« La Venture » : vive le co-working !

 

 Venture

Le co-working, une nouvelle vision du travail à la mode. Ces espaces de coopération à plusieurs pour travailleurs indépendants se démocratisent et se multiplient dans Bruxelles. Au programme : création et stimulation. Focus sur « La Venture » situé à Uccle.

 

C’était il y a un an. Arnaud, Adrien et Michaël inauguraient à Uccle « La Venture », l’espace regroupant leurs nouveaux bureaux… pour les autres. Grâce à leur initiative, la nouvelle génération de travailleurs a, en effet, la chance de travailler à plusieurs et d’ainsi briser sa solitude.

Le co-working est un concept relativement récent, un nouveau mouvement communautaire. Il se définit généralement comme étant une plateforme d’entraide pour les indépendants, les porteurs de projets ou encore les télétravailleurs. « La Venture » fait partie de ces espaces fournissant du matériel (telle qu’une imprimante), la possibilité de rompre son isolement, une grande flexibilité et surtout un réseau de contacts et d’échange avec d’autres entrepreneurs sur les nouvelles idées à creuser et les compétences associées. Un espace lumineux très design, très loft new-yorkais. Arnaud, 32 ans, l’un des co-fondateurs, nous explique la philosophie du projet : « A la base, je suis graphiste et j’ai bien connu la non-séparation vie professionnelle/vie privée. Depuis neuf ans, je suis à la tête d’une agence de communication et nos clients cherchaient des espaces qu’ils n’arrivaient pas à louer. Un jour, alors qu’on cherchait un studio photo, on est tombé sur l’espace qu’est devenu La Venture mais qui nous semblait trop grand pour y faire uniquement des shootings. Nous avons donc proposé à nos collaborateurs d’y travailler. Nous sommes ravis de la bonne synergie entre les différents métiers artistiques qui s’y retrouvent. »

Synergies créatives

Un graphiste pourra, par exemple, y rencontrer une personne avec plus de sens commercial. « La Venture » met bien en avant l’approche pluridisciplinaire et créative de ses locaux. La dimension sociale des relations et activités professionnelles y est bien mise en exergue. « Un seul mot d’ordre : la collaboration ! Qu’il y ait de l’innovation collaborative dans nos espaces ne fait aucun doute, promet Arnaud. D’ailleurs, mon collègue Adrien qui bosse avec moi dans une boîte de communication souhaite être médiateur dans l’espace de co-working et aller y insuffler un vrai esprit créatif. »

Les milieux créatifs peuvent en effet bénéficier, en ces lieux, de stimulation d’idées. A cette fin, Arnaud, Adrien et Michaël débutent la location des bureaux à trois mois. Les raisons : la volonté de développer de vraies relations entre les locataires et la taille de l’espace. Du côté des cadeaux, il y a un espace zen, des boissons, un accès pour gérer entrée et sortie de bureau, son armoire personnelle et même la comptabilité. « C’est un des plus de chez nous, explique Arnaud. Un comptable est à la disposition des gens qui en ont besoin. On est, là encore, l’idée d’associer les compétences des gens. »

Outre les free-lance bien connus des fondateurs de cette start-up, les potentiels nouveaux locataires auront l’occasion de visiter les lieux lors de soirées thématiques mensuels à l’étude : « Nous avons dans l’idée de provoquer les rencontres – en ce sens, l’organisation de soirées spéciales nous semble être une chouette idée. » Ils annoncent des dégustations de vins, de bières, des workhop photos ou encore des cours d’entreprenariat. L’espace qu’ils ont aménagé est donc ouvert aux personnes prêtes à partager des locaux, des bureaux, des idées, des repas sans pour autant avoir des clients en commun.

 


BUREAU PRIVATISÉ

  • Accès 7J/24 (clef et code personnels)
  • Imprimante, scan et photocopieuse
  • Espaces de réunion
  • Accès au bar
  • Armoires sécurisées

A PARTIR DE 590€ par mois

 

POSTE DE TRAVAIL

  • Accès 7J/24 (clef et code personnels)
  • Imprimante, scan et photocopieuse
  • Espaces de réunion
  • Accès au bar
  • Armoires sécurisées

A PARTIR DE 150€ par mois

 

STUDIO PHOTO

  • Espace de prise de vues
  • Matériel d’éclairage et de prise de vue

 

 

Envie de découvrir LA VENTURE ?

Chaussée d’Alsemberg, 993
Uccle

http://www.la-venture.be

Email : info@la-venture.be
Téléphone : 0498/02.56.86.

 

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Sommes-nous tous devenus obscènes avec notre désir de performance plutôt que d’éternité ?

Mona LisaAujourd’hui, on s’investit corps et âme dans sa vie, parfois trop en ayant recours à du botox et un crédit bancaire pour ne manger que bio. Et ensuite le publier sur Facebook et Twitter. C’est ça, en 2015, rester « honorable ». On se veut ainsi très bobo et très ouvert sur le monde et dans le partage avec autrui. Vraiment ? Décorticage avec Odile Cuaz, auteur d’un ouvrage sociologique et sarcastique, « Petit manuel de survie dans un monde obscène », qui soulève des questions éthiques et politiques majeures sur le désenchantement post-moderne.

