Bruno Madinier et Davy Sardou présentent « Les Vœux du Cœur » à Bruxelles [Interview]

Sympathiques et souriants, les deux comédiens étaient de passage à Bruxelles pour une intense journée promo le 2 novembre 2016. En décembre, ils seront au Centre Culturel d’Auderghem pour une semaine de représentations. Pour moi, ils évoquent « Les Vœux du Cœur » née après le vote de la loi sur le mariage pour tous, le monde du théâtre, la dictature des réseaux sociaux et leurs projets.

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Bienvenue à Bruxelles. Combien de fois êtes-vous déjà venus ici ?

Davy Sardou : C’est ma 3ème fois à Auderghem. Une fois, j’avais joué aussi au Cirque d’Hiver.

Bruno Madinier : C’est ma 3ème fois également et j’ai aussi tourné un film à Bruxelles pendant un mois une fois. C’était « Tombé sur la tête » avec Michèle Bernier où nous avons bouclé quelques scènes extérieures dans Paris sur deux jours avant de mettre le cap sur la Belgique car c’était une co-production belge.

Davy Sardou : On a fait passer Paris pour Bruxelles ? Étonnant.

Bruno Madinier : Oui. Il suffit de trouver des intérieurs intéressants et le tour est joué ! J’avais aussi tourné des scènes d’une série sur Napoléon en Pologne.

Et puis, la France est plus chère…

Bruno Madinier : C’est plus cher, crédits d’impôts et tout ça (rires). Avec une co-production belge, il y a des subventions et des crédits d’impôts. Il y a aussi toute une vague de tournages il y a longtemps en Roumanie, République Tchèque, etc.

Vous avez d’abord présenté « Les Vœux du Cœur » à Paris mais commencer par une tournée, ça vous est déjà arrivé ?

les-voeux-du-coeur-afficheBruno Madinier : Oui, ou par une seule ville de province comme Lyon, oui.

Davy Sardou : Je l’ai déjà testé également. Commencer par une tournée est très confortable. Non pas que Paris est plus difficile que la Province mais la création est presque différente. Le public est peut-être plus ouvert… Y a des régions de France, de Belgique et de Suisse qui sont réellement très accueillantes.

Bruno Madinier : Et puis, il y a beaucoup trop de spectacles à Paris ! (Il se penche vers le dictaphone) Beaucoup, beaucoup trop ! (rire)

Davy Sardou : Et avec deux spectacles qui se suivent dans certains théâtres, on est dans un formatage terrible alors qu’on touche quasiment à la création absolue sur scène. On formate le cerveau ou c’est lui qui s’adapte au cerveau ? A        une époque, on pouvait se concentrer sur un livre très long alors que maintenant les éditeurs dictent la longueur des chapitres !

Bruno Madinier : Si les gens sont passionnés par ce qu’ils font ou ce qu’ils entendent, le temps n’a aucune importance. Par contre, si c’est un peu chiant, le temps a de l’importance.

Davy Sardou : C’est le fameux théorème d’Einstein : « Asseyez-vous à côté de la femme que vous aimez pendant une heure et ça vous paraîtra une minute. Mais si vous mettez une main sur une poêle à frire, ça vous paraîtra une heure. »

« Des hauts membres de l’Eglise catholique se sont déplacés, des associations d’homosexuels catholiques, des associations qui étaient contre le mariage, … La pièce n’est pas là pour donner des leçons et désigner qui a tort et qui a raison. »

DAVY SARDOU

Davy, dans la pièce « Les Vœux du Cœur », vous incarnez un homosexuel et la pièce a été lancée juste après le vote sur la loi autorisant les personnes de même sexe à se marier en France. Ça a fait du bruit ? Des comités anti-mariage sont venus ?

Davy Sardou : On les a invités pour faire avancer le débat ! La pièce est arrivée après le vote de la loi et l’animosité urbaine avait déjà eu lieu. A l’époque où ça a démarré à Paris, ça s’était calmé après le très grand débat de société organisé. Des hauts membres de l’Eglise catholique se sont déplacés, des associations d’homosexuels catholiques, des associations qui étaient contre le mariage, … La pièce n’est pas là pour donner des leçons et désigner qui a tort et qui a raison. Elle est plus sur l’engagement – tous les personnages sont tiraillés – que sur l’autorisation de se marier quand on aime quelqu’un du même sexe que soi.

Bruno Madinier : L’argument de départ, c’est le mariage pour tous mais la question centrale est de savoir ce qu’on va faire pour respecter son engagement et à quoi doit-on faire face pour le maintenir vis-à-vis de quelqu’un ou de sa religion ? Doit-on sans cesse persister dans ses choix ou les adapter ?

Davy Sardou : Dans la pièce, une femme indépendante et courageuse réalise un certain choix de vie et tombe amoureuse de quelqu’un à l’opposé de ses convictions, ce curé ayant choisi Dieu mais s’interroge lui aussi.

Etes-vous croyants ?

Davy Sardou : Oui, je le suis. Croyant mais pas pratiquant, ou du moins à ma manière.

Bruno Madinier : Moi, je ne sais pas…

Davy Sardou : C’est une belle réponse (rires).

Bruno Madinier : Mais on aimerait tous que ça marche derrière (rire).

Davy Sardou : Pas mal de personnes sont assez pragmatiques et vivent très bien avec ça.

Bruno Madinier : Mais, en même temps, même s’il n’y a rien après, la religion a un rôle dans la société qui est de transmettre théoriquement des valeurs positives même si pas mal ont été détournées au cours du temps et de l’histoire. Elles sont mêmes devenues des engagements politiques ! Si elles arrivent déjà à diffuser des valeurs dans la société, pourquoi pas. Ça a un impact positif. Lorsqu’on a joué la pièce au Théâtre La Bruyère en 2015, des gens de tous horizons sont venus nous voir et la pièce a provoqué pas mal de discussions animées après. Pas mal de gens catholiques m’ont confié qu’elle avait amené pas mal de sujets sur la table lors de dîners et qu’elle les avait animés ! La pièce est divertissante mais fait réfléchir une fois sorti de la salle.

« Des gens m’ont avoué avoir pleuré lors de la dernière scène… »

BRUNO MADINIER

C’est d’ailleurs pour ça que vous avez été choisis par le Centre Culturel d’Auderghem !

Davy Sardou : Effectivement, la pièce a parlé à André, le directeur. Non seulement, c’est très bien écrit – et nous sommes bien placés pour en parler car on l’a joué plus de 100 fois  – mais par ailleurs, c’est un vrai parti pris. Et le théâtre est fait pour ça ; c’est un vecteur social et actuel.

Bruno Madinier : Lors de la dernière scène, je prononce un sermon. Des gens m’ont avoué avoir pleuré à ce moment-là !

Davy Sardou : Et puis, beaucoup de gens peuvent se dire « Je ne suis pas concerné car pas croyant et pas homosexuel donc pourquoi j’irais ? »… mais la réalité de la pièce fait qu’on s’y retrouve. On parle surtout du sentiment humain de s’engager dans quoi que ce soit. La pièce va cueillir les spectateurs qui viendront : ils vont se retrouver et être touchés par des personnages qui, au naturel, ne seraient pas proches d’eux.

