout prouvé une chose : les gens sont désappointés. Le moral déjà bien entamé par cette interminable crise économique et sociale, ils désirent de l’amour et du soutien.

Sarko show : sa future France ne rassemblera pas tout le monde

Sarkozy face à Delahousse... et à la France de demain Fourbe, Nicolas Sarkozy prétend avoir changé et vouloir rassembler tout le monde. Or, c’est toujours un excellent démagogue. Les exemples sont nombreux mais prenons un des récents débats ayant cristallisé à merveille l’opposition gauche-droite : le « mariage pour tous ».

Quelqu’un m’a dit que tu m’aimais encore… La France réveille douloureusement les paupières. Elle serait endormie et il lui faudrait bien un chevalier pour baiser ses lèvres et la réveiller. Elle s’adresse à Nicolas Sarkozy : « Tu m’aimerais encore ? ». Bien sûr qu’il t’aime ! Pour preuve, il a décidé de revenir. Il est bien brave comme tous les chevaliers des contes de fée. Mais comme tous les preux chevaliers, son côté sombre est plus intéressant à analyser. Et dans son côté sombre : son envie d’être prêt à tout pour séduire l’électorat.

Dès le début de l’entretien diffusé hier soir par France 2, Nicolas Sarkozy ne joue pas vraiment franc jeu. Pour preuve : il ne regarde même pas Laurent Delahousse dans les yeux quand il le gratifie d’un joyeux « Merci de m’avoir invité« . Pourquoi regarder dans les yeux quand il s’agit d’une complaisance et d’une hypocrisie ? Il fallait une jolie arène à l’ex-chef d’État pour annoncer son retour et son attaché de presse a simplement contacté une grande chaîne publique, point. Ce n’est pas une invitation.

La suite, tout le monde en parle à la cafétéria, dans les bistrots ou sur les réseaux sociaux. Ce ne sera qu’une suite d’auto-congratulations, de caresses dans le sens du poil à ces « Français simples et dignes » ( formule d’Henri Guaino, député UMP, pour parler des Français contre le « mariage pour tous ») et de reproches à l’animateur préférée des ménagères.

Lequel est d’ailleurs revenu sur le débat de société qui fait couler tant d’encre à cause des manifestations parfois violentes du peuple français au premier semestre 2013 : le fameux « mariage pour tous ». Alors qu’il avait affirmé récemment ne pas en faire une priorité dans son programme présidentiel s’il devait se représenter et qu’il souhaite « rassembler » toutes les individualités, Nicolas Sarkozy a sous-entendu hier soir qu’il comptait bien venger les gens humiliés par le débat sur le mariage entre personnes de même sexe. « On a blessé des gens, qui se sont radicalisés (…) On a humilié la famille » a-t-il dit, tête haute.

On sent bien que l’ancien président cherche encore comment récolter le plus de voix possible s’il devait refaire campagne en 2017. Le sous-entendu de cette nouvelle sortie médiatique révoltant les associations LGBT est que la famille n’existe que sous un seul avatar : celui de la famille nucléaire. Papa, maman et leurs enfants ont vu leur image bafouée par le gouvernement ayant porté cette réforme. Sarkozy ne fait qu’adopter lui-même la mutation de la rhétorique entendue et réentendue durant les débats par les personnes hostiles à la réforme : tout le monde a aujourd’hui des amis homosexuels mais l’opposition au mariage signifie la protection de la famille. La famille, cette corde sensible à faire bouger pour présenter son argumentation (et opinion) comme un fait irréfutable et inébranlable.

La rhétorique que révèle l’interview menée par Delahousse s’appuie, du côté des anti-mariage pour tous, sur ce qui est ressenti comme une menace : ceux qui se présentent comme les garants, ou supporters, de la norme se sentiraient – selon leur discours – victimes d’une violence causée par le projet de loi du gouvernement Hollande. Ainsi l’ordre symbolique est bousculé et le tissu social sera réduit en lambeaux. Les manifestations « anti » et leur florilège de slogans peuvent inclure la confusion entre un jugement de valeur morale et un jugement descriptif sur un certain équilibre de vie, un certain bien-être. Une orientation idéologique est d’office donnée à la manifestation des hostiles au projet. Le fait de demander législativement les mêmes droits serait un mal moral car on ne penserait pas au bien-être des enfants. C’est à peu près le discours de Sarkozy hier soir. Bref, son projet pour la France n’est donc pas pour tout le monde.