Quelle est donc cette pensée qui investit notre cerveau ? Nous, devenus obscènes ? Non, nous sommes plutôt beaux, funs, (très) souriants et sympathiques. Pour preuve, toutes nos selfies mises en ligne. Oui mais ces clichés nous permettant justement aussi de nous envier, de nous épier et de « jouer » avec nos amis et notre identité. Bienvenue dans l’ère de la tyrannie du cool. On se « poke », on se « like », on a plein d’amis et on s’affiche très bobo. Très « bobof » aussi selon une expression adorée de la journaliste free-lance parisienne Odile Cuaz. « J’avais envie d’écrire sur la pudeur, les comportements et les modes de vie et j’ai finalement changé de titre, explique-t-elle par téléphone. Il y a aujourd’hui tous un tas de comportements qui flirtent avec l’obscénité : l’irrespect – voire le mépris – de la personne humaine, l’obsession de son assiette, l’hypermatérialisme, … Tous ces thèmes très narcissiques. »

Le livre de la jungle

En dix chapitres, son « Petit manuel de survie dans un monde obscène » (aux éditions Chiflet & Cie) raconte comment nos besoins et nos talents ont viré vers l’autôlatrie (mot savant pour parler de l’adoration pathologique de sa propre personne), le tout-à-l’égo et l’obsession de l’apparence : raconter sa vie, consommer du Q, être décomplexé(e), s’accrocher au boulot, vivre pour bouffer (bien et très cher), rester jeune, trouver son look, choisir sa communauté, être politiquement correct et, in fine, afficher son bonheur. Ce qui gêne par-dessus tout cette auteure, c’est justement cette propagande de satisfaction affichée depuis quelques années par les gens. En plus d’être pesante pour certaines personnes, elle permet à tout-un-chacun de créer sa marque personnelle, de partager son « mythe ». Dans nos sociétés au temps court où on se lasse de tout, le désir de performance a remplacé celui d’éternité. On cherche toujours un boulot plus performant (ou des défis plus grands dans une carrière au sein d’une même société), des plans cul toujours plus chauds, à rendre sa femme toujours plus séduisante, à user de tous les filtres Instagram possibles pour engranger le plus de « like » sur Facebook, etc. On est dans le règne de la discipline, de la victoire… au point de devenir rigide.

FB Like

« C’est de la boboferie, surenchérit Odile. J’adore ce terme. De nos jours, on est tellement tout que ça en devient cliché. C’est le règne du marché : marché du travail, de la séduction, marché des corps. J’achète, je vends. » Il est vrai qu’aujourd’hui, la popularité se bâtit à coups d’images fortes : une dégaine, une petite moue à la Victoria Beckham, quelques sorties décadentes et de bons profils sur des photos largement diffusées; en route pour la gloire ! Le Grand Réseau a permis à tout le monde de se sentir « VIP », de devenir une star. Tout le monde est un people. On fait donc comme les plus connues d’entre eux : on met en scène son existence, vive la transparence. On dit qu’on est sociable mais, en fait, on se promotionne. Le livre cite quelques exemples de ce grand déballage à tous les étalages : les assiettes prises en photo, les émotions livrées à chaud sur les réseaux sociaux, la chirurgie esthétique, le jeunisme et le fait de parler de manière pas franchement complexée des thèmes dits sensibles. A l’époque où le journal intime se gardait jalousement succède celle où on espère de toutes ses tripes être lu. On parle de toutes ses facettes (statut civil, sensibilité politique, orientation sexuelle, cuisine préférée, …) pour affirmer haut et fort son identité ou, mieux encore, sa singularité. « Tout devient vite du prêt-à-penser et c’est regrettable, se lamente Odile Cuaz. Je trouve cela un peu politiquement correct de n’acheter que du 100% made in France ou de manger bio matin, midi et soir. Faire le mouton et afficher « Je suis Charlie » sans connaître le journal aussi. Ca m’agace profondément, c’est très traumatisant mais heureusement, il existe encore des penseurs. »

Les vieux devenus jeunes et vice-versa

Jeunes à manif-pour-tous

Si le bonheur est une guerre et qu’il faut combattre tous les démons qui pourraient l’entraver (tels la jalousie ou la nostalgie), certains prennent à contre-pied le courant ambiant. Ironie du sort : tout s’inverse. Une grande partie des jeunes est devenue plus prudente, veut se sécuriser en achetant un bien immobilier le plus vite possible. Ils deviennent même parfois un peu réactionnaires en s’opposant au mariage pour tous. A la djeunitude des (presque) quinquas s’opposent des groupuscules louant souvent les valeurs des communautés religieuses. On prétend ainsi fuir le calcul, l’opportunisme et l’aliénation à soi. Sans doute le besoin de retrouver certaines limites quand on voit plusieurs de ses aînés se comporter comme Mick Jagger ou Madonna. L’un des conséquences du libéralisme qui, en plus de toucher l’économie, englobe une certaine idéologie politique et de mœurs. Malgré le mot « liberté » qui s’entend dans ce vocable, nous serions finalement toujours dans une espèce de moralisation : tu vois, la norme, c’est ça et pas autre chose. Arrive alors les catégories toutes faites et les préjugés véhiculés par automatisme. « Cela se ressent par exemple au niveau de la vision actuelle de l’emploi, écrit Odile Cuaz. « Terrorisé à l’idée de basculer dans le chômage, on bosse jour et nuit, on remercie le Ciel d’avoir toujours un travail. » Pourquoi ? Pour ne pas être un looser, un paria, un poète manqué, un raté du système, un irrécupérable. On loue le souci d’efficacité, les saines valeurs du travail, le fait de se bouger. A cela vient se greffer les raccourcis de pensée mesquins, parfois méchants envers les demandeurs d’emploi ou les personnes issues de l’immigration. La rudesse de notre époque nous dédouane vis-à-vis d’un tel comportement.