Bruno Madinier : La pièce ne tranche pas et représente tous les points de vue à travers ses quatre personnages. Par exemple, un homosexuel est totalement en rébellion et l’autre s’interroge sur son abstinence très mal comprise par son compagnon.

En regardant la liste des villes par lesquelles vous êtes passés ou par lesquelles vous allez passer, certaines sont-elles aux mains du FN qui a du mal avec ces sujets ?

Bruno Madinier : Ce n’est pas une énorme tournée alors que c’est un spectacle avec une très bonne presse. Je pense que le sujet a fait peur à plein de villes. Les directeurs de théâtre ont eu peur pour de mauvaises raisons. Tout en ayant aimé la pièce, ils se sont demandé ce qu’allaient penser les habitants de leur ville. Or, le spectacle n’est pas pesant et fait beaucoup rire.

Davy Sardou : C’est pour ça qu’il faut rendre hommage à André, le directeur du Centre Culturel d’Auderghem. Il prend des spectacles engagés qui font peur à beaucoup de villes. Dans n’importe quel parti politique, on ne sait pas quoi faire avec certaines thématiques importantes.

Bruno Madinier : C’est pour ça que le théâtre est important, c’est un endroit d’engagement avec des paroles d’auteurs importantes. Si on ne laisse partir en tournée que du vaudeville, on rabaisse le niveau général de l’offre théâtrale.

Davy Sardou : … qui est important aussi. On a beaucoup besoin de ça aussi en se divertissant grâce à des pièces légères mais il faut faire la part des choses : proposer du divertissement et de la réflexion… comme André à Auderghem.

Beaucoup de théâtres bruxellois ont opté pour une saison humoristique cette année après les attentats à Paris et Bruxelles.

Davy Sardou : Bien sûr et on comprend car on constate, nous aussi, à Paris que les spectacles comiques sont ceux qui fonctionnent le plus.

Bruno Madinier : Pas que ! Je suis allé voir Edmond au Palais Royal d’Alexis Michalik qui n’est pas une comédie pur jus et qui cartonne quand même.

Davy Sardou : Mais en tournée, on voit beaucoup de comédies pures…

Bruno Madinier : Elles ne sont pas dangereuses… J’ai un discours militant par rapport à la qualité qu’on offre. C’est important de conserver de la qualité dans le théâtre privé, il ne faut pas toujours aller vers la facilité. On peut rencontrer le succès avec un spectacle au niveau un peu plus épais.

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Et à propos de votre public, allez-vous parfois lire la presse du net qui compte de plus en plus ?

Davy Sardou : On fait très attention à cela car il y en a beaucoup et puis, c’est un excellent moyen de faire du bouche-à-oreille plus que les critiques. Les gens parlent de nous à une tablée ou vont déposer un petit mot gentil ou méchant sur internet s’ils n’ont pas aimé. Pour moi, ça s’apparente plus à une espèce de livre d’or qu’à une critique artistique. Mais il faut aussi se préserver de cela…

Bruno Madinier : On a eu des billets sur des blogs.

Davy Sardou : Et puis, eux ont l’espace et peuvent s’épancher. La place au théâtre dans la presse est assez restreinte. Les gens ne viennent pas vous dire qu’ils n’ont pas aimé après le spectacle mais on a les bons retours directement après une pièce donc, finalement, à quoi bon aller sur le net ? Et il y a un contact avec les comédiens que les gens apprécient… A Auderghem, j’ai vécu des rencontres formidables.

Pousser les comédiens à aller voir le public après une pièce, c’est tendance à l’heure des réseaux sociaux ?

Bruno Madinier : Chacun fait comme il veut et c’est pareil pour les réseaux sociaux. Le cinéma créé de l’appétence par la distance alors que la télé essaie de créer de la proximité tout le temps alors que ça ne sert à rien. Il faut aussi créer un peu de distance pour que les gens aient envie. Je suis très partagé là-dessus.

Davy Sardou : Tout va très vite. Ce qui marque le plus les gens sont les artistes qui font partie des meubles et qui ont donné beaucoup pour créer des souvenirs. Ils ont marqué les gens, ces derniers ont tellement de souvenirs par rapport à leur carrière et pas par rapport à leurs images personnelles sur le net. Et il y avait moins d’occasions de rencontrer les vedettes !

Bruno Madinier : C’est compliqué le rapport au public, on ne peut pas être accessible tout le temps. Comme tout le monde a désormais un smartphone, vous êtes en représentation permanente et c’est chiant. C’est une dictature. Je vous donne un exemple : j’ai croisé un mec l’autre jour et il était accompagné de sa famille. En parlant très fort, il leur a dit : « Vous avez vu, c’est l‘acteur de machin ! ». Je me retourne pour dire bonjour et, presque offusqué, il leur dit : « On voit qu’il n’aime pas nouer contact rapidement. »

Davy Sardou : On vient de donner une interview radio et on s’interrogeait sur le fait de se faire filmer pendant qu’on parle dans un micro-radio. A 8h du matin, on doit donc se faire maquiller pour se faire filmer afin de retransmettre cela à la télé ou sur le net.

Après toutes ces réflexions, que pouvez-vous nous dire sur vos projets ?

Davy Sardou : Après les ultimes représentations des Vœux du Cœur, je démarre mi-novembre les répétitions d’Hôtel des deux mondes, une pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt avec sept autres comédiens. Elle arrive en janvier 2017 au Théâtre Rive Gauche.

Bruno Madinier : J’ai aussi un projet théâtral mais non signé donc j’en parlerai plus tard. Rien à l’horizon concernant la télévision ou le cinéma mais ça pourrait arriver à tout moment.

La question qui vous a poursuivi, c’est « à quand Dolmen 2 » ?

Bruno Madinier : Ce fut une erreur de ne pas le faire. Les auteures ont sorti un nouveau bouquin et il y avait donc matière.

On disait que TF1 a demandé qu’on réécrive plusieurs fois et aurait jeté l’éponge au bout de la 4ème fois à peu près.

Bruno Madinier : Ah bon ? C’est bien dommage…

 

Interview > Luigi Lattuca 

 

 

LA TOURNÉE « Les Vœux du Cœur » encore à :

• à PLAISIR (région parisienne) le jeudi 10 novembre 2016

• à SALON DE PROVENCE (13 ) le Jeudi 1er décembre

• à DOUAI (59) le lundi 5 décembre

• à CANNES le samedi 10 décembre

• à BRUXELLES, au Centre Culturel d’Auderghem, les mardi 13, mercredi 14, jeudi 15, vendredi 16, samedi 17 et dimanche 18 décembre.

Myriam Leroy : « Je ne pense pas être quelqu’un de cynique ! » [Interview]

ok-kpt6109 Myriam Leroy arrive au Théâtre de la Toison d’Or. Pour soutenir des comédiens ? Oui, les siens. Ou plutôt ceux qui servent son texte, SA pièce. La première en l’occurrence : « Cherche l’amour » qui débute ce jeudi 27 octobre à 20h30. Le but ? Montrer que l’offre amoureuse made in 2016 devrait nous satisfaire – comme le rayon des chips chez Cora – mais qu’en fait, cela est plus difficile. Les études les plus sérieuses montrent, en effet, que l’ultra-choix a plutôt tendance à paralyser le consommateur. Et les analyses les plus fines peuvent aussi prouver que Myriam Leroy est faite de cynisme (regardez sa timeline Twitter !) alors qu’en fait… elle avoue que non ! Rencontre un lundi matin dans la grisaille bruxelloise.