Enfin, si Nicolas Sarkozy souhaite relancer les discussions sur le mariage pour tous, c’est qu’il a peut-être un peu joué son rôle dans l’incursion du religieux dans le débat en 2012-2013. Avant que le débat ne s’ouvre sous la présidence socialiste actuelle, M. Sarkozy ne s’est-il pas félicité de ce que le curé ou le pasteur serait un garant moral beaucoup plus fiable que l’instituteur ? De plus, avant que l’ancien maire de Neuilly ne cède sa place à François Hollande à l’Élysée, il avait lancé le grand débat sur l’identité nationale et avait rappelé le grand principe de laïcité (clin d’œil aux musulmans) : la religion catholique était censée fonder une France de souche. Le programme de la Droite Forte, une des motions de l’UMP pousse pour le fait d’inscrire dans la Constitution que la France est « un pays laïc de tradition chrétienne ». Ce souhait un peu beaucoup paradoxal dans le fond rend aujourd’hui possible l’alliance possible entre droite, extrême-droite et groupes catholiques militants. Une action que les Catholiques ont pris comme un encouragement à s’engager dans le débat politique.

Benoît Lutgen, déjà en campagne

Benoît Lutgen était la vedette politique belge du dernier week-end d’avril. Lors d’un congrès sur le développement humain organisé par le cdH à Louvain-la-Neuve, le président du parti a présenté la nouvelle charpente idéologique qui doit guider l’action du cdH au cours des prochaines années. Décryptage de son discours.

Est-ce l’absence de contenu ou de ligne claire pour le cdH qui a poussé Benoît Lutgen, à monter au créneau le week-end dernier ? Le président du parti ferait-il son Wouter Beke ? Ce dernier, président du CD&V, avait avoué fin 2012 que son parti politique manquait d’une ligne idéologique claire. L’actualité du cdH ferait-elle écho à celle du CD&V ?

Les deux partis perdent continuellement leur électorat de base, pour des raisons très différentes. En ce qui concerne le parti de Benoît Lutgen, ils n’ont que la solution d’essayer de plaire à tout le monde, d’où le fait de ne pas être trop clair mais de se raccrocher à des valeurs-symboles : l’humain, ce qui veut tout et rien dire en somme; aucun parti ne se déclare contre l’humain.

[View the story « Mais que s’est-il clairement dit ? » on Storify]

Par Luigi Lattuca et Florence Lestienne

Dutroux : une histoire, cent fins

Palais

Lundi 4 février avant 14h, Palais de justice de Bruxelles. L’entrée en procédure de demande de libération conditionnelle de Marc Dutroux va commencer. L’effervescence de la foule n’y était pas. L’emballement médiatique, un peu quand même. A tort ou à raison ?

La pluie, « prison » fatale des Belges. On dit que ces grosses larmes du ciel lavent tout et déjouent toutes les prévisions. Sous une pluie battante justement, ce lundi 4 février avant 14h, devant le Palais de justice de Bruxelles, il était question de parler prison sous les précipitations abondantes. Marc Dutroux, le criminel le plus connu du pays, revendique sa libération anticipée. Comme pour n’importe quel autre détenu la loi lui permet en effet d’être libérable – en théorie – six mois après avoir effectué le tiers de sa peine, détention provisoire incluse. La première séance pour la procédure de demande de (presque) libération conditionnelle formulée par Marc Dutroux s’ouvrait donc hier, lundi 4 février, à 14h. Pourquoi « presque » ? Car ce dernier demande à purger le reste de sa peine à domicile avec un bracelet électronique. Pour être plus précis, c’est un aménagement des conditions de sa détention qui est demandé à la justice.

Devant le Palais de justice de Bruxelles, lundi, la foule était étrangement absente. Rien à voir avec la libération de Michelle Martin l’été dernier. Les manifestants étaient principalement des membres de l’organisation nationaliste Nation. Du côté de la presse, on rejoue un rôle bien connu avec des titres comme : « Dutroux libéré : un fantasme collectif », « Dutroux : pourquoi le pays s’enflamme », Marc Dutroux bientôt libéré ? », … Les manchettes n’en finissent plus de sortir pour parler de cette demande de libération conditionnelle formulée par l’ex-pédophile de Marcinelle alors même que cette démarche n’a quasiment aucune chance d’aboutir.