Comme le confirmait le professeur de Philosophie Florianne Gani en décembre dernier lors d’un séminaire organisé par le Collège international de Philosophie en France, l’homme d’aujourd’hui est habité par la recherche permanente de l’idéal d’authenticité tout en restant égoïste : « Le Narcisse moderne ne renvoie pas à un moi glorieux, mais plutôt à un moi replié pétri d’un fantasme de toute-puissance et d’autosuffisance mortifères faisant fond sur une impuissance fondamentale. En effet, la transformation de la subjectivité par le libéralisme suscite une fragmentation du social où les liens entre les hommes se réduisent et cet isolement donne lieu à un moi appauvri. C’est pourquoi, le phénomène moderne du narcissisme invite aussi à réfléchir sur l’importance du lien social pour fonder une politique destinée à une communauté déliée. »

Etre aspiré par le système

L’auteur du « Petit manuel de survie dans un monde obscène », elle, ne se fait pas d’illusion : elle fait partie des contemporains qu’elle décrit dans son manuel : « Je m’inclus dans ce grand groupe dont je parle donc j’ai un regard parfois tendre sur les choses à l’intérieur de mon livre, avoue Odile Cuaz. Par exemple, je trouve Facebook formidable et j’y passe deux fois par jour… mais les gens qui postent toujours des photos de chat… Mon Dieu ! » Et niveau coquetterie, elle ne lésine pas sur les moyens en adorant consacrer quelques minutes chaque matin à l’association des couleurs de ses différents accessoires. « Je me moque aussi de moi dans le chapitre sur le look. Sans être une bête de mode, je fais attention à ne pas être une grand-mère à 57 ans. Le côté fashionista, en revanche, peut m’exaspérer et surtout les personnes qui méprisent les gens n’ayant pas le it-bag du moment, les chaussures trop tendance et le reste. L’excès nuit en tout. Notre bien-être dépend de notre manière de vivre la vie, ses activités et les relations avec d’autres êtres mais ça en devient totalement obsédant. On ne pense qu’à satisfaire son orgueil. » Et comme l’excès devient la norme, Odile Cuaz a pensé à publier ce petit manuel pour ceux qui souhaiteraient, comme elle, observer ces travers de plus près pour mieux s’en détacher. « Je conseille à tous les lecteurs de rester en éveil, de garder un sens critique et de la distance. Surtout de guetter. Notre monde n’est pas forcément le plus mauvais et vaudra toujours mieux qu’un régime totalitaire donc gardons quand même notre bonne humeur. »

N’oublions pas non plus qu’une certaine distance permet de conserver le désir. Il vaut mieux laisser celui-ci enfermé et rester maître de sa sortie de flacon plutôt que de toujours laisser la fiole ouverte…

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« Petit manuel de survie dans un monde obscène », Odile Cuaz, éditions CHIFLET & CIE, 15€.

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Allô le monde ? Ne te laisse pas aller comme ça…

Allô copie copie Le monde est le reflet de notre esprit.

Un esprit malade voulant guérir par le soutien et la tendresse.

Toutes les grandes idéologies pourvoyeuses de sens ont été critiquées, remises en question. Qui pour nous guider maintenant ? Dans des Etats séparés de l’église, on doit quand même donner du sens à la vie des gens. Au milieu des corruptions, des scandales politiques, de la mise en avant des célébrités sans talent, de l’esprit de compétition, les inégalités croissantes, que reste-il de spirituel ? Un mot devant être pris ici au sens de « plus de sagesse et de réflexion » ? Les personnes qui nous gouvernent ne font rien pour lutter contre les jugements à l’emporte-pièce. La grande marche du dimanche 11 janvier dans toute la France a surtout prouvé une chose : les gens sont désappointés. Le moral déjà bien entamé par cette interminable crise économique et sociale, ils désirent de l’amour et du soutien.

Eric Zemmour en plein choc culturel : il le sait lui-même

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Le nouveau passage d’Eric Zemmour dans le fauteuil de Laurent Ruquier samedi soir est une nouvelle fois l’occasion de s’interroger sur l’ensemble des mathématiques : qui est finalement inclus dans quoi quand les sociétés (comme la France et son « mariage pour tous » récemment) tendent à devenir encore plus progressistes et égalitaires ?

Le choc culturel aboutirait à une plus grande conscience de soi. C’est vrai qu’un vif échange avec Eric Zemmour nous revigore. Quand on est attentif à la société et aux autres, ainsi qu’à leur souffrance et leurs désirs, on ne peut qu’entrer dans le souffle démocrate qui règne dans bon nombre de sociétés européennes depuis des années et défendre bon nombre de droits. On peut monter sur le ring avec un personnage tel qu’Eric Zemmour. L’ex-chroniqueur de Ruquier qui accuse les Roms de mettre la France sans dessus dessous, le mariage homosexuel de déconstruire le tissu social, … et surtout de pointer les droits accordés aux femmes comme premiers responsables de tout ce bordel (car, à cause d’eux, « le pouvoir se dilapide »). Oui, les livres publiés par Zemmour sont ceux avec lesquels les féministes se torchent le cul.

Ici, « choc culturel » est à prendre au sens d’évolution des espèces et des sociétés qui les abritent. Une certaine idée diffuse nous fait croire que si on a la chance de vivre dans une démocratie, nous vivons dans des sociétés progressistes. Large immigration, IVG autorisée, droits des homosexuels élargis, … Les changements des dernières décennies ont été les déclencheurs de chocs culturels importants. Une constante inscrite dans nos histoires et nos cultures occidentales. On peut constater qu’aujourd’hui les clivages sont sociétaux (immigration, mariage gay, adoption pour les couples homosexuels) et plus tellement « sociaux » (au sens, par exemple, de « classes sociales”). L’attitude de Zemmour et d’autres intellectuels conservateurs est-elle à la limite du religieux ou révolutionnaire ? Car l’ex-sbire de « On n’est pas couché » estime qu’il est désormais inclus dans la minorité française, celle qui doit désormais se battre pour redresser la France. Un pays beaucoup plus mis à terre (voir titre de son livre) par ses changements sociétaux que par les évolutions économiques, bien sûr. La morale défendue par Eric Zemmour semblant assez obsolète et les sondages indiquant qu’une majorité de Français étaient pour le mariage homosexuel, ainsi que contre son abrogation, Zemmour semble sentir lui-même qu’il fait du surplace. Il suffit de voir à quel point il fut raillé samedi soir sur le plateau de son ancien employeur, Laurent Ruquier. A ce stade, on dépasse le cadre humain pour atteindre l’ordre divin et quasiment immanent des choses.