 

Cette pièce pour le TTO est-elle une commande assez libre ou le thème fut-il imposé d’emblée ?

Nathalie Uffner, directrice du théâtre, m’a proposé d’écrire une pièce et elle avait envie d’un truc romantique, de parler d’amour et d’une aventure dans laquelle chacun puisse se projeter. On connaissait toutes les deux la série anglaise « Date » où des personnages sont filmées dans une conversation in-extenso sans montage et ça parle de rendez-vous amoureux. Ça nous a bien botté ! Ça m’a bien inspiré de pouvoir montrer des gens dans leurs conversations, montrer ce qu’ils cherchent et qu’ils veulent. Nathalie m’a conseillé de creuser là-dedans et je lui ai proposé une série de neuf scénettes où on voit des rendez-vous : des premiers, des derniers et organisés via des réseaux sociaux ou des applications comme Tinder ou AdopteUnMec.

Cette pièce a été nourrie par tout ce que vous avez pu entendre de la bouche de vos amis, à l’instar des scénaristes de feu « Sex and the City » ?

Tout à fait, j’ai absolument pillé les histoires de mes amis ! Je me suis nourrie des histoires qu’on me racontait car je n’ai, pour ma part, jamais fréquenté ces sites même si je les trouve fascinants. Et puis, j’ai assisté aux récits de leurs déconvenues amoureuses. Mon constat ? C’est extrêmement cruel. Les relations amoureuses sont, aujourd’hui, de plus en plus cruelles à cause de la démultiplication de l’offre et la peur de manquer quelque chose. Il y a une angoisse qui tenaille tout le monde à l’idée de louper plein d’autres histoires même si on est en couple. On  a l’impression qu’on peut choisir toutes les caractéristiques du catalogue mais ce dernier n’est qu’une auto-fiction, une mise en forme du réel pas réelle du tout justement. Cela explique les nombreuses déceptions. Mais ce n’est pas une pièce désenchantée. Elle va notamment montrer que sur base d’accidents, on peut se rencontrer !

On sait que vous aimez le cynisme et que vous l’êtes vous-même assez…

Moi, je ne trouve pas (rire) !

Non ? Pas un peu sarcastique ? Mais ce genre d’humour permet de dire des choses vraies. Vous trouvez l’époque très cynique ?

Oui, je trouve mais je n’ai vécu que mon époque donc que dire sur les autres ? Quoique… « Madame Bovary » est encore d’une actualité déconcertante. C’est le jeu social qui est cynique, en fait. Je crois que si je suis cynique, c’est juste en réponse à la cruauté du monde environnant. Je n’aime pas tellement les gens sans cesse cyniques au 1er degré, je ne trouve pas ça très intéressant. Ce qui est sûr, c’est que la pièce a des accents et des élans d’amertume mais j’essaie de faire en sorte que ça se termine bien car je suis, malgré tout, profondément romantique. J’ai envie que la pièce se termine bien mais ce n’est pas parce que les premières rencontres qu’on verra se terminent bien que tout se passera bien après. C’est comme dans les contes de fée finalement… La fin n’est que le début et la tragédie arrive ensuite (rire) !

Donc ce sera une pièce avec de l’introspection ?

Les personnages n’en feront pas mais leur introspection se dessine en creux dans ce qu’il montre. C’est une sorte de jeu de dupes, un bal masqué où les gens essaient de montrer qui ils sont mais pas trop, de prendre des risques mais pas trop… tout en étant très bavards. Il y a énormément de texte et les comédiens ont beaucoup à apprendre mais ils sont excellents. Je ne me fais absolument aucune frayeur à ce niveau-là.

Cela vous donne envie d’être comédienne ?

Je crois que je serai une piètre comédienne car incapable de jouer autre chose que moi-même. Je sais me jouer, jouer mes propres émotions mais pas quelqu’un d’autre. C’est vraiment un métier et les comédiens de la pièce me rappellent à chaque instant qu’on ne s’improvise pas dans le métier.

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Avez-vous participé au choix des comédiens ?

Oui, j’en ai discuté avec Nathalie. Elle me les a imposés entre guillemets car je ne les connaissais tout simplement pas ou juste une partie de leur travail. Nathalie est une formidable directrice d’acteurs et à la première lecture, j’ai été convaincue que c’était le bon choix pour tous. A titre personnel, je souhaitais avoir Myriam Akheddiou que je trouve très fine, très subtile et très sensible. Je suis ravie qu’elle soit là ! Je connaissais le travail de Pierre Poucet qui est hyper drôle, doux et très subtil sur plein de registre différents. Nous avons aussi Marc Weiss que j’avais découvert dans une série télé où il ne pouvait pas démontrer tout l’étendu de son talent et là, il est assez stupéfiant. Et puis Sandy Duret que je ne connaissais pas du tout. Nathalie Uffner a découverte cette nana complètement étonnante dans un café-théâtre. Et l’alchimie prend entre tous ces comédiens qui ont chacun 4 personnages à interpréter. C’est un sacré boulot de transformiste !

Ca fait vraiment référence au fait qu’on peut être une personne différente selon les applications utilisées.

Bien sûr. Et aussi selon la personne face à soi, ça détermine le ton de la relation.

C’était vraiment un sujet dont il fallait se saisir étant donné le nombre hallucinant d’inscrits sur les applications. Les personnes qui ont créé ça doivent dormir dans des draps en or.

Oui, c’est clair ! Et puis, ces applications ont le charme désuet de la petite annonce amoureuse ayant toujours existé. Finalement, ce n’est pas si nouveau que ça.

Mais les annonces ne contenaient pas de photo… Et on devait attendre alors que des applications fonctionnent aussi par repérage, géolocalisation.

Oui (rire). Qui peut consommer là à l’instant T sur le marché sentimental ? C’est très pragmatique.

Vous citiez une série britannique tout à l’heure. C’est une écriture qui vous plaît ?

Oui, je l’aime beaucoup et la trouve hyper moderne. En ce moment, je découvre les épisodes de « Fleabag », nouvellement diffusée sur la BBC. Mais c’est impossible à pitcher car c’est juste la vraie vie d’une vraie fille d’une trentaine d’années assez handicapée des sentiments à cause d’une famille qui l’est tout autant. Elle navigue de relation en relation et c’est extrêmement moderne. Ça peut avoir l’air trash sur papier alors qu’en fait, pas du tout. Pendant une scène, elle se masturbe devant un discours de Barack Obama. Sur papier, j’aurais soupiré mais à l’écran, ça sonne hyper juste. Donc je trouve qu’il y a de plus en plus de personnages féminins de séries qui sont très intéressants, épais et ressemblant aux filles qu’on rencontre tous les jours.

Des points de départ audacieux comme dans cette série que vous citez ou comme dans Jane The Virgin qui part tout sur la virginité et l’insémination artificielle, ne viendraient jamais de la France…

Non, c’est clair. J’estime les Français assez à la traîne dans le domaine des séries télé. Miraculeusement, la Belgique est en train de tirer son épingle du jeu en ce moment et ça fait du bien de voir à l’écran des personnages se parlant comme on se parle dans la vraie vie. Et c’est ce que j’ai essayé de faire dans la pièce : faire dialoguer mes héros de façon crédible et qui nous font penser à des gens qu’on connaît même si j’aurais pu tendre vers le kitch et le monstrueusement drôle, vers l’archétype, … Mais, en fait, la vie est toujours plus dingue que la fiction. C’était important pour moi qu’on puisse croire à ces personnages. Le rire n’est pas nécessairement une fin en soi même si j’espère qu’il sera présent et que les gens passeront un bon moment.

