Antoine Guillaume et la magie de Noël en chansons… au théâtre [Interview]

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Noël est en avance cette année ! Dès la fin d’Halloween, les vitrines des commerçants ont été décorées de boules et de guirlandes. Alors, allons-y : parlons du spectacle qui succédera à « Cherche l’amour » de Myriam Leroy au Théâtre de la Toison d’Or d’Ixelles. Après tout, il ne faut jamais trop tarder pour réserver comme nous l’a montré le spectacle actuellement à l’affiche. Pour le retour des fêtes, Antoine Guillaume célèbre les grands classiques de Noël, autrefois chantés par Dean Martin, Bing Crosby ou Nat King Cole ! On les a tous écoutés un après-midi d’hiver au coin du feu, le chat sur les genoux et les enfants dehors, la langue tirée pour avaler les flocons de neige… Et même si la neige est devenue radioactive, la magie des chansons est toujours là !

 

Comment est né ce spectacle de Noël pour le TTO ?

C’est moi qui ai proposé l’idée et il avait déjà été programmé la saison dernière. J’ai toujours baigné dans cette culture américaine qui fête Noël à fond, et de ses tours de chants très classiques qu’on se passe sur CD en Europe. Les gens n’ont pas l’habitude de les entendre durant des concerts et j’ai eu cette idée. Le spectacle ayant fonctionné l’année passée, nous avons décidé de le reprogrammer. Nous rempilons donc pour deux dates (9 et 10 décembre 2016, NDLR).

A votre grand regret ? Vous auriez aimé une semaine entière ?

Non, non, ce n’est pas à mon grand regret. C’est juste lié à des possibilités de production et de disponibilité du lieu. Pas toujours facile de débloquer des dates juste avant Noël. Mais j’aurais beaucoup aimé me produire durant une semaine. Qui sait, ce serait peut-être pour une prochaine fois ? Je suis partant pour plusieurs saisons ! agassume_002_jpohl

Vous êtes la Mariah Carey de Bruxelles. Elle a décidé d’exploiter son catalogue de Noël et ces concerts spéciaux fonctionnent plus que ses concerts de nouvelles chansons. Ce sont des rendez-vous très prisés à New-York ou Londres.

La dernière fois que je suis allé à New-York, Hugh Jackson proposait une série de concerts pas spécialement de Noël mais ils étaient programmés pendant la semaine de Noël. A Broadway, ils ont The Rockettes, un gigantesque spectacle qui se joue durant un mois, et ça m’a donné l’envie. J’ai une attache particulière à cette fête.

D’autant que vous vous étiez déjà inspiré de Broadway pour « Antoine Guillaume assume » en 2010. Le public a-t-il été réceptif ? Vous avez pu récolter quelques avis l’année passée ?

Je crois que c’est un format de spectacle qu’ils n’avaient pas l’habitude de voir. Beaucoup de gens adorent cette période de l’année car c’est avant tout du partage, des retrouvailles avec la famille. Même les gens qui ont peu de contact avec leur famille privilégient la période de Noël pour se retrouver. Les concerts de l’année passée avaient un peu cette humeur. Les gens se retrouvaient pour un moment agréable durant un moment du mois de décembre… et ils ont retrouvé les chansons de CD qu’on avale au coin du feu avant la dinde. Les commentaires étaient positifs car je pense que les gens s’attendaient à des variétés, mais on a fait ça de manière très cosy. On a fait comme si on était une grande famille qui se réunissait, mais on ne pouvait pas distribuer de la dinde à tout le monde !

Qui sait, qui sait… A Nathalie Uffner, rien d’impossible ! Et quid du feu sur scène ?

On a hésité à mettre une cheminée sur le plateau mais on a déjà un sapin, d’énormes cadeaux et une décoration qui rappelle celle des grands talk-shows américains. Et puis, un feu de cheminée, ce n’est pas possible dans un théâtre. Mais on se disait aussi qu’on pouvait mettre une cheminée avec un feu sur images pré-enregistrées.

Avec lunettes 3D distribuées à l’entrée alors ! On ne vous a plus vu dans une pièce du TTO depuis « Rire please » en septembre 2015. Qu’avez-vous fait depuis ?

J’ai longtemps été occupé par la tournée de « Cabaret » produit par le Théâtre Le Public et le Théâtre National. Je suis aussi occupé avec la télévision et la radio. Et puis, j’ai monté un spectacle sur l’histoire de Broadway pour le Théâtre Le Public. Sans oublier la reprise de « Boeing Boeing » dans un célèbre château de Karreveld de Molenbeek cet été. Par ailleurs, je fais aussi de la mise en scène et notamment pour des mouvements chorégraphiés pour le spectacle « Chaplin » actuellement à l’affiche au Théâtre Royal du Parc. Mais je reviens à la fin de la saison culturelle au TTO. On va bientôt commencer les répétitions de la comédie « Pyjama pour six » qui sera programmée au printemps.

Un retour aux pièces à grand budget avec plusieurs intrigues dans une seule comme « Boeing Boeing » ?

C’est ça. C’est le même auteur en plus ! « Pyjama pour six » est une pièce de grand boulevard avec tout ce que cela a de noble dans la manière de le formuler. C’est la pièce des quiproquos par excellence et ça commence dès le lever du rideau. Jusqu’à la fin, les spectateurs vont se demander comment les personnages vont se dépêtrer de la situation. Et, évidemment, il y aura plein de coups de théâtre car il y a des amants et des maîtresses pour tout le monde. Ce sera loufoque et ça partira dans tous les sens.

antoine-guillaume-studioEt le café-théâtre du TTO ?

J’ai coaché les nouveaux comédiens dans « En vous remerciant »… cette année ?

L’an dernier, en novembre 2015.

C’est marrant comme le temps passe. Cette année, d’autres portes s’ouvrent. Mes projets n’ont pas fait l’unanimité auprès de tous mais ce n’est pas grave. En tout cas, je souhaite déjà « Joyeux Noël » à tout le monde puisque les magasins ont été complètement timbrés cette année. C’est déjà Noël depuis septembre, non ?

 

Interview > Luigi Lattuca

Photos > Julien Pohl

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Bruno Madinier et Davy Sardou présentent « Les Vœux du Cœur » à Bruxelles [Interview]

Sympathiques et souriants, les deux comédiens étaient de passage à Bruxelles pour une intense journée promo le 2 novembre 2016. En décembre, ils seront au Centre Culturel d’Auderghem pour une semaine de représentations. Pour moi, ils évoquent « Les Vœux du Cœur » née après le vote de la loi sur le mariage pour tous, le monde du théâtre, la dictature des réseaux sociaux et leurs projets.

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Bienvenue à Bruxelles. Combien de fois êtes-vous déjà venus ici ?

Davy Sardou : C’est ma 3ème fois à Auderghem. Une fois, j’avais joué aussi au Cirque d’Hiver.

Bruno Madinier : C’est ma 3ème fois également et j’ai aussi tourné un film à Bruxelles pendant un mois une fois. C’était « Tombé sur la tête » avec Michèle Bernier où nous avons bouclé quelques scènes extérieures dans Paris sur deux jours avant de mettre le cap sur la Belgique car c’était une co-production belge.

Davy Sardou : On a fait passer Paris pour Bruxelles ? Étonnant.

Bruno Madinier : Oui. Il suffit de trouver des intérieurs intéressants et le tour est joué ! J’avais aussi tourné des scènes d’une série sur Napoléon en Pologne.

Et puis, la France est plus chère…

Bruno Madinier : C’est plus cher, crédits d’impôts et tout ça (rires). Avec une co-production belge, il y a des subventions et des crédits d’impôts. Il y a aussi toute une vague de tournages il y a longtemps en Roumanie, République Tchèque, etc.

Vous avez d’abord présenté « Les Vœux du Cœur » à Paris mais commencer par une tournée, ça vous est déjà arrivé ?

les-voeux-du-coeur-afficheBruno Madinier : Oui, ou par une seule ville de province comme Lyon, oui.

Davy Sardou : Je l’ai déjà testé également. Commencer par une tournée est très confortable. Non pas que Paris est plus difficile que la Province mais la création est presque différente. Le public est peut-être plus ouvert… Y a des régions de France, de Belgique et de Suisse qui sont réellement très accueillantes.

Bruno Madinier : Et puis, il y a beaucoup trop de spectacles à Paris ! (Il se penche vers le dictaphone) Beaucoup, beaucoup trop ! (rire)

Davy Sardou : Et avec deux spectacles qui se suivent dans certains théâtres, on est dans un formatage terrible alors qu’on touche quasiment à la création absolue sur scène. On formate le cerveau ou c’est lui qui s’adapte au cerveau ? A        une époque, on pouvait se concentrer sur un livre très long alors que maintenant les éditeurs dictent la longueur des chapitres !

Bruno Madinier : Si les gens sont passionnés par ce qu’ils font ou ce qu’ils entendent, le temps n’a aucune importance. Par contre, si c’est un peu chiant, le temps a de l’importance.

Davy Sardou : C’est le fameux théorème d’Einstein : « Asseyez-vous à côté de la femme que vous aimez pendant une heure et ça vous paraîtra une minute. Mais si vous mettez une main sur une poêle à frire, ça vous paraîtra une heure. »

« Des hauts membres de l’Eglise catholique se sont déplacés, des associations d’homosexuels catholiques, des associations qui étaient contre le mariage, … La pièce n’est pas là pour donner des leçons et désigner qui a tort et qui a raison. »

DAVY SARDOU

Davy, dans la pièce « Les Vœux du Cœur », vous incarnez un homosexuel et la pièce a été lancée juste après le vote sur la loi autorisant les personnes de même sexe à se marier en France. Ça a fait du bruit ? Des comités anti-mariage sont venus ?

Davy Sardou : On les a invités pour faire avancer le débat ! La pièce est arrivée après le vote de la loi et l’animosité urbaine avait déjà eu lieu. A l’époque où ça a démarré à Paris, ça s’était calmé après le très grand débat de société organisé. Des hauts membres de l’Eglise catholique se sont déplacés, des associations d’homosexuels catholiques, des associations qui étaient contre le mariage, … La pièce n’est pas là pour donner des leçons et désigner qui a tort et qui a raison. Elle est plus sur l’engagement – tous les personnages sont tiraillés – que sur l’autorisation de se marier quand on aime quelqu’un du même sexe que soi.

Bruno Madinier : L’argument de départ, c’est le mariage pour tous mais la question centrale est de savoir ce qu’on va faire pour respecter son engagement et à quoi doit-on faire face pour le maintenir vis-à-vis de quelqu’un ou de sa religion ? Doit-on sans cesse persister dans ses choix ou les adapter ?

Davy Sardou : Dans la pièce, une femme indépendante et courageuse réalise un certain choix de vie et tombe amoureuse de quelqu’un à l’opposé de ses convictions, ce curé ayant choisi Dieu mais s’interroge lui aussi.

Etes-vous croyants ?

Davy Sardou : Oui, je le suis. Croyant mais pas pratiquant, ou du moins à ma manière.

Bruno Madinier : Moi, je ne sais pas…

Davy Sardou : C’est une belle réponse (rires).

Bruno Madinier : Mais on aimerait tous que ça marche derrière (rire).

Davy Sardou : Pas mal de personnes sont assez pragmatiques et vivent très bien avec ça.

Bruno Madinier : Mais, en même temps, même s’il n’y a rien après, la religion a un rôle dans la société qui est de transmettre théoriquement des valeurs positives même si pas mal ont été détournées au cours du temps et de l’histoire. Elles sont mêmes devenues des engagements politiques ! Si elles arrivent déjà à diffuser des valeurs dans la société, pourquoi pas. Ça a un impact positif. Lorsqu’on a joué la pièce au Théâtre La Bruyère en 2015, des gens de tous horizons sont venus nous voir et la pièce a provoqué pas mal de discussions animées après. Pas mal de gens catholiques m’ont confié qu’elle avait amené pas mal de sujets sur la table lors de dîners et qu’elle les avait animés ! La pièce est divertissante mais fait réfléchir une fois sorti de la salle.

« Des gens m’ont avoué avoir pleuré lors de la dernière scène… »

BRUNO MADINIER

C’est d’ailleurs pour ça que vous avez été choisis par le Centre Culturel d’Auderghem !

Davy Sardou : Effectivement, la pièce a parlé à André, le directeur. Non seulement, c’est très bien écrit – et nous sommes bien placés pour en parler car on l’a joué plus de 100 fois  – mais par ailleurs, c’est un vrai parti pris. Et le théâtre est fait pour ça ; c’est un vecteur social et actuel.

Bruno Madinier : Lors de la dernière scène, je prononce un sermon. Des gens m’ont avoué avoir pleuré à ce moment-là !

Davy Sardou : Et puis, beaucoup de gens peuvent se dire « Je ne suis pas concerné car pas croyant et pas homosexuel donc pourquoi j’irais ? »… mais la réalité de la pièce fait qu’on s’y retrouve. On parle surtout du sentiment humain de s’engager dans quoi que ce soit. La pièce va cueillir les spectateurs qui viendront : ils vont se retrouver et être touchés par des personnages qui, au naturel, ne seraient pas proches d’eux.

Bruno Madinier : La pièce ne tranche pas et représente tous les points de vue à travers ses quatre personnages. Par exemple, un homosexuel est totalement en rébellion et l’autre s’interroge sur son abstinence très mal comprise par son compagnon.

En regardant la liste des villes par lesquelles vous êtes passés ou par lesquelles vous allez passer, certaines sont-elles aux mains du FN qui a du mal avec ces sujets ?

Bruno Madinier : Ce n’est pas une énorme tournée alors que c’est un spectacle avec une très bonne presse. Je pense que le sujet a fait peur à plein de villes. Les directeurs de théâtre ont eu peur pour de mauvaises raisons. Tout en ayant aimé la pièce, ils se sont demandé ce qu’allaient penser les habitants de leur ville. Or, le spectacle n’est pas pesant et fait beaucoup rire.

Davy Sardou : C’est pour ça qu’il faut rendre hommage à André, le directeur du Centre Culturel d’Auderghem. Il prend des spectacles engagés qui font peur à beaucoup de villes. Dans n’importe quel parti politique, on ne sait pas quoi faire avec certaines thématiques importantes.

Bruno Madinier : C’est pour ça que le théâtre est important, c’est un endroit d’engagement avec des paroles d’auteurs importantes. Si on ne laisse partir en tournée que du vaudeville, on rabaisse le niveau général de l’offre théâtrale.

Davy Sardou : … qui est important aussi. On a beaucoup besoin de ça aussi en se divertissant grâce à des pièces légères mais il faut faire la part des choses : proposer du divertissement et de la réflexion… comme André à Auderghem.

Beaucoup de théâtres bruxellois ont opté pour une saison humoristique cette année après les attentats à Paris et Bruxelles.

Davy Sardou : Bien sûr et on comprend car on constate, nous aussi, à Paris que les spectacles comiques sont ceux qui fonctionnent le plus.

Bruno Madinier : Pas que ! Je suis allé voir Edmond au Palais Royal d’Alexis Michalik qui n’est pas une comédie pur jus et qui cartonne quand même.

Davy Sardou : Mais en tournée, on voit beaucoup de comédies pures…

Bruno Madinier : Elles ne sont pas dangereuses… J’ai un discours militant par rapport à la qualité qu’on offre. C’est important de conserver de la qualité dans le théâtre privé, il ne faut pas toujours aller vers la facilité. On peut rencontrer le succès avec un spectacle au niveau un peu plus épais.

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Et à propos de votre public, allez-vous parfois lire la presse du net qui compte de plus en plus ?

Davy Sardou : On fait très attention à cela car il y en a beaucoup et puis, c’est un excellent moyen de faire du bouche-à-oreille plus que les critiques. Les gens parlent de nous à une tablée ou vont déposer un petit mot gentil ou méchant sur internet s’ils n’ont pas aimé. Pour moi, ça s’apparente plus à une espèce de livre d’or qu’à une critique artistique. Mais il faut aussi se préserver de cela…

Bruno Madinier : On a eu des billets sur des blogs.

Davy Sardou : Et puis, eux ont l’espace et peuvent s’épancher. La place au théâtre dans la presse est assez restreinte. Les gens ne viennent pas vous dire qu’ils n’ont pas aimé après le spectacle mais on a les bons retours directement après une pièce donc, finalement, à quoi bon aller sur le net ? Et il y a un contact avec les comédiens que les gens apprécient… A Auderghem, j’ai vécu des rencontres formidables.

Pousser les comédiens à aller voir le public après une pièce, c’est tendance à l’heure des réseaux sociaux ?

Bruno Madinier : Chacun fait comme il veut et c’est pareil pour les réseaux sociaux. Le cinéma créé de l’appétence par la distance alors que la télé essaie de créer de la proximité tout le temps alors que ça ne sert à rien. Il faut aussi créer un peu de distance pour que les gens aient envie. Je suis très partagé là-dessus.

Davy Sardou : Tout va très vite. Ce qui marque le plus les gens sont les artistes qui font partie des meubles et qui ont donné beaucoup pour créer des souvenirs. Ils ont marqué les gens, ces derniers ont tellement de souvenirs par rapport à leur carrière et pas par rapport à leurs images personnelles sur le net. Et il y avait moins d’occasions de rencontrer les vedettes !

Bruno Madinier : C’est compliqué le rapport au public, on ne peut pas être accessible tout le temps. Comme tout le monde a désormais un smartphone, vous êtes en représentation permanente et c’est chiant. C’est une dictature. Je vous donne un exemple : j’ai croisé un mec l’autre jour et il était accompagné de sa famille. En parlant très fort, il leur a dit : « Vous avez vu, c’est l‘acteur de machin ! ». Je me retourne pour dire bonjour et, presque offusqué, il leur dit : « On voit qu’il n’aime pas nouer contact rapidement. »

Davy Sardou : On vient de donner une interview radio et on s’interrogeait sur le fait de se faire filmer pendant qu’on parle dans un micro-radio. A 8h du matin, on doit donc se faire maquiller pour se faire filmer afin de retransmettre cela à la télé ou sur le net.

Après toutes ces réflexions, que pouvez-vous nous dire sur vos projets ?

Davy Sardou : Après les ultimes représentations des Vœux du Cœur, je démarre mi-novembre les répétitions d’Hôtel des deux mondes, une pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt avec sept autres comédiens. Elle arrive en janvier 2017 au Théâtre Rive Gauche.

Bruno Madinier : J’ai aussi un projet théâtral mais non signé donc j’en parlerai plus tard. Rien à l’horizon concernant la télévision ou le cinéma mais ça pourrait arriver à tout moment.

La question qui vous a poursuivi, c’est « à quand Dolmen 2 » ?

Bruno Madinier : Ce fut une erreur de ne pas le faire. Les auteures ont sorti un nouveau bouquin et il y avait donc matière.

On disait que TF1 a demandé qu’on réécrive plusieurs fois et aurait jeté l’éponge au bout de la 4ème fois à peu près.

Bruno Madinier : Ah bon ? C’est bien dommage…

 

Interview > Luigi Lattuca 

 

 

LA TOURNÉE « Les Vœux du Cœur » encore à :

• à PLAISIR (région parisienne) le jeudi 10 novembre 2016

• à SALON DE PROVENCE (13 ) le Jeudi 1er décembre

• à DOUAI (59) le lundi 5 décembre

• à CANNES le samedi 10 décembre

• à BRUXELLES, au Centre Culturel d’Auderghem, les mardi 13, mercredi 14, jeudi 15, vendredi 16, samedi 17 et dimanche 18 décembre.

Véronique Genest : « Julie Lescaut manque plus au public qu’à moi… » [Interview]

De passage à Binche, Véronique Genest pétillait toujours autant. Interview exclusive entre la salade et la soupe.

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Portrait craché, pièce débutée en janvier à Paris, était de passage unique chez nous vendredi dernier. Explosions de rire nombreuses avec Véronique Genest (et Julien Cafaro de Camping Paradis) qui se régale et rêve de prolongations infinies. « Ca marche du tonnerre et à Binche, c’est complet depuis longtemps. », nous dit-elle après une séance de dédicaces de 20 minutes (ci-dessus) et avant de plonger dans le menu du restaurant où elle nous a demandé de la suivre. « C’est plutôt sympa de faire ça ici, non ? » Mais, hélas, elle perd son sourire quand elle évoque l’annulation d’une dizaine d’autres dates. « Un tourneur belge est venu nous voir à Paris et a trouvé que ça criait trop. Je suis dégoûtée de rester si peu longtemps chez vous. On ne va même pas à Bruxelles, c’est insensé ! Les Belges, qui réclament la pièce sur Facebook, sont le meilleur public, avec les Suisses. Deux publics tellement présents pendant qu’on joue. Je profite de cet entretien pour alerter les programmateurs de votre pays ! » Elle garde d’ailleurs la main mise sur la bouteille de bière posée sur la table pour la ramener à son mari diplômé de Philosophie à Uccle.

 

« Si je devais tomber amoureuse aujourd’hui ? Il aurait 80 ans. »

 

RENDEZ-VOUS AVEC FRANCE 3

Si on peut revoir Véronique Genest par chez nous, c’est surtout car Julie Lescaut a pris fin. Fini les tournages de dernière minute rajoutés par TF1. « Actuellement, je tourne quand je veux et je peux prévoir des tournées de pièces, j’adore ça. »

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Mais à quand de nouveaux rôles télé ? « Bientôt, bredouille-t-elle mystérieuse. J’écris beaucoup et j’ai envie de proposer une mini-série qu’un auteur m’a envoyée à France 3 avec qui j’ai eu des critiques sublimes sur La Bonne Dame de Nancy. J’espère aussi que le public me verra au cinéma. » Mais Véronique Genest serait-elle partante pour une nouvelle série à la Julie Lescaut ? « C’est le rôle qui dicte l’envie de tourner. Si j’en ai un joli qui m’amuse, je ne serais pas contre de tourner 3 ou 4 épisodes par an. Mais tous les rôles sont les rôles de mes rêves. » Et quand on apprend qu’elle trouve Matt Pokora très beau, on lui propose de se réinventer en cougar. « Je vais finir l’interview maintenant (éclat de rire) ! Oh non, je ne veux pas. Si je devais aujourd’hui choisir un mec, il aurait environ 80 ans car je n’ai jamais supporté d’être la plus vieille. »

« JULIE LESCAUT ? ON EN AVAIT FAIT LE TOUR. »

Celle qui restera l’éternelle Julie Lescaut pour le grand public ne semble, en tout cas, pas du tout nostalgique de son ancien rôle : « J’avais quasiment 30 balais quand je l’ai accepté. Après 101 épisodes en 22 ans, je pense qu’on en a fait le tour et je n’avais plus envie des mêmes choses. Les filles de Julie avaient grandi et changé et les scénarios n’étaient plus aussi inventifs. C’était mieux de s’arrêter en plein succès.» Mais elle cite toujours, avec des étoiles dans les yeux, ses audiences de l’époque (8 à 9 millions), celles que TF1 essaie sans doute de retrouver aujourd’hui malgré l’arrivée de la TNT. Elle ne mâche en tout cas pas ses mots sur les fictions d’aujourd’hui : « On se croirait dans Nous Deux parfois, non ? Il faut plus d’innovation, de beaux projets atypiques comme Breaking Bad. Les Américains n’ont pas ce problème. » A elle de lancer le Breaking Bad français alors !

 

© Luigi Lattuca pour La Dernière Heure

 

 

Myriam Leroy : « Je ne pense pas être quelqu’un de cynique ! » [Interview]

ok-kpt6109 Myriam Leroy arrive au Théâtre de la Toison d’Or. Pour soutenir des comédiens ? Oui, les siens. Ou plutôt ceux qui servent son texte, SA pièce. La première en l’occurrence : « Cherche l’amour » qui débute ce jeudi 27 octobre à 20h30. Le but ? Montrer que l’offre amoureuse made in 2016 devrait nous satisfaire – comme le rayon des chips chez Cora – mais qu’en fait, cela est plus difficile. Les études les plus sérieuses montrent, en effet, que l’ultra-choix a plutôt tendance à paralyser le consommateur. Et les analyses les plus fines peuvent aussi prouver que Myriam Leroy est faite de cynisme (regardez sa timeline Twitter !) alors qu’en fait… elle avoue que non ! Rencontre un lundi matin dans la grisaille bruxelloise.

 

Cette pièce pour le TTO est-elle une commande assez libre ou le thème fut-il imposé d’emblée ?

Nathalie Uffner, directrice du théâtre, m’a proposé d’écrire une pièce et elle avait envie d’un truc romantique, de parler d’amour et d’une aventure dans laquelle chacun puisse se projeter. On connaissait toutes les deux la série anglaise « Date » où des personnages sont filmées dans une conversation in-extenso sans montage et ça parle de rendez-vous amoureux. Ça nous a bien botté ! Ça m’a bien inspiré de pouvoir montrer des gens dans leurs conversations, montrer ce qu’ils cherchent et qu’ils veulent. Nathalie m’a conseillé de creuser là-dedans et je lui ai proposé une série de neuf scénettes où on voit des rendez-vous : des premiers, des derniers et organisés via des réseaux sociaux ou des applications comme Tinder ou AdopteUnMec.

Cette pièce a été nourrie par tout ce que vous avez pu entendre de la bouche de vos amis, à l’instar des scénaristes de feu « Sex and the City » ?

Tout à fait, j’ai absolument pillé les histoires de mes amis ! Je me suis nourrie des histoires qu’on me racontait car je n’ai, pour ma part, jamais fréquenté ces sites même si je les trouve fascinants. Et puis, j’ai assisté aux récits de leurs déconvenues amoureuses. Mon constat ? C’est extrêmement cruel. Les relations amoureuses sont, aujourd’hui, de plus en plus cruelles à cause de la démultiplication de l’offre et la peur de manquer quelque chose. Il y a une angoisse qui tenaille tout le monde à l’idée de louper plein d’autres histoires même si on est en couple. On  a l’impression qu’on peut choisir toutes les caractéristiques du catalogue mais ce dernier n’est qu’une auto-fiction, une mise en forme du réel pas réelle du tout justement. Cela explique les nombreuses déceptions. Mais ce n’est pas une pièce désenchantée. Elle va notamment montrer que sur base d’accidents, on peut se rencontrer !

On sait que vous aimez le cynisme et que vous l’êtes vous-même assez…

Moi, je ne trouve pas (rire) !

Non ? Pas un peu sarcastique ? Mais ce genre d’humour permet de dire des choses vraies. Vous trouvez l’époque très cynique ?

Oui, je trouve mais je n’ai vécu que mon époque donc que dire sur les autres ? Quoique… « Madame Bovary » est encore d’une actualité déconcertante. C’est le jeu social qui est cynique, en fait. Je crois que si je suis cynique, c’est juste en réponse à la cruauté du monde environnant. Je n’aime pas tellement les gens sans cesse cyniques au 1er degré, je ne trouve pas ça très intéressant. Ce qui est sûr, c’est que la pièce a des accents et des élans d’amertume mais j’essaie de faire en sorte que ça se termine bien car je suis, malgré tout, profondément romantique. J’ai envie que la pièce se termine bien mais ce n’est pas parce que les premières rencontres qu’on verra se terminent bien que tout se passera bien après. C’est comme dans les contes de fée finalement… La fin n’est que le début et la tragédie arrive ensuite (rire) !

Donc ce sera une pièce avec de l’introspection ?

Les personnages n’en feront pas mais leur introspection se dessine en creux dans ce qu’il montre. C’est une sorte de jeu de dupes, un bal masqué où les gens essaient de montrer qui ils sont mais pas trop, de prendre des risques mais pas trop… tout en étant très bavards. Il y a énormément de texte et les comédiens ont beaucoup à apprendre mais ils sont excellents. Je ne me fais absolument aucune frayeur à ce niveau-là.

Cela vous donne envie d’être comédienne ?

Je crois que je serai une piètre comédienne car incapable de jouer autre chose que moi-même. Je sais me jouer, jouer mes propres émotions mais pas quelqu’un d’autre. C’est vraiment un métier et les comédiens de la pièce me rappellent à chaque instant qu’on ne s’improvise pas dans le métier.

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Avez-vous participé au choix des comédiens ?

Oui, j’en ai discuté avec Nathalie. Elle me les a imposés entre guillemets car je ne les connaissais tout simplement pas ou juste une partie de leur travail. Nathalie est une formidable directrice d’acteurs et à la première lecture, j’ai été convaincue que c’était le bon choix pour tous. A titre personnel, je souhaitais avoir Myriam Akheddiou que je trouve très fine, très subtile et très sensible. Je suis ravie qu’elle soit là ! Je connaissais le travail de Pierre Poucet qui est hyper drôle, doux et très subtil sur plein de registre différents. Nous avons aussi Marc Weiss que j’avais découvert dans une série télé où il ne pouvait pas démontrer tout l’étendu de son talent et là, il est assez stupéfiant. Et puis Sandy Duret que je ne connaissais pas du tout. Nathalie Uffner a découverte cette nana complètement étonnante dans un café-théâtre. Et l’alchimie prend entre tous ces comédiens qui ont chacun 4 personnages à interpréter. C’est un sacré boulot de transformiste !

Ca fait vraiment référence au fait qu’on peut être une personne différente selon les applications utilisées.

Bien sûr. Et aussi selon la personne face à soi, ça détermine le ton de la relation.

C’était vraiment un sujet dont il fallait se saisir étant donné le nombre hallucinant d’inscrits sur les applications. Les personnes qui ont créé ça doivent dormir dans des draps en or.

Oui, c’est clair ! Et puis, ces applications ont le charme désuet de la petite annonce amoureuse ayant toujours existé. Finalement, ce n’est pas si nouveau que ça.

Mais les annonces ne contenaient pas de photo… Et on devait attendre alors que des applications fonctionnent aussi par repérage, géolocalisation.

Oui (rire). Qui peut consommer là à l’instant T sur le marché sentimental ? C’est très pragmatique.

Vous citiez une série britannique tout à l’heure. C’est une écriture qui vous plaît ?

Oui, je l’aime beaucoup et la trouve hyper moderne. En ce moment, je découvre les épisodes de « Fleabag », nouvellement diffusée sur la BBC. Mais c’est impossible à pitcher car c’est juste la vraie vie d’une vraie fille d’une trentaine d’années assez handicapée des sentiments à cause d’une famille qui l’est tout autant. Elle navigue de relation en relation et c’est extrêmement moderne. Ça peut avoir l’air trash sur papier alors qu’en fait, pas du tout. Pendant une scène, elle se masturbe devant un discours de Barack Obama. Sur papier, j’aurais soupiré mais à l’écran, ça sonne hyper juste. Donc je trouve qu’il y a de plus en plus de personnages féminins de séries qui sont très intéressants, épais et ressemblant aux filles qu’on rencontre tous les jours.

Des points de départ audacieux comme dans cette série que vous citez ou comme dans Jane The Virgin qui part tout sur la virginité et l’insémination artificielle, ne viendraient jamais de la France…

Non, c’est clair. J’estime les Français assez à la traîne dans le domaine des séries télé. Miraculeusement, la Belgique est en train de tirer son épingle du jeu en ce moment et ça fait du bien de voir à l’écran des personnages se parlant comme on se parle dans la vraie vie. Et c’est ce que j’ai essayé de faire dans la pièce : faire dialoguer mes héros de façon crédible et qui nous font penser à des gens qu’on connaît même si j’aurais pu tendre vers le kitch et le monstrueusement drôle, vers l’archétype, … Mais, en fait, la vie est toujours plus dingue que la fiction. C’était important pour moi qu’on puisse croire à ces personnages. Le rire n’est pas nécessairement une fin en soi même si j’espère qu’il sera présent et que les gens passeront un bon moment.

N’oublions pas que c’est souvent pour cela d’ailleurs que le TTO va vers certains auteurs !

Il y a, bien sûr, une ligne éditoriale au TTO, on peut essayer de la transcender mais il faut la respecter. J’ai essayé de respecter ses fondamentaux mais je voulais aussi donner de vraies émotions, les faire grincer des dents, et pas livrer quelque chose de monolithique. En outre, je voulais livrer des sous-propos que je ne souhaitais pas voir dénaturés et ça a été respecté. Le texte n’est pas du tout sacré et les comédiens en font ce qui veulent, le malaxer comme ils le sentent.

Et faire rire, c’est plus difficile que d’émouvoir ?

C’est clair. On pleure tous pour les mêmes choses… ou alors on a de sacrées névroses. On pleure tous sur le même tempo : une rupture amoureuse, la mort d’un proche, … Ciseler un truc comique m’impressionnait beaucoup car c’est plus subtil. On rit de choses différentes et quand Nathalie m’a demandé d’écrire quelque chose, je me suis longtemps dit que c‘était peut-être un peu trop difficile pour moi.

Il y avait une pression du style « Il y a meilleur que moi » pour une perfectionniste comme vous ?

Non, je n’ai pas essayé de me mettre une pression de ce type-là. Rien n’a été pompé sur quoi que ce soit et il y aura toujours certainement mieux ailleurs. Il faut s’affranchir de cela sinon on ne fait plus rien. On reste comme le chat impressionné par les phares d’une voiture.

D’ailleurs, avez-vous d’autres projets de théâtre ?

Non, non (rire). Je poursuis mes activités habituelles et j’ai quelques projets à venir mais pas suffisamment construits pour en parler. Après, la VRAIE pièce à écrire serait « Trois ans plus tard… » ou bien « Sept ans plus tard… ». Pourquoi pas ?

Et vous vous verriez écrire sur quels autres sujets ?

Je trouve que le monde du travail et de l’entreprise est une sortie de microsociété soumise à pas mal de violences, de pression et de cruauté donc ce serait intéressant de produire quelque chose dessus. Ecrire une série ou une pièce tragique ou shakespearienne, même si nous avons The Office, m’intéresserait.

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Interview réalisée par Luigi Lattuca,

Photos prises par Dorian Lohse.

Amanda Lear : laissez-la vous divertir…… puisqu’elle vous le demande [Interview]

 

Alors qu’on entre dans l’été, la septuagénaire vit de nouveau une actualité brûlante : un double-album (sorti un 13 mai), une nouvelle pièce de théâtre (qui s’arrête pendant l’été) et peut-être bientôt un concert. Entretien avec une Amanda qui fait les questions et les réponses.

Amanda-Lear

Amanda Lear, reine de la nuit ? Plus vraiment… plutôt reine des soirées. Après les pièces « Panique au Ministère » (qui avait notamment cartonné dans toute la Belgique et sur la RTBF), « Lady Oscar » et « Divina », elle présente au public parisien depuis février « La Candidate », la suite de « Panique » où elle se présente carrément à l’élection présidentielle française de 2017.

Au bout du fil, elle est très heureuse d’aussi parler de son nouvel album, « Let Me Entertain You » (« Laissez-moi vous divertir » pour les non-anglophiles), qu’elle espère porter jusqu’à la scène. Que de croix sur le calendrier ! « Moi, vous savez, vu mon espérance de vie, je ne fais pas trop de projets sur les dix ans à venir. » nous lance-t-elle nonchalamment. Mouais, on a du mal à la croire tant les propositions se bousculent au portillon. Amanda Lear joue donc sur scène à Paris, s’apprête à partir à Rome fin juin pour un film… et vient de sortir un double-album. Chaque interview avec cette croqueuse d’hommes, pardon, de projets  a donc de quoi durer une heure… « C’est très excitant de sortir un album un vendredi 13. Je suis très superstitieuse comme tous les artistes. Normalement, ça porte chance ! » Elle s’y est consacré durant presque toute l’année 2015 alors qu’on lui écrivait une nouvelle pièce. Une année en studio pour un disque pensé dès le départ comme une double compile. « Ca ne m’était jamais arrivé et il était temps de marquer le coup. A force de jouer des rôles comiques et d’enchaîner les pièces, les gens avaient oublié que j’étais chanteuse. J’ai souhaité leur rafraîchir la mémoire et revisiter toute ma carrière musicale. »

 

TOUT POUR LA FRANCE

amanda lear

La pochette du nouvel album de la diva

Un disque pensé pour la scène, le lieu où les gens viennent vous voir pour écouter le nouveau matériel mais également les étoiles d’une couronne et les blessures de guerre. Mais Amanda est plutôt pour un retour au positivisme. « J’ai écrit de nouvelles chansons en français car on me reproche souvent de ne chanter qu’en anglais. Les Français sont vraiment à part. Bref, dans ces nouveaux textes – dont « Couleurs » car je peins beaucoup -, je suis sur des notes optimistes car les temps sont assez noirs. J’ai pris exemple sur Charlie Chaplin ou Tony Bennett. » Et aussi étonnant que cela puisse paraître, cet album du plaisir fut pour l’artiste la première occasion de voir d’authentiques instruments de musique dans un studio ! Adieu les ordinateurs, les machines, les synthés, les boîtes à rythmes et bonjour les clarinettes. Elle l’avait déjà martelé sur la pochette d’un album précédent : « I don’t like disco ! ». De la nouvelle musique qui lui donne des envies de récital, de tournée, de partage avec son public. « Vous savez, c’est quand même mon 18ème album donc j’en ai des centaines, de chansons ! Mais ce n’est pas pour tout de suite. Une fois que vous cartonnez au théâtre à Paris, on vous prolonge sans cesse ! ». Un bémol pour la Lear qui adore le changement et avoue se lasser très vite. « La pièce « La Candidate » fait quasiment salle comble chaque soir malgré les attentats de Paris et de Bruxelles et je m’arrête en juin pour aller tourner dans un film pendant un mois à Rome. Je reprends ensuite à la rentrée jusqu’au début de l’hiver. Puis, stop hein. Je ne vais pas la faire toute ma vie non plus ! » Avant qu’on ne la traite d’ingrate, elle ajoute « Je me rends compte que j’ai beaucoup de chance. Des tonnes d’auteurs me contactent pour m’écrire des projets et je suis ouverte à tout. Ca m’excite de chercher de nouveaux moyens pour faire passer de nouvelles idées. » Nul doute qu’elle donc prépare déjà la suite…

 Interview > © Luigi Lattuca pour La Dernière Heure

 

A quand un retour sur une scène belge ?

 Me lasser vite, dit-elle souvent. On en aurait presque la larme à l’œil… Cela signifie donc qu’Amanda ne viendra pas présenter sa pièce en Belgique ? « Je ne me suis pas encore décidée, nous avoue-t-elle. Les tournées sont fatigantes surtout si elles surviennent après plus de 50 dates à Paris. Dans l’idéal, j’aurais adoré commencer par présenter « La Candidate » dans un autre pays que la France et ainsi venir à Bruxelles et Liège. J’adore le Forum de Liège chez vous ! Le souci, c’est que quand ça marche à Paris, vous êtes coincé. On veut absolument vous garder ! Vous élisez domicile dans le théâtre et vous n’avez plus de soirée pour aller au cinéma ! En plus, la pièce sera prochainement filmée et c’est certainement foutu après pour la Province. Qui paiera encore 40après avoir regardé la pièce sur une chaîne ? C’est dommage pour les Provinciaux car la culture est plus rare chez eux et donc chaque événement en est réellement un. Les gens vont limite chez le coiffeur pour venir vous applaudir ! »

En grande fana des moules-frites, Amanda aimerait sincèrement refouler les scènes belges. Elle a déjà son hôtel attitré près de la Grand Place  de Bruxelles et des tas d’amis aux quatre coins de notre capitale. Le côté blasé et très « soldat » des Parisiens l’ayant lassée, elle a élu domicile en Provence. « Paris est juste un lieu de travail. Tout se passe là mais j’ai besoin de soleil car ça me rappelle l’Italie. » On la quitte donc en lui annonçant que la Belgique a un peu des airs de Italie en ce moment avec un climat très agréable. Au cas où ça lui donne envie d’y revenir… L.L.

 

 

Jean-Pierre Castaldi s’enferme dans une boîte ! [Interview]

Entre 110 et 120 personnes chaque soir à Binche pour sa « Boîte à Images ». Jean-Pierre Castaldi est content ! Entretien très convivial avec un comédien accessible (et pas avare de confidences) en tournée dans toute la Belgique jusqu’au 19 juin. 

Rencontre avec Jean-Pierre Castaldi à Binche - 16.04.2016

Chaque soir, et rien qu’en Belgique, Jean-Pierre Castaldi monte sur scène pour présenter « La Boîte à Images », un spectacle itinérant sur son amour et sa passion du cinéma. En deux heures de séances, le public en prend plein les oreilles (et la vue) avec beaucoup d’anecdotes. Un concept renouant avec le café-théâtre donc normal que le public puisse dévorer du pop-corn pendant que Jean-Pierre ne s’économise pas. « La télé régionale du Centre » a vendu ça comme LE spectacle à voir. Je suis arrivé à Binche en terrain conquis avec des soirs quasiment sold-out. Idem à Rochefort, Verviers et Charleroi. »

On rencontre donc un Jean-Pierre Castaldi ravi et comblé ce samedi 16 avril dans la ville du carnaval.

 » J’ai rencontré Cédric Monnoye, brillant jeune producteur belge qui a notamment produit « Les Bijoux de la Castafiore » et le Festival du Film Policier de Liège. Il y a trois ans, le concept reposait sur du jazz à l’intérieur d’une boîte. Celle-ci revient avec moi dedans. Lors d’un festival à Waterloo, il m’a présenté cette idée de récit de l’histoire du cinéma où je serai aidé d’un écran. D’emblée, il m’a dit qu’il souhaitait faire ça sur quasiment un an, de septembre à juin. J’ai trouvé le concept génial et j’ai dit banco. Les conditions ont été bouclées et je suis arrivé en août 2015 à Bruxelles pour répéter. Depuis, je suis en Belgique pour un an – non pas pour raisons fiscales – avec un aller-retour le week-end à Paris toutes les deux semaines. Le bouche-à-oreille s’est surtout fait entre octobre et novembre derniers. »

AMOUREUX DE LA BELGIQUE ET DU THÉÂTRE

Jean-Pierre Castaldi dit adorer notre pays, où vit l’un de ses meilleurs amis, « géant de la communication » et où il a présenté le cortège folklorique de l’Ommegang. Il nous avoue même qu’il va être décoré comme Citoyen d’honneur de la Ville de Liège très bientôt. « J’y viens tellement souvent… Le nouveau gouverneur de la Ville aimerait me loger au palais. Je suis rentré dans le cœur de votre pays à travers cette expérience qu’est « La Boîte à Images ». J’ai pu rencontrer des échevins et des gouverneurs. On me fait visiter ce qu’il y a d’intéressant. Un vrai voyage initiatique où je rencontre de belles personnes.» Chez nous, il est donc en terrain conquis, de par sa popularité et ses amitiés cultivées. Le comédien avoue vivre une expérience jubilatoire : « Le public belge vient pour faire la fête et pas pour tirer la gueule. C’est un bon public rieur et connaisseur, on ne doit pas vous vendre n’importe quoi. Les Français aiment la fête, c’est juste un peu plus prout-prout à Paris.» Et c’est d’abord la province qui aura les honneurs de sa prochaine comédie. Il retournera prochainement à Paris pour les répétitions d’une nouvelle pièce, « Aux frais de la princesse », dont 45 dates sont déjà programmées dans toute la France. Un directeur de théâtre achètera peut-être ce Feydau pour la capitale ensuite. « Une mécanique implacable avec les portes qui claquent donc ce sera drôle, drôle, drôle. Normalement, je devrais d’ailleurs revenir à Binche pour la jouer. Et aussi au Luxembourg car je suis très populaire là-bas. »

L’ESPOIR DU RETOUR AU CINÉMA

Mais maintenant ou à son retour chez nous, pas question pour lui de se jeter sur nos bonnes gaufres. Délesté de 25 kilos, Jean-Pierre Castaldi avoue faire très attention… et notamment pour son retour au cinéma. Sous la lumière un peu crue de cette belle boîte, on lui reconnaît d’ailleurs un petit air de Robert De Niro. « C’est une troisième carrière sur grand écran qui s’annonce maintenant pour moi, ce que j’appelle les rôles de vieux. J’ai disparu depuis dix ans et j’espère un come-back sur des rôles intéressants. Les anciens nous quittent et d’autres doivent prendre leur place. Je suis dans la tête de deux, trois jeunes producteurs mais le cinéma reste une occasion et une rencontre. Les choses ne sont pas si évidentes. Beaucoup de choses se font en amont.»

Et la télé ? « Ça ne m’intéresse pas. Deux ou trois séries sont bonnes mais on ne me propose pas des rôles consistants. En plus, je fais beaucoup de théâtre et je suis très pris lorsque je pars en tournée. J’ai suffisamment de rediffusions pour exister donc je m’en fous. » L’image avec cheveux blancs restera car l’acteur est bien décidé à l’imposer. Plus question de paraître 50 ans pour postuler chez les producteurs d’Astérix et Obélix. Il avoue cependant aimer « Danse avec les Stars » malgré la cadence imposée. « A 72 ans, ce n’est plus possible mais j’aurais aimé y participer, moi qui suis un ancien grand danseur de rock. Le niveau est devenu trop élevé. » Trop vieux, certes, mais pas au point de se faire appeler Papy : « Dans la famille, on m’appelle Casta, moi, monsieur ! »

© Luigi Lattuca

Boîte à...

« La Boîte à Images », c’est donc jusqu’au 19 juin en Belgique et rien que chez nous. « On n’aurait pas pu faire ça en France. Trop d’autorisations à demander, trop de papiers à remplir », se désole Jean-Pierre Castaldi.

Sébastien Ministru : on l’aime à l’italienne ! (interview)

Ciao Ciao Bambino

« Mille violons chantent leur mélodie / Un arc-en-ciel dans le ciel se déplie » fredonnait Dalida dans « Ciao Ciao Bambina ». Ces vers évoquent vraiment l’événement « Ciao Ciao Bambino » de Sébastien Ministru. Car c’est un événement, oui. Au Théâtre de la Toison d’Or à Ixelles, Nathalie Uffner est fière de son nouveau succès, complet jusqu’au 1er juin prochain. La culture gay a une nouvelle référence. Pas de panique, Sébastien Ministru confie que de nouvelles représentations sont prévues pour la saison 2014-2015. Et plein d’autres choses encore autour d’un café…

C’est assis à côté du tableau aux couleurs vert, blanc, rouge que Sébastien Ministru s’installe pour l’interview. C’est son oncle Antonio qui a l’honneur d’être sur l’affiche de « Ciao Ciao Bambino », une pièce toute personnelle qui parle de sa grande famille italo-belge. Les personnages n’existent pas dans la réalité, le trait est forcé pour que le spectateur reparte avec un mal de ventre de la salle. Cependant, c’est l’expression de la propre vie de Ministru. Bref, un miroir déformant.

Lors d’une veillée funèbre, Ciccio Bello, le défunt (incarné par Antoine Guillaume, comédien-fétiche de Sébastien Ministru) se souvient de ce que sa famille lui a fait vivre… il nous les présente à sa manière. Ceux-ci ignorent que, depuis l’au-delà, Ciccio s’amuse à les critiquer. Toujours en ironie et en tendresse. Car, oui, ils sont venus, ils sont tous là : Charles, le jules de Ciccio, mais aussi la famille proche : Carmelo, Nancy, Eric et Silvana. Bref, comme le dit le communiqué de presse « une réunion de famille italo-belge où on ne sait plus très bien ce qui est italo et ce qui est belge. »

Sébastien Ministru, rédacteur en chef adjoint pour le magazine télé « Moustique » et animateur sur Pure FM, n’en est pas à son premier coup d’essai arc-en-ciel. Il a obtenu une nouvelle reconduction de « Cendrillon, ce macho » au Centre Culturel d’Uccle du 15 au 25 janvier 2014. « Ciao Ciao Bambino a commencé en avril une semaine avant que la loi ne soit votée, raconte Sébastien. Mais il y avait plus de rapport avec le mariage gay dans Cendrillon, ce macho qui parlait vraiment du mariage. Je reprenais le schéma du conte de fée qui se termine par un mariage et des enfants, bref du bonheur. Dans les dernières représentations fin 2012, les comédiens ont rajouté une allusion au débat qui venait de débuter en France. »

Et vu le nouveau carton du conte de fée à la sauce gay en décembre 2012, Sébastien Ministru est bien parti pour jouer cette pièce à vie… « Oh oui, c’est un petit peu mon « Born To Be Alive » à moi ! se réjouit-il. Pour les comédiens, c’est absolument génial de travailler sur un spectacle qui démarre sold-out quasiment et auquel le public fait la fête à chaque réplique, chaque acte. Pareil pour Ciao Ciao Bambino, on était très surpris du succès dès le début. » Une parole difficile à croire tant le public a répondu présent plusieurs semaines avant les premières représentations. Le spectacle est désormais prolongé mais affiche complet jusqu’au 1er juin. De quoi faire déstresser le sympathique journaliste. « La saison prochaine est déjà entièrement calée. On parle de replacer Ciao Ciao Bambino mais pas avant septembre 2014. C’est un carton, il a même fallu ajouter des dates. Mais j’avais peur que les gens ne comprennent pas, n’aiment pas et ne viennent plus. On a toujours peur la veille d’un spectacle. Chaque nouvelle pièce est un retour à la case départ. Plus j’ai du succès, plus j’ai de la pression sur mes épaules. »

Justement, cette nouvelle prouesse, parlons-en. Elle fait écho à tous les débats sur le cosmopolitisme qui anime nos chers politiques. Une bonne source d’inspiration ? « Non, je n’ai pas du tout pensé à l’actualité sur l’identité culturelle et aux débats relatifs à l’immigration pour Ciao Ciao Bambino. Quand le TTO m’a commandé une nouvelle pièce, j’ai eu envie d’écrire sur mes origines et les quelques trucs de mon adolescence que j’avais en moi. Au départ, la pièce est du divertissement. Si celui-ci prend d’autres reliefs et fait écho chez le spectateur et les médias, pourquoi pas. Mais la base, c’est vraiment le divertissement. »  Ce nouveau spectacle fait d’un jeune homme gay son héros mais parle avant tout de mort. Deux thèmes qui ont traversé la carrière de Dalida. Celle à qui on pense en entendant le titre. « Ce n’est pas du tout un hommage, infirme Ministru. Je voulais simplement avoir un titre italien qui fasse référence au départ, au deuil. Quelqu’un meurt et on raconte son enfance… Ce titre se prête bien à la situation. Dalida a repris Ciao Ciao Bambina et je souhaitais faire entendre quelques notes de cette chanson. Je trouvais dommage que les gens l’attendent et qu’elle ne vienne jamais à un moment du spectacle. » Et la chanson « Bambino » de la même interprète passait sur toutes les radios au milieu des années 50. Un bon moyen pour les immigrés massifs de se raccrocher à une parcelle d’Italie, un parfum de méditerranée. Dalida_ciao

« Quelques unes de mes tantes ont vu des extraits du spectacle à la télé et elles m’ont dit que ce n’était pas du tout notre famille. Je confirme, ce n’est pas du tout l’histoire de ma famille. Ce qui est vrai, ce sont les situations et les souvenirs racontés. Effectivement, ma grand-mère ne sortait pas de la maison sans ses kilos d’or sur elle, Je suis sicilien et sarde. Les Sardes ont une réputation de gens farouches, rugueux et plus réservés que les Siciliens plus bling-bling.  Mon grand-père a toujours dit que s’il quittait la Sicile, c’était pour New-York ou pour Flénu (près de Mons) et il a choisi Flénu, la scène chez le coiffeur est vraie aussi, … Les situations sont vraies mais les personnages sont inventés. Mais, oui, ma famille était inquiète de ce que j’allais raconter (rire). »

Une des scènes de la pièce raconte les sous-entendus d’un des professeurs de Sébastien. On devine que la famille a éprouvé des difficultés à s’intégrer. « Il m’est parfois arrivé, tout petit, de ressentir un sentiment de racisme larvé. Le plus dur a sans doute été pour mes parents et grands-parents. Ça n’a pas été évident pour eux. Ils arrivaient de Sicile, un pays pauvre mais baigné de soleil. Quand on quitte ce décor pour arriver dans le Borinage au milieu des années 50, c’est difficile. Ma grand-mère pleurait parfois. »

La famille débarque donc en Belgique pour se fabriquer d’autres souvenirs. Les hommes partaient « tâter le terrain » seuls et emménageaient dans un vrai camp. « On n’appelait pas ça des maisons mais des baraquements, explique Sébastien. D’abord, les hommes immigraient seuls et habitaient dans des cantines, c’est-à-dire des dortoirs pour hommes. Les femmes et les enfants arrivaient par la suite et habitaient dans des baraquements avant d’emménager dans des maisons de mineurs, les corons. Je suis né dans l’une d’entre elles. C’était particulièrement inconfortable. La partie sanitaire était dehors. Ensuite, j’ai vécu la cité. Ça, c’était très moderne et assez coquet. Ce n’était pas le grand luxe mais c’était déjà plus confortable. Il y avait beaucoup d’Italiens et un peu de Polonais. En tout cas, s’il y a un processus d’intégration qui a réussi en Belgique, c’est celui des Italiens ! Le terreau était assez identique malgré les grandes différences entre Belges et Italiens. La preuve : notre Premier ministre est italien. »

Alors que l’adolescence touche à sa fin, chacun des quatre enfants de la famille doit choisir sa voie. Sébastien se lance alors dans la gestion des ressources bibliothécaires. « J’ai voulu devenir journaliste depuis tout petit mais j’ai un diplôme de documentaliste, avoue-t-il. Ça m’a ennuyé mais quand j’entame quelque chose, je vais jusqu’au bout. J’ai dit à mon père que j’allais continuer même si je n’ai pas aimé l’environnement de ce secteur fin des années 70. Après, j’ai entamé une licence de Journalisme à l’UCL. Grâce à mon diplôme de bibliothécaire/documentaliste, j’ai pu sauter les deux premières années. Je me suis fait rapidement repéré par « Télé Moustique ». Mon premier job journalistique et mon dernier. C’était il y a 28 ans… J’avais commencé par la création des grilles de programmes télé. J’aime la presse écrite et la radio sans choisir. A l’écrit, on peut plus travailler son texte. J’aime l’écriture. En pleine crise, la qualité d’écriture est d’autant plus importante. A l’écrit, on peut plus montrer ce qu’on sait faire avec des mots et un univers. A la radio, c’est plus direct et plus éphémère. Quand j’y repense, c’était une époque économique moins violente pour la presse. L’ambiance était plus bon enfant et beaucoup plus tournée vers l’artisanat. Un peu le paradis sur terre. »

En tant que rédacteur en chef adjoint de « Moustique », l’auteur de Ciao Ciao Bambino n’ignore rien des difficultés que rencontre la profession de journaliste. L’obsession du buzz, les modes qui s’épuisent vite, les valeurs sûres que deviennent l’émotion et les people, le politiquement correct. Cela pousserait-t-il les publications à être moins audacieuses ?  « Au contraire, il faut essayer de l’être de plus en plus. La mutation d’Internet et la crise économique ont une influence sur les rentrées publicitaires. Nous sommes dans un cul-de-sac qui provoque un peu de panique. On cherche des solutions… Avant quand on lançait une nouvelle formule, on était tranquille 5/6 ans. »

Et quel conseil donnerait-il alors à de jeunes journalistes ? Sincèrement, il hésite… « C’est difficile pour les jeunes journalistes des années 2010. On leur demande d’être multi-médias. Il faut savoir écrire, jongler avec les réseaux sociaux et d’avoir une culture numérique que nous autres, anciens, n’avions pas. On avait notre spécialité et on ne mélangeait pas. Il ne faut pas se voiler la face, les places ne sont pas distribuées à la sortie de l’université. L’économie de la presse influence aussi le mode de vie des jeunes journalistes. Ils galèrent beaucoup plus pour gagner un peu d’argent. »

Et souhaitons-lui d’en gagner encore prochainement avec son prochain spectacle : « Les Pétasses » qui démarrera le 2 octobre au Théâtre de la Toison d’Or. «On va le rôder pendant une semaine début juin, explique Ministru. La saison prochaine, on le jouera 6 semaines. C’est encore une comédie mais on y parlera plus de mort. Pour une fois, il n’y aura pas la thématique de l’homosexualité. C’est un miracle chez moi. Et il y aura aussi Irène De Langelée. Un beau spectacle où cette dame raconte sa vie de folle, puis s’arrête et chante ses chansons préférées. C’est à pisser de rire ! »

D’autres spectacles que la vie de prince et de souillon avec laquelle il a cartonné du côté du public et des critiques. Si on se la joue Hollywood deux minutes, on pouvait penser que cela aurait donné naissance à un second volet. Sébastien Ministru avoue enfin ! « Ça m’amuse de fantasmer donc j’ai eu l’idée d’un Cendrillon 2 avec les deux héros mariés mais ça n’a pas été plus loin que la blague autour de la table. » Dans une poignée d’années peut-être étant donné qu’il souhaite travailler le plus tard possible et être le nouveau Jean d’Ormesson !

Cette comédie qu’on appelle la vie…

Crise économique, crise de l’emploi, crise de sens, … On entend plus que ça. Cela rendrait-il nos mères dépressives ? Le Théâtre de la Toison d’Or l’affirme. A l’affiche, on retrouve Thibaut Nève, vraie pile électrique de « Boeing Boeing », le premier succès de la rentrée dernière au TTO. L’auteur et comédien nous raconte lui aussi ses coups de mou dans le métier bohème qu’il s’est choisi.

© Luigi Lattuca

 

Thibaut Nève est un Bruxellois pur souche. C’est à Etterbeek qu’il pousse son premier cri sous le signe du Gémeaux. Verve étincelante, curieux, dynamique, … L’astrologie a gâté les Gémeaux. Et on retrouve tout ça chez Thibaut. Dans l’enjeu vital « orienter ma vie », le comédien de 33 ans a choisi son thème théâtral de prédilection. «Les gens qui travaillent le plus souvent avec moi (dont Jessica Gazon qui met « Toutes nos mères sont dépressives » en scène), travaillent sur des thématiques qui peuvent toucher en plein cœur les publics adolescents, se réjouit-il. On sent que notre théâtre a des échos sur des réflexions comme ‘Qu’est-ce que mes parents m’ont laissé comme héritage personnel ?’ Ça nous tient à cœur de sentir que notre théâtre n’est pas QUE du divertissement. Surtout pas. Ça doit mettre le spectateur dans un état de réflexion, en situation d’inconfort, quelque chose qui rappe, qu’on oublie pas… et il repartira avec un élément dans sa poche. Autour de notre création, on se donne des objectifs sociaux, humains et vitaux ! »

Une réflexion loin d’être étonnante pour cet ancien étudiant de l’ULB. C’est l’option Langues et littératures romanes qu’il choisit d’embrasser plutôt que l’Astrophysique pour titiller les grands desseins que son père voyait déjà pour lui. Sur les bancs du Solbosch, il se passionne totalement pour la linguistique.

Ecoutons-le parler de ses souvenirs ULBiens :

« A l’université, j’ai appris que la pensée n’a rien à voir avec les hommes car j’avais des professeurs qui, d’un point de vue humain, étaient totalement détestables mais qui étaient de si grands penseurs en résistance scientifique qu’on avait envie de leur pardonner toutes leurs erreurs humaines. C’est aussi une dimension théâtrale à présent pour moi ; ce choc avec la pensée humaine et la brillance, ça m’est resté. » L’université a posé des jalons chez Thibaut Nève. Pour lui, les comédiens se mettent en danger comme les scientifiques… surtout concernant l’aspect financier : « Au théâtre, on se met en recherche, on se met en résistance, on ose aller à contre courant aussi parfois. Le monde scientifique demande des bourses, s’en voit parfois refuser, doit retomber sur ses pattes pour continuer les recherches qu’il doit mener. C’est un peu la même logique. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment aimé l’obstination. »

Le mot « obstination » prend tout son sens quand on connaît les récentes décisions de la ministre de la Culture, Fadila Laanan, d’abaisser de 45% les subsides d’aides aux projets théâtraux belges. Plusieurs comédiens ont décidé de faire front commun dont les membre de la Ligue d’Improvisation Wallonie-Bruxelles dont Thibaut Nève fait partie. Il n’y a plus d’argent, de convention ou de contrat-programme en Communauté Française. Sans cela, les créateurs ne peuvent plus engendrer de projets.

Après un mouvement de grève avec ses familles théâtrales, Thibaut Nève continue de pousser les instances à prendre leurs responsabilités et à connaître la réalité du terrain des créateurs dont il fait partie. Coup de gueule :

Le théâtre est un des métiers les plus instables. Les comédiens ne jouent jamais douze mois par an. Et contre des décisions assez radicales comme celle de Fadila Laanan, il faut pouvoir aller de l’avant et trouver d’autres sources de revenues pour continuer à créer. La publicité reste un moyen de garder la tête hors de l’eau. Thibaut Nève s’est notamment illustré dans des publicités pour Jupiler, le fromage Cantal, la banque CPH… et il n’en a pas du tout honte ! « Ce n’est pas qu’un job alimentaire, c’est aussi l’occasion de rencontrer de bons réalisateurs. Ma dernière publicité s’est déroulée avec Alain Berliner derrière la caméra. C’est toujours une chouette surprise quand un réalisateur veut vous découvrir en tant qu’acteur. Je n’ai aucune honte ou culpabilité à faire de la publicité. Les comédiens sont bien rémunérés même si ce n’est pas le travail artistique le plus emballant qui soit. » Sur ce point, il compare encore une fois science et arts de la scène : « On est comme un médecin qui travaillerait dans le social et qui est, en même temps, dans un hôpital sur le côté. Je peux aussi citer l’exemple de ma femme qui est avocate en Droit des étrangers. C’est une matière très peu rémunérée donc, de temps en temps, elle se fait un ou deux contrats en Droit de la famille ou en Droit des affaires. Beaucoup de professions ont des plans alimentaires. »

Sans « planque alimentaire » comme il dit, les comédiens pourraient moins (voire plus du tout) créer. Thibaut Nève souffle donc le chaud et le froid : l’enrichissement quotidien mais aussi le désespoir et les désillusions. Aurait-il souvent eu l’envie d’abandonner ?

Mais il ne faut jamais oublier ses désirs … « Jamais ! Il ne faut jamais oublier la chose pour laquelle on est le plus juste envers soi-même. En ce qui me concerne, c’est le théâtre singulier et fort. » Et dans ses projets, il balade une saga sur Françoise Dolto qui se concentrera sur deux axes de sa vie : son rapport à l’enfance et des conférences données à Montréal en 83. Quatre comédiennes incarneront la médecin-psychiatre à différents moments de sa vie. Une fois l’écriture achevée, il faudra trouver une scène à Bruxelles. « Au théâtre, les calendriers s’échelonnent à presque deux ans. On va inviter différents théâtres à venir voir un travail d’atelier qu’on va mener pendant dix jours pour convaincre une salle de théâtre de nous accueillir. »

Mais Thibaut est un résistant, un vrai héros de guerre comme le confie Jessica Gazon qui le met en scène dans « Toutes nos mères sont dépressives » : « Thibaut est une vraie machine. Il est toujours en action ou au téléphone ou bien entre deux rendez-vous programmés. Je peux lui dire le maximum de choses et je sais qu’elles seront entendues. C’est quelqu’un d’adorable. Tout en étant différent, on se repose l’un sur l’autre quand on a des coups de mou, des petits coups de déprime. On manque de fonds donc souvent ce n’est pas facile. »

© Luigi Lattuca

 

Amis depuis presque six ans, Thibaut et Jessica ont affronté des tempêtes et prennent tout avec philosophie. Pour eux, le plus important est de transmettre des questions pleines d’émotion. C’est leur sensibilité qui a permis à leurs routes de se croiser. Pour s’en rendre compte, rendez-vous dès mercredi au TTO d’Ixelles (Porte de Namur) pour « Toutes nos mères sont dépressives ».

Daniel Hanssens: un comédien qui a du chien !

photo Daniel

Le refrain est connu : la société subit une crise économique sans précédent. Et à l’intérieur de celle-ci, il y a une vraie crise de sens. Daniel Hanssens, éminent comédien et producteur de théâtre belge, les ressent. Mais le manque de pécule n’altère en rien sa créativité. Rencontre avec cette pointure du théâtre belge qui lancera bientôt un nouveau spectacle.

Campé rue Bara, à « The Egg », un complexe qui s’appuie sur quatre salles pour créer des événements (les ‘Brussels Fashion Days’, c’était eux), Daniel Hanssens interrompt ce lundi 4 février,  une énième répétition de « Toutou », sa nouvelle pièce, qui s’installera à Uccle et Auderghem à la fin du mois. Il est entouré des deux têtes d’affiche de cette comédie « qui a du chien » : Pierre Pigeolet et Laurence D’Amelio, deux amis de longue date qui le suivent avec plaisir depuis vingt ans … « Daniel peut se targuer d’avoir eu avec lui des pointures du théâtre belge, des affiches d’enfer ! » énonce d’emblée Pierre Pigeolet, avec qui Hanssens a passé l’épreuve du Conservatoire royal de Bruxelles.

« En tant que producteur, je suis de plus en plus souvent accompagné par des gens avec qui l’amitié a joué en début de tractations, explique ce dernier. Avec moi, il faut que ces personnes acceptent de jouer différemment. » Le comédien et producteur nous avoue faire référence à des soucis d’ordre financier. Sa propre compagnie Argan42, créée en 2004, est devenue en 2010 « La Comédie de Bruxelles ». C’est elle qui est désormais établie à « The Egg », qui appartient à la Société de Développement pour la Région de Bruxelles-Capitale.

Argent content ?

Comme il le confiait à « La Dernière Heure » le 12 mai 2011, Daniel Hanssens continuera, en  bon nomade, les tournées mais il avait besoin d’installer ses spectacles dans des lieux fixes : « Il me fallait un lieu; bouger entre des espaces éparpillés, c’était très fatigant… »

Une saison mirobolante s’annonçait mais cette petite folie s’est révélée être une affaire très risquée. Avec quatre autres actionnaires privés, Daniel Hanssens a réalisé des emprunts énormes pour racheter la partie « événement » de la salle de spectacles « The Egg ». Sa société « La Comédie de Bruxelles » est partenaire du lieu. Depuis deux ans, le comédien pense à tout abandonner dès que l’aurore le réveille … « J’ai des problèmes d’argent depuis deux ans, nous confie-t-il sans s’apitoyer. Il y a un manque à gagner énorme à cause d’un spectacle qui est celui qui a le moins bien marché en huit ans. »

Et qui dit indépendance, dit responsabilité totale dans les frais alloués … « D’autres producteurs ont des subventions mais, de mon côté, je suis totalement indépendant donc quand un spectacle marche moins bien, je dois me débrouiller autrement pour payer mes arriérés. De plus, quand je me suis associé à « The Egg », qui m’a coûté très cher, j’ai eu des problèmes de permis qui nous sont arrivés en pleine face. Je ne me rémunère plus de rien. Je remplis mon frigo grâce à ma sœur. Mais je suis un combattant …» Un combattant, c’est comme ça que le décrivent les deux héros de « Toutou », son nouveau spectacle. Une pièce qu’Hanssens a découvert à Paris. « Je peux loger gratuitement à Paris et Londres grâce à des amis, ce qui me permet de repérer les pièces qui marchent, les idées de certains confrères français ou britanniques. Pour « Toutou », j’ai fait appel à Pierre (Pigeolet, ndlr) et Laurence (D’Amelio, ndlr). La distribution, c’est 50% de la réussite d’un spectacle.»

Et quand ces deux comédiens prennent la parole, on ressent tout de suite l’admiration totale qu’ils ont pour leur producteur et metteur en scène. « Daniel est un comédien qui a voulu réaliser ses rêves sur fonds propres et sur fonds privés, raconte Pierre Pigeolet. Il a une carrière monumentale derrière lui et on le suit grâce à ça. Parce que sa démarche est honnête et qu’il se ‘démerde’ pour que chaque comédien ait son écho. »

Conséquences de la crise

Le trio d’amis investit toutes ses forces dans le théâtre, véritable joyau de la culture. Mais il faut faire avec les nouvelles habitudes du public … La crise économique, qui touche tous les secteurs, pousse celui-ci à « mieux » mûrir ses choix et à privilégier ce qu’il connaît plutôt que ce qu’il lui reste à découvrir. « Avec la crise, le public réserve de plus en plus tard, explique Daniel Hanssens. C’est devenu très rare désormais de voir les gens se précipiter à l’ouverture de la billetterie. Le public reste un moteur. S’il ne vient pas, je ferme. Les gens sont de plus en plus avertis. Ils voyagent peut-être plus et c’est très bien quelque part … Ils veulent être sûrs que ce qu’ils vont voir va leur plaire. Ils ne réservent plus des semaines à l’avance. Quand va-t-on s’en sortir ? Je n’en sais strictement rien. En tout cas, depuis quelques temps, j’écoute la Bourse, les analyses d’économistes et je fais le lien entre les réservations dans les agences de voyage et l’envie du public de revenir au théâtre. S’il voyage plus, il ne lui reste plus beaucoup de sous pour la culture … » Laurence d’Amélio intervient : « En période de crise, il reste, pour se divertir, la télévision en matière de restriction économique. Pour le théâtre, les gens doivent se déplacer et payer. De plus, c’est un lieu de la culture fait pour ceux qui adorent sortir de chez eux, pas pour ceux qui se prélassent sur leur canapé. »

Le débat est lancé … Pierre Pigeolet se permet d’apostropher Daniel Hanssens pour apporter une précision : « Ton public est de plus en plus grandissant … » Le producteur approuve et avoue que son public fait sans doute confiance à son œuvre passée pour se déplacer. « Le public me donne des sueurs froides à réserver à la dernière minute mais je dois dire que je reçois plus de spectateurs que des théâtres qui reçoivent des subsides d’un million d’euros. »

Sponsor file entre les doigts

C’est le bon moment pour parler budget et sponsoring. Comme on peut s’en douter, la décision de la ministre de la Culture, Fadila Laanan, de couper dans le budget alloué au monde théâtral ne les réjouit pas« En Allemagne, on a augmenté les budgets de la culture en temps de crise, compare Laurence D’Amelio. Là-bas, les comédiens sentent qu’ils sont d’utilité publique. En Belgique, on devient des résistants mais surtout solidaires à cause de cet argent qui est enlevé … Mais quand nous avons, entre comédiens, une réelle amitié, il ne faut pas que l’argent entre en ligne de compte. On peut ainsi traverser la crise sans trop de douleurs. »

Comme le souligne Pierre Pigeolet, le théâtre ne rapporte rien aux chaînes de télé qui souhaiteraient le sponsoriser. Daniel Hanssens donne un bel exemple d’illustration : « Je suis sponsorisé par Nostalgie et j’espérais qu’une de mes pièces soit captée pour une diffusion sur La Deux et La Trois, les seules chaînes belges qui doivent logiquement être intéressées par la culture belge. On m’a répondu très gentiment que ce n’était pas possible … à cause du partenariat avec Nostalgie. » Un fossé se creuse donc, les enjeux ne sont pas les mêmes. Si nos chaînes peuvent parler d’échec avec une audience de 100.000 personnes pour un programme de soirée, les producteurs comme Daniel Hanssens rêvent d’un tel chiffre pour vivre de manière aisée une saison entière.

Money, money, money

Le métier de comédien n’est donc pas chose aisée. On parle de lui comme un métier de saltimbanque, bohème, nomade. Pour preuve : un salaire mensuel qui varie. « C’est aussi la question fétiche de mon banquier, nous confie en riant Daniel Hanssens. Il y a 25 ans, je souhaitais avoir un chéquier. J’exerçais plusieurs activités donc j’avais cinq sources de revenus sur le mois. Il m’a rétorqué : « Monsieur, vous n’êtes pas ‘casable’ ! » Je m’en souviendrai toujours ! Je devais obtenir mensuellement 3000 francs belges (qui valent aujourd’hui un peu plus de 74 euros, ndlr) pendant plusieurs mois d’affilée. Si ça restait constant, je pouvais obtenir un chéquier. »

Être comédien de théâtre, c’est donc être payé au cachet ce qui inclut d’accepter l’incertitude, les inégalités et la précarité. Même le plus actif des acteurs ne joue pas douze mois par an … « Nous gagnons 100 à 150 euros brut par représentation, avoue Pierre Pigeolet. Ce prix peut aller jusqu’à 700, voire 800 euros brut mais c’est très rare. » Durant les mois de vache maigre, les comédiens se tournent vers le chômage. « A titre d’exemple, je perçois 1100 euros les mois où j’y suis et j’ai un enfant à charge. », révèle Laurence D’Amelio. 

Le mot de la fin revient à Evelyne Cols, secrétaire de direction de « La Comédie de Bruxelles » : « Pour moi, Daniel Hanssens trouve toujours une solution à tout, qu’importe la nouvelle qu’on lui annonce. S’il y a erreur, il ne s’attarde pas sur qui est le fautif. Ça pousse tous les gens investis dans son projet à aller de l’avant. Heureusement, il peut compter sur le soutien de ses amis de longue date.»

Finalement, aller au théâtre, c’est aussi fréquenter des acteurs qui, comme bon nombre d’Européens, sont confrontés à la crise. Solidarité, toujours …