Contre les idées reçues, il s’agissait de montrer pour le gouvernement socialiste, à travers le projet de loi sur le « mariage pour tous » par exemple puisqu’il est encore d’actualité (et auquel Zemmour s’opposait) que les couples et les parents de même sexe sont une réalité concrète de la société française. On est donc en plein choc culturel pour les ultraconservateurs. La société avance, ils le sentent mais continuent de freiner des quatre sabots.

« Ravis par Marine » : le documentaire qui ne réjouit pas tout le monde

Un documentaire proposé lundi par France 3 permettait de revenir sur les raisons du succès du FN. Un succès fait de recettes correctement appliquées. Tout le monde n’est pas à la fête. Ni J-M Le Pen, ni les téléspectateurs.

 

1305677« Etre de droite, c’est d’abord refuser d’être de gauche » : cette phrase de Jean-Marie Le Pen prononcée en 1984 illustre bien pourquoi il n’a pas beaucoup apprécié la dédiabolisation de son parti par un membre de sa famille, la bien-connue désormais présidente du Front National Marine Le Pen. Car l’héritière du parti brouille désormais les pistes et emprunte même à la gauche des parties de son programme. On comprend pourquoi elle s’attire aujourd’hui le mépris de son père.

Lundi soir, un documentaire de 90 minutes (« Ravis par Marine ») a souhaité revenir sur les raisons du succès du Front National et a déchaîné les passions sur les réseaux sociaux. France 3 fut notamment accusée de réaliser la propagande du parti diabolique. Ce document donnait notamment à voir que si Marine Le Pen et le FN fonctionnent de plus en plus (comme l’indiquent les plus récentes élections), c’est parce qu’ils démontrent un certain « tempérament politique ». Cette notion fut introduite par François Goguel, considéré comme l’un des fondateurs de la sociologie électorale. Ce politiste disait que la politique n’est pas seulement nourrie d’idées et d’intérêts, mais aussi de tempéraments. Donc en plus d’être démagogue, Marine Le Pen met en avant des affirmations presque instinctives, en tout cas irrationnelles sur la nature de l’homme et la fin des sociétés. Elle propose des choses beaucoup plus « stables ». Elle met en avant les corrélations sociales. Le FN, c’est quand le politique rencontre le culturel.

Et c’est sans doute ce qui a manqué ces dernières années aux partis traditionnels. Ils ont tous les deux laissé des plumes dans la bataille… Le politique ne cesse de légiférer dans les domaines essentiels de l’être ensemble que sont la morale, les usages de la raison, la justice, le semblable ou le beau en demandant tout simplement aux personnes « du peuple » de les recevoir sous formes d’argumentations simplistes manquant souvent cruellement de psychologique et d’analyse sociologique de terrain.

Un hash-tag mal compris lundi soir

Le terrain, c’est précisément où Marine Le Pen and co sont présents. Le documentaire de France 3 donnait à le voir. Il démontrait également que l’ex-avocate est clairement devenue la star de son parti. Elle est très souvent citée comme « la sauveuse » (dixit Brigitte Bardot) des quartiers sensibles de France, notamment dans cette scène où le FN apprend à ses élus à rédiger un bon communiqué de presse : «Avec Marine Le Pen et le Front National et la liste que conduirai, nous rétablirons la sécurité dans votre quartier». Voilà pourquoi le mot-dièse « MarineLePen » fut mal compris par une grande majorité des internautes ayant tweeté. Cette soirée politique avec débat en direct sur le site de France TV Info disposait d’un mot-clé servant à relier les réactions sur le documentaire entre elles. Alors que le documentaire dévoilait scène inédite sur scène inédite (le FN ayant autorisé la chaîne à filmer sans restriction), les internautes se sont insurgés contre le choix du hash-tag MarineLePen pour des raisons philosophiques différentes. Hors de question de la placer en « trending topic » (sujet tendance du réseau), elle n’est pas le sujet central du documentaire, propagande déguisée, etc. Le compte Twitter officiel de France 3 s’est juste fendu d’un laconique« Comme précisé dans le débat avant le doc, je ne souhaite ni diaboliser, ni mettre en avant le FN, mais comprendre. » signé du réalisateur Frédéric Biamonti. Les interactions ne furent, hélas, guère présentes. Animer une discussion sur un sujet sensible n’est pas chose aisée et la soirée de lundi l’a, une fois de plus, rappelé.

On rappellera juste en guise de conclusion, aux plus frileux que le savoir est une arme et qu’une chaîne du service public, ayant dans son contrat des missions portant notamment sur l’éducation permanente, compte sur nous pour utiliser notre esprit critique. Rendez-vous en 2017.

Benoît Lutgen, déjà en campagne

Benoît Lutgen était la vedette politique belge du dernier week-end d’avril. Lors d’un congrès sur le développement humain organisé par le cdH à Louvain-la-Neuve, le président du parti a présenté la nouvelle charpente idéologique qui doit guider l’action du cdH au cours des prochaines années. Décryptage de son discours.

Est-ce l’absence de contenu ou de ligne claire pour le cdH qui a poussé Benoît Lutgen, à monter au créneau le week-end dernier ? Le président du parti ferait-il son Wouter Beke ? Ce dernier, président du CD&V, avait avoué fin 2012 que son parti politique manquait d’une ligne idéologique claire. L’actualité du cdH ferait-elle écho à celle du CD&V ?

Les deux partis perdent continuellement leur électorat de base, pour des raisons très différentes. En ce qui concerne le parti de Benoît Lutgen, ils n’ont que la solution d’essayer de plaire à tout le monde, d’où le fait de ne pas être trop clair mais de se raccrocher à des valeurs-symboles : l’humain, ce qui veut tout et rien dire en somme; aucun parti ne se déclare contre l’humain.

[View the story « Mais que s’est-il clairement dit ? » on Storify]

Par Luigi Lattuca et Florence Lestienne

Daniel Hanssens: un comédien qui a du chien !

photo Daniel

Le refrain est connu : la société subit une crise économique sans précédent. Et à l’intérieur de celle-ci, il y a une vraie crise de sens. Daniel Hanssens, éminent comédien et producteur de théâtre belge, les ressent. Mais le manque de pécule n’altère en rien sa créativité. Rencontre avec cette pointure du théâtre belge qui lancera bientôt un nouveau spectacle.