N’oublions pas que c’est souvent pour cela d’ailleurs que le TTO va vers certains auteurs !

Il y a, bien sûr, une ligne éditoriale au TTO, on peut essayer de la transcender mais il faut la respecter. J’ai essayé de respecter ses fondamentaux mais je voulais aussi donner de vraies émotions, les faire grincer des dents, et pas livrer quelque chose de monolithique. En outre, je voulais livrer des sous-propos que je ne souhaitais pas voir dénaturés et ça a été respecté. Le texte n’est pas du tout sacré et les comédiens en font ce qui veulent, le malaxer comme ils le sentent.

Et faire rire, c’est plus difficile que d’émouvoir ?

C’est clair. On pleure tous pour les mêmes choses… ou alors on a de sacrées névroses. On pleure tous sur le même tempo : une rupture amoureuse, la mort d’un proche, … Ciseler un truc comique m’impressionnait beaucoup car c’est plus subtil. On rit de choses différentes et quand Nathalie m’a demandé d’écrire quelque chose, je me suis longtemps dit que c‘était peut-être un peu trop difficile pour moi.

Il y avait une pression du style « Il y a meilleur que moi » pour une perfectionniste comme vous ?

Non, je n’ai pas essayé de me mettre une pression de ce type-là. Rien n’a été pompé sur quoi que ce soit et il y aura toujours certainement mieux ailleurs. Il faut s’affranchir de cela sinon on ne fait plus rien. On reste comme le chat impressionné par les phares d’une voiture.

D’ailleurs, avez-vous d’autres projets de théâtre ?

Non, non (rire). Je poursuis mes activités habituelles et j’ai quelques projets à venir mais pas suffisamment construits pour en parler. Après, la VRAIE pièce à écrire serait « Trois ans plus tard… » ou bien « Sept ans plus tard… ». Pourquoi pas ?

Et vous vous verriez écrire sur quels autres sujets ?

Je trouve que le monde du travail et de l’entreprise est une sortie de microsociété soumise à pas mal de violences, de pression et de cruauté donc ce serait intéressant de produire quelque chose dessus. Ecrire une série ou une pièce tragique ou shakespearienne, même si nous avons The Office, m’intéresserait.

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Interview réalisée par Luigi Lattuca,

Photos prises par Dorian Lohse.

Tribune : « La culture populaire est vecteur de Beauté ! » (gloire à Bob Dylan)

LA CHANSON PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE !

(Tribune de Roger BERTOZZI, conseiller et analyste stratégique pour les questions relatives au Climat et à l’Environnement)

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« Très grande joie à l’annonce du Prix Nobel de Littérature 2016, d’abord pour le lauréat, le magnifique Bob Dylan, mais aussi, et avec force, pour la reconnaissance ainsi donnée, enfin, à la chanson, part intégrante de notre patrimoine littéraire. L’Académie Nobel a loué à juste titre dans son communiqué la poésie de Bob Dylan. Or, la poésie, dans les temps les plus antiques, était indissociable du chant. La poésie grecque, par exemple, est née comme incantation.

Il est extraordinaire qu’il a fallu attendre 2016 pour que le Prix Nobel couronne un chanteur ! Qui ne sait qu’en tous lieux et en tous temps, du cante hondo au ragtime, de la variété au rock, des clubs cubains au rap marseillais, nombreux furent et sont les paroliers, les chanteurs-compositeurs, les artistes de scène dont les textes atteignent les plus hauts niveaux de l’intensité poétique et de ce que nous nommons par conventions la beauté littéraire ? Ce glorieux et joyeux Nobel à Bob Dylan couronne aussi tous ceux qui par leurs chansons ont enchanté et enchantent nos âmes. Et n’oublions pas que pour des millions de jeunes la chanson est le premier accès, parfois le seul accès, à la littérature et à la poésie, c’est à dire à la parole habitée par l’âme et incarnée dans un style. Je vois d’ici venir ceux que ce Prix pour du folk, pour du « populaire » choquera. Il ne faut pas s’y attarder, certains conservatismes sont de simples aveuglements, et le meilleur moyen d’y répondre c’est de ne pas les voir !

Je me souviens que même le très prestigieux Pascal Quignard avait dû faire face à une bronca pour son Goncourt octroyé à des recueils de fragments, et non au sacro-saint roman ( au mépris et de l’art du fragment et du testament des frères Goncourt qui instituèrent leur prix pour toute oeuvre de fiction, et les pensées sont des fictions, indépendamment du genre ). Et puis il y aura sans doute la complainte des thuriféraires de la culture savante. Dieu sait mon amour de la culture savante et de l’érudition ! Mais comment imaginer que l’amour de la culture puisse nourrir le désamour pour telle ou telle forme de culture, et non pas cultiver en nous une plus grande capacité de goûter universellement à la variété merveilleusement infinie des pratiques et des formes culturelles ? La culture populaire est vecteur de beauté et ferment de communion, elle remplit la noble fonction thaumaturgique et initiatrice de tous les arts, elle accompagne les vivants dans les méandres de la destinée et elle fait vivre les morts dans le coeur des restés… N’est-ce pas là la fonction immémoriale de la Poésie dans ses multiples incarnations humaines ? Alors je salue le Poète Dylan et tous ses frères de scène, je félicite l’Académie Nobel pour son choix avisé et je prie tous les grincheux de nous épargner leur chanson ! »

Bob Dylan

2012 : Bob Dylan in Los Angeles.

La peur d’aimer 2.0.

Coeur brisé« Nous ne ratons pas nos histoires d’amour, c’est elles qui ne nous ratent pas » : cette phrase du psychanalyste Jean-Michel Hirt est le credo des blessés de la passion. En cette Journée de la Femme, interrogeons-nous… Peut-être préfère-t-on finalement les flirts de courte durée ? Ca évite l’engagement et les complications pourtant liées aux amours brûlants. Mais le hasard d’une rencontre se fait, lui aussi, peut-être de plus en plus rare ?

Décorticage sur le modernisme désenchanté.

« Tomber amoureux » : en voilà une drôle d’expression ! Dans « tomber », n’entend-on pas la chute, le glissement, la perte, la pluie sur sa vie ? Se perd-on forcément en amour ? Tout à coup, l’image du cœur percé d’une flèche n’est plus trop romantique. Apprendre et parfois faire des erreurs est utile pour avancer. Tout apprentissage est fondée sur l’erreur qui peut nous permettre de rebondir. Nous n’apprenons pas à marcher sans tomber. Mais certaines femmes se sont braquées et ont décidé de s’enfermer dans la solitude. Même si l’être humain a besoin d’obstacles dans sa vie pour sublimer sa motivation, il semble que beaucoup de célibataires modernes aient peur d’aimer. Une peur répandue chez les rebelles et les incompris, chez les solitaires farouches et ténébreux, chez des personnes au mal-être inconsolable. Derrière cette peur se cache sans doute le goût d’aimer et d’être aimé qui a été déçu. « C’est une panique existentielle, confie Marie-José, 41 ans, une Liégoise en thérapie depuis quelques semaines pour pouvoir démêler l’origine de tout cela. A force de penser, mon psychologue me dit que je n’ose plus rien ressentir et que je suis tétanisée. Je me suis toujours battue et j’ai toujours veillé à me protéger, à toujours me blinder. Vais-je survivre si je m’ouvre ? Si je parle ? Si je baisse les armes ? »

Fuir le mystère

Lorsqu’on déverse sur nous des émotions toxiques (explosion de colère, paroles menaçantes, manifestation de dégoût ou de mépris), cela active en nous les circuits de ces mêmes émotions. Cela parasite les élans spontanés et nous devenons les prisonniers de névroses empoisonnantes. Nous cherchons alors à éviter l’amour. Même si cela peut paraître paradoxal à première vue, la vigueur du rejet traduit souvent la vigueur du besoin. La vision de la vie à deux est primordiale pour un être humain. Devenir unique l’un pour l’autre… C’est sans doute ce que certains d’entre nous attendent depuis longtemps : être fondé et identifié dans un authentique regard d’amour. En avoir manqué à ce point et n’avoir cherché que cela comme axe de vie du bonheur était une telle souffrance que les personnes redoutant l’amour ne peuvent accepter les premières démarches d’un admirateur, les trouvant même souvent intrusives. « Quand quelqu’un me parle de tout cela, raconte François Jacques, psychothérapeute spécialisée en blessures narcissiques, je la laisse parler pour la laisser descendre dans le puits de sa peine et la laisser explorer toutes les tensions de sa souffrance. Notre connaissance de nous-mêmes est parfois obstruée par des angles morts. Nous revenons sur le passé de la personne qui parle et celui-ci prend son sens à partir du regard postérieur que lui donne le sens le présent, le moment que nous vivons dans mon cabinet. Demander de l’aide, c’est quelque part offrir une certaine pauvreté, une fragilité. Et prendre conscience de cette dernière, c’est déjà aller loin dans la blessure et donc dans la connaissance de nous-mêmes. » Mais notre fragilité est aussi l’occasion de voir notre vraie force, celle du cœur et de l’âme. En un mot, il faut rester humain. « C’est difficile de faire comprendre cela à quelqu’un qui souffre, souligne François Jacques. Pour cette personne, être humain est la recherche d’une grande protection et on va donc se blinder… alors qu’être humain, c’est aussi vivre et accepter qu’entrer en amour, c’est parfois, si pas souvent, traverser un feu ardent. » En donnant la parole à une amoureuse transie qui traverse ce feu ardent, il y a de quoi retrouver le sourire et un peu d’espoir. C’est pourquoi la chanteuse et actrice Arielle Dombasle n’est jamais la dernière pour aborder sa vie privée (qu’elle partage avec le philosophe Bernard-Henri Lévy) : « Entrer en amour, c’est comme entrer en religion. Dieu bénisse le mariage et les unions sacrées vécues dans l’amour. Le mariage permet de mieux supporter le fardeau que peut parfois être la vie. Car nous avons tous des tempêtes intérieures. Supporter la souffrance seul, c’est infernal. A deux, cela peut donner une communion nouvelle et un bien-être autre, profond et inattendu. » Finalement, on pourrait penser qu’il a été plus aisé pour Arielle de devenir riche, puissante et chanteuse accomplie qu’une amoureuse comblée. BHL est, en effet, son second mari. Et quand elle l’a rencontré, elle ne l’a plus lâché. « Non seulement, nous nous sommes sans cesse revus avant de décider d’apparaître au grand jour mais nous travaillons aussi sur notre relation chaque jour. Il ne faut pas perdre de vue ce que j’appelle la grâce de l’amour. » Les passions dites heureuses nous donnent des ailes parce que le sentiment de liberté est alors très fort. A l’inverse, les passions dites malheureuses nous renvoient au poids de nos contraintes. Et c’est vers cela que les personnes « qui portent leur croix d’amour blessé » ne veulent absolument pas retourner. « La passion est une liberté naturelle et il ne faut pas s’en affranchir car elle est bonne, explique le psychologue François Jacques. L’homme est, par nature, un être de passion et un prisonnier du sensible. Un de ses confrères, le psychanalyste Patrick Lambouley, enfonce le clou : « L’amour, le vrai, n’a rien à voir avec la sérénité. » Car ce qui nous lie à quelqu’un serait-il forcément toujours explicable ? On peut aller vers l’autre pour son image (sa beauté, sa ressemblance avec un visage rassurant ou celui d’une star), ce qu’il symbolise (un père, une mère, le pouvoir, la réussite), mais aussi pour son secret et son mystère personnel. « L’amour s’adresse à notre part d’inconnu », explique Patrick Lambouley. Et pour secouer les infirmes de l’ardente passion, il utilise des images fortes… et même carrément poétiques : « Il y a un vide en nous qui peut causer notre perte, nous pousser à combler certains besoins de manière destructrice. Et bien, l’amour, c’est comme la rencontre de deux failles, le partage avec quelqu’un de ce qu’on recherchait, de ce qui nous manque. Une relation est une alliance. Mais aussi une aventure. » Et oui, le sentiment amoureux est terriblement ambivalent. Dans l’amour, et pas seulement sur un champ de bataille, on marque son territoire pour le défendre, on intimide, on donne ou on rend les coups, on s’affirme pour défendre sa liberté, et parfois pour prendre le pouvoir. Pour éviter de glisser vers l’irrespect, voire le malsain, il convient d’être clair avec ses valeurs, de les interroger et de ne faire qu’un avec la joie. Elle va nous remettre d’exalter nos forces intérieures, de nous sentir légers. « Un individu heureux et accompli est un être en chemin, engagé, relié aux autres et qui a développe le sens de la vie, explique François Jacques. Etre heureux est une décision personnelle. » Mais il se pourrait qu’aujourd’hui on en vienne à confondre bonheur et plaisir.

Du virtuel au réel

Passer du virtuel au réel

L’époque moderne est un formidable terrain d’observation. On essaie au maximum de valoriser son identité et même de la mettre en avant. On se vante de tout consommer (regardons les profils d’amis – ou le sien – sur Facebook) et l’amour fait partie des plats de résistance ! On flirte et on passe à autre chose aussi vite que possible. Pas d’engagement donc pas de souffrance, juste des CDD érotiques. Au bout de trois mois, on a déjà le sentiment d’avoir accompli « un bout de chemin » avec quelqu’un. Ces relations offrent ce sentiment d’une maîtrise de sa propre existence, forte, bien remplie et indépendante des contraintes institutionnelles. La rupture est alors vue comme une simple formalité administrative qu’on peut régler par SMS. La rudesse de notre époque nous dédouane vis-à-vis d’un tel comportement. Comme le confirmait le professeur de Philosophie Florianne Gani en décembre dernier lors d’un séminaire organisé par le Collège international de Philosophie en France, l’homme du 21ème siècle est habité par la recherche permanente de l’idéal d’authenticité tout en restant égoïste : « Le Narcisse moderne ne renvoie pas à un moi glorieux, mais plutôt à un moi replié pétri d’un fantasme de toute-puissance et d’autosuffisance mortifères faisant fond sur une impuissance fondamentale. En effet, la transformation de la subjectivité par le libéralisme suscite une fragmentation du social où les liens entre les Hommes se réduisent et cet isolement donne lieu à un moi appauvri. C’est pourquoi, le phénomène moderne du narcissisme invite aussi à réfléchir sur l’importance du lien social pour fonder une politique destinée à une communauté déliée. » On ne pense qu’à satisfaire son orgueil et l’excès devient petit à petit la norme. Beaucoup de gens ont alors peur de s’approcher et restent accrochés au virtuel. Le matérialisme sécurisant aurait-il, comme les blessures du passé, tué lui aussi l’amour ? Dans le virtuel, on se décrit sans s’engager. Chacun y a le loisir d’examiner les possibilités de la société et de prendre le meilleur profil. L’amour est l’une des expériences les plus douloureuses de la vie subjective, avec son lot de contradictions, de remises en question, de violences et de drames. Et le hasard de la rencontre deviendrait aussi de plus en plus rare… Mais l’ennemi principal de mon amour parfois, c’est juste moi.  Moi et mes peurs. La peur paralyse. Nous pouvons tous avoir peur de ce que l’autre va penser, peur de ce qu’il ne va pas penser, peur de ce qu’il dit, de ce qu’il ne dit pas, d’un silence trop long ou d’un excès de parole, peur de son excès d’amour aussi, peur d’être seul, peur de construire une relation. « Que d’énergies consacrées à ces peurs !, sourit le psychothérapeute François Jacques. De petites peurs séparées les unes des autres paraissent bénignes, inoffensives, passagères. Ensemble, c’est un réseau tentaculaire et il y a danger pour le bien-être et l’équilibre. Il faut lâcher sa vieille peau faite d’habitudes, de clichés, de se dépasser et d’entrer à pas comptés dans l’authenticité ». Et la carapace sera alors ôtée… Dans nos vies, nous devrions toujours déployer beaucoup d’efforts mais en choisissant le sens inverse.

La quête d’amour est, avec la quête de sens, une condition essentielle pour connaître ce que nous appelons le bonheur.

 

© Luigi Lattuca

2015 a révélé toutes les faiblesses du monde

stop terrorism sign

 

Au revoir 2015. Les défis ont été nombreux cette année et le sont encore plus au fur et à mesure que le temps avance. A force d’attendre, on aura d’autant plus de mal avec radicalisme et surtout, SURTOUT, perte de sens. Comment en est-on arrivés là ?

La méconnaissance des ressorts du  radicalisme, la sous-estimation de la force de l’enseignement et de la culture et de sa capacité de séduction de Daesch expliquent sans aucun doute notre difficulté à appréhender la menace et la panique devant l’intensité de la haine s’étant manifestée en 2015. Le problème est complexe.

1/Prenons tout d’abord l’humiliation ressentie dans le monde arabo-musulman face à cet Occident qui a glorifié la mondialisation sans tenir compte de leurs particularités, de leurs aspirations et de leurs désirs. Résultat ? Grande marginalisation.

2/Les vérités énoncées par Michel Onfray ont dérangé plus d’une personne mais il faut aussi chercher du même côté que lui : l’interventionnisme en Irak, la gestion des crises syrienne et irakienne, la gestion type « contrat à la carte » de nos rapports au Moyen-Orient et avec le monde arabe… L’Occident n’est pas tout blanc. Et Daesch veut désormais laver plus blanc que blanc. Triste ironie.

3/Ce bon vieux capitalisme qui colle tellement à la peau de l’Europe… C’est ça qu’haïssent les islamistes radicaux. Le capitalisme moderne a produit des inégalités, du racisme, des discriminations à l’échelle mondiale, une crise profonde du multiculturalisme car on ne s’en est tout simplement pas occupé ! Aucune vision à long terme, comme dirait l’éminent sociologue Edgar Morin. Nous a-t-on expliqué ce qu’était l’Islam ? Non, les religions sont enseignées de manière cloisonnée dès la maternelle. Comment apprendre à se respecter ? Tant qu’on n’aura pas le courage de se dire tout cela, nous répéterons les mêmes erreurs.

4/Crise en Occident : habile transition pour parler de l’identité des personnes impliquées dans les attentats de Paris et ceux qui se préparaient en Belgique. Ces gens sont, pour la plupart, nés en Europe. Qu’est-ce qui cloche alors ? Cette crise de la jeunesse est une autre conséquence abjecte du capitalisme sans foi ni loi. Tentés de trouver un nouveau souffle romanesque à leur vie car on ne leur donne aucune chance d’émancipation (malgré un diplôme), certains jeunes dépriment, dépérissent et ne savent plus à quel saint se vouer. A un Dieu peut-être alors ? C’est jouer à la révolution face à des conditions qu’on n’accepte plus. Les gens manquent de sens. On ne leur en donne pas non plus. Et si en plus, on coupe de plus en plus dans les budgets culturels et ceux de l’enseignement…

5/Cerise sur le gâteau : le résultat de la démission du politique face à cela c’est qu’en France – et peut-être bientôt ailleurs – des centaines de civils meurent désormais. C’est terrible et rageant comme constat. Les civils paient les pots cassés. Un peu comme avec la crise boursière, la crise économique, la crise financière, appelons-là comme on veut, les conséquences sont les mêmes : une survie plutôt qu’une vie. Nos politiques ont donc du sang sur les mains.

Il y a une défaite dans la mission des politiques et on ne peut avancer dans le même schéma qu’avant. Tant de choses doivent changer. Tout est lié, tout doit progresser en même temps.

Aujourd’hui, l’Europe a besoin d’un plan national d’alliance sociale contre la haine. Toutes les haines. Nous devons faire de la résolution de ce problème une cause internationale. Faire bouger les lignes nécessite bien plus qu’une minute de silence. Et ça commence dès l’école maternelle.

Allez, au revoir 2015.

2016 = bis repetita ? Réponse dans un an !

 

Michel Onfray à Charleroi : le bilan

michel onfray

Ce 29 octobre 2015, à la veille d’Halloween, Michel Onfray était de passage au Pays Noir du Pays du Surréalisme. Lisez à Charleroi, en Belgique. Non pas pour nous faire peur mais nous ouvrir les yeux, une fois de plus.

Que retenir de ce moment de respiration intellectuelle à Charleroi Danses (en collaboration avec le Centre d’Action Laïque de la ville) ?

  • Sur ses relations avec les médias : « Je pourrais passer ma vie dans les médias. J’y vais pour mes défendre des idées minoritaires chez eux et pourtant majoritaires chez le peuple. C’est lui que je veux rencontrer : le peuple d’où je viens. Je ne voudrais pas lui être infidèle. Et c’est pour ça que j’apparais : pour parler de lui. Voilà pourquoi on me voit beaucoup. Mais ceux-ci vous enferment dans une prison. Vous êtes comme ça et c’est tout. Je crois beaucoup au peuple et je pense que les médias ont transformé le peuple en « populace », c’est-à-dire en peuple qui ne sait plus penser. On me reproche beaucoup de choses mais un philosophe constate ce qui est, il n’invente pas. »
  • Sur l’Histoire : « En histoire, il faut penser les longues durées. Plus on voit les choses de loin, plus on les voit de près et mieux. On ne fait de l’histoire que lorsque on se pose la question suivante : Quelle est l’histoire de l’histoire ?« 
  • La pensée & la réflexion : « Quand on pense, on est très vite solitaire car nous sommes dans un monde qui ne pense plus. Pour penser et débattre, il faut des fresques mais pour cela il faut la culture ! La superstructure idéologique, c’est cela : culture, idée, philosophie. »
  • Sur les religions : « La religion est consubstantielle au capital. Si le capital l’exploite, il y aura refuge dans la religion. On sait qu’on est mortel mais on y croit pas. Or, une civilisation est toujours construire sur une spiritualité. L’effondrement des religions, c’est l’effondrement des civilisations. On ne fait pas l’économisme du religieux. Il y aura toujours des gens qui auront besoin d’un « arrière-monde » comme disait Nietzsche. Et donc les athéistes sont toujours une minorité. La figure de l’arrière-monde construit le divin. »
  • Sur Dieu : « Il existe mais est une fiction. La question de la religion pose la question de la laïcité qui pose la question de la théocratie et du politique. Le philosophe est, pour moi, laïc. Dieu existe mais est une aliénation. S’il y a eu fabrication, il peut donc y avoir défabrication. Soyez forts pour que Dieu soit faible. Travaillez sur ce terrain philosophique ! Aucun évangéliste ne l’a jamais connu ! »
  • Sur la Bible : « Le pouvoir était à ceux qui donnaient les direction de lecture de livres religieux. Quand on brûlait les sorcières, on voulait éteindre la sagesse populaire. Eve voulait savoir et sur l’arbre du Jardin d’Eden, poussaient les fruits de la connaissance. Dieu veut qu’elle lui obéisse pour être heureuse et en paix. Eve représente le « vouloir savoir ». Elle veut savoir et mord dans le fruit. La sorcière, c’est l’écho d’Eve. Le laïc à l’époque, c’est elle. De même que Lucifer, l’ange qui s’est rebellé. En plus, étymologiquement, Lucifer veut dire « qui vient de la lumière ».
  • Sur le retour du religieux après le 11 septembre : « Aujourd’hui, on assiste à un retour du religieux. La politique fait rire tout le monde, l’ordre des choses se retrouve donc changé. Le logiciel des années 60, 70 et même 80 n’est plus le même. Et le 11 septembre 2001 est un jour important : on doit choisir entre le Coran de Ben Laden ou la Bible de Bush. Moi, encore une fois, je suis athée et ultra laïc. Je crois à la raison, au débat et à la dialectique… tout en restant attaché au slogan de la République formulé par Robespierre. Avec le 11 septembre, l’Islam a surgi comme une force politique. C’est le retour de la théocratie. Tout le travail d’arrachement de la religion comme affaire publique a été balayé. L’Islam apparaît comme le contraire de ce que propose l’Occident. Notre ignorance d’aujourd’hui nous fait dire que l’Islam est une religion de tolérance, de paix et d’amour. Mais il y a DES Islams, des façons d’être musulmans. Si tu veux augmenter ta foi, augmente ton savoir. L’histoire est toujours faite par les minorités agissantes. Depuis le 11 septembre, c’est le retour de l’esprit des Croisades. Les Occidentaux ont créé le terrorisme à cause de leur impérialisme ! Ne nous leurrons pas : la France est au Mali pour le pétrole. Si elle veut réellement défendre les opprimés, pourquoi ne court-elle pas en Chine, pays où les Droits de l’Homme sont bafoués ? L’Europe n’est pas encore assez libérale pour les politiques. Ces discours tuent des gens. On bombarde sans cesse à présent. Mais à propos de l’Islam, le problème reste le même que pour la religion judéo-chrétienne : il faut dissocier religion et politique, dissocier les affaires de César et celles de Dieu. »
  • Sur l’ouverture aux idées et Marine Le Pen : « On aime juste la tolérance quand on est Charlie en France. J’ai analysé le fait qu’une partie des 30% de gens voulant voter pour Marine Le Pen provient des écœurés du libéralisme, celui qui a promis tant de choses ! La pensée « On vous force à être libre » avec le libéralisme a du plomb dans l’aile. On a rendu cela possible. Le philosophe analyse le réel, il ne l’invente pas ! Si la fille Le Pen arrive au pouvoir, en quelque sorte, ce sera la naissance d’une nouvelle civilisation. Mais les autres partis politiques ont été complices de ça. C’est bien beau de prôner la fraternité à gauche mais ça n’est qu’une idée. Concrètement, comment organiser une fraternité ? Le savent-ils eux-mêmes ? »
  • Sur les philosophes et « les autres » : « J’écoute les gens… mais pas forcément des philosophes. Et faire une thèse sur Foucault, ce n’est pas forcément être philosophe. Aussi, on peut être spinoziste sans avoir lu Spinoza. Pour ma part, j’aime plus discuter avec des pêcheurs ou des agriculteurs. Bien sûr qu’ils ont des choses à dire, on a beaucoup de choses à apprendre d’eux. Ils peuvent en dire beaucoup sur une donnée sociétale. »

Retranscription : Luigi Lattuca

Allô le monde ? Ne te laisse pas aller comme ça…

Allô copie copie Le monde est le reflet de notre esprit.

Un esprit malade voulant guérir par le soutien et la tendresse.

Toutes les grandes idéologies pourvoyeuses de sens ont été critiquées, remises en question. Qui pour nous guider maintenant ? Dans des Etats séparés de l’église, on doit quand même donner du sens à la vie des gens. Au milieu des corruptions, des scandales politiques, de la mise en avant des célébrités sans talent, de l’esprit de compétition, les inégalités croissantes, que reste-il de spirituel ? Un mot devant être pris ici au sens de « plus de sagesse et de réflexion » ? Les personnes qui nous gouvernent ne font rien pour lutter contre les jugements à l’emporte-pièce. La grande marche du dimanche 11 janvier dans toute la France a surtout prouvé une chose : les gens sont désappointés. Le moral déjà bien entamé par cette interminable crise économique et sociale, ils désirent de l’amour et du soutien.

Eric Zemmour en plein choc culturel : il le sait lui-même

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Le nouveau passage d’Eric Zemmour dans le fauteuil de Laurent Ruquier samedi soir est une nouvelle fois l’occasion de s’interroger sur l’ensemble des mathématiques : qui est finalement inclus dans quoi quand les sociétés (comme la France et son « mariage pour tous » récemment) tendent à devenir encore plus progressistes et égalitaires ?

Le choc culturel aboutirait à une plus grande conscience de soi. C’est vrai qu’un vif échange avec Eric Zemmour nous revigore. Quand on est attentif à la société et aux autres, ainsi qu’à leur souffrance et leurs désirs, on ne peut qu’entrer dans le souffle démocrate qui règne dans bon nombre de sociétés européennes depuis des années et défendre bon nombre de droits. On peut monter sur le ring avec un personnage tel qu’Eric Zemmour. L’ex-chroniqueur de Ruquier qui accuse les Roms de mettre la France sans dessus dessous, le mariage homosexuel de déconstruire le tissu social, … et surtout de pointer les droits accordés aux femmes comme premiers responsables de tout ce bordel (car, à cause d’eux, « le pouvoir se dilapide »). Oui, les livres publiés par Zemmour sont ceux avec lesquels les féministes se torchent le cul.

Ici, « choc culturel » est à prendre au sens d’évolution des espèces et des sociétés qui les abritent. Une certaine idée diffuse nous fait croire que si on a la chance de vivre dans une démocratie, nous vivons dans des sociétés progressistes. Large immigration, IVG autorisée, droits des homosexuels élargis, … Les changements des dernières décennies ont été les déclencheurs de chocs culturels importants. Une constante inscrite dans nos histoires et nos cultures occidentales. On peut constater qu’aujourd’hui les clivages sont sociétaux (immigration, mariage gay, adoption pour les couples homosexuels) et plus tellement « sociaux » (au sens, par exemple, de « classes sociales”). L’attitude de Zemmour et d’autres intellectuels conservateurs est-elle à la limite du religieux ou révolutionnaire ? Car l’ex-sbire de « On n’est pas couché » estime qu’il est désormais inclus dans la minorité française, celle qui doit désormais se battre pour redresser la France. Un pays beaucoup plus mis à terre (voir titre de son livre) par ses changements sociétaux que par les évolutions économiques, bien sûr. La morale défendue par Eric Zemmour semblant assez obsolète et les sondages indiquant qu’une majorité de Français étaient pour le mariage homosexuel, ainsi que contre son abrogation, Zemmour semble sentir lui-même qu’il fait du surplace. Il suffit de voir à quel point il fut raillé samedi soir sur le plateau de son ancien employeur, Laurent Ruquier. A ce stade, on dépasse le cadre humain pour atteindre l’ordre divin et quasiment immanent des choses.

Contre les idées reçues, il s’agissait de montrer pour le gouvernement socialiste, à travers le projet de loi sur le « mariage pour tous » par exemple puisqu’il est encore d’actualité (et auquel Zemmour s’opposait) que les couples et les parents de même sexe sont une réalité concrète de la société française. On est donc en plein choc culturel pour les ultraconservateurs. La société avance, ils le sentent mais continuent de freiner des quatre sabots.

« Ravis par Marine » : le documentaire qui ne réjouit pas tout le monde

Un documentaire proposé lundi par France 3 permettait de revenir sur les raisons du succès du FN. Un succès fait de recettes correctement appliquées. Tout le monde n’est pas à la fête. Ni J-M Le Pen, ni les téléspectateurs.

 

1305677« Etre de droite, c’est d’abord refuser d’être de gauche » : cette phrase de Jean-Marie Le Pen prononcée en 1984 illustre bien pourquoi il n’a pas beaucoup apprécié la dédiabolisation de son parti par un membre de sa famille, la bien-connue désormais présidente du Front National Marine Le Pen. Car l’héritière du parti brouille désormais les pistes et emprunte même à la gauche des parties de son programme. On comprend pourquoi elle s’attire aujourd’hui le mépris de son père.

Lundi soir, un documentaire de 90 minutes (« Ravis par Marine ») a souhaité revenir sur les raisons du succès du Front National et a déchaîné les passions sur les réseaux sociaux. France 3 fut notamment accusée de réaliser la propagande du parti diabolique. Ce document donnait notamment à voir que si Marine Le Pen et le FN fonctionnent de plus en plus (comme l’indiquent les plus récentes élections), c’est parce qu’ils démontrent un certain « tempérament politique ». Cette notion fut introduite par François Goguel, considéré comme l’un des fondateurs de la sociologie électorale. Ce politiste disait que la politique n’est pas seulement nourrie d’idées et d’intérêts, mais aussi de tempéraments. Donc en plus d’être démagogue, Marine Le Pen met en avant des affirmations presque instinctives, en tout cas irrationnelles sur la nature de l’homme et la fin des sociétés. Elle propose des choses beaucoup plus « stables ». Elle met en avant les corrélations sociales. Le FN, c’est quand le politique rencontre le culturel.

Et c’est sans doute ce qui a manqué ces dernières années aux partis traditionnels. Ils ont tous les deux laissé des plumes dans la bataille… Le politique ne cesse de légiférer dans les domaines essentiels de l’être ensemble que sont la morale, les usages de la raison, la justice, le semblable ou le beau en demandant tout simplement aux personnes « du peuple » de les recevoir sous formes d’argumentations simplistes manquant souvent cruellement de psychologique et d’analyse sociologique de terrain.

Un hash-tag mal compris lundi soir

Le terrain, c’est précisément où Marine Le Pen and co sont présents. Le documentaire de France 3 donnait à le voir. Il démontrait également que l’ex-avocate est clairement devenue la star de son parti. Elle est très souvent citée comme « la sauveuse » (dixit Brigitte Bardot) des quartiers sensibles de France, notamment dans cette scène où le FN apprend à ses élus à rédiger un bon communiqué de presse : «Avec Marine Le Pen et le Front National et la liste que conduirai, nous rétablirons la sécurité dans votre quartier». Voilà pourquoi le mot-dièse « MarineLePen » fut mal compris par une grande majorité des internautes ayant tweeté. Cette soirée politique avec débat en direct sur le site de France TV Info disposait d’un mot-clé servant à relier les réactions sur le documentaire entre elles. Alors que le documentaire dévoilait scène inédite sur scène inédite (le FN ayant autorisé la chaîne à filmer sans restriction), les internautes se sont insurgés contre le choix du hash-tag MarineLePen pour des raisons philosophiques différentes. Hors de question de la placer en « trending topic » (sujet tendance du réseau), elle n’est pas le sujet central du documentaire, propagande déguisée, etc. Le compte Twitter officiel de France 3 s’est juste fendu d’un laconique« Comme précisé dans le débat avant le doc, je ne souhaite ni diaboliser, ni mettre en avant le FN, mais comprendre. » signé du réalisateur Frédéric Biamonti. Les interactions ne furent, hélas, guère présentes. Animer une discussion sur un sujet sensible n’est pas chose aisée et la soirée de lundi l’a, une fois de plus, rappelé.

On rappellera juste en guise de conclusion, aux plus frileux que le savoir est une arme et qu’une chaîne du service public, ayant dans son contrat des missions portant notamment sur l’éducation permanente, compte sur nous pour utiliser notre esprit critique. Rendez-vous en 2017.

Benoît Lutgen, déjà en campagne

Benoît Lutgen était la vedette politique belge du dernier week-end d’avril. Lors d’un congrès sur le développement humain organisé par le cdH à Louvain-la-Neuve, le président du parti a présenté la nouvelle charpente idéologique qui doit guider l’action du cdH au cours des prochaines années. Décryptage de son discours.

Est-ce l’absence de contenu ou de ligne claire pour le cdH qui a poussé Benoît Lutgen, à monter au créneau le week-end dernier ? Le président du parti ferait-il son Wouter Beke ? Ce dernier, président du CD&V, avait avoué fin 2012 que son parti politique manquait d’une ligne idéologique claire. L’actualité du cdH ferait-elle écho à celle du CD&V ?

Les deux partis perdent continuellement leur électorat de base, pour des raisons très différentes. En ce qui concerne le parti de Benoît Lutgen, ils n’ont que la solution d’essayer de plaire à tout le monde, d’où le fait de ne pas être trop clair mais de se raccrocher à des valeurs-symboles : l’humain, ce qui veut tout et rien dire en somme; aucun parti ne se déclare contre l’humain.

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Par Luigi Lattuca et Florence Lestienne