« O justice, ô sécurité ! »

L’examen de cette demande se déroulait donc ce lundi 4 février, à 14h15 précisément pour se terminer après 16h. Ce fut une déception pour les membres du groupe identitaire extrémiste Nation et les journalistes présents. Comme c’était prévisible, Marc Dutroux – parti de Nivelles très tôt dans la matinée – est arrivé fort encadré (avec la fameuse escorte estimée à 50. 000 euros pour empêcher toute tentative d’évasion mais aussi de réaction violente de la foule) dans la salle d’audience du Tribunal d’application des peines (TAP) par un couloir secret réservé aux détenus.

Pas de possibilités de filmer ou de prendre l’ex-pédophile de Marcinelle en photo. Le suspense était bien gardé. A force de ne voir rien arriver, les journalistes se doutent que Marc Dutroux a déjà été transféré de Nivelles à Bruxelles. La police qui patrouille sur place refuse de répondre à mes questions. Pour les membres du groupe Nation, c’est autre chose : la prise de parole, ils adorent ça. Tout de suite, le mouvement d’extrême-droite distribue un tract à toute personne qui les approche.

 « Dutroux, Lelièvre, Martin … Assassins ! O justice, ô sécurité ! Ni justice, ni pardon : les pédophiles en prison ! ». Les rimes sont présentes dans leur discours de révolte clamé au parlophone. La météo ne les décourage pas. Ils veulent s’adresser directement à l’Etat. Un drapeau belge flotte bien, merci le vent. Les stars principales de cette journée, en attendant Marc Dutroux, ce sont eux. Hervé Van Laethem, l’un des dirigeants du groupe, se dit motivé par la nécessité de demander des peines incompressibles et, selon lui, plus adaptées à la société actuelle. « Premièrement, nous sommes ici pour la symbolique Dutroux, pour ce qu’il représente en tant que triste figure de l’histoire belge. Et deuxièmement, nous souhaitons des punitions bien plus graves pour les crimes odieux perpétrés sur des enfants. Il faut rétablir la peine de mort ou, du moins, faire en sorte que l’accès à la libération soit plus difficile. »

De la fumée pour rien ?

Mais, de l’avis de nombreuses acteurs du dossier (dont le parquet et l’administration pénitentiaire), même si il est sous le joug des anciennes lois, Marc Dutroux n’a quasiment aucune chance de s’en sortir. Ce point de procédure, dont tous les médias parlent, a eu lieu ce lundi car législativement, l’homme le plus haï de Belgique y a droit. Le tribunal d’applications des peines y répond par respect pour notre démocratie. Dutroux s’était déjà vu refuser des demandes de congés pénitentiaires et de port d’un bracelet électronique, pour les risques de récidive évident.

Alors pourquoi venir aujourd’hui devant le Palais de justice ? « Pour répondre à la provocation de Dutroux, clame d’emblée Hervé Van Laethem. Il joue avec la règle qui existe et qui n’est plus adaptée à cette société de plus en plus violente. La loi doit devenir plus dure et pas seulement pour Dutroux ! » Selon lui, le peuple belge est avec Nation : « Cet événement a profondément marqué les Belges et les médias s’en souviennent, voilà pourquoi ils en parlent tant ! » Pourtant, juste quelques adolescents s’aventurent près du Palais de Justice pendant l’interview. Où est passé le peuple ? « C’est un lundi et il est midi. C’est compréhensible. Nous sommes 24 membres de Nation et quelques journalistes. J’espère que le dispositif qui doit coûter 50 000 euros n’a pas été déployé juste pour nous qui sommes si peu nombreux. Ce serait démesuré ! », lâche Van Laethem ironiquement. Son collègue, Eddy De Smedt, cadre du mouvement, n’a pas le cœur à défendre ses compatriotes : « Le peuple belge est un peuple de moutons qui consent à cette justice laxiste ! »

L’Europe mobilisée

Ce n’est pas vraiment l’avis des journalistes étrangers qui se sont déplacés pour couvrir l’événement. Pauline Jaclin, correspondante à Lille pour Canal +, compare immédiatement son pays et le nôtre. « Ce qui nous frappe, c’est à quel point cela marque encore la Belgique alors qu’il y aura bientôt vingt ans que Dutroux est en prison ! Pas au point d’ouvrir les journaux télé français par cette nouvelle mais quand même … Je pense que cette réaction populaire est une réaction propre au pays. Proportionnellement, l’émotion est grande. Il y a eu de nombreuses victimes dans un tout petit pays ; l’impact est donc plus grand. Il y a encore des manifestations de la part du peuple belge. En France, pour un assassin comme Michel Fourniret, je pense que les Français n’auraient pas réagi comme ça. » En fait-on trop médiatiquement et populairement pour cette affaire de pédocriminalité ? Ce qui est sûr, c’est que beaucoup de journalistes n’ont pas hésité à se déplacer de l’étranger pour venir parler, souvent en direct du dernier « caprice » de Marc Dutroux.

Un peu plus loin, Mario Morleo, cameraman pour la chaîne d’informations privée allemande N24 attend sa collègue journaliste. Depuis 9h, ils donnent des informations sur leur chaîne toutes les demi-heures. « En Allemagne, nous trouvons ce fait divers choquant aussi, avoue-t-il. Se demander s’il faut parler de Dutroux, c’est comme se demander s’il faut parler du Norvégien qui a ouvert le feu dans son pays en juillet 2011. Faut-il les ignorer pour ne pas trop raviver la douleur et se montrer parfois plus digne ou en parler ? Ma seule réponse, c’est que ces faits existent et ont choqué. En faisons-nous trop ? Nous le pensons parfois mais nous agissons quand même comme nous le faisons d’habitude depuis longtemps …»

La justice en question

Durant sa pause, dans un moment où les infos qui émanent du Palais se font plus rares, Barbara Ackermann, la journaliste internationale qui l’accompagne, nous parle de l’audience que ce genre d’événement attire. « Les Allemands le voient comme un monstre mais l’audience le réclame. On a tellement parlé de lui ces dernières années qu’on doit continuer à suivre l’histoire. A chaque fois qu’on en parle sur N24, l’audience grimpe. Pour elle, ce genre de faits est même plus important que la politique, analyse-t-elle. En clair, les audiences décevantes rappellent toujours à une chaîne privée qu’elle est prise en otage par les sujets un peu trop préférés du public. Barbara reprend le même exemple que son collègue pour pousser la réflexion un peu plus loin … Anders Behring Breivik, le jeune homme en Norvège, a longuement parlé durant son procès. Ça a fait un véritable tollé ! Les gens se sont demandés pourquoi on lui a donné le droit de parler si longtemps ? C’est le système démocratique qui veut ça. Et le système judiciaire belge est comme l’allemand. Chez nous, la loi autoriserait Dutroux à introduire la même demande. »

Pourtant, en ces temps de crise où l’on s’interroge un peu sur tout et n’importe quoi, Annemie Turtelboom, la ministre de la Justice (Open VLD), a souhaité faire voter en urgence des législations qui ne s’appliqueront pas à Dutroux. Le peuple feint d’ignorer la nouvelle. Pour lui, elle arrive trop tard. Le mal est fait. Et les médias remuent le couteau pour la faire encore plus pleurer … Oui, décidément, la pluie est une métaphore des larmes.

Le bon, la brute et le truand

Bon bute truant Dans trois jours, Madonna met un terme à sa huitième tournée mondiale « The MDNA Tour ». Un gigantesque tour de chant (et de danse) ponctué de nombreuses polémiques. La Madonne a vécu un drôle d’été ! Le symbole fasciste des nazis a notamment été apposé sur le front de Marine Le Pen, la leader du Front National français lors d’un interlude qui représentait toutes les religions du monde. Mystique, Madonna l’a toujours été. Il y a donc forcément un message à la clé.

Mi-juillet, une plainte contre Madonna a été déposée devant le Tribunal de grande instance de Bobigny (en Seine-Saint-Denis). Elle émanait du vice-président du Front National, Florian Philippot. Un bon coup de pub … Ah ben non, les élections présidentielles étaient déjà passées !Avec à la clé, de très jolis scores pour le parti dédiabolisé grâce à la parole d’une blonde. Laquelle n’a pas apprécié qu’une autre blonde utilise son image associée au symbole nazi qu’est la croix gammée. Mais d’où provient cette croix gammée ? Correspond-t-elle vraiment à ce que Marine Le Pen réprésente et désire ?

La croix gammée trouve son sens dans l’une des plus vieilles religions du monde : l’hindouisme. La croix utilisée par l’ancien dirigeant allemand, Adolf Hitler,  est, en réalité, un ancien signe hindou nommé « svastika » qu’on trouve reproduit dans des vestiges de plusieurs civilisations en Asie (elle symbolise l’éternité en Chine), en Afrique et en Amérique mais aussi en Europe dès les âges préhistoriques. Il paraît qu’elle devait représenter la roue et, par conséquent, suggérer la rotation, jusqu’à donner le vertige. De plus, elle devait représenter le soleil (et sa lumière). Rien à voir avec le national-socialisme à l’origine donc … Quoique … Hitler, comme Le Pen, ont rejeté la faute sur une communauté bien précise et se sont imposés comme « les sauveurs d’une nation malade ». Ils sont la lumière vers laquelle les gens doivent tendre ! On assiste à une véritable lobotomie et n’est-ce pas ce que la roue représente aussi ? La roue n’a ni commencement, ni fin. Elle symbolise un tout, une radicalisation.

Regarder une rotation favorise l’endormissement. N’est-ce pas plutôt là ce que Madonna a voulu représenter ? Juste sur le crâne qui habite le cerveau qui lui-même doit abriter l’esprit critique. Ce n’est pas étonnant de la part d’une chanteuse ultra-démocrate qui s’est toujours battue pour faire avancer les libertés individuelles.

Percée du PTB aux communales : vraie menace ?

 Les élections des 262 communes wallonnes qui ont appelé leurs habitants à voter il y a deux mois sont toutes validées. Parfum de succès dans l’air pour le parti des travailleurs belges le 14 octobre dernier. Le parti a obtenu ses premiers élus communaux un peu partout en Belgique. Raoul Hedebouw, le porte-parole du parti, parle d’« une victoire sur la gauche molle. » Pascal Delwit, politologue à l’ULB, tempère.

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Le succès du livre écrit par le président du PTB, Peter Mertens, « Comment osent-ils ? », l’avait prédit : l’attention autour du PTB allait bel et bien être relancée. Au point qu’un grand nombre d’électeurs s’est laissé tenté … En région bruxelloise à Molenbeek, Schaerbeek, puis dans le Hainaut à Mons, Charleroi et La Louvière, les élus du parti savourent leur succès. Dans le versant néerlandophone, même chose pour l’homologue flamand PVDA. En province gantoise, il confirme avec 22 % et six sièges. Le parti avance aussi à Namur avec ses scores approchant les 3 %. Une surprise pointée par toute la presse en octobre dernier.

Pascal Delwit, politologue à l’ULB, tient néanmoins à tempérer les réactions : « Ce n’est pas tout à fait une surprise, à vrai dire. Aux élections de 2010 (élections législatives fédérales, ndlr), le PTB avait réalisé une percée dans les cantons de Liège, Herstal, Saint-Nicolas, Seraing, etc. A Anvers, quatre sièges, ça, c’est une vraie surprise ! »  Un succès qui rend fier Raoul Hedebouw, le porte-parole du parti : « Nous sommes quand même le dernier parti national belge qui a été cherché 8% à Anvers. »

Anvers, parlons-en. Tous les regards dans le versant flamand du royaume sont tournés vers le président de la NV-A, Bart De Wever, qui a emmené son parti vers la première marche des résultats dans la cité anversoise. Une inquiétude pour l’avenir fédéral du pays manifestée par Raoul Hedebouw : « On va essayer – je dis bien ‘essayer’ – d’instaurer de nouvelles démarches à Anvers. En Flandre, nous faisons figure de gauche qui se positionne contre le nationalisme. La gauche flamande n’est pas comme ça. Nous avons récolté des pourcentages à Anvers car c’est une ville ouvrière. Nous sommes l’espoir contre le nationalisme. »

La gauche non-molle a gagné

Selon lui, le peuple belge intronise l’extrême-gauche comme sauveuse de la crise : « L’explication logique de nos scores est que les gens en ont marre de cette austérité dont ils ne sont pas responsables. Ils en ont marre de cette gauche molle qui entérine les mesures contre l’austérité. Ils se sont demandé de quel type de gauche ils avaient envie. Hier matin, le PS ne trouvait rien de mieux à dire qu’ils étaient irrités par nos scores. Ils feraient bien de s’inspirer de nous. »

Pascal Delwit préfère encore une fois se montrer prudent et nuance le discours du PTB : « Ce n’est qu’une partie de l’électorat qui croit en la gauche. C’est une concurrence nouvelle pour le PS mais quand le PTB monte, le PS ne descend pas forcément, notamment à Liège ou à Seraing. Je crois que le lectorat protestataire qui aurait pu voter pour l’extrême-droite a finalement opté pour le PTB qui ne se décrit plus comme un parti marxiste, plus comme un parti extrême. » Un parti qui a également su tirer profit des nouveaux outils de communication nés sur internet. « Leurs relais d’information  ont été très efficaces, pointe le politologue. Ils ont bien compris qu’il fallait énormément alimenter Facebook et Twitter lorsqu’on est dessus. Le livre de Peter Mertens a surfé sur une dynamique de dénonciation qui n’était pas révolutionnaire. Ce n’était pas prospectif. Les réseaux sociaux et leurs campagnes de terrain ont été leurs atouts-maîtres. »

L’austérité en ligne de mire

La stratégie première du PTB est, en effet, de toujours construire son futur travail sur ce que veulent les électeurs. Le porte-à-porte et les manifestations sont deux de ses exercices favoris. Et la dénonciation, son cheval de bataille. « Le PTB est un parti qui ne souhaite pas monter au gouvernement fédéral, rappelle Pascal Delwit. Il tire son aura de l’opposition et ne veut rien gérer. Ses membres critiquent le PS, Ecolo et le cdH mais au gouvernement fédéral, comme au collège des bourgmestre et échevins, ces partis doivent faire des compromis. » Ce que le PTB n’est pas prêt à faire …

En cause : les diktats des agences financières sur l’Union européenne dénoncés dans le livre de Peter Mertens. Des diktats qui ont placé la barre de l’austérité très haute et contre lesquels le PTB se montre très, très  radical. Autant dire qu’avec la NV-A, il a trouvé un vrai compagnon de jeu. Pas idéologique mais aussi radical. Bien sûr, les résultats du dimanche 14 octobre ne concernaient que l’échelon local mais il est tentant de creuser les tendances de ce scrutin. Ne feraient-elles pas office de sonnette d’alarme pour les élections fédérales de 2014 ?

 

 

L’homme qui croyait en son destin et qui connaît bien son peuple

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C’était la mauvaise nouvelle du week-end. Silvio Berlusconi, l’homme qui a couillonné tout un pays, comme le titre la Une ci-contre, va se représenter aux élections législatives italiennes en 2013. Un homme qui ne doute de rien ! Les Italiens le plébisciteront-ils une nouvelle fois ? Et si oui, pourquoi ? Éléments de réponse personnels ci-dessous.

Décidément le monde occidental est bien malade. Et il s’étonne d’être souvent en désaccord avec d’autres civilisations. Silvio Berlusconi veut de nouveau son trône sur la scène politique. Après trois passages au pouvoir gouvernemental italien (1994-1995, 2001-2006, 2008-2011), il se présente aux élections législatives de mars 2013. Il fallait « une personnalité d’envergure » explique le principal intéressé. Car, en politique, il faut du charisme. François Hollande peut en dire quelque chose, lui à qui on ne cesse de marteler (surtout sur le net) qu’il n’arrive pas à la cheville de Nicolas Sarkozy.

Malgré les scandales et les nombreuses polémiques qui ont entaché son image, Berlusconi croit encore en lui (avec le machisme comme moteur premier). Ses clients principaux que sont les Italiens ont aimé (pour le réélire autant de fois) son image de petit malin qui se faufile, s’arrange et retombe sur ses pattes. On n’ose imaginer ce qu’un Elio Di Rupo aurait récolté comme pourcentages de voix s’il avait été candidat en Italie face à Berlusconi. Car le Cavaliere tient son succès de là : il incarne l’italianité au sens le plus brut, sans fausse pudeur. Un bon macho qui carbure au plaisir uniquement personnel. Dans un pays à 90% catholique, l’ex-président colle aux valeurs de l’Église et du modèle familial traditionnel, notamment sur le sujet sensible de l’avortement. De plus, les Italiens ont cette tendance à dire « I am the King of the World«  et toute critique leur donne de l’urticaire. Pour eux, ce n’est pas de l’analyse. C’est un complot ! Une anti-italianité ! Silvio Berlusconi maintient, hélas, l’Italie dans les clichés qui lui collent à la peau. Et bon nombre d’habitants trouvent cela confortable. Alors que l’identité d’un être humain – et même d’un pays – est toujours en perpétuelle reconstruction.

L’Italie était devenu le jouet de l’ex-gouverneur de 76 ans, c’est-à-dire un empire où règne la culture télé. Où sont passés les intellectuels ? Et le sens civique des Italiens ? Peut-on encore espérer un sursaut de dignité ?