Campé rue Bara, à « The Egg », un complexe qui s’appuie sur quatre salles pour créer des événements (les ‘Brussels Fashion Days’, c’était eux), Daniel Hanssens interrompt ce lundi 4 février,  une énième répétition de « Toutou », sa nouvelle pièce, qui s’installera à Uccle et Auderghem à la fin du mois. Il est entouré des deux têtes d’affiche de cette comédie « qui a du chien » : Pierre Pigeolet et Laurence D’Amelio, deux amis de longue date qui le suivent avec plaisir depuis vingt ans … « Daniel peut se targuer d’avoir eu avec lui des pointures du théâtre belge, des affiches d’enfer ! » énonce d’emblée Pierre Pigeolet, avec qui Hanssens a passé l’épreuve du Conservatoire royal de Bruxelles.

« En tant que producteur, je suis de plus en plus souvent accompagné par des gens avec qui l’amitié a joué en début de tractations, explique ce dernier. Avec moi, il faut que ces personnes acceptent de jouer différemment. » Le comédien et producteur nous avoue faire référence à des soucis d’ordre financier. Sa propre compagnie Argan42, créée en 2004, est devenue en 2010 « La Comédie de Bruxelles ». C’est elle qui est désormais établie à « The Egg », qui appartient à la Société de Développement pour la Région de Bruxelles-Capitale.

Argent content ?

Comme il le confiait à « La Dernière Heure » le 12 mai 2011, Daniel Hanssens continuera, en  bon nomade, les tournées mais il avait besoin d’installer ses spectacles dans des lieux fixes : « Il me fallait un lieu; bouger entre des espaces éparpillés, c’était très fatigant… »

Une saison mirobolante s’annonçait mais cette petite folie s’est révélée être une affaire très risquée. Avec quatre autres actionnaires privés, Daniel Hanssens a réalisé des emprunts énormes pour racheter la partie « événement » de la salle de spectacles « The Egg ». Sa société « La Comédie de Bruxelles » est partenaire du lieu. Depuis deux ans, le comédien pense à tout abandonner dès que l’aurore le réveille … « J’ai des problèmes d’argent depuis deux ans, nous confie-t-il sans s’apitoyer. Il y a un manque à gagner énorme à cause d’un spectacle qui est celui qui a le moins bien marché en huit ans. »

Et qui dit indépendance, dit responsabilité totale dans les frais alloués … « D’autres producteurs ont des subventions mais, de mon côté, je suis totalement indépendant donc quand un spectacle marche moins bien, je dois me débrouiller autrement pour payer mes arriérés. De plus, quand je me suis associé à « The Egg », qui m’a coûté très cher, j’ai eu des problèmes de permis qui nous sont arrivés en pleine face. Je ne me rémunère plus de rien. Je remplis mon frigo grâce à ma sœur. Mais je suis un combattant …» Un combattant, c’est comme ça que le décrivent les deux héros de « Toutou », son nouveau spectacle. Une pièce qu’Hanssens a découvert à Paris. « Je peux loger gratuitement à Paris et Londres grâce à des amis, ce qui me permet de repérer les pièces qui marchent, les idées de certains confrères français ou britanniques. Pour « Toutou », j’ai fait appel à Pierre (Pigeolet, ndlr) et Laurence (D’Amelio, ndlr). La distribution, c’est 50% de la réussite d’un spectacle.»

Et quand ces deux comédiens prennent la parole, on ressent tout de suite l’admiration totale qu’ils ont pour leur producteur et metteur en scène. « Daniel est un comédien qui a voulu réaliser ses rêves sur fonds propres et sur fonds privés, raconte Pierre Pigeolet. Il a une carrière monumentale derrière lui et on le suit grâce à ça. Parce que sa démarche est honnête et qu’il se ‘démerde’ pour que chaque comédien ait son écho. »

Conséquences de la crise

Le trio d’amis investit toutes ses forces dans le théâtre, véritable joyau de la culture. Mais il faut faire avec les nouvelles habitudes du public … La crise économique, qui touche tous les secteurs, pousse celui-ci à « mieux » mûrir ses choix et à privilégier ce qu’il connaît plutôt que ce qu’il lui reste à découvrir. « Avec la crise, le public réserve de plus en plus tard, explique Daniel Hanssens. C’est devenu très rare désormais de voir les gens se précipiter à l’ouverture de la billetterie. Le public reste un moteur. S’il ne vient pas, je ferme. Les gens sont de plus en plus avertis. Ils voyagent peut-être plus et c’est très bien quelque part … Ils veulent être sûrs que ce qu’ils vont voir va leur plaire. Ils ne réservent plus des semaines à l’avance. Quand va-t-on s’en sortir ? Je n’en sais strictement rien. En tout cas, depuis quelques temps, j’écoute la Bourse, les analyses d’économistes et je fais le lien entre les réservations dans les agences de voyage et l’envie du public de revenir au théâtre. S’il voyage plus, il ne lui reste plus beaucoup de sous pour la culture … » Laurence d’Amélio intervient : « En période de crise, il reste, pour se divertir, la télévision en matière de restriction économique. Pour le théâtre, les gens doivent se déplacer et payer. De plus, c’est un lieu de la culture fait pour ceux qui adorent sortir de chez eux, pas pour ceux qui se prélassent sur leur canapé. »

Le débat est lancé … Pierre Pigeolet se permet d’apostropher Daniel Hanssens pour apporter une précision : « Ton public est de plus en plus grandissant … » Le producteur approuve et avoue que son public fait sans doute confiance à son œuvre passée pour se déplacer. « Le public me donne des sueurs froides à réserver à la dernière minute mais je dois dire que je reçois plus de spectateurs que des théâtres qui reçoivent des subsides d’un million d’euros. »

Sponsor file entre les doigts

C’est le bon moment pour parler budget et sponsoring. Comme on peut s’en douter, la décision de la ministre de la Culture, Fadila Laanan, de couper dans le budget alloué au monde théâtral ne les réjouit pas« En Allemagne, on a augmenté les budgets de la culture en temps de crise, compare Laurence D’Amelio. Là-bas, les comédiens sentent qu’ils sont d’utilité publique. En Belgique, on devient des résistants mais surtout solidaires à cause de cet argent qui est enlevé … Mais quand nous avons, entre comédiens, une réelle amitié, il ne faut pas que l’argent entre en ligne de compte. On peut ainsi traverser la crise sans trop de douleurs. »

Comme le souligne Pierre Pigeolet, le théâtre ne rapporte rien aux chaînes de télé qui souhaiteraient le sponsoriser. Daniel Hanssens donne un bel exemple d’illustration : « Je suis sponsorisé par Nostalgie et j’espérais qu’une de mes pièces soit captée pour une diffusion sur La Deux et La Trois, les seules chaînes belges qui doivent logiquement être intéressées par la culture belge. On m’a répondu très gentiment que ce n’était pas possible … à cause du partenariat avec Nostalgie. » Un fossé se creuse donc, les enjeux ne sont pas les mêmes. Si nos chaînes peuvent parler d’échec avec une audience de 100.000 personnes pour un programme de soirée, les producteurs comme Daniel Hanssens rêvent d’un tel chiffre pour vivre de manière aisée une saison entière.

Money, money, money

Le métier de comédien n’est donc pas chose aisée. On parle de lui comme un métier de saltimbanque, bohème, nomade. Pour preuve : un salaire mensuel qui varie. « C’est aussi la question fétiche de mon banquier, nous confie en riant Daniel Hanssens. Il y a 25 ans, je souhaitais avoir un chéquier. J’exerçais plusieurs activités donc j’avais cinq sources de revenus sur le mois. Il m’a rétorqué : « Monsieur, vous n’êtes pas ‘casable’ ! » Je m’en souviendrai toujours ! Je devais obtenir mensuellement 3000 francs belges (qui valent aujourd’hui un peu plus de 74 euros, ndlr) pendant plusieurs mois d’affilée. Si ça restait constant, je pouvais obtenir un chéquier. »

Être comédien de théâtre, c’est donc être payé au cachet ce qui inclut d’accepter l’incertitude, les inégalités et la précarité. Même le plus actif des acteurs ne joue pas douze mois par an … « Nous gagnons 100 à 150 euros brut par représentation, avoue Pierre Pigeolet. Ce prix peut aller jusqu’à 700, voire 800 euros brut mais c’est très rare. » Durant les mois de vache maigre, les comédiens se tournent vers le chômage. « A titre d’exemple, je perçois 1100 euros les mois où j’y suis et j’ai un enfant à charge. », révèle Laurence D’Amelio. 

Le mot de la fin revient à Evelyne Cols, secrétaire de direction de « La Comédie de Bruxelles » : « Pour moi, Daniel Hanssens trouve toujours une solution à tout, qu’importe la nouvelle qu’on lui annonce. S’il y a erreur, il ne s’attarde pas sur qui est le fautif. Ça pousse tous les gens investis dans son projet à aller de l’avant. Heureusement, il peut compter sur le soutien de ses amis de longue date.»

Finalement, aller au théâtre, c’est aussi fréquenter des acteurs qui, comme bon nombre d’Européens, sont confrontés à la crise. Solidarité, toujours …

Dutroux : une histoire, cent fins

Palais

Lundi 4 février avant 14h, Palais de justice de Bruxelles. L’entrée en procédure de demande de libération conditionnelle de Marc Dutroux va commencer. L’effervescence de la foule n’y était pas. L’emballement médiatique, un peu quand même. A tort ou à raison ?

La pluie, « prison » fatale des Belges. On dit que ces grosses larmes du ciel lavent tout et déjouent toutes les prévisions. Sous une pluie battante justement, ce lundi 4 février avant 14h, devant le Palais de justice de Bruxelles, il était question de parler prison sous les précipitations abondantes. Marc Dutroux, le criminel le plus connu du pays, revendique sa libération anticipée. Comme pour n’importe quel autre détenu la loi lui permet en effet d’être libérable – en théorie – six mois après avoir effectué le tiers de sa peine, détention provisoire incluse. La première séance pour la procédure de demande de (presque) libération conditionnelle formulée par Marc Dutroux s’ouvrait donc hier, lundi 4 février, à 14h. Pourquoi « presque » ? Car ce dernier demande à purger le reste de sa peine à domicile avec un bracelet électronique. Pour être plus précis, c’est un aménagement des conditions de sa détention qui est demandé à la justice.

Devant le Palais de justice de Bruxelles, lundi, la foule était étrangement absente. Rien à voir avec la libération de Michelle Martin l’été dernier. Les manifestants étaient principalement des membres de l’organisation nationaliste Nation. Du côté de la presse, on rejoue un rôle bien connu avec des titres comme : « Dutroux libéré : un fantasme collectif », « Dutroux : pourquoi le pays s’enflamme », Marc Dutroux bientôt libéré ? », … Les manchettes n’en finissent plus de sortir pour parler de cette demande de libération conditionnelle formulée par l’ex-pédophile de Marcinelle alors même que cette démarche n’a quasiment aucune chance d’aboutir.

« O justice, ô sécurité ! »

L’examen de cette demande se déroulait donc ce lundi 4 février, à 14h15 précisément pour se terminer après 16h. Ce fut une déception pour les membres du groupe identitaire extrémiste Nation et les journalistes présents. Comme c’était prévisible, Marc Dutroux – parti de Nivelles très tôt dans la matinée – est arrivé fort encadré (avec la fameuse escorte estimée à 50. 000 euros pour empêcher toute tentative d’évasion mais aussi de réaction violente de la foule) dans la salle d’audience du Tribunal d’application des peines (TAP) par un couloir secret réservé aux détenus.

Pas de possibilités de filmer ou de prendre l’ex-pédophile de Marcinelle en photo. Le suspense était bien gardé. A force de ne voir rien arriver, les journalistes se doutent que Marc Dutroux a déjà été transféré de Nivelles à Bruxelles. La police qui patrouille sur place refuse de répondre à mes questions. Pour les membres du groupe Nation, c’est autre chose : la prise de parole, ils adorent ça. Tout de suite, le mouvement d’extrême-droite distribue un tract à toute personne qui les approche.

 « Dutroux, Lelièvre, Martin … Assassins ! O justice, ô sécurité ! Ni justice, ni pardon : les pédophiles en prison ! ». Les rimes sont présentes dans leur discours de révolte clamé au parlophone. La météo ne les décourage pas. Ils veulent s’adresser directement à l’Etat. Un drapeau belge flotte bien, merci le vent. Les stars principales de cette journée, en attendant Marc Dutroux, ce sont eux. Hervé Van Laethem, l’un des dirigeants du groupe, se dit motivé par la nécessité de demander des peines incompressibles et, selon lui, plus adaptées à la société actuelle. « Premièrement, nous sommes ici pour la symbolique Dutroux, pour ce qu’il représente en tant que triste figure de l’histoire belge. Et deuxièmement, nous souhaitons des punitions bien plus graves pour les crimes odieux perpétrés sur des enfants. Il faut rétablir la peine de mort ou, du moins, faire en sorte que l’accès à la libération soit plus difficile. »

De la fumée pour rien ?

Mais, de l’avis de nombreuses acteurs du dossier (dont le parquet et l’administration pénitentiaire), même si il est sous le joug des anciennes lois, Marc Dutroux n’a quasiment aucune chance de s’en sortir. Ce point de procédure, dont tous les médias parlent, a eu lieu ce lundi car législativement, l’homme le plus haï de Belgique y a droit. Le tribunal d’applications des peines y répond par respect pour notre démocratie. Dutroux s’était déjà vu refuser des demandes de congés pénitentiaires et de port d’un bracelet électronique, pour les risques de récidive évident.

Alors pourquoi venir aujourd’hui devant le Palais de justice ? « Pour répondre à la provocation de Dutroux, clame d’emblée Hervé Van Laethem. Il joue avec la règle qui existe et qui n’est plus adaptée à cette société de plus en plus violente. La loi doit devenir plus dure et pas seulement pour Dutroux ! » Selon lui, le peuple belge est avec Nation : « Cet événement a profondément marqué les Belges et les médias s’en souviennent, voilà pourquoi ils en parlent tant ! » Pourtant, juste quelques adolescents s’aventurent près du Palais de Justice pendant l’interview. Où est passé le peuple ? « C’est un lundi et il est midi. C’est compréhensible. Nous sommes 24 membres de Nation et quelques journalistes. J’espère que le dispositif qui doit coûter 50 000 euros n’a pas été déployé juste pour nous qui sommes si peu nombreux. Ce serait démesuré ! », lâche Van Laethem ironiquement. Son collègue, Eddy De Smedt, cadre du mouvement, n’a pas le cœur à défendre ses compatriotes : « Le peuple belge est un peuple de moutons qui consent à cette justice laxiste ! »

L’Europe mobilisée

Ce n’est pas vraiment l’avis des journalistes étrangers qui se sont déplacés pour couvrir l’événement. Pauline Jaclin, correspondante à Lille pour Canal +, compare immédiatement son pays et le nôtre. « Ce qui nous frappe, c’est à quel point cela marque encore la Belgique alors qu’il y aura bientôt vingt ans que Dutroux est en prison ! Pas au point d’ouvrir les journaux télé français par cette nouvelle mais quand même … Je pense que cette réaction populaire est une réaction propre au pays. Proportionnellement, l’émotion est grande. Il y a eu de nombreuses victimes dans un tout petit pays ; l’impact est donc plus grand. Il y a encore des manifestations de la part du peuple belge. En France, pour un assassin comme Michel Fourniret, je pense que les Français n’auraient pas réagi comme ça. » En fait-on trop médiatiquement et populairement pour cette affaire de pédocriminalité ? Ce qui est sûr, c’est que beaucoup de journalistes n’ont pas hésité à se déplacer de l’étranger pour venir parler, souvent en direct du dernier « caprice » de Marc Dutroux.

Un peu plus loin, Mario Morleo, cameraman pour la chaîne d’informations privée allemande N24 attend sa collègue journaliste. Depuis 9h, ils donnent des informations sur leur chaîne toutes les demi-heures. « En Allemagne, nous trouvons ce fait divers choquant aussi, avoue-t-il. Se demander s’il faut parler de Dutroux, c’est comme se demander s’il faut parler du Norvégien qui a ouvert le feu dans son pays en juillet 2011. Faut-il les ignorer pour ne pas trop raviver la douleur et se montrer parfois plus digne ou en parler ? Ma seule réponse, c’est que ces faits existent et ont choqué. En faisons-nous trop ? Nous le pensons parfois mais nous agissons quand même comme nous le faisons d’habitude depuis longtemps …»

La justice en question

Durant sa pause, dans un moment où les infos qui émanent du Palais se font plus rares, Barbara Ackermann, la journaliste internationale qui l’accompagne, nous parle de l’audience que ce genre d’événement attire. « Les Allemands le voient comme un monstre mais l’audience le réclame. On a tellement parlé de lui ces dernières années qu’on doit continuer à suivre l’histoire. A chaque fois qu’on en parle sur N24, l’audience grimpe. Pour elle, ce genre de faits est même plus important que la politique, analyse-t-elle. En clair, les audiences décevantes rappellent toujours à une chaîne privée qu’elle est prise en otage par les sujets un peu trop préférés du public. Barbara reprend le même exemple que son collègue pour pousser la réflexion un peu plus loin … Anders Behring Breivik, le jeune homme en Norvège, a longuement parlé durant son procès. Ça a fait un véritable tollé ! Les gens se sont demandés pourquoi on lui a donné le droit de parler si longtemps ? C’est le système démocratique qui veut ça. Et le système judiciaire belge est comme l’allemand. Chez nous, la loi autoriserait Dutroux à introduire la même demande. »

Pourtant, en ces temps de crise où l’on s’interroge un peu sur tout et n’importe quoi, Annemie Turtelboom, la ministre de la Justice (Open VLD), a souhaité faire voter en urgence des législations qui ne s’appliqueront pas à Dutroux. Le peuple feint d’ignorer la nouvelle. Pour lui, elle arrive trop tard. Le mal est fait. Et les médias remuent le couteau pour la faire encore plus pleurer … Oui, décidément, la pluie est une métaphore des larmes.

Meilleurs voeux, Obama !

obama_time.jpg.h380 « Obama, personnalité de l’année » : le titre de l’avant-dernier « Times » de l’année 2012. Chaque fin d’année, l’heure est aux différents bilans. Pour Barack Obama, c’est plutôt l’heure aux grands projets.

Que retiendra le plus Barack Obama de l’année qui vient de s’écouler ? Probablement sa victoire aux élections présidentielles de novembre, me direz-vous. Un événement bien vite écarté par le récent assassinat de 26 personnes dans le Connecticut qui bouleverse le monde entier.
La lutte pour la présidentielle américaine a illustré à merveille les problèmes fondamentaux que sont : comment savoir voir le monde, savoir penser, savoir penser sa pensée, savoir agir, et cela, non seulement pour soi, mais aussi pour la lutte de la naissance de l’humanité. Une nouvelle humanité sensible aux vrais thèmes importants. Nous sommes dans le devenir, et le devenir comporte passé, présent et futur. Nous vivons une pluralité de vies : la sienne, celle des autres, la vie de la société, la vie de l’humanité, la vie de la vie. Mitt Romney, sachez qu’on peut laisser le passé en vie en allant de l’avant et en gardant autorisé l’avortement. Les Américains qui s’apprêtaient à voter pour lui (et qui l’ont fait) ne semblent pas avoir conscience que Romney n’aura pas fait naître de nouvelles libertés mais une nouvelle oppression. Il ne les aurait pas sorti de leur malheur, il en aurait fait naître un nouveau.

En parlant de malheur, la fusillade de Newton fait vivre des heures noires à l’Amérique. Pour 230 euros, de nombreux parents ont acheté un cartable blindé à leurs enfants.

Stefan Grobe, correspondant d’Euronews à Washington :
“Le président n’a pas annoncé de grandes décisions politiques, mais il est conscient que les mentalités commencent à changer et que des mesures sont à prendre. Plusieurs élus favorables à la détention d’armes se sont eux-mêmes prononcés contre les armes d’assaut. Et des enseignes comme Wal-Mart et Dick’s Sporting Goods ont cessé de commercialiser des armes semblables à celles utilisée à l‘école primaire Sandy Hook. Certains Etats envisagent même d’armer les enseignants.”

Une première bataille démocrates VS républicains qu’on lui souhaite de gagner … Non ?

Meilleurs vœux de Noël à tous mes lecteurs aussi !

L’homme qui croyait en son destin et qui connaît bien son peuple

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C’était la mauvaise nouvelle du week-end. Silvio Berlusconi, l’homme qui a couillonné tout un pays, comme le titre la Une ci-contre, va se représenter aux élections législatives italiennes en 2013. Un homme qui ne doute de rien ! Les Italiens le plébisciteront-ils une nouvelle fois ? Et si oui, pourquoi ? Éléments de réponse personnels ci-dessous.

Décidément le monde occidental est bien malade. Et il s’étonne d’être souvent en désaccord avec d’autres civilisations. Silvio Berlusconi veut de nouveau son trône sur la scène politique. Après trois passages au pouvoir gouvernemental italien (1994-1995, 2001-2006, 2008-2011), il se présente aux élections législatives de mars 2013. Il fallait « une personnalité d’envergure » explique le principal intéressé. Car, en politique, il faut du charisme. François Hollande peut en dire quelque chose, lui à qui on ne cesse de marteler (surtout sur le net) qu’il n’arrive pas à la cheville de Nicolas Sarkozy.

Malgré les scandales et les nombreuses polémiques qui ont entaché son image, Berlusconi croit encore en lui (avec le machisme comme moteur premier). Ses clients principaux que sont les Italiens ont aimé (pour le réélire autant de fois) son image de petit malin qui se faufile, s’arrange et retombe sur ses pattes. On n’ose imaginer ce qu’un Elio Di Rupo aurait récolté comme pourcentages de voix s’il avait été candidat en Italie face à Berlusconi. Car le Cavaliere tient son succès de là : il incarne l’italianité au sens le plus brut, sans fausse pudeur. Un bon macho qui carbure au plaisir uniquement personnel. Dans un pays à 90% catholique, l’ex-président colle aux valeurs de l’Église et du modèle familial traditionnel, notamment sur le sujet sensible de l’avortement. De plus, les Italiens ont cette tendance à dire « I am the King of the World«  et toute critique leur donne de l’urticaire. Pour eux, ce n’est pas de l’analyse. C’est un complot ! Une anti-italianité ! Silvio Berlusconi maintient, hélas, l’Italie dans les clichés qui lui collent à la peau. Et bon nombre d’habitants trouvent cela confortable. Alors que l’identité d’un être humain – et même d’un pays – est toujours en perpétuelle reconstruction.

L’Italie était devenu le jouet de l’ex-gouverneur de 76 ans, c’est-à-dire un empire où règne la culture télé. Où sont passés les intellectuels ? Et le sens civique des Italiens ? Peut-on encore espérer un sursaut de dignité ?