Julie Zenatti : « Le mélange des cultures est une richesse » [Interview]

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A 35 ans, Julie Zenatti chante toujours et termine actuellement une longue tournée entamée en 2014. Avant de dévoiler son nouveau projet, Méditerranéennes, elle se confie par téléphone.

Vous donnez encore quelques concerts dans les prochains jours. Qu’est-ce qui différencie cette tournée de la précédente ?

Les chansons sont d’abord nées sur scène avant d’être dévoilées sur un disque. Ça change énormément le rapport au public et l’énergie scénique. Face à un CD qu’on ne connaît pas, on est dans une émotion différente et l’artiste a envie d’émouvoir, d’être au plus juste d’une émotion afin de créer une histoire et de la faire partager. Cela fait maintenant deux ans que je suis en tournée et je me rends compte maintenant que les gens se sont appropriés les chansons car, depuis, l’album et ses singles principaux sont sortis et ont eu le temps de se faire connaître. J’ai pu vivre la gestation des chansons et ensuite la réception à travers cette tournée. Les gens ont été fidèles et au rendez-vous.

Avec une grosse major derrière soi, cela aurait-il été plus contraignant ? Les grands artistes populaires n’ont presque pas ce luxe… ou alors ils font une exception pour les festivals.

Oui, il y a plusieurs emplois pour les chanteurs. Les indés se font plus découvrir à travers les festivals à thématiques et leur public est très, très curieux. Et puis, on a les artistes qui passent plus à la télé et pour qui la scène est la cerise sur le gâteau, et non le gâteau. Elle vient après, c’est la récompense après de bonnes ventes et des singles bien identifiés. Avec mon dernier album, mon équipe et moi avons réussi à créer une vraie curiosité. Le pari était de faire venir le public dans les salles pour découvrir un disque pas encore sorti. Et puis, aujourd’hui, les réseaux sociaux permettent de faire découvrir les choses en avant-première, en amont. Du coup, on suscite une curiosité qui pousse les gens à se déplacer. Je pense que la musique est un métier d’artisan qui vaut le coup quand on monte sur scène. Bon, concevoir un disque, c’est génial… mais ce n’est pas là qu’on se met, entre guillemets, en danger. julie-zenatti-215x300

La réception du public est donc bel et bien vivante et vous comble ?

Oui sinon ça ne ferait pas deux ans qu’on ne se promènerait pas un peu partout avec cet album. Au départ, on avait programmé 5 ou 6 dates en espérant plus. Et le bouche-à-oreille a fait son travail ! Il y a bientôt deux ans, fin novembre 2014, c’était la première date.

 

« Un artiste plus populaire a droit à la scène après de bonnes ventes.

J’ai inversé la tendance pour mon dernier disque. »

 

Tournée la plus longue de votre carrière alors ?

D’habitude, c’est toujours très concentré sur un même temps et la particularité de celle-ci est d’avoir grandi jour après jour. On a tracé un vrai petit chemin, ville après ville pour passer un peu partout. Grosse satisfaction pour moi et les musiciens de pouvoir vivre ça.

Et avez-vous été invitée à découvrir la nouvelle mouture de la comédie musicale qui vous a révélée, Notre-Dame de Paris ?

Si je suis disponible pour la première (qui a lieu le 23 novembre, NDLR), bien sûr j’irai avec plaisir, évidemment. J’ai hâte de voir dans le rôle d’Esméralda car j’adore la voix d’Hiba Tawaji, et de revoir Daniel Lavoie qui parraine un peu cette nouvelle troupe.

 

« Un nouveau disque sortira en mars 2017. »

 

Quels sont vos autres projets ? Qu’est-ce qui vous attend à présent ?

Un nouvel album commencera à se dévoiler dès ce 18 novembre 2016. C’est un album un peu particulier nommée Méditerranéennes car je collabore avec plusieurs artistes : Rose, Samira Brahmia, Sofia Essaïdi, … Le premier extrait est un duo avec Chimène Badi et il commencera son petit bonhomme de chemin le 18 novembre. Le disque, lui, est normalement prévu en mars 2017. Il rend hommage aux cultures méditerranéennes et à tous ces peuples qui ont voyage, migré et qui se sont rencontrés. Ces peuples qui font les belles couleurs de la France. Ce pays est une belle culture mélangée. J’aime bien dire qu’on vient tous de quelque part et quand on commence à faire le chemin en arrière, on se rend compte à un moment que nous nous sommes peut-être croisés au bord de la Méditerranée…

A l’heure où le concept d’identité revient en force sur le devant de la scène…

julie-zenatti_01_bd-239x300Oui, je me suis étonnée moi-même car j’avais germé l’idée de ce disque il y a presque un an et je percevais une certaine froideur à son encontre. On me disait que ça allait peut-être être un peu compliqué de mélanger les langues et de revendiquer l’identité. Mais, à travers cet album, je n’en revendique pas une. Je rends juste hommage à une culture ayant beaucoup apporté au monde occidental. L’idée est de raconter l’histoire telle qu’elle est, et de fédérer. Je veux qu’on voit l’autre comme un ami car il ne faut pas que des minorités extrêmes deviennent la majorité. Mais j’avoue que ça a été difficile de monter ce projet. Des copines-chanteuses ont accepté, elles se sont fédérées au fur et à mesure et l’énergie de ces personnes a fait le reste pour partager ce message de tolérance, de paix et surtout de richesse. Le mélange des cultures est avant tout une richesse.

Interview > Luigi Lattuca

 

  • En cette fin 2016, des concerts encore à Binche (Belgique) dimanche 27 novembre, à Brunoy le vendredi 2 décembre, au Casino de Jonzac le 17 décembre,
  • Puis à la  salle Charles Trenet de Chauvigny le 28 janvier 2017 et à Epernon (28) – Salle des Prairiales le samedi 4 février 2017.
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Découvrez Petosaure : « Nous formons un trio dévastateur ! » [INTERVIEW]

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Rencontre à Saint-Germain-des-Prés, avec un nouveau groupe musical : Petosaure. Bientôt à nouveau en concert à Paris, ils semblent chargés d’inspiration. C’était leur tout premier entretien avec la presse pour leur premier album : Le Fantôme de l’Enfant.

Musique très « cold électro », assez organique, pénétrante et vivante au programme du jeune portfolio auditif de Petosaure. Ça palpite, ça donne envie de bouger, d’aimer et de violence ; ça peut donc toucher différents types de personnes. Et cela, c’est plutôt réjouissant. Autour d’une boisson en terrasse, rencontre avec les membres du groupe :

  • Petosaure, le chanteur donnant son nom au groupe,
  • Krispy Krust (Don Coco), percussions et vidéos,
  • Meunier, production, qui a été quasiment muet lors de notre rencontre.

Ils confient d’entrée de jeu que nous sommes le premier média à les interviewer. Let’s go !

Tout d’abord, d’où vient le nom de votre groupe ?

Petosaure : Petosaure est le nom de mon plus ancien ancêtre connu. Il était l’époux de l’unique sœur d’Attila le Hun et un de ses plus proche conseillers. Il a mis a feu et à sang une grande partie de l’Asie Occidentale après l’enlèvement et le meurtre de sa femme. Et ce, avec seulement deux acolytes. Leur ruse et leur force sans comparaison leur permettaient à trois de rivaliser avec des armées de 300 soldats. Peu d’écrits parlent d’eux. Mes parents possèdent encore une dizaine de parchemins, récits de son histoire.

Pour faire court : Petosaure était un roi sorcier assoiffé de vengeance. Son bras droit, un assassin insaisissable du nom de Munihar. Son bras gauche une brute gigantesque, Krespekraut. J’aime penser qu’il s’agit de mon bon Meunier et de mon cher Krispy Krust. Et que nous reformons tous trois un trio aussi dévastateur que celui de mon ancêtre et de ses compagnons.

« Pourquoi nous mettre
des limites et des contraintes ? »

 

Vous faites partie de la “culture bidouilleuse” de l’underground, non ?

Krispy Krust : Pourquoi nous mettre des limites et des contraintes ? Je pense qu’il faut tout faire exploser.

Petosaure : Exactement, nous sommes pour le fait de déranger les gens. Nous aimons l’impertinence et l’insolence. Il y a clairement une provocation dans nos gênes et qui, je pense, est dans le sang de presque chaque artiste. Nous, nous avons pris le parti de ne pas simplement exister dans le monde musical mais également de déranger les gens, de les bousculer. Il faut de l’irrévérence.

Vous faites aussi référence à votre nom ?

Petosaure : Parfaitement. Le nom du projet est un test. Si vous vous y arrêtez, c’est que vous êtes un pauvre con qui devrait arrêter d’écouter de la musique. Si cela vous empêche de passer notre musique par vos médias, quittez ce milieu, vous n’êtes qu’un de ces sceptiques obsédés du packaging qui pourrissent ce système. On nous demande souvent de changer le nom. Ça ne se fera pas et si il fait chier les gens, c’est avec plaisir.

« La musique de Petosaure a pour vocation
d’appuyer sur nos plaies béantes »

 

Comment définiriez-vous votre musique ?

Petosaure : Petosaure ne peut se classer dans un style particulier. Disons qu’il s’agisse de chanson française puisque nos paroles sont en français. Hormis cela, nous jouerons la musique qui nous plaît. S’il devait s’avérer que demain nous voulions jouer du zouk ou de la trap, nous le ferions avec la même énergie sombre et distinguable.

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Vous bousculez aussi le public avec votre visuel. Cela semble très important pour vous ? La pochette de l’album Le Fantôme de l’Enfant évoque la peinture, les barbouillis et on perçoit du Francis Bacon.

Nous n’avons pas pensé à lui, ce n’est pas un clin d’œil mais cela aurait pu. Notre visuel est uniquement réalisé par une artiste incroyable, une amie à nous, Jaky La Brune. L’idée serait de distribuer physiquement notre album lors d’un happening commun où elle exposerait ses œuvres et nous notre musique. Ce serait trop génial. C’est une très grande envie.

Le visuel comme les titres de l’album insistent sur la peur et la violence interne à chacun…

Petosaure : Nous sommes tous pareils avec des tares et des fêlures immondes. Si la musique de Petosaure n’a pas de message à délivrer, elle a au moins pour vocation d’appuyer sur nos plaies béantes, d’y mettre du sel et du vinaigre, pour que les gens s’interrogent sur eux même et qui sait peut être que leur laideur pourrait finir par leur plaire.

« On ne joue que la musique
que l’on aime profondément »

 

Vous êtes montés sur scène avec un artiste réputé « génie fou » et iconoclaste, Nicolas Ker.

Petosaure : Oui, le 14 octobre au Batofar pour sa première partie. Nous avons déjà beaucoup joué en Europe sans être Petosaure. Là, on est parti pour une aventure absolument étonnante, nous en sommes convaincus.

Dans quel sens ? Ce sera un partage massif d’émotions avec le public ? On sent votre bouillonnement créatif et on se demande donc si vous n’allez pas profiter du net pour balancer un tas de morceaux qui doivent dormir sur vos disques durs externes.

Krispy Krust : Oui, pourquoi nous en priver ? On est tellement convaincus que ce qu’on fait est génial qu’on a envie de le partager avec les autres. On ne joue que la musique que l’on aime profondément. Si elle est assez bien pour nous, elle l’est pour le reste du monde.

Interview > Luigi Lattuca

  • Le premier album de Petosaure, Le Fantôme de l’Enfant, a été enregistré et mixé en début d’année. Masterisé par Vincent Hervineau, il est disponible sur la plateforme digitale Bandcamp depuis juin 2016 via le label indépendant La Souterraine.
  • TRACKLIST de l’album Le Fantôme de l’Enfant :1- La Rose et le Revolver
    2- La Gorge du Diable
    3- Love Viseur (feat. Weerdo et Jaky Labrune)
    4- La Traversée
    5- Sa Silhouette
    6- La Cigale
    7- La Plage (feat. N. Horbacz)
    8- Pantagruel
    9- Roiseau
    10 – Docile Amie
  • Concert le 30 novembre 2016 au Motel (Paris, France) – 20 à 23h.

Tribune : « La culture populaire est vecteur de Beauté ! » (gloire à Bob Dylan)

LA CHANSON PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE !

(Tribune de Roger BERTOZZI, conseiller et analyste stratégique pour les questions relatives au Climat et à l’Environnement)

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« Très grande joie à l’annonce du Prix Nobel de Littérature 2016, d’abord pour le lauréat, le magnifique Bob Dylan, mais aussi, et avec force, pour la reconnaissance ainsi donnée, enfin, à la chanson, part intégrante de notre patrimoine littéraire. L’Académie Nobel a loué à juste titre dans son communiqué la poésie de Bob Dylan. Or, la poésie, dans les temps les plus antiques, était indissociable du chant. La poésie grecque, par exemple, est née comme incantation.

Il est extraordinaire qu’il a fallu attendre 2016 pour que le Prix Nobel couronne un chanteur ! Qui ne sait qu’en tous lieux et en tous temps, du cante hondo au ragtime, de la variété au rock, des clubs cubains au rap marseillais, nombreux furent et sont les paroliers, les chanteurs-compositeurs, les artistes de scène dont les textes atteignent les plus hauts niveaux de l’intensité poétique et de ce que nous nommons par conventions la beauté littéraire ? Ce glorieux et joyeux Nobel à Bob Dylan couronne aussi tous ceux qui par leurs chansons ont enchanté et enchantent nos âmes. Et n’oublions pas que pour des millions de jeunes la chanson est le premier accès, parfois le seul accès, à la littérature et à la poésie, c’est à dire à la parole habitée par l’âme et incarnée dans un style. Je vois d’ici venir ceux que ce Prix pour du folk, pour du « populaire » choquera. Il ne faut pas s’y attarder, certains conservatismes sont de simples aveuglements, et le meilleur moyen d’y répondre c’est de ne pas les voir !

Je me souviens que même le très prestigieux Pascal Quignard avait dû faire face à une bronca pour son Goncourt octroyé à des recueils de fragments, et non au sacro-saint roman ( au mépris et de l’art du fragment et du testament des frères Goncourt qui instituèrent leur prix pour toute oeuvre de fiction, et les pensées sont des fictions, indépendamment du genre ). Et puis il y aura sans doute la complainte des thuriféraires de la culture savante. Dieu sait mon amour de la culture savante et de l’érudition ! Mais comment imaginer que l’amour de la culture puisse nourrir le désamour pour telle ou telle forme de culture, et non pas cultiver en nous une plus grande capacité de goûter universellement à la variété merveilleusement infinie des pratiques et des formes culturelles ? La culture populaire est vecteur de beauté et ferment de communion, elle remplit la noble fonction thaumaturgique et initiatrice de tous les arts, elle accompagne les vivants dans les méandres de la destinée et elle fait vivre les morts dans le coeur des restés… N’est-ce pas là la fonction immémoriale de la Poésie dans ses multiples incarnations humaines ? Alors je salue le Poète Dylan et tous ses frères de scène, je félicite l’Académie Nobel pour son choix avisé et je prie tous les grincheux de nous épargner leur chanson ! »

Bob Dylan

2012 : Bob Dylan in Los Angeles.

GiedRé : « Je n’irai jamais corriger quelqu’un qui se trompe sur moi.» [Interview]

18 - GiedRé-2La fofolle – mais rationnelle – GiedRé était à Ronquières le premier week-end d’août. A l’opposé du feu qui l’animait sur scène, elle évoque avec moi – et dans les rires – la scène, son contrat avec la FNAC, la mort et ses séries préférées. La belle Lituaniene en est déjà à son cinquième album. Parmi ses titres les plus emblématiques : « On fait tous caca », « Grand-mère », « Toutes des putes » et, évidemment, « Pisser debout ». Des textes forts car anti-politiquement corrects présentés sur scène à Bruxelles dans une semaine et en décembre à Liège.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contente de revenir à Ronquières une seconde fois ?

Oh oui, c’était trop bien il y a deux ans et je suis, du coup, bien contente de revenir. L’accueil est super mais c’est la spécialité de la Belgique. C’est vraiment toujours un plaisir de venir jouer ici.

Quelle serait la différence entre le public belge et français ?

Oh, c’est une bonne question. Je crois que le public belge est, de manière générale, un peu plus généreux et il encourage plus. Il est d’emblée chaleureux. Parfois, peut-être que le public français attend avant de juger. Ça dépend peut-être des régions. Ici, vous devez être fiers d’être l’un des pays les plus généreux ! Non ?

Oh oui ! Ça vous fait quoi maintenant d’être distribuée dans de grandes enseignes, vous qui avez signé avec la FNAC…

Ouais ! J’ai réussi à garder mon indépendance car je suis toujours en auto-production et pas sur un contrat de maison de disques. Je n’ai donc pas l’impression que ça dénature quoi que ce soit… Cette distribution est surtout un moyen plus pratique de rentrer dans la maison des gens. Si j’avais pu, j’aurais continué à vendre mes albums sur mon site et à mes concerts mais au bout d’un moment, ça devenait très compliqué (rire). Aller à la Poste avec de gros sacs à dos trois fois par jour, euh… (rire) C’est donc plus un côté pratique. Même si on entre dans le populaire avec la FNAC, je pense qu’il faut garder un côté artisanal quand on est artiste. Il faut que ces deux mots se mélangent.

Et la  FNAC le fait…

Oui, voilà et ça c’est qui est cool. C’est finalement juste une plateforme pour que des gens indépendants comme moi ou d’autres comme Patrick Fiori se retrouvent côte à côte sur la même étagère. Moi, je trouve ça plutôt rock’n’roll. Ça me fait rire.

Vous soignez aussi votre look, si tant est qu’on aime ce mot. Vous vous verriez créer des choses dans la mode ?

C’est drôle, on ne m’avait jamais posé cette question ! La mode en soi ne m’intéresse pas du tout mais alors pas du tout… C’est une industrie qui me dérange car je pense qu’elle a juste été créée pour accroître le côté consumériste de notre société. Pour reprendre votre mot, le look, je trouve qu’en tant qu’auto-décoration, les vêtements et accessoires sont très intéressants. En fait, on se décore et on choisit sa décoration pour se montrer aux autres.

Et il y a toujours cette frontière entre « être soi », cette dictature du « soyez-vous-même » et la création du personnage quand on est un artiste. Et c’est parfois utile si on a besoin d’un masque pour monter sur scène. Ça ne vous dérange pas qu’on dise parfois de vous que vous êtes un personnage ?

En général, ce qu’on dit de moi ne me dérange pas forcément car les gens ont le droit d’avoir l’avis qu’ils veulent et l’analyse qu’ils souhaitent. Ça leur appartient et je n’ai rien envie d’imposer à personne. Je n’irai jamais corriger quelqu’un qui se trompe sur moi car ça voudra dire que je lui ai montré quelque chose qui a induit ça. Dans l’absolu, je m’en fous. Mais je ne vois pas ma carrière comme la présentation d’un personnage. Quand on est en représentation, la seule chose qui change, c’est qu’on va choisir ce qu’on va montrer de soi. C’est plus artificiel que la vie. En ce sens, je pense que tous les gens montant sur scène choisissent à un moment de montrer ceci ou cela. Par exemple, la chanteuse spécialisée dans les chansons d’amour va se dire que pleurer, avoir un brushing à paillettes et une belle robe longue serviront le plus ses chansons et son univers. Ce sera ce côté d’elle qu’elle estimera cohérent à montrer au public. On est déjà pas la même personne le matin, le midi ou le soir ou quand il fait froid ou chaud. Et puis, le « soyez-vous-même » est tellement en Une des magazines féminins en même temps que le « Comment perdre 5 kilos avant l’été »… C’est assez marrant d’être soi et en même temps pas trop grosse, avec les ongles faits, sans poils et surtout pas célibataire !

« On fait plus de choses avec des ovaires qu’avec des couilles ! »

Vous pensez aux plus jeunes générations en vous disant que c’est difficile d’être une femme aujourd’hui ?

Je pense qu’il faut arrêter de penser que c’est dur d’être une jeune demoiselle. Il faut leur dire que c’est cool d’avoir des ovaires et qu’on fait plus de choses avec ça qu’avec des couilles (rire). C’est comme pour tout : si on se dit que c’est difficile et qu’on est une victime, tout sera toujours difficile et tout sera vu avec embûches. Je ne me suis jamais considérée par rapport à mon sexe. Je ne me suis jamais dit qu’en étant une fille, je devais montrer ça sur scène.

Mais vous aimeriez pisser debout de temps en temps…

Mais si j’avais été un homme, j’aurais aimé pisser assis ! Je trouverais que c’est cool de se faire porter ses sacs parce qu’on a un décolleté, de ne pas payer ses PV parce qu’on a mis une jupe, … Je parle de ce que je connais mais je pense que je me dirais que je suis un homme qui ne rentre également pas dans le stéréotype de l’homme modelé par la société. Tout ceci est absurde.

A propos d’être, si demain vous deviez arrêter la musique pour une question X ou Y, vous vous verriez faire quoi ?

Je ne sais pas… Je ferais pousser des courgettes ou des tomates.

« Si je savais que je n’allais jamais mourir, je passerais ma vie dans mon canapé à regarder des séries. »

Comment voyez-vous l’avenir ?

L’avenir ? Oh, je ne le vois pas et heureusement (rire). Si on sait déjà où on va, on a envie d’aller ailleurs, non ?

En ce sens, l’immortalité vous intéresserait-elle si demain on la mettait au point ?

Oui car la mort est la seule chose à nous faire peur dans la vie et en même temps non car elle fonctionne comme un moteur. Si je savais que je n’allais jamais mourir, je passerais ma vie dans mon canapé à regarder des séries (éclat de rire).

Et vous regardez quoi ?

Oh, j’en regarde plein. J’adore les séries, c’est ma passion. En ce moment, je regarde une série très vintage : « Parks And Recreation ». C’est un peu comme « The Office »… Très absurde et ça me fait beaucoup rire. La mort nous pousse donc à faire des choses avant.

Il est l’heure de clôturer. Au revoir et bonne cohérence, bons choix artistiques quels qu’ils soient ! Dans le fond, c’est un métier très égoïste, non ? Faire ce qui nous plaît et espérer que le public suive ?

Ça, c’est dans le meilleur des cas. Mais faire les choses pour que ça plaise aux autres, c’est se tromper de chemin. Il ne faut plus avoir peur de ne plus être aimé. J’espère que si un jour j’ai envie de faire de la new-wave en espagnol ou du rap allemand – alors que je ne le parle pas – j’espère que j’aurai suffisamment de mauvais orgueil pour le faire sans avoir peur que d’être aimé. Les gens ont ce droit.

Interview > Luigi Lattuca

GiedRé en concert en Belgique à :

  • Bruxelles/La Madeleine (1er octobre)
  • Liège/Réflektor (10 décembre)

 

Galerie photos > Jérémie Piasecki

 

 

Eric Morena continue de mener son bateau ! [Interview]

Eric MORENA 1Avant de revenir en novembre en Belgique (où il présentera un disque justement enregistré chez nous), l’artiste lyrique se confie avec bonhomie.

 

Février 1987. Oh, mon bâteau débarque sur les ondes. Ça fait quelques années qu’on a fièrement lancé les radios dites libres et l’époque est décrite comme folle et créative. Eric Morena se prend pour un hidalgo héroï-comique et gagne son public. Suivront Je suis le torero de l’amour, Ramon, Pedro et plusieurs albums au succès honorable. Morena peut se targuer d’être toujours là en 2016 car une tournée s’annonce avec une étape belge programmée dans deux mois à Tubize. « Je suis très souvent venu en Belgique, j’y ai enregistré mon dernier disque [pochette ci-dessous] et je prends beaucoup de plaisir avec votre public. » Les paie-t-on tous ces artistes pour nous dire ça ? « Mais du tout, c’est la vérité, réplique-t-il. J’ai toujours reçu un accueil fabuleux sur scène ou durant des émissions télé. »

D’ailleurs, la scène, c’est ce qu’Eric préfère. Il peut aujourd’hui encore vivre de ses prestations. « S’il n’y avait pas ces rendez-vous, je n’existerai pas. La vraie vie artistique est à travers le contact populaire. A la limite, tout le reste me gonfle. Après les spectacles, je suis toujours étonné de voir les gens rester pour me parler. C’est une vraie preuve d’amour et de fidélité. Je savoure cette récompense et me dit que je ne me suis pas trompé de métier ! »

« La vraie vie artistique est à travers le contact populaire.

                                                                                                               A la limite, tout le reste me gonfle. »

Un capitaine qui ne coule pas

Destiné à une carrière de chanteur lyrique dans les années 80, l’artiste a vite quitté ce monde après quelques coups bas. La rencontre avec un producteur de variétés qui lui fait découvrir Oh, mon bâteau sera déterminante. Un succès tel qu’il a encore l’impression de le vendre : « Tous les ans, il est repris sur au moins une compilation. J’en ai des dizaines chez moi. » Eric Morena est, en somme, un homme bienheureux. Il est même tendre avec le milieu du show-bizz qui lui avait demandé de cacher son homosexualité et de poser avec des mannequins dans certains magazines. « Ce n’est pas plus noir qu’ailleurs. Je n’ai pas de raison de ne pas être épanoui. J’ai tout eu en enregistrant ce titre en 1987. Il m’a apporté tant de choses et je peux encore vivre de mon métier. C’est une grâce d’avoir vécu et de vivre tout ça. » Pour Tubize, il promet des titres sérieux mais surtout festifs, avec son dernier album tout spécialement mis en lumière. Show must go on… à tout âge.   

© Luigi Lattuca pour La Dernière Heure

En concert en Belgique au Centre Culturel de Tubize le dimanche 13 novembre à 15h.

 

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Frigide Barjot comme témoin de mariage !

Fin des années 80, quand le single-fétiche d’Eric sort, la France débat sur le PACS (avant de s’écharper sur le mariage pour tous presque 25 ans plus tard). Les producteurs d’Oh, mon bâteau veulent faire le buzz et organisent un faux mariage avec Dorian, son compagnon de l’époque. La témoin n’était autre que Frigide Barjot, people issue de la jet-set française et « ayant vu la lumière » début 2000. Elle sera la figure de prouve du mouvement anti-mariage gay en France en 2013 et 2014… ce qui prouve bien l’hypocrisie de cette dernière. Et surtout le grand courage d’Eric Morena à une époque plus réfractaire.

Paradisio gambille toujours

Paradisio photo du duo

Le groupe liégeois, qui tourne toujours dans le monde entier, fête les 20 ans de Bailando et vient tout juste de sortir son Greatest Hits. Rencontre à Namur.

 

 

Black Box, Technotronic, Mc Hammer, Moby, … Ils ont été les premiers à s’emparer des tambouilles de l’eurodance fin des années 80/début des 90. A eux s’est joint le groupe belge Paradisio dont le single Bailando fête déjà ses 20 ans ! Rien que le titre le prédestinait à devenir un tube de l’été. Cinq millions d’exemplaires écoulés dans le monde entier. Toujours classé dans les charts scandinaves et mexicains, le producteur et papa du projet Patrick Samoy est désormais accompagné – depuis 8 ans quand même – par une brune plantureuse hispano-italienne du nom de Shelby.

SOIS BELLE ET (NE) CHANTE (PAS)

Entre le old fashion et le moderne, le duo, qui reste attentif aux évolutions de la dance actuelle (en venant, par exemple d’arriver sur Spotify), préfère qu’on l’appelle concept : « L’historique de Paradisio est un peu particulier car il a pris naissance dans les 90 où le special marketing de l’eurodance préconisait de prendre une fille aux attributs ravageurs en lui attribuant la voix d’une autre ne voulant pas faire carrière.», explique Patrick Samoy. Courant dans la musique électronique, l’important était de vendre du rêve. Patrick, DJ et producteur aux casquettes multiples, parle sans ambages et sans filtre de cette période : « Je voulais faire des tubes d’été dans des endroits de rêve avec de belles personnes (dont Maria Del Rio à une époque, ndla). De fil en aiguille, quand tu fais des tubes, un autre facteur arrive : l’indentification. Les one shots, c’est bien beau mais le public veut aussi voir quelqu’un interpréter le tube qu’on entend à la radio. » Problème : il faut une fille un minimum artiste, un minimum interprète dans sa gestuelle. Et le concept s’est alors renforcé.

200 MILLIONS D’ANCIENS FRANCS

N°1 dans le monde entier, le tube Bailando a, en tout rapporté 5 millions d’euros, soit 200 millions bruts d’anciens francs belges. A une époque bénie sans téléchargement illégal. La Sacem considère encore le single comme un gold grâce à ses rotations radio. « Je dois dire que Patrick Sébastien nous a beaucoup aidés en France, insiste Patrick Samoy. Et on est souvent dans Les Années Bonheur. C’était particulier dans ce pays car on était dans n°1 dans les clubs mais personne ne voulait jouer le titre. Ni NRJ, ni Fun Radio, ni les autres. Et je suis allé trouver Sébastien… qui a réussi à me faire vendre 50 000 disques en un week-end. » C’était il y a pile vingt ans avec, chez nous, d’abord un succès en Flandre avec un maximum de DJ apprivoisés. Stratégie séductionnelle percutante. Conscients de proposer une musique divertissante primaire, Paradisio continue donc sur sa lancée avec bientôt une tournée au Danemark et en Finlande – doublée de la sortie d’un best-of (pochette ci-dessous) – … et pense à un nouvel EP.

Paradisio - Bailando

 

Luigi Lattuca

Radio Contact : une rentrée toujours « feel good » !

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Radio Contact est toujours la radio n°1 en Belgique francophone. Forts de ce succès, les animateurs ont, dimanche, fêté tout sourire le lancement de la nouvelle saison. Peu de changements annoncés, une grille stable mais toujours de la bonne humeur !

A la base radio régionale, Radio Contact a l’habitude de sillonner le terrain. Il y a deux jours, Maria, Olivier, Pablo, David et consœurs étaient partis à l’aube de Bruxelles pour rejoindre Charleroi et Liège. L’équipe, devenue pointue dans l’utilisation des réseaux sociaux, s’est nourrie de l’énergie du public venu en masse réclamer un autographe et une photo comme le prouve cette galerie :

 

Le bonheur est dans les habitudes

« Le plus dur n’est pas d’arriver à la première place mais d’y rester », confie Christopher Barzal, directeur de communication chez RTL Belgium. Avec encore 0,6 de points en plus sur la dernière vague CIM (études de marché) en radio, la production offre pour 2016 – 2017 une grille relativement stable à ses auditeurs. On garde l’ADN de Radio Contact (qui a d’ailleurs transpiré sous le soleil ce dimanche en ces heures de chaleur historique).

Maria et Olivier, « voix-chéries des auditeurs », gardent la tranche du 6 – 11h et continueront de réveiller les auditeurs dans le Good Morning. David Antoine conserve son 16 – 20h et Mlle Luna fera de nouveau fonctionner ses platines les vendredis et samedis dès 20h. « Stabilité de la grille pour creuser le sillon de proximité, explique C. Barzal. Les animateurs veulent et revendiquent même l’esprit feel-good. C’est un slogan fort auquel ils tiennent. »

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Toujours 31 Contact News, toujours des chansons mais aussi des événements. Les grosses mobilisations ont également été dévoilées sous des titres-défis : « L’équipe va se faire cloner », « Moins d’embouteillages », « Ils l’ont fait en 80 jours… On le fera en 15 » et le « 16/20 entrera dans l’Histoire de la Belgique ». Tous été pensés en terme de proximité.

L’équipe est en tout cas confiante, le buzz est assuré et les nouvelles recrues se sentent parfaitement intégrées, à l’image de Rosario, le Liégeois qui remplacera Quentin Descotte chaque matin le week-end. « Je me lève à 4h du matin pour rouler jusque Bruxelles, que les gens le sachent », rigolait-t-il dimanche après-midi. « On ne m’a pas demandé de changer que ce soit en tout cas. » 

Réellement une rentrée feel good, oui !

 

Texte et photos : Luigi Lattuca

Mustii : « Le live musical me procure plus que le théâtre ! »[Interview]

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En sortant de scène samedi dernier au Ronquières Festival (où il a fait un tabac), Mustii s’est posé avec quelques journalistes. D’emblée, il avoue avoir « hâte de faire la moule », lui qui n’arrête pas depuis la sortie de son premier EP (infos ci-dessus). D’autres concerts sont également prévus… et la rediffusion de la série « La Trêve » (dans laquelle il tient un rôle régulier) se fera fin du mois sur France 2. Soyez attentifs : le phénomène ne fait que commencer !

Vous enregistrez actuellement votre premier LP…

C’est bien ça, sa sortie est prévue en janvier donc je m’active dessus (rire). Il sortira toujours chez Black Gizah, le label du producteur et directeur Kid Noize. Après, on verra si on collaborera avec d’autres labels pour sa distribution mais l’idée est vraiment de le terminer pour le début de l’année prochaine. C’est mon projet personnel car je suis auteur et compositeur. Kid Noize, lui, est mon guide.

Mustii, ça vient d’où ?

C’est mon nom de famille Mutin sans le « n » et avec un « i » en plus…

Et tous ces titres entendus à Ronquières étaient déjà disponibles ?

Cinq sont sur l’EP sorti en février (Amazon, iTunes, Spotify, stands de concerts) et d’autres seront à retrouver sur mon album. Les gens ne connaissaient pas encore.

La musique réussit-elle à vous faire vivre ou vos contrats de comédiens sont aussi utiles ?

Je peux vivre grâce à mes deux métiers : acteur et musicien. C’est très jouissif de vivre de sa passion.

Et niveau filmographie, où en êtes-vous ?

Je joue, avec Romain Duris dans une comédie qui sera le 31 août en salles : « Un p’tit boulot« . Le 7 septembre, il y a « Les Survivants« , un film belge avec Fabrizio Rongione et fin de l’année sortira « Grave » qui s’est fait remarqué à Cannes. Puis, d’autres projets arriveront mais je ne peux pas trop en dire. Début 2017, je reviendrai également au théâtre sur les planches du National à Bruxelles dans une création sur l’autisme.

Avec le timbre de voix que vous avez, vous-a-t-on encouragé à chanter ? Comment ça s’est passé ?

La musique est une passion depuis que je suis tout petit. A la fin de mes études de théâtre, j’ai commencé à composer et une fois les démos accumulées, je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose ! Il fallait trouver des musiciens et partager cela. Aujourd’hui, la musique occupe la moitié de mon temps et je me suis pris au jeu, j’ai envie d’écrire des choses car j’ai à dire… Je commence seulement à légitimer mon côté musicien. Le live en musique, c’est nouveau pour moi. C’est le premier été où je fais des festivals. C’est un état unique que je n’ai même pas au théâtre donc ça me donne envie d’approfondir cet état.

En concert, le répondant du public est immédiat…

Disons que le rapport avec les gens est tellement direct qu’on se sent très libre sur scène. Tout peut arriver et c’est excitant.

Et ce rapport existe car vous êtes très vif !

En tout cas, j’essaie d’être attentif à tout ce qui se passe, à tous les signes et à toutes les réactions du public. J’essaie d’être en lien avec lui. Il ne faut pas mentir en live sinon les gens le sentent et se laisser nourrir par les émotions qu’on ressent à l’instant T. Feed me (rires)…

Comment qualifieriez-vous votre genre musical ?

Il y a un peu de rock, de la pop et de l’électro. C’est un peu hybride, j’aime confronter les genres donc j’ai vraiment du mal à mettre des étiquettes dessus. J’aime beaucoup la musique des années 80 et j’écoute la new wave… Ça dépend des morceaux mais je fais de la pop à mon avis (sourire)… mais je dis ça pour voir large. Mon fil rouge sont mes thématiques sombres : l’angoisse, la solitude à l’adolescence, … Niveau musique, j’aime varier entre du up-tempo et des énergies plus fragiles.

Le dark a une autre dimension et éveille quelque chose en nous…

Des émotions pures et souvent de tristesse mais le but n’est pas d’être dépressif. Plutôt d’en ressortir vivant et être galvanisé. Le live doit être un moment d’énergie où je recherche la vie. De toute façon, on ne peut que l’être.

Et lorsqu’un artiste sort un album live, pas mal de gens ont du mal à retourner vers les morceaux studio…

Oui car il s’est passé quelque chose de différent. La voix offre d’autres émotions et les arrangements sont nouveaux. Je découvre ça et c’est unique pour moi !

Et si demain le succès va crescendo et que le métier vous happe, les salles grossiront certainement… Pensez-vous prendre le même plaisir à Forest National ou Bercy ?

Aujourd’hui, à Ronquières, la foule allait assez loin et il faut prendre ça en compte. J’ai joué au BSF à La Madeleine et le rapport intimiste était évident et plus facile. Ici, contraste : en plein air et ça s’étale loin. Mais il y a des moyens pour aller chercher les gens du fond : le regard, la voix, les gestes, … Je me pose souvent la question. A priori, rien ne vaut une salle où on se voit tous, les grands espaces plein air sont aussi jouissifs avec le contact avec le ciel, l’air, … Les gens sentent que ça influence l’artiste.

En parlant de live, vous serez prochainement au Cirque Royal et ce, sans être passé par l’AB…

Oui, directement, voilà (rire). J’aimerais vraiment faire l’AB mais je suis ravi pour le Cirque Royal qui est, pour moi, l’une des plus belles salles de Bruxelles. Son aspect théâtral m’excite beaucoup et je suis donc très impatient.

Pour terminer, parlons du visuel. Vous bossez sur des clips ?

Oui, je travaille sur le premier album donc le travail contient aussi du visuel évidemment. On pense à l’imagerie, c’est un travail lié. Je suis un gros fan de Florence and the Machine, c’est une grande source d’inspiration pour moi.

Interview > Luigi Lattuca

Prochaines dates de Mustii :

  • Seine-Sur-Sambre : 27 août
  • Namur (Solidarités) : 28 août
  • Cirque Royal : 21 octobre

> EP « The Darkest Night » sur Black Gizah Records depusi le 12 février 2016.

> LP (album complet) en janvier.

Galerie photos > Jérémie Piasecki

Tickets, affiche, food, ambiance : un sans-faute pour le Ronquières Festival 2016 ?

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C’était fièrement deux jours avant : le week-end du Ronquières Festival était, cette année, complet. La foule a surtout accouru samedi pour venir applaudir des groupes belges émergeants et des artistes confirmés tels que Thomas Dutronc ou Zazie.

 

Le Ronquières Festival est l’un des seuls à ne pas subir de plein fouet la peur du terrorisme en Belgique. Le Brussels Summer Festival et Couleur Café, rien qu’eux, ont baissé au niveau des entrées à la capitale. Bruxelles se bat pour calmer les angoisses et les gênes. Mais c’est surtout l’affiche qui a donné envie aux gens d’accourir à Ronquières.

Selah Sue revenait à la maison, Alice On The Roof était très émue quand elle a entendu la foule connaître par cœur ses chansons, Thomas Dutronc a parlé saucisses et bières, Zazie avait la voix éraillée, Sharko a ravi ses nostalgiques et Puggy a cartonné à l’applaudimètre. Nous sommes également tombés sous le charme animal de Mustii (de retour sur France 2 le 29 août dans la rediffusion de « La Trève »,) de la voix du chanteur de Beautiful Badness, des sons planants d’Ulysse, de la fougue presque hystérique d’Hyphen Hyphen (lauréat d’une Victoire de la musique en février dernier) et du si bel accent gallois de Shake Shake Go.

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Pas de pluie… mais des déçus pour Zazie

Dix minutes de battement entre chaque set ont permis aux gens d’aller d’une plaine à une autre (de bâbord à tribord) pour assister aux sons live des invités. Ces derniers avouent tous vouloir resigner pour l’année prochaine. On les comprend, l’ambiance fut bon enfant et la pluie a été totalement absente. Ca n’a pas toujours été le cas mais ça met forcément sur un nuage.

Zazie, qui avait interdit les photographes au pied de la scène avant de se raviser, a un peu déçu par rapport à sa voix. Son dernier opus « Encore Heureux » est sorti en octobre et il s’est peu vendu. Serait à cause des critiques (y compris venant d’admirateurs) comparant sa voix à un paquet de cigarettes vivant ? Avec un titre comme « I Love You All » (un « 20 ans » bis mais non sorti en single, dommage), Zazie tenait, par exemple, une belle occasion de communier avec le public et même de le dynamiser afin que le soufflé ne retombe pas trop vite en début de performance. Elle n’est pourtant pas une débutante…  mais il n’en fut rien. Néanmoins sincèrement ravie d’être là, la chanteuse a pris conscience que la foule de Ronquières n’est sans doute pas celle de ses concerts (quatre Cirque Royal à Bruxelles en juin dernier mais aucune date complète), elle se devait donc de miser sur les anciennes partitions : « Merci à vous d’avoir aidé ces grandes sœurs à grandir. ». Petites sœurs de qui ? De son dernier opus « Encore Heureux » qui s’est quand même taillé une part de choix sur scène.

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Cela n’empêche : ce fut un très, très bel anniversaire (et les animateurs ont d’ailleurs demandé à la foule de chanter Happy Birthday to you). Après Mika, James Blunt et tous les artistes précités, que nous réserve l’édition 2017 ? On a, en tout cas, hâte d’y être.

Galerie ( © Luigi Lattuca) :

 

Qu’est devenu monsieur « Danse des Canards » ?

DSCN5467A l’occasion des 35 ans du titre « La danse des canards », son interprète J.J. Lionel m’accueille chez lui et revient sur son incroyable succès au 3,5 millions d’exemplaires vendus.

 

« C’est la danse des canards, qui en sortant de la mare se secouent le bas des reins et font coin-coin ». Qui n’a pas secoué ses propres reins sur cette (presque) comptine ? Non, inutile de faire le malin… Ringard pour d’autres, terriblement représentatif d’une certaine innocence qui accompagnait le début des années 80 : c’est souvent comme ça qu’on voit cette décennie. On peut donc dire que « La danse des canards » est sorti à la bonne époque. Le titre fête cette année son 35ème anniversaire et à 68 ans, son interprète le chante toujours. Il se nomme en réalité Jean-Jacques Blairon et m’a gentiment accueilli à Soignies en mars dernier juste avant un important déménagement dans la région de Mouscron.

DU NÉERLANDAIS AU FRANÇAIS

 

Quatre grands cadres représentatifs de l’immense succès de « La danse des canards » nous accueillent directement à l’entrée de la maison de J.J. Lionel à Soignies (ville du Hainaut). Plus aussi bouclé qu’à l’époque mais toujours humble et souriant. C’est en fréquentant le monde de la musique que Jean-Jacques Brion de son vrai nom est devenu l’interprète d’un instrumental composé aux Pays-Bas. Il nous raconte : « Dans les années 60, j’étais musicien, j’apprenais la guitare en autodidacte et ai été lauréat du Prix du Conservatoire de Mons de Contrebasse. C’était la période où plein de groupes émergeaient et j’en ai d’ailleurs intégré pas mal. Le premier s’appelait les Raylisters, un nom inventé comme ça. Ils ne jouaient que du blues. J’ai également fait partie de Wallas Collection seconde formation et j’ai ensuite fini par arriver dans l’orchestre d’un accordéoniste tournaisien très célèbre à l’époque, Hector Delfosse. En 1981, au cours d’un bal auquel nous assistions lui et moi, quelqu’un est venu nous demander si on pouvait jouer « De Vogeltjesdans« , un morceau instrumental dont le titre français traduit littéralement est « La danse des petits oiseaux ». On l’a fait et ce morceau a mis une ambiance extraordinaire… Donc la musique existait sans paroles dessus. Voyant la joie des gens, Hector a eu l’idée de mettre des paroles sur la musique. »

Alors chanteur dans l’orchestre d’Hector Delfosse, celui qui s’apprête à devenir J.J. Lionel hésite… Il n’a pas la prétention d’être un artiste et ne s’est jamais rêvé chanteur. Hector l’encourage, trouvant que la chanson lui irait bien. Il se montre si persuasif que Jean-Jacques est convaincu à l’avance du succès de celle-ci. Elle est enregistrée en novembre 1980 et elle fait déjà un mois plus tard danser dans les réveillons du passage à 80 à 81. Née sous le signe du Lion, la nouvelle vedette de 34 ans se choisit alors Lionel comme pseudonyme. « Le début du succès s’est passé en Belgique et la chanson est ensuite partie réaliser sa carrière en France, bien aidée par les rotations que proposait la radio Fréquence Nord à Lille. », se souvient J.J. Lionel. La folie est immédiate. Le temps passe et l’été pointez déjà le bout de son nez. Les Nordistes partant en vacances emmènent avec eux le vinyl et tous les campings s’éclatent sur la chanson.

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La promotion est lancée et occupe tout l’agenda de l’interprète. Ses cheveux frisés, sa moustaches et ses lunettes Ray-Ban sont partout : « Je suis même passé chez Michel Drucker qui était sur TF1 à l’époque ! », s’exclame-t-il. Les ventes se sont envolées et, au final, avec celles également réalisées en Suisse et au Canada, quasiment 3 millions et demi d’exemplaires de « La danse des canards » ont trouvé preneur. Le titre a reçu 5 disques d’or chez nous, dans le pays d’origine de Jean-Jacques, soit une quintuple certification de 500 000 disques vendus dans les pays francophones. « A l’époque, si les gens voulaient entendre la chanson, ils n’hésitaient pas à courir chez le disquaire…d’où toutes ces récompenses. Il existe plus de 30 versions différentes de la chanson mais je ne l’ai chantée qu’en français. »

 

PAS AUSSI RICHE QUE PATRICK HERNANDEZ

Mais les royalties ne profitent pas trop aux interprètes : « Je ne me plains pas du tout mais n’étant que le chanteur et pas l’auteur des paroles ou de la musique, je ne touche aucun centime de droits d’auteur, juste un pourcentage sur les ventes de l’époque qui m’ont permis d’acheter une nouvelle voiture et une maison à Soignies. » Celle qu’il a d’ailleurs quittée depuis pour s’installer à Mouscron… Après l’immense succès, Elver – la maison de disques de l’époque ayant également lancé les groupes Chocolates et Crazy Horse) – a pensé qu’il fallait enfoncer le clou. Elle propose à Jean-Jacques de sortir un deuxième vinyl toujours centré sur la danse animale, « La danse des petits chats« , qui remportera un disque d’or en France. Le succès s’est ensuite estompé même si les galas ont continué… mais à l’entendre, c’est comme si son interprète s’y attendait totalement : « Ça ne m’a pas fait bizarre du tout car je suis toujours resté humble et avec les pieds sur terre. Cela n’a rien à voir avec les dérives des starlettes actuelles qui peuvent voir leur rêve totalement fracassé après un ou deux succès. »

Aujourd’hui, tandis que le titre est encore diffusé sur quelques radios locales et connaît de temps à autre une nouvelle jeunesse techno, J.J. Lionel continue les galas mais n’a pas encore reçu d’invitation de la part de « Stars 80 » : « Peut-être que ma chanson est jugée trop populaire pour eux…Mais j’irai avec plaisir. » En attendant, il s’est lui-même confectionné un album publié il y a trois ans chez A Prod : « Le triple platine de J.J. Lionel », une compilation de chansons enregistrées entre 1980 et 1985 bénéficiant de nouveaux arrangements. En bonus : trois chansons inédites composées par notre homme. Réalisé en un mois à Mons, le disque se vend surtout lors de galas et dans les supermarchés Auchan. Il continue aussi de monter des spectacles avec son épouse dont « C’est la fête au château », un divertissement destiné aux enfants qui tourne depuis dix ans et dans lequel il est clown, magicien et chanteur… avec « La danse des canards » qui clôt le spectacle évidemment. Coin coin.

 

Luigi Lattuca

 

32 versions en langue différente avec un interprète local à chaque fois :

 

Italien : « Il ballo del qua qua ».

Espagnol : « El baile de los pajaritos »

Portugais : « A dança do passarinho »

Allemand : « Ententanz »

Anglais : « Chicken